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Yuki Inoue (Éditeur scientifique)Karine Chesneau (Traducteur)
ISBN : 2877303349
Éditeur : Editions Philippe Picquier (23/04/1999)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 336 notes)
Résumé :

Née en 1892, vendue à l'âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l'apprentissage du dur métier de geisha. C'est un peu l'envers du décor qu'elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la " Mère " et des " grandes sœurs ".

Après son initiation sexue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
rabanne
  29 novembre 2017
J'avais lu et beaucoup apprécié la version romanesque d'Arthur Golden, "Geisha".
Ici, il s'agit de mémoires, d'un témoignage, compilant dates et événements marquants, une narration certes dénuée de romantisme mais non pas d'émotion.
Kinu Yamaguchi, quatre-vingt six ans, une ancienne geisha réputée du "quartier de plaisir" d'Higashi-Kuruwa, raconte une destinée touchante, depuis le jour où ses parents l'ont vendue en 1900 jusqu'aux années 1950, après la seconde guerre mondiale. Un long chemin d'apprentissage...
Ce récit nous parle d'abandon, de maltraitance, de soumission, de rêves et de désillusions. Il décrit un monde hyper codifié, un univers clos, un système vénal, sous couvert d'éducation artistique, de beauté et de grâce.
Les geishas étaient particulièrement respectées en tant qu'artistes accomplies et femmes cultivées, mais en réalité étaient des prostituées de luxe - dans le meilleur des cas, en fonction de la réputation de leur maison close, okiya - entretenues à vie par de riches protecteurs.
Kinu nous raconte d'ailleurs l'envers du décor, après son brutal dépucelage à 15 ans... Certaines geishas, dont elle a fait partie malgré son rang supérieur, devaient se prostituer (en plus des banquets, de la danse et la musique) obligatoirement jour et nuit pour pouvoir rembourser leur dette à la maison chargée de leur apprentissage.
Une totale émancipation étant rare avant une dizaine d'années de travail, une vie privée impossible, une véritable indépendance financière difficile...
Comparées à des "princesses" oisives, incapables de tenir un intérieur, elles étaient plutôt utilisées comme de précieux objets, entretenus mais décoratifs. Sujets suscitant la honte dans les familles, mais fascinant la société dite "normale".
Ce fut vraiment, culturellement (traditions et fêtes magnifiquement décrites), historiquement (évolution sous les différents régimes politiques, les deux guerres) et sociologiquement.
Une lecture très instructive !
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kuroineko
  30 octobre 2018
La geisha fait partie de l'imaginaire occidentale rattaché au Japon, aux côtés des samouraïs, des sumotori et des kamikazes. le succès international du livre d'Arthur Golden, Geisha, n'a fait que renforcer la fascination à l'égard de ces étranges poupées vivantes fardées et recouvertes de somptueux kimonos. Fascination, fantasme sur ce qu'on suppose de leur vie: artiste ou prostituée de luxe?
Yuki Inoue nous offre ici, avec Mémoire d'une geisha, le témoignage précieux de l'une d'elle Yamaguchi Kinu. Née en 1892, son récit nous transporte durant toute la première partie du XXème siècle, jusqu'aux débuts de l'après-guerre.
On y découvre une réalité dure et cruelle pour cette petite fille vendue par ses parents à une okiya, l'établissement où vivent apprenties et geishas, sous l'oeil rigoureux de l'okaasan qui tient à surveiller son investissement.
L'enfant doit ainsi non seulement se plier à un enseignement multiple et éprouvant, mais également servir son okiya en se mettant au service des grandes soeurs, geishas confirmées qui peuvent se montrer parfois d'une grande cruauté vis-à-vis de la concurrence à venir. Il est très long et douloureux le chemin avant de recouvrir son visage de fards et son corps de soies précieuses. Et le chemin n'est pas pour autant dénué de ronces et de pierres coupantes une fois parvenue à ce statut.
Kinu fait part sans pathos de son expérience, de ses premiers pas en tant que maiko, de son dépucelage traumatisant qui lui donne envie de s'enfuir. Car si la tradition voudrait qu'une geisha renommée ne s'offre sexuellement qu'à son danna, son protecteur, force est de constatée que bon nombre d'entre elles sont obligées de coucher avec plusieurs clients afin d'espérer rembourser plus vite la dette toujours croissante que l'okaasan détient sur elle.
Un témoignage très fort et loin des images enjolivées du monde des saules et des fleurs. Sous les parures fastueuses et le blanc masque de ces femmes se cachent des vies souvent difficiles, dans un contexte historique qui se tend de plus en plus sous les poussées impérialistes des autorités.
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GabyH
  01 mars 2014
Avec Mémoires d'une geisha, je voulais continuer mon incursion dans la littérature asiatique, avec un récit historique, biographique, inspiré d'une histoire vraie. Je désirais aussi découvrir ce monde souvent fantasmé des geishas, que je ne connaissais que très peu.
Bien que le roman m'ait permis de mieux comprendre ce qu'était une geisha et de quoi était fait son quotidien, je suis restée assez perplexe par la forme du récit. Très riche en description et détails historiques puisque la petite histoire rejoint la grande (invasion du Japon et guerres), le récit manque, à mes yeux, d'épaisseur humaine. La vie du personnage principal, une enfant vendue à une maison par ses parents pour devenir geisha, constitue une histoire tragique et pourtant, on peine à ressentir de l'empathie pour elle, hormis dans les moments où il est question de ses relations avec sa mère biologique (la tenancière d'une maison de geishas étant considérée comme la mère adoptive).
L'ensemble, s'il apporte une matière historique indéniable, reste sentimentalement plat, sans doute parce qu'il est écrit à la troisième personne. Il provoque même parfois un certain malaise, par exemple lorsque la narratrice laisse entendre que le fait de revêtir de beaux habits comble les geishas. Oubliant peut-être que celles-ci étaient contraintes à se prostituer pour payer leur « dette »…
Pour apprécier ce roman, il faut donc l'aborder comme un récit historique, descriptif, plus que comme une véritable biographie tant l'aspect sentimental, humain, émotionnel reste timide. C'est néanmoins un texte intéressant pour qui veut en savoir plus sur les geishas.
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ATOS
  29 novembre 2014
La geisha fait partie pour nous occidentaux de l' iconographie traditionnelle japonaise : un samouraï, une geisha, un pont, un cerisier, un jardin, . Voilà le décor est planté. Nous sommes au Japon. Trivial raccourci pictural je vous l'accorde. Quoiqu'il en soit la Geisha fait partie d'une de ces rudimentaires panoplies ethno-descriptives que toute culture utilise pour tenter d'identifier une culture différente de la sienne.
Le statut de Geisha est très récent dans la culture japonaise puisqu'il n'apparaît qu'au 18e siècle. Tout d'abord statut masculin durant environ une cinquantaine d'année , le geisha danse et chante pour animer les maison de thé. A partir de 1750 , les femmes endossent également cette fonction. Très rapidement leur statut particulier s'officialise, en 1779. Il perdurera dans sa tradition la plus stricte jusqu'aux années 1950. Voilà pour le côté historique de l'image. Les mémoires d'une Geisha nous invite à découvrir l'envers du décor. Retournons l'image : il est écrit au dos de la photographie : Kinu, enfant, 1892,Kanazawa, Japon.
La geisha, cette icône de l'esthétisme, des arts et de la culture, objet fabriqué, poli, lustré, laqué, codifié, calibré, élévé pour plaire et dressé pour satisfaire, a une histoire.
Si l'image est jolie, les couleurs quant à elles sont cruelles. Autant la perversion peut éventuellement accueillir son intelligence lorsque l'objet de celle ci est son auteur, tout autant celle ci devient intolérable lorsque que l'objet de cette perversion devient l'autre, cet autre qui est toujours issu et sciemment maintenu en état d'infériorité par rapport à l'auteur. Il n'existe pas de caste au Japon à proprement parlé ( mise à part le statut des Burakumin et des Hinnin ) . Mais au Japon comme dans nombre de sociétés humaines, il existe au moins deux classes : les riches, et les pauvres. Quand on a les moyens on se paie une prostituée, quand on a énormément de moyen on commande les services d'une geisha. Raffinement coutumier d'un certain langage.
Kinu, est née en 1896. Fille d'un artisan sculpteur, alcoolique et désoeuvré, elle sera vendue à l'âge de huit ans. 100 yens, 100 yens pour une vie. Elle aura mis plus de quinze ans à rembourser sa dette auprès de sa mère adoptive ( nom de la femme tenancière de la maison des geishas où Kinu fut officiellement inscrite). Jusqu'à l'âge de 12 ans elle aura été l'enfant esclave. Au service des ses grands soeurs, et de la mère. de douze à quinze ans : apprentie geisha, période durant laquelle elle apprendra l'art de satisfaire. A quinze ans cérémonie d'investiture : dépucelage obligatoire perpétré par un client choisi par « la mère ». Client qui aura grassement payé la mère pour pouvoir déguster le ventre de la jeune caille. Évidement officiellement, la geisha n'est pas une prostituée. de prostituée il n'y a en a qu'une d'enregistrée dans la maison a laquelle la geisha est rattachée. C'est le roseau qui recouvre le saule. Parce qu'il y a dette, il faut rembourser. Les parents de l'enfant ont bien encaissé l'argent. Mais il s'agit non d'une vente mais d'un prêt. Les parents encaissent, l'enfant remboursera. La geisha se verse avec avidité et frénésie dans les arts (musique, danse, chant et poésie) parce que cela fait partie de son éducation mais surtout parce qu'elle trouve là, et uniquement là, la seule échappatoire à son destin. C'est là que la geisha se réalise, s'exprime, se caractérise, trouve l'identité qu'on lui a volé.
Quartier réservé, ghetto du plaisir, monde des fleurs et des saules, peinture de larmes et de sang.
La prostitution existaient au Japon, bien avant que ne surgisse le statut de la geisha, et il existe malheureusement toujours, là bas comme chez nous, mais le statut de LA Geisha n'est pas une tradition ancestrale, il s'est engouffré dans l'histoire du Japon à partir d'une faille. Car ce sont en premier les filles de Samouraï qui furent élevées pour tenir ce rang. Samouraïs qui au 18e siècle se retrouvèrent sans travail, sans statut, et trouvèrent ainsi un moyen de caser leurs filles sans perdre la face. Une nouvelle classe de nonnes est née ; les soeurs du très haut et très digne monde du plaisir. La société japonaise a brusquement dans son histoire connu un séisme économique, politique et culturel. Les fondements de sa culture ont permis l'édification de ce système terrifiant. Toutes les cultures ont le revers de leur médaille. Toutes. le japon codifie, la France verbalise. le Japon intègre, la France rejette. Acception – déni ? Il se profile dans l'ombre toujours le visage que nous dissimilons.
Mais à quelque endroit où se meut le monde des plaisirs il faudra toujours qu'il se heurte aux frontières de l'interdit. Et cela n'est pas une éventuelle question de culture ou de civilisation , ni de quelconque espace spatiotemporel qui pourrait donner une bienheureuse mais toutefois intolérable justification à notre conscience, c'est une question de survie pour notre humanité.
Astrid Shriqui Garain
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Pappa
  08 mars 2018
Pour nous occidentaux, les geishas, comme les samouraïs, font partie d'un imaginaire magnifié par l'éloignement des cultures.
Ce que les geishas, ces femmes artistes, cultivées, aux manières parfaites doivent endurer de renoncement et de souffrance pour être ce qu'elles sont, ne nous est pas parvenu, ou si peu.
Ce livre témoignage, nous fait découvrir la cruelle réalité qui se cache sous le mythe.
Un livre dur et dérangeant, mais il faut parfois insister pour se faire entendre.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
NikozNikoz   31 octobre 2019
Finalement, les aberrations telles que la vente-formation des fillettes furent interdites.
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rabannerabanne   26 novembre 2017
Nombre de geishas des okiya de rang moyen et inférieur avaient deux patentes, celle de geisha bien sûr, mais également de prostituée. Sinon, elles ne pouvaient gagner suffisamment d'argent pour rembourser leur dette et se racheter. Au Fukuya en revanche, établissement supérieur, les deux professions étaient différenciées. Les geishas éprouvaient un sentiment de gratitude envers la prostituée qui, de par sa spécialité, se chargeait en général d'être la partenaire du client qui voulait coucher avec une fille.
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rabannerabanne   29 novembre 2017
En automne à Utatsuyama, les feuilles tombées des cerisiers recouvrent le chemin. Mouillées par les brèves averses de la saison, elles exhalent l'odeur aigre-douce des feuilles de sakura-mochi, des gâteaux de riz glutineux légèrement rouges fourrés de crème de haricots rouges et enveloppées dans de vraies feuilles de cerisiers salées.
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rabannerabanne   27 novembre 2017
En plein hiver, les petites filles devaient s'exercer la voix dans le froid. Soit elles se postaient devant la véranda du premier étage où les volets à pluie grands ouverts laissaient entrer la neige, soit elles affrontaient l'air glacial à l'extérieur.
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YunnlithYunnlith   11 septembre 2015
Quand sa femme, Mine, à qui son mari imposait toujours le silence, avait appris qu'il allait vendre leur fille dans une maison de geishas, elle s'était mise en travers de la porte pour l'empêcher de sortir.
« M'enfin... ça sera pas une prostituée ! Ça sera une geisha. Ferme-la ! » avait-il crié en lui lançant une gifle à toute volée. Puis, dans sa fureur, il s'était jeté sur sa femme qui protestait farouchement, contrairement à son habitude. Kinu se souvient encore de l'expression de son père qui ne cessait plus de donner des coups. Elle revoit sa pauvre mère en pleurs, effondrée de douleur sur les tatamis, et jamais elle ne pourra oublier ce visage ravagé par les larmes. La petite fille ne comprit pas à ce moment-là ce qui poussait Mine à s'opposer de la sorte à son mari.
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