AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Mi-Kyung Choi (Traducteur)Jean-Noël Juttet (Traducteur)
EAN : 9782843044991
557 pages
Zulma (07/01/2010)
3.72/5   126 notes
Résumé :
Nous sommes à la fin du XIXème siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l'Asie du sud-est. Shim Chong n'échappe pas à la règle: vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d'un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan puis Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas.

L... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
3,72

sur 126 notes

kuroineko
  14 septembre 2017
Avec Shim Chong, fille vendue, Hwang Sok-yong se sert d'un récit traditionnel coréen décrire l'industrie lucrative de la prostitution.
Son héroïne est en effet vendue à quinze ans par sa propre famille pour pallier à la misère. Quittant la Corée, elle devient la concubine d'un vieux notable chinois de Nankin. Commence un périple qui durera des décennies et qui la conduira jusqu'au Japon. Tour à tour concubine, prostituée de luxe ou mamasan d'un établissement de geishas, Chong brille par sa persévérance, sa lumineuse personnalité et son courage. Loin d'être un ouvrage sinistre et misérabiliste, ce roman dessine la réalité du monde interlope de la prostitution, des ventes de femmes ravalées à une simple marchandise humaine. Il montre également un univers tissé de solidarité et d'entraide entre nombre de ces femmes au destin assombri.
Autre grand atout du livre, son contexte historique. L'auteur place son récit entre les années 1840 environ et le début du XXème siècle. le périple suivit par Chong, renommée Fleur de Lotus en chinois et en japonais, suit les grands événements de cette période, vus de l'intérieur. de la guerre de l'opium que mène l'Empire britannique contre la Chine à l'arrivée des noirs vaisseaux du Commodore américain Perry aux portes de Edo, la trame historique précise bâtie par Hwang Sok-yong rend son roman aussi passionnant à lire qu'instructif. Rites chamaniques et coutumes ancestrales enrichissent encore le propos.
L'auteur réalise un impeccable équilibre entre la petite histoire de son héroïne et la grande Histoire de cet extrême-Orient soumis alors à tant de vicissitudes et de bouleversements. le tout servi par un ton juste et mesuré qui fait la part belle à de superbes descriptions et à des chants traditionnels des pays rencontrés.
Un roman à découvrir sans hésitation pour sa richesse, ses émotions et pour l'incroyable destinée de Shim Chong.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          430
sandrine57
  14 septembre 2019
Corée, fin du XIXè siècle. Orpheline de mère et élevée par un père aveugle qui allait mendier son lait, Chong a 10 ans quand son père se remarie et 15 quand sa belle-mère la vend à des marchands chinois. Achetée par une riche famille de Nankin, elle devient Lenhwa, la concubine du maître de maison, un vieillard flétri qui lui rend visite chaque nuit. A sa mort, elle intègre le Pavillon du Bonheur et des Plaisirs de Jinjiang où, belle, modeste et courageuse, elle devient une courtisane très prisée des notables de passage. C'est la guerre de l'opium et les combats qui mettent la ville à feu et à sang qui la poussent à fuir la ville avec d'autres courtisanes. Malheureusement, elle est trahie et revendue à des marchands de femmes qui l'envoient à Taïwan où elle doit encore faire commerce de son corps. Là-bas, les maisons de plaisirs tiennent plus de l'usine à chair fraîche pour marins en goguette que du lieu de rendez-vous raffiné pour notables fortunés. Mais malgré ses terribles conditions de vie, Chong garde sa détermination et son courage. Elle sait qu'un jour elle retrouvera sa liberté et s'échappera vers des terres moins hostiles. Pourquoi pas au Japon ?
Inspiré par une légende coréenne, Sok-yong Hwang raconte le destin d'une femme parmi tant d'autres. Elle est coréenne, elle pourrait être nigérienne ou roumaine. Autres temps mais non autres moeurs. Les femmes ne sont rien qu'une marchandise dont le lucratif commerce enrichit des hommes peu scrupuleux. Malgré les vicissitudes de la vie, Shim Chong grâce à son courage et à sa vivacité d'esprit, réussit à passer outre les humiliations, les privations, les chagrins. Même si elle évolue dans le milieu sordide de la prostitution, Chong garde sa dignité et son humanité, aidant volontiers ses compagnes d'infortune. Pourtant rien ne lui est épargné, blessée par la concupiscence des hommes ou par leur esprit belliqueux. Chong vit dans une région en pleine mutation, un continent qui a longtemps vécu replié sur lui-même et que les occidentaux ont décidé d'ouvrir de gré ou de force. de la guerre de l'opium en Chine à l'expédition Perry au Japon, Chong voit à chaque fois sa vie bouleversée par l'agressivité, le besoin de pouvoir et de domination des hommes.
Belle figure de femme, Shim Chong est un personnage fort et émouvant que l'on suit avec beaucoup d'intérêt dans ses aventures et mésaventures dans une Asie tourmentée par L Histoire. Un destin et un roman passionnants.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          402
diablotin0
  03 juin 2017
A travers le parcours initiatique de Shim Chong, on découvre une histoire forte, intense, émouvante et ô combien instructive. Une histoire très documentée qui nous permet d'apprendre un tas de choses sur le monde de la prostitution, de l'esclavage sexuel en orient au XIXème siècle. Les us et coutumes nous sont décrites avec beaucoup de détails passionnants. On vit également l'intrusion des pays occidentaux qui veulent forcer l'orient à développer le commerce, la guerre de l'opium, la révolte des Taipng.
Mais Shim Chong fille vendue reste un roman et se lit comme tel avec beaucoup de plaisir. Les personnages sont décrits avec finesse et empathie ce qui ne peut nous laisser insensibles. Ce ivre est une mine d'informations tout en étant distrayant !!! Je le conseille vraiment.
Commenter  J’apprécie          473
afadeau
  08 juin 2021
Voici l'odyssée d'une jeune coréenne de quinze ans, au milieu du XIXe siècle, tout autour de la mer de Chine. C'est pour moi un énorme coup de coeur et une formidable découverte littéraire en lien avec l'histoire de l'Asie orientale, à l'époque charnière de l'arrivée des colonisateurs occidentaux et du début de l'impérialisme japonais. On a là un roman distrayant en surface, mais au-delà de cette apparence surgissent poésie, profondeur d'analyse et belle compassion humaine.

Shim Chong est une fille vendue, pratique courante à cette époque... Difficile de suivre le périple de Chong – en Corée le nom est en premier, avant le prénom souvent double et sans majuscule pour le deuxième – si on n'est pas un spécialiste de l'Asie de cette époque. J'ai dû plusieurs fois faire des recherches, les noms de lieux ayant bien souvent changé, ce qui casse un peu la lecture, aussi je propose une carte afin de visualiser l'itinéraire de l'héroïne.
Le récit est adossé à une célèbre saga chantée traditionnelle en Corée. Il débute par une cérémonie chamane pour la protection des marins. Hwang Sok-yong fait évoluer l'histoire vers la difficile émancipation de Shim Chong, figure de courage, de résilience et de révolte.

Chong est tour à tour vendue, soumise à la prostitution, cédée ou obligée de partir suite à la guerre. Quand elle est demandée comme concubine par un riche commerçant britannique, elle accepte car elle franchit ainsi une étape de sa libération. Elle crée alors un lieu d'accueil pour les enfants des prostituées. Par la suite, arrivée aux îles Ryukyu, elle devient femme de pouvoir quand elle épouse Kasutoshi, prince de Miyako :

Entre esclavage sexuel et maîtrise de son destin que le chemin est long. Les premières pages sont quasi-fantastiques puis on a un roman de geishas comme il en existe beaucoup d'autres avant d'arriver à des épisodes plus complexes sur le plan humain et historique. Chong apprend vite et, grâce à son intelligence, sa patience, grimpe les échelons hiérarchiques parmi les geishas. Les lieux où la contrainte la pousse ont des noms racoleurs, évidemment : le pavillon du bonheur à Jinjiang, le vent du sud à Keelung, le jardin de bambous à Tamsui, le palais de la mer à Naha et à la fin le Lenkaya à Nagasaki nom formé à partir de son surnom, un ryotei – avec restaurant, salon de thé – qu'elle dirige. Au début, sans éducation ni codes sociaux, elle ne maîtrise rien de sa vie. Elle aborde des ports inconnus. Peu à peu elle va réussir à s'émanciper, l'auteur donne de plus en plus d'indications sur L Histoire et l'ouverture du ryotei marque une dernière étape avant son retour au pays natal.
Toute leur vie, les geishas sont soumises, leur liberté bafouée, et n'ont pour seul but que de divertir les hommes avec la spécificité de pratiquer l'art de la conversation, de la musique, voire du théâtre. Chong a appris, grâce à une troupe ambulante et à Dame Wenji à jouer du pipa, du shamisen puis de l'Erhu, chanter les ryuka, ce qui va participer à son émancipation.

L'Histoire est en toile de fond depuis la guerre de l'opium (1839) jusqu'à la mainmise du Japon sur les îles Ryukyu (1879), indépendantes auparavant. D'un côté le colonialisme occidental à des fins commerciales, de l'autre la montée de l'impérialisme japonais – la Corée sera occupée en 1905 et ceci pour quarante ans – qui s'intensifiera jusqu'à la seconde guerre mondiale. Une période clé pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Les pays les plus avancés techniquement imposent leur loi aux autres, par la guerre et le contrôle pur et simple, c'était la règle. Les japonais cherchent à asservir les pays de la région, la Chine également et les occidentaux se donnent pour objectif de contrôler l'ensemble (britanniques, français au nord et les hollandais plutôt au sud de la mer de Chine). Est décrit la révolte des Taïping entre 1851 et 1864 – peut-être la guerre civile la plus meurtrière de tous les temps avec des millions de morts –. On voit pointer les compagnies anglaises rapaces et les vaisseaux américains menaçants de l'amiral Perry en 1853 et 1854, obtenant par la force l'ouverture des ports.

Le texte montre la métamorphose que subissent les régions côtières, les entrepôts côtoyant les lieux de plaisir, à l'arrivée des occidentaux venus chercher le thé, la soie et le coton, et payant en opium, ce qui favorisait tous les trafics et intoxiquait la population. Les autorités chinoises voudront mettre fin à ces pratiques mais perdront cette guerre de l'opium. Savez-vous que c'est ainsi que les Britanniques obtiendront Hong-Kong en 1842 ?

Dénonciation de l'esclavage sexuel, du colonialisme d'où qu'il vienne, plaidoyer pour la liberté des peuples dans cette écriture fluide, économe d'effets, l'auteur se contentant en apparence de décrire les situations ? Un grand roman qui peut déplaire et choquer. Il faut accepter de s'immerger dans une culture autre, une histoire méconnue seulement esquissée, un réalisme parfois difficile à supporter...
J'ai aimé cette odyssée, source de connaissances asiatiques, le périple où Chong n'est plus la même au retour. Elle a croisé une multitude de « diables », des hommes soumis à la violence de leurs pulsions, et « quelques dieux plus cléments » du côté des arts et d'un prince dévoué à son peuple. Elle revient plus forte. Une femme a conquis par elle-même son avenir, elle n'est plus une chose, elle qui disait avoir entrevu ce qu'était la vie d'un homme et ne plus les craindre, jamais ! Chapeau à l'auteur d'avoir pu inclure autant de richesses dans ces quelques centaines de pages !
******
Visitez mon blog Bibliofeel ou ma page facebook clesbibliofeel pour avoir la chronique complète avec photo composition personnelle de la couverture du livre au milieu de magnifiques lys jaunes et du Bouddha de compassion...
Également une carte pour suivre plus facilement le périple de l'héroïne et aussi un clip sonore de pipa, instrument chinois proche du luth, dont joue Shim Chong.
En espérant vos retour. Amitiés littéraires !

Lien : https://clesbibliofeel.blog
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          303
MissLeo
  26 avril 2013
L'histoire :
Chong est arrachée à 15 ans à son pays natal, la Corée (Kaoli) : son père aveugle la vend à des trafiquants chinois, qui la mènent en bateau jusqu'à Nankin, où elle devient la concubine de Maître Chen, un riche vieillard au corps flasque et décrépi. A la mort de ce dernier, elle entre au Pavillon des Bonheurs et des Plaisirs de Jinjiang, où elle travaille en tant que prostituée/courtisane pour rembourser sa dette. Sa vie ne sera par la suite qu'une longue série d'aventures et de péripéties, qu'elle traversera la tête haute, malgré la misère et les humiliations.

L'opinion de Miss Léo :
Séduite par une quatrième de couverture intrigante et prometteuse, c'est avec un enthousiasme avide mêlé de curiosité que je me suis jetée sur ce roman coréen, espérant ainsi satisfaire d'un coup d'un seul mon goût pour la culture asiatique et les grandes fresques historiques. Je n'ai pas eu à regretter cet élan, puisque j'ai littéralement a-do-ré cette histoire, après un début quelque peu hésitant (il m'aura tout de même fallu quelques chapitres pour m'habituer au rythme particulier et parfois déconcertant du récit). Hwang Sok-yong signe un très beau roman polymorphe, dont le souffle épique nous invite à suivre les traces d'une jeune paysanne coréenne, entraînée bien malgré elle dans un ample et douloureux périple.
Nous sommes propulsés dans la Chine impériale de la seconde moitié du XIXème siècle. Les guerres de l'opium font rage, et l'auteur fournit de nombreux éléments historiques (que j'imagine bien documentés), permettant de mieux cerner le contexte. le roman évoque notamment le commerce international, et le rôle joué par les Occidentaux, de plus en plus présents en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est. Il est courant de voir ces jeunes européens prendre sur place des concubines locales, dont ils s'achètent les faveurs et la compagnie pour la durée de leur séjour. "Shim Chong, fille vendue" est aussi l'histoire d'une femme hors du commun, dont le destin et les aventures ne constituent finalement qu'un prétexte pour dresser un état des lieux plus général du sort réservé aux courtisanes et aux prostituées, considérées comme une vulgaire marchandise, que l'on se revend sans état d'âme pour en tirer les bénéfices. Bienvenue dans l'ère de l'esclavage sexuel ! L'argent est d'ailleurs une préoccupation majeure, omniprésente dans le discours des différents protagonistes. Il faut payer pour acheter sa liberté, payer pour user à sa guise du corps de malheureuses jeunes filles à peine pubères, et le commerce de chair humaine semble sans limites.
Hwang Sok-yong décrit avec réalisme le pénible travail des prostituées, sans en édulcorer la violence. Cela commence dès le début du roman, avec des scènes de sexe très crues entre la jeune Chong, rebaptisé Lenhwa ("lotus") suite à son enlèvement, et le vieux Chen, lequel présente bien peu d'attraits pour une jeune adolescente au désir bourgeonnant. Les choses ne feront qu'empirer par la suite, et le récit compte quelques scènes particulièrement choquantes, où l'on prend toute la mesure de la détresse vécue par les filles des maisons closes. Cela s'apparente parfois à du travail à la chaîne, notamment lorsqu'un gros bateau accoste sur l'île où se trouve le bordel de Chong (les ports ouverts aux occidentaux voient débarquer des centaines de matelots, avides d'opium et de sexe). Les filles doivent alors recevoir les clients sans relâche, ce qui les place dans un état d'épuisement physique et moral des plus extrêmes, sans compter les risques de maladies vénériennes et de grossesse... Pour s'en sortir, une seule solution : rembourser sa dette en économisant ses gages, à moins qu'un riche occidental ne décide de faire de vous sa concubine attitrée (ce qui n'est pas forcément un sort plus enviable, bien que les difficultés s'en trouvent alors amoindris).
"Shim Chong, fille vendue" se déroule dans un milieu particulièrement sordide, celui des maisons de plaisirs et des fumeries d'opium, dont on découvre peu à peu le fonctionnement. Chaque maison obéit à ses propres règles, et toutes n'ont pas le même standing, mais il s'agit dans tous les cas d'un milieu fortement codifié et hiérarchisé. Les courtisanes ont des statuts très divers, et la meilleure d'entre elles (hwajia) peut espérer un sort plus enviable que celui de ses comparses. On cultive des arts comme la musique ou le chant pour accéder aux plus hautes positions, et charmer les clients hauts placés. le plus frappant est ce mélange permanent de raffinement et de misère, la sophistication et le maquillage élaboré des geishas ne pouvant bien sûr faire oublier l'exploitation sexuelle dont elles sont les victimes. Il va sans dire que j'ai trouvé tout cela fort intéressant !
Chong n'est cependant pas la plus mal lotie. Ses charmes et ses (nombreux) talents, qu'ils soient d'ordre sexuel ou artistique, combinés à un caractère têtu et très affirmé, lui permettent d'échapper aux situations les plus sordides, et lui laissent entrevoir une porte de sortie (chance que ne connaîtront pas la plupart de ses "camarades", plus fragiles psychologiquement et physiquement, et très vite broyées par le poids de cette existence misérable). Lenhwa sera pourtant vendue à plusieurs reprises, passant de bordel en bordel, de concubin en concubin, et connaîtra moult souffrances, sans pour autant sacrifier son amour-propre. Cette jeune femme fière et farouchement indépendante reste maîtresse de ses décisions en toute circonstance, et son énergie communicative lui attire inévitablement la sympathie du lecteur, qui se prend à rêver d'un meilleur destin pour cette étonnante créature, qui restera pour moi l'une des figures féminines les plus marquantes qu'il m'ait été donné de croiser en littérature au cours des dernières années. On suit en tout cas ses aventures avec passion, et les 550 pages se lisent avec une grande facilité.
Dernier point : j'ai aimé le dépaysement procuré par ce roman, qui nous fait voyager à travers l'Asie, de Corée jusqu'en Chine, de Singapour à Nagasaki, en passant par les îles du royaume de Ryūkyū (devenues par la suite Okinawa), qui permettent à l'auteur d'évoquer le monde des samouraïs et l'emprise croissante du Japon sur la région. Chaque nouvelle destination est marquée pour Chong par un changement de nom, qui sera tour à tour Lenhwa, Lenka, ou encore Madame James.
Je reconnais avoir eu un petit coup de coeur pour ce très beau texte, inspiré d'une légende coréenne, dont Hwang aura finalement gommé tout le merveilleux, pour n'en retenir que les aspects les plus terriblement réalistes. Je suis convaincue du talent de cet auteur, lui-même marqué par la guerre (né en Corée du Nord et exilé en Corée du Sud avec sa famille en 1947, il participera ensuite à la guerre du Vietnam, de sinistre mémoire), et désormais très engagé dans un combat militant en faveur des droits de l'homme. J'ai lu plusieurs critiques évoquant Zola et Nana à propos de ce roman : la comparaison n'st pas absurde, et l'on retrouve effectivement chez Hwang Sok-yong des traces de ce naturalisme cher à notre cher Emile, lui-même très attentif au malheur et à la misère du peuple français.

Une superbe fresque historique et sociale, portée par une héroïne hors du commun. Coup de coeur.
Lien : http://leslecturesdeleo.blog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120

Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   12 septembre 2017
On cueillait le thé quatre fois dans l'année. La première fois, c'était en avril, après les premières pluies de printemps, quand s'achève la floraison des pruniers; c'est à cette période qu'on obtenait les meilleures feuilles, aussi délicates que des《langues d'oisillons》, comme on appelle ce type de thé. La deuxième fois, c'était en juin: le volume récolté était plus important; les feuilles, parvenues à maturité, supportaient une fermentation accrue et donnaient une boisson au goût plus prononcé. La troisième cueillette se faisait en août; les feuilles, qui avaient emmagasiné l'énergie yang d'un soleil puissant, du vent et de la pluie, donnaient une fois séchées un thé robuste, idéal pour affronter le yin de l'hiver. La dernière récolte avait lieu en octobre; très inférieure aux autres, aussi bien en volume qu'en qualité,  elle venait à point pour faire la soudure avec la nouvelle saison.
Aux dires des amateurs, les feuilles conservaient néanmoins une saveur toute particulière, lorsqu'elles avaient bien séché au soleil de l'automne finissant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
kuroinekokuroineko   13 septembre 2017
La musique soulevait des bouffées de vent dans le coeur des gens, elle y faisait pleuvoir une pluie fine, s'élever une tempête soudaine puis s'apaiser les éléments, laissant place au babillage de l'eau, au tintetintement des dernières gouttes, enfin au chant des oiseaux sous la lune et les étoiles.
Commenter  J’apprécie          150
collectifpolarcollectifpolar   15 mai 2021
Chong, étendue nue, regardait les taches que dessinait au plafond, dans l’obscurité, la lumière de la lampe accrochée dehors, sous l’avancée du toit. À côté d’elle, un étranger dormait, ronflant tout son soûl.
« Maintenant, je n(appartiens à personne. Me voici devenue la hwajia du Pavillon, la « fleur de la maison ».
Ainsi soliloquait-elle. Ce moment, elle mesurait toute la distance qui la séparait de la première nuit passée avec Maître Chen. Désormais, elle avait le sentiment que son corps lui était devenu étranger. La voix qu’elle entendait n’était plus celle de la jeune fille d’alors. La première nuit, il lui avait semblé que son âme était prisonnière de ce monde obscur, de cette eau profonde où on l’avait précipitée ; la vie qu’on lui faisait mener était pour elle un mystère effrayant. Mais maintenant, elle avait l’impression que quelqu’un qui se souvenait d’elle flottait au-dessus du lit pour regarder son corps nu. Elle glissa sa main sous l’oreiller et y retrouva la pièce d’argent en forme de sabot de cheval que Liangjung lui avait donnée avec cette superbe habituelle des hommes avant l’amour. Elle referma sa main sur la pièce tiédie.
« Je me suis vendue ! »
Elle repoussa la couverture, se leva, descendit du lit sans faire de bruit. Elle versa l’eau d’une grande jarre dans un bassinet, puis s’accroupit pour se lave le bas-ventre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
kuroinekokuroineko   14 septembre 2017
Devant Vous, Vénérés Aïeux, nous, Kazutoshi Toyomioya et Lenka Toyomioya, nous prosternons pour vous rendre compte de notre union et former le voeu que la paix règne sur notre famille. Qu'il fasse beau, qu'il fasse gris, puisse notre amour durer toujours, puissions-nous vivre cent ans ensemble.
Commenter  J’apprécie          70
Cazaubon78Cazaubon78   24 octobre 2021
Une couverture de soie brodée de chrysanthèmes et un traversin à taie rouge et bleue recouvraient l'épais matelas. Sur le mur d'en face, une fresque étalait une profusion de rochers aux formes extravagantes, de pins aux méandres compliqués et de pivoines épanouies. Un crachoir en porcelaine blanche, un mouchoir, une assiette de fruits, une longue pipe de forme étrange et un récipient d'huile qui ressemblait à un bougeoir étaient rangés sur les tablettes d'une étagère; tout à côté du lit, avait été placée une jarre surmontée d'un plateau et d'un coussin, qui devait servir de siège. Du côté du pied du lit se dressaient une vaste armoire rouge décorée de nacre et un paravent à deux panneaux. Il y avait aussi un brûle-parfum surmonté d'un couvercle en forme de tête de dragon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

autres livres classés : geishasVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
2672 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre