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Mi-Kyung Choi (Traducteur)Jean-Noël Juttet (Traducteur)
ISBN : 2843044995
Éditeur : Zulma (07/01/2010)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 100 notes)
Résumé :
Nous sommes à la fin du XIXème siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l'Asie du sud-est. Shim Chong n'échappe pas à la règle: vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d'un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan puis Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas.

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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  14 septembre 2017
Avec Shim Chong, fille vendue, Hwang Sok-yong se sert d'un récit traditionnel coréen décrire l'industrie lucrative de la prostitution.
Son héroïne est en effet vendue à quinze ans par sa propre famille pour pallier à la misère. Quittant la Corée, elle devient la concubine d'un vieux notable chinois de Nankin. Commence un périple qui durera des décennies et qui la conduira jusqu'au Japon. Tour à tour concubine, prostituée de luxe ou mamasan d'un établissement de geishas, Chong brille par sa persévérance, sa lumineuse personnalité et son courage. Loin d'être un ouvrage sinistre et misérabiliste, ce roman dessine la réalité du monde interlope de la prostitution, des ventes de femmes ravalées à une simple marchandise humaine. Il montre également un univers tissé de solidarité et d'entraide entre nombre de ces femmes au destin assombri.
Autre grand atout du livre, son contexte historique. L'auteur place son récit entre les années 1840 environ et le début du XXème siècle. le périple suivit par Chong, renommée Fleur de Lotus en chinois et en japonais, suit les grands événements de cette période, vus de l'intérieur. de la guerre de l'opium que mène l'Empire britannique contre la Chine à l'arrivée des noirs vaisseaux du Commodore américain Perry aux portes de Edo, la trame historique précise bâtie par Hwang Sok-yong rend son roman aussi passionnant à lire qu'instructif. Rites chamaniques et coutumes ancestrales enrichissent encore le propos.
L'auteur réalise un impeccable équilibre entre la petite histoire de son héroïne et la grande Histoire de cet extrême-Orient soumis alors à tant de vicissitudes et de bouleversements. le tout servi par un ton juste et mesuré qui fait la part belle à de superbes descriptions et à des chants traditionnels des pays rencontrés.
Un roman à découvrir sans hésitation pour sa richesse, ses émotions et pour l'incroyable destinée de Shim Chong.
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diablotin0
  03 juin 2017
A travers le parcours initiatique de Shim Chong, on découvre une histoire forte, intense, émouvante et ô combien instructive. Une histoire très documentée qui nous permet d'apprendre un tas de choses sur le monde de la prostitution, de l'esclavage sexuel en orient au XIXème siècle. Les us et coutumes nous sont décrites avec beaucoup de détails passionnants. On vit également l'intrusion des pays occidentaux qui veulent forcer l'orient à développer le commerce, la guerre de l'opium, la révolte des Taipng.
Mais Shim Chong fille vendue reste un roman et se lit comme tel avec beaucoup de plaisir. Les personnages sont décrits avec finesse et empathie ce qui ne peut nous laisser insensibles. Ce ivre est une mine d'informations tout en étant distrayant !!! Je le conseille vraiment.
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MissLeo
  26 avril 2013
L'histoire :
Chong est arrachée à 15 ans à son pays natal, la Corée (Kaoli) : son père aveugle la vend à des trafiquants chinois, qui la mènent en bateau jusqu'à Nankin, où elle devient la concubine de Maître Chen, un riche vieillard au corps flasque et décrépi. A la mort de ce dernier, elle entre au Pavillon des Bonheurs et des Plaisirs de Jinjiang, où elle travaille en tant que prostituée/courtisane pour rembourser sa dette. Sa vie ne sera par la suite qu'une longue série d'aventures et de péripéties, qu'elle traversera la tête haute, malgré la misère et les humiliations.

L'opinion de Miss Léo :
Séduite par une quatrième de couverture intrigante et prometteuse, c'est avec un enthousiasme avide mêlé de curiosité que je me suis jetée sur ce roman coréen, espérant ainsi satisfaire d'un coup d'un seul mon goût pour la culture asiatique et les grandes fresques historiques. Je n'ai pas eu à regretter cet élan, puisque j'ai littéralement a-do-ré cette histoire, après un début quelque peu hésitant (il m'aura tout de même fallu quelques chapitres pour m'habituer au rythme particulier et parfois déconcertant du récit). Hwang Sok-yong signe un très beau roman polymorphe, dont le souffle épique nous invite à suivre les traces d'une jeune paysanne coréenne, entraînée bien malgré elle dans un ample et douloureux périple.
Nous sommes propulsés dans la Chine impériale de la seconde moitié du XIXème siècle. Les guerres de l'opium font rage, et l'auteur fournit de nombreux éléments historiques (que j'imagine bien documentés), permettant de mieux cerner le contexte. le roman évoque notamment le commerce international, et le rôle joué par les Occidentaux, de plus en plus présents en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est. Il est courant de voir ces jeunes européens prendre sur place des concubines locales, dont ils s'achètent les faveurs et la compagnie pour la durée de leur séjour. "Shim Chong, fille vendue" est aussi l'histoire d'une femme hors du commun, dont le destin et les aventures ne constituent finalement qu'un prétexte pour dresser un état des lieux plus général du sort réservé aux courtisanes et aux prostituées, considérées comme une vulgaire marchandise, que l'on se revend sans état d'âme pour en tirer les bénéfices. Bienvenue dans l'ère de l'esclavage sexuel ! L'argent est d'ailleurs une préoccupation majeure, omniprésente dans le discours des différents protagonistes. Il faut payer pour acheter sa liberté, payer pour user à sa guise du corps de malheureuses jeunes filles à peine pubères, et le commerce de chair humaine semble sans limites.
Hwang Sok-yong décrit avec réalisme le pénible travail des prostituées, sans en édulcorer la violence. Cela commence dès le début du roman, avec des scènes de sexe très crues entre la jeune Chong, rebaptisé Lenhwa ("lotus") suite à son enlèvement, et le vieux Chen, lequel présente bien peu d'attraits pour une jeune adolescente au désir bourgeonnant. Les choses ne feront qu'empirer par la suite, et le récit compte quelques scènes particulièrement choquantes, où l'on prend toute la mesure de la détresse vécue par les filles des maisons closes. Cela s'apparente parfois à du travail à la chaîne, notamment lorsqu'un gros bateau accoste sur l'île où se trouve le bordel de Chong (les ports ouverts aux occidentaux voient débarquer des centaines de matelots, avides d'opium et de sexe). Les filles doivent alors recevoir les clients sans relâche, ce qui les place dans un état d'épuisement physique et moral des plus extrêmes, sans compter les risques de maladies vénériennes et de grossesse... Pour s'en sortir, une seule solution : rembourser sa dette en économisant ses gages, à moins qu'un riche occidental ne décide de faire de vous sa concubine attitrée (ce qui n'est pas forcément un sort plus enviable, bien que les difficultés s'en trouvent alors amoindris).
"Shim Chong, fille vendue" se déroule dans un milieu particulièrement sordide, celui des maisons de plaisirs et des fumeries d'opium, dont on découvre peu à peu le fonctionnement. Chaque maison obéit à ses propres règles, et toutes n'ont pas le même standing, mais il s'agit dans tous les cas d'un milieu fortement codifié et hiérarchisé. Les courtisanes ont des statuts très divers, et la meilleure d'entre elles (hwajia) peut espérer un sort plus enviable que celui de ses comparses. On cultive des arts comme la musique ou le chant pour accéder aux plus hautes positions, et charmer les clients hauts placés. le plus frappant est ce mélange permanent de raffinement et de misère, la sophistication et le maquillage élaboré des geishas ne pouvant bien sûr faire oublier l'exploitation sexuelle dont elles sont les victimes. Il va sans dire que j'ai trouvé tout cela fort intéressant !
Chong n'est cependant pas la plus mal lotie. Ses charmes et ses (nombreux) talents, qu'ils soient d'ordre sexuel ou artistique, combinés à un caractère têtu et très affirmé, lui permettent d'échapper aux situations les plus sordides, et lui laissent entrevoir une porte de sortie (chance que ne connaîtront pas la plupart de ses "camarades", plus fragiles psychologiquement et physiquement, et très vite broyées par le poids de cette existence misérable). Lenhwa sera pourtant vendue à plusieurs reprises, passant de bordel en bordel, de concubin en concubin, et connaîtra moult souffrances, sans pour autant sacrifier son amour-propre. Cette jeune femme fière et farouchement indépendante reste maîtresse de ses décisions en toute circonstance, et son énergie communicative lui attire inévitablement la sympathie du lecteur, qui se prend à rêver d'un meilleur destin pour cette étonnante créature, qui restera pour moi l'une des figures féminines les plus marquantes qu'il m'ait été donné de croiser en littérature au cours des dernières années. On suit en tout cas ses aventures avec passion, et les 550 pages se lisent avec une grande facilité.
Dernier point : j'ai aimé le dépaysement procuré par ce roman, qui nous fait voyager à travers l'Asie, de Corée jusqu'en Chine, de Singapour à Nagasaki, en passant par les îles du royaume de Ryūkyū (devenues par la suite Okinawa), qui permettent à l'auteur d'évoquer le monde des samouraïs et l'emprise croissante du Japon sur la région. Chaque nouvelle destination est marquée pour Chong par un changement de nom, qui sera tour à tour Lenhwa, Lenka, ou encore Madame James.
Je reconnais avoir eu un petit coup de coeur pour ce très beau texte, inspiré d'une légende coréenne, dont Hwang aura finalement gommé tout le merveilleux, pour n'en retenir que les aspects les plus terriblement réalistes. Je suis convaincue du talent de cet auteur, lui-même marqué par la guerre (né en Corée du Nord et exilé en Corée du Sud avec sa famille en 1947, il participera ensuite à la guerre du Vietnam, de sinistre mémoire), et désormais très engagé dans un combat militant en faveur des droits de l'homme. J'ai lu plusieurs critiques évoquant Zola et Nana à propos de ce roman : la comparaison n'st pas absurde, et l'on retrouve effectivement chez Hwang Sok-yong des traces de ce naturalisme cher à notre cher Emile, lui-même très attentif au malheur et à la misère du peuple français.

Une superbe fresque historique et sociale, portée par une héroïne hors du commun. Coup de coeur.
Lien : http://leslecturesdeleo.blog..
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christianebrody
  19 février 2012
A travers l'histoire de Shim Chong, l'auteur fait le portrait d'une Asie déchirée par des conflits internes, ruinée par une grande misère et convoitée par les pays occidentaux. Riche en matières premières recherchées par l'occident, l'Asie prônant une politique de fermeture sur le monde est contrainte sous la menace de navires de guerre d'ouvrir des ports commerciaux et des comptoirs aussi bien aux britanniques, hollandais, japonais, français, russes. En ces temps de disette, de corruption, de mésentente et d'instabilité politiques, Shim Chong partage le destin peu enviable des gens tellement pauvres que leur existence même leur échappe.
Orpheline de mère, affligée d' un père aveugle, ne vivant que de la générosité des villageois, Shim Chong est vendue par sa belle-mère à quinze ans à des marchands chinois afin d'accomplir un rite chamanique favorisant l'éloignement des mauvais esprits pendant la traversée. Revendue peu après à une riche famille chinoise de Nankin ayant fait fortune dans le commerce du thé, elle devient la concubine du patriarche, un octogénaire à la libido en berne. A ses côtés, elle apprendra la sensualité, le plaisir de la chair, le chinois, se liera avec Guan, dernier fils eu avec la concubine principale et accessoirement propriétaire d'une maison de jeux et de plaisirs, le Pavillon du Bonheur et des Plaisirs à Jinjiang. A la mort de son protecteur, la perspective désagréable d'être vendue à nouveau à des paysans la pousse à persuader Guan de l'emmener. Au Pavillon du Bonheur et des Plaisirs, elle y perfectionnera ses talents artistiques, l'art de la conversation, deviendra une hwajia, assistante de la lingia, une sorte de mère maquerelle. Elle y trouvera l'amour en la personne d'un joueur de pipa appartenant à une troupe de saltimbanques. A la faveur d'une énième attaque des forces navales occidentales et du saccage que la ville subie, le couple s'enfuit avec la promesse de fonder une famille et se sortir de l'esclavage. Naïfs, ils se retrouvent prisonniers des fourmis blanches, des intermédiaires peu scrupuleux spécialisés dans le trafic humain. Rattrapée par sa condition de femme, elle atterrit dans une shumajia à Suzhou/Hangzhou, un des pires bouges qui tient lieu de marché où hommes, enfants, femmes sont tous traités comme une marchandise rapidement consommable et facilement remplaçable. Repérée par le propriétaire du Vent du Sud sis à Formose, une maison close spécialisée dans l'abattage sexuel et dont la clientèle se compose essentiellement de gens vendus comme elle, elle y découvrira les maladies vénériennes importées par les occidentaux, l'absolue détresse qui frappe les gueux, la solidarité entre miséreux, et que sa condition de femme lui permet d'échapper à l'enfer que subisse les hommes. Au gré de ses rencontres et des évènements sociaux et politiques, Shim Chong s'extrait de ce bordel, arrive à Tamsui, au Jardin de Bambous, une maison de plaisirs tenue par une femme extraordinaire qui ne reculera devant aucune dépense pour offrir un avenir meilleur à ses protégées. Les leçons de danses, chants, musiques portent leurs fruits et attirent une clientèle riche et occidentale. La renommée de l'établissement conjuguée aux talents de Shim Chong, lui permettent de devenir la concubine d'un vice-directeur de la Compagnie des Indes orientales au comptoir de Singapour où elle vivra pendant quelques années. Son contrat prenant fin, elle rentre à Tamsui dans un premier temps puis s'installe au royaume du Ryūkyu. Elle y ouvrira un restaurant-bar de renom et rencontrera son dernier amour en la personne du prince Miyako chargé d'administrer cet archipel pris en tenailles entre des luttes intestines que se livrent les petits seigneurs locaux, la main mise de la Chine et la volonté des occidentaux d'y faire commerce.
En douze chapitres, l'auteur retrace sur 55 ans l' incroyable destin d'une femme et de l'Asie du Sud-Est sur fond de guerre d'opium, d' enjeux commerciaux et culturels, de trafics d'armes, de luttes d'influence entre les petits seigneurs, de corruption, et d'impérialisme occidental. Tour à tour, son héroïne saura s'émanciper de cette misère grâce à sa beauté, à sa force de travail, à ses qualités morales et son intelligence de coeur. Toute illettrée qu'elle est, elle sera épaulée de façon inattendue dans son combat contre l'injustice d'être né-e pauvre. Chaque étape est une nouvelle ouverture sur le monde. On y parle beaucoup de prostitution mais c'est surtout le thème de la misère liée aux soubresauts de l'histoire qui est la trame principale de ce livre. Comparer au sort des femmes certes peu enviable, celui des hommes placés ans les mêmes conditions n'est guère reluisant; des bêtes de somme, des esclaves qui jonglent entre l'indigence, les maladies, la fatigue avec la mort au bout.
On y découvre aussi un autre art de vivre, d'autres coutumes, des paysages à la fois inquiétants et d'une beauté surnaturelle. Servi par une écriture fluide, ce livre a des aspects de documentaire soutenu par une foison de petits détails historiques, de chroniques de moeurs, de quête initiatique. Tout en reconnaissant les talents de conteurs de Hwag Sok-Yong, le ton étale qu'il choisit rend cette histoire légèrement enquiquinante. Entre les répétitions des malheurs qui surviennent à l'héroïne et ce rythme calme, égale sans accro, on finit par s'essouffler. C'est long, étiré et je comprends que l'on abandonne la lecture assez vite. S'il était parfait pour raconter les mésaventures de Monsieur Han, ici l'absence de puissance dramatique se ressent. L'esprit pragmatique de Shim Chong en fait une battante, elle cherche à survivre tandis que Monsieur Han, un homme amputé d'une partie de lui-même, est pris dans un engrenage qui le dépasse entièrement. Il n'y a pas de montée, de crescendo, c'est lisse tout le long. Ce n'est nullement une mauvaise histoire, au contraire! mais cette monotonie dessert cette saga. Je n'ai pas détesté mais je n'ai pas été transportée par cette histoire de cette Cosette qui se serait perdue dans le monde de Moll Flanders de Daniel Defoe ( excellent en v.o) revisitée à la sauce coréenne. le livre se conclut par une explication de la légende de Shim Chong et par un glossaire bien conçu.
Lien : http://www.immobiletrips.com..
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brijouII
  08 août 2013
L'histoire en 2 phrases courtes :
A la fin du XIXème siècle, Chong,pauvre petite coréenne, est vendue pour devenir prostituée en Chine. de la Chine au Japon, en passant par Formose, ou Singapour, elle connaîtra la misère, les viols, la soumission des prostituées mais aussi des périodes de répit en devenant courtisane ou concubine ; elle sera vendue et revendue. Mais Chong est forte et au moment les plus affligeants de son existence, là où l'on pense qu'elle ne peut tomber plus bas, sa volonté, son esprit d'indépendance, sa force de caractère et une certaine distinction ajoutée à un don particulier pour la musique lui permettront de ne jamais plonger.
Résumé : Toute l'histoire tient dans son titre. Fin du XIXème siècle en Corée.Chong, fille de Shim, ne connaîtra pas sa mère qui meure en couches. Son père,aveugle, vit de mendicité. Ils survivent grâce à la générosité de quelques habitants de leur petit village. Mais la pauvreté règne et lorsque Chong a une dizaine d'années, sa belle-mère la vend à des marins en partance pour la Chine. Il est en effet coutume de sacrifier une très jeune fille afin de porter bonheur pour la traversée.Mais Chong survit. Elle est vendue dès l'accostage à un riche commerçant chinois qui a fait fortune en exportant du thé. A partir de là on va suivre son parcours : courtisane réputée , petite prostituée d'un bouge de bas niveau, concubine d'un colon anglais, ou Geisha distinguée, Chong connaîtra tous les niveaux de la prostitution. Mais la belle jeune fille est aussi excellente musicienne et sait plaire aux hommes. Dotée surtout d'un courage à toute épreuve, elle ne se laissera jamais abattre. Son esprit d'indépendance, sa fierté, son intelligence sont très forts. Et jusqu'à son dernier souffle, qu'elle rendra dans son pays natal à un âge avancé, Chong ne renoncera jamais à sa dignité.
Le tout sur fond d'histoire extrème-orientale : guerre de l'opium , colonies impérialistes, présence occidentale, naissance de la puissance japonaise, …
Mon avis : Ce livre se lit très facilement. le style est clair et précis.
Les descriptions ne sont jamais trop pesantes. La géographie de régions peu connues est bien décrite sans pour autant alourdir le rythme du récit.On a souvent l'impression de « voir » les paysages tant ils sont bien « dessinés » par l'auteur.
Quelques passages érotiques , jamais vulgaires, sont repris tout au long du roman.
Ici et là des chants ou poèmes chinois, coréens ou japonais ponctuent le livre et apportent un peu de fraîcheur et de légèreté dans ce roman dense.
On sent également, en amont, un énorme travail de recherche : l'auteur a beaucoup étudié et s'est beaucoup documenté avant d'écrire ce livre.
Outre un réel plaisir de lecture, ce livre nous apprend énormément en 550 pages : histoire de Chine, commerce de l'opium, commerce du sexe, rapport avec les occidentaux, climat, géographie, architecture, coutume, beaux-arts, vêtements, …
Le lexique à la fin n'est pas inutile.Mais il manque une carte permettant de suivre les déplacements de l'héroïne au travers des différents pays qu'elle va traverser.
Conclusion:
L'histoire de Shim Chong se lit d'une traite. Tantôt attendri, tantôt révolté, parfois même au bord des larmes, le lecteur va vivre avec l'héroïne de ce très beau et très riche roman, une véritable épopée sur fond d'Histoire des colonies d'Extrême Orient. Ce livre,dur mais très beau, est aussi un mélange subtil de poésie et d'érotisme. Ce n'est jamais vulgaire. Comme Hugo ou Zola à une autre époque, Hwang Sok Yong dénonce un commerce odieux et l'exploitation de la pauvreté.Derrière Chong, l'insoumise, on devine aussi l'histoire de Sok Yong, dissident coréen, qui a connu la prison et l'exil, et qui se veut avant tout « citoyen du monde ».
Ce serait dommage de passer à côté d'une telle oeuvre.C'est magnifique. C'est du grand art.
Trois bonnes raisons de lire ce livre ?
- Faire connaissance avec la littérature asiatique et plus particulièrement avec cet auteur coréen déjà reconnu dans le monde entier comme l'un des meilleurs ambassadeurs de la littérature asiatique encore trop méconnue chez nous ;
- une histoire très attachante, riche en rebondissements ;
- un plaidoyer toujours très actuel contre l'exploitation des enfants, et plus particulièrement la prostitution des petites filles de par le monde.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   12 septembre 2017
On cueillait le thé quatre fois dans l'année. La première fois, c'était en avril, après les premières pluies de printemps, quand s'achève la floraison des pruniers; c'est à cette période qu'on obtenait les meilleures feuilles, aussi délicates que des《langues d'oisillons》, comme on appelle ce type de thé. La deuxième fois, c'était en juin: le volume récolté était plus important; les feuilles, parvenues à maturité, supportaient une fermentation accrue et donnaient une boisson au goût plus prononcé. La troisième cueillette se faisait en août; les feuilles, qui avaient emmagasiné l'énergie yang d'un soleil puissant, du vent et de la pluie, donnaient une fois séchées un thé robuste, idéal pour affronter le yin de l'hiver. La dernière récolte avait lieu en octobre; très inférieure aux autres, aussi bien en volume qu'en qualité,  elle venait à point pour faire la soudure avec la nouvelle saison.
Aux dires des amateurs, les feuilles conservaient néanmoins une saveur toute particulière, lorsqu'elles avaient bien séché au soleil de l'automne finissant.
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kuroinekokuroineko   13 septembre 2017
La musique soulevait des bouffées de vent dans le coeur des gens, elle y faisait pleuvoir une pluie fine, s'élever une tempête soudaine puis s'apaiser les éléments, laissant place au babillage de l'eau, au tintetintement des dernières gouttes, enfin au chant des oiseaux sous la lune et les étoiles.
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kuroinekokuroineko   14 septembre 2017
Devant Vous, Vénérés Aïeux, nous, Kazutoshi Toyomioya et Lenka Toyomioya, nous prosternons pour vous rendre compte de notre union et former le voeu que la paix règne sur notre famille. Qu'il fasse beau, qu'il fasse gris, puisse notre amour durer toujours, puissions-nous vivre cent ans ensemble.
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salsifisalsifi   04 avril 2013
Chong sentit une goutte lui tomber sur le dos de la main. Ce n'est qu'en l'essayant qu'elle se rendit compte que c'était une larme. Cette chanson lui avait rappelé tout d'un coup - pour la première fois depuis qu'elle avait quitté son pays natal - son enfance, le village où elle mendiait, ses longues marches dans les collines jusqu'au bourg voisin dans l'espoir de trouver un peu de riz.
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salsifisalsifi   07 avril 2013
- Madame, je pense que vous allez avoir besoin de ceci...
Chong accepta sans réfléchir. Quand elle ouvrit le couvercle décoré de roses, elle faillit lâcher l'objet de surprise. Sous une vitre, une aiguille aussi fine qu'un fil de coton tournait sans arrêt.
- Mais c'est quoi ? C'est vivant ?
- C'est ce qu'on appelle une "montre".
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