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Misato (Traducteur)
ISBN : 287129478X
Éditeur : Kana (14/09/2002)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 89 notes)
Résumé :
France, au printemps 1770, l’archiduchesse Marie-Antoinette, fille de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse de Habsbourg, se marie à 14 ans avec un Bourbon, le futur Louis XVI. La dauphine est protégée à tout instant par le capitaine de la garde royale, Oscar François de Jarjayes, qui n’est autre que la fille cadette d’une respectable famille de soldats. Un jour, alors que Marie-Antoinette se rend à un bal masqué à l’opéra, elle y fait la rencontre d’un gentilhomme... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
30 octobre 2016
Aujourd’hui j’ai le grand honneur de vous parler d’un manga qui a changé l'Histoire du Manga, et plus encore…
https://www.youtube.com/watch?v=iR3EPigmdJY
"La Rose de Versailles" / "Lady Oscar" est plus qu’un shojo pionnier et référence, c’est une œuvre culte qui grâce à son adaptation animée est entrée dans l’éternité ! (je vous dis ça, pourtant je n’aime pas le shojo hein ^^) Et puis osons le dire : avec "Versailles no Bara", Riyoko Ikeda a plus fait pour la promotion et le rayonnement de la culture française dans le monde que tout ce qu’a pu faire en 40 ans le Ministère de la Culture français… Faut-il en rire ou en pleurer ???

Je suis obligé de contextualiser un peu pour expliquer l’ampleur du phénomène…
En 1968 année révolutionnaire s’il en est ^^, le manga Ashita ni Joe met le gouvernement dans l’embarras en lui mettant le nez dans son caca. Pour avoir la paix, les autorités décident de mettre fin aux mangas traitant de sujets sociaux… Pas de bol car les gekidas renaissent aussitôt sous l’étiquette seinen, et Go Nagai qui a des comptes à régler avec le Japon bien-pensant et coincé du cul cartonne avec ses shonens antisociaux. Mais ouf, on peut toujours compter sur les shojos et leurs inoffensives romances à l’eau pour calmer le jeu parmi le lectorat féminin… Oui mais non, Riyoko Ikeda révolutionne le genre et crée un phénomène de société avec sa saga consacrée à la Révolution Française ! Mort De Rire ^^
Riyoko Ikeda appartient au « Groupe de l'An 24 », avec Moto Hagio, Keiko Takemiya, Ryōko Yamagishi, Yumiko Ōshima, Yumiko Igarashi, auxquelles on peut facilement rajouter Chieko Hosokawa et Machiko Satonaka…
Ces auteures s’emparent du genre shojo qui à leur époque était encore largement écrit par des hommes (mais n’accablons pas Shotaro Ishinomori qui faire émerger des héroïnes fustigeant le rôle de femme au foyer, de Leiji Mastumoto qui transforme ses sylphides tantôt en déesses tantôt ou en démones, ou Buichi Terasawa qui transforme ses bimbos en détresse en bimbos strong independant women ^^), et lui offrent de nouveaux thèmes et de nouveaux codes tant graphiques que scénaristiques.
Le manga paru en 1971-1972 dans le magazine Margaret raconte initialement l’histoire de la reine du rococo Marie-Antoinette en s’inspirant de la biographie (hagiographie ?) du romancier autrichien Stefan Sweig. Le triangle amoureux formé avec Oscar et Fersen reprend tout les codes de l’amour courtois donc on se croirait dans une chanson de geste avec les alter egos d’Arthur, Guenièvre, Lancelot et Hélène. Mais peu à peu l’histoire se recentre sur Oscar qui devient la véritable héroïne du drame. La sixième fille d’un général est élevée en homme pour assurer les obligations d’une vieille famille aristocratique, et on part de "Princesse Saphir" d’Ozamu Tezuka pour mélanger le mystérieux Chevalier d’Eon agent spécial de Louis XV et le Chevalier de Jarjayes fidèle d’entres les fidèles de la dynastie Bourbon. Et puis dès le départ elle fait aussi la part belle à l’héritage de Victor Hugo et Emile Zola avec les sœurs Jeanne et Rosalie, la brune qui n’est qu’ambition et perfidie et la blonde qui n’est qu’altruisme et modestie…
Oui cela reste girly avec des personnages kawaii aux yeux de gobis, des trames étoilées ou enflorées, tout plein d’étranges émois, des sentiments exacerbés, des amours enflammées, des belles gosses et des beaux gosses en veux-tu en voilà, et les connaisseurs de l’anime seront surpris par les partis pris humoristiques rendant hommages aux gimmicks cartoonesques des 1950/1960 (j’avoue que j’ai bien ri aux crêpages de chignon des chipies, aux bouffées délirantes du Cardinal de Rohan ou aux raclées que grand-mère fout à André ^^)… Mais à l’aube du féminisme on nous offre un formidable portait de femme, et à l’aube de la démocratisation on nous offre le formidable portrait d’une aristocrate patriote qui fait le choix de défendre l’avenir de son pays plutôt que son passé. Femme passionnée, Oscar de Jarjayes ira jusqu’au bout de ses convictions tant dans sa vie privée que dans sa vie publique… Puisque chacun et chacune d’entre vous est allé à l’école autant vous dire que ça ne se finit pas bien, mais alors là pas bien du tout ! (et oui, encore un série sponsorisée par les mouchoirs kleenex…) Finalement, seule une poignée de personnages échappent à la guillotine pour participer à la suite intitulée "Eroica" dont bordel de merde on attend toujours la traduction dans la langue de molière !!!
Graphiquement les auteures du « Groupe de l'An 24 » étaient très proches les unes des autres. Reprise d’un style antérieure, émergence d’un style dominant, auteures influencées les unes par les autres, auteures ayant consciemment ou inconsciemment élaboré un style communément… Impossible de trancher, mais ceux qui écrivent « oh, c’est juste repompé sur Candy » me paraissent quand même assez incultes… Toujours est-il que ce style a été déterminant pour tous les grands charadesigners de l’âge d’or de la japanime et ce n’est dans doute pas un hasard si Michi Himeno a été infidèle à Shingo Araki en travaillant en solo sous la direction d’Osamu Dezaki à l’adaptation animée de ce manga culte…
Ce qui distingue l’auteure de ses consœurs, c’est la manière dont elle modernise énormément ses graphismes en très peu de temps : quand les choses s’animent on passe volontiers du découpage rectiligne au découpage oblique, pour les souligner les moments les plus intenses les innovations se multiplient et quand la passion l’emporte sur la raison les planches pètent la classe de ouf comme chez Shotaro Ishinomori et Go Nagai… J’imagine facilement que l’auteur de "Devilman" lui a rendu la pareille avec son récit court "La Sinistre Reine de Versailles"… ^^
Difficile de savoir pourquoi Riyoko Ikeda est ensuite passée d’un charadesign foncièrement féminin (qui sera repris par la plupart des auteurs des années 1970/1980, à commencer par Masami Kurumada pourtant inconditionnel des shonens virilistes ^^) à un charadesign foncièrement masculin. Les autres œuvres de l’auteure n’ont pas été éditées en France, mais en cherchant un petit peu on s’aperçoit qu’elle pose les bases du style de Kaori Yuki avant Kaori Yuki ("Angel Santuary"), et les bases du style de Fuyumi Soryo avant Fuyumi Soryo ("Cesare").

Chapitre 1 : "Dans le Tourbillon d'une nouvelle vie"

Chapitre 2 : "L'Ivresse de la gloire"

Chapitre 3 : "Un Amour interdit"

Chapitre 4 : "Capturez le Masque Noir"

Chapitre 5 : "La Souffrance d'Oscar"

TO BE CONTINUED…

Challenge Pavés 2016-2017 1/3
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Miaka
03 novembre 2013
C'est LE shôjo culte par excellence, celui qui a fait connaitre l'Histoire de France et le Château de Versailles aux japonais, La Rose de Versailles est un mastodonte du genre.
Sorti en 1972 dans le magazine Margaret (créée en 1963) de Shûeisha, LaRose de versailles (ベルサイユのばら, Versailles no bara), est un pionnier du shôjo. Il figure en effet parmi les premiers manga réalisés par une femme pour un public féminin. Jusqu'alors, le domaine était réservé exclusivement aux hommes.
Pendant un an (durée de publication de la série), les lectrices pourront découvrir les aventures d'Oscar, Marie-Antoinette, Fersen, Louis XVI et bien d'autres. Au total, la série comptera 10 tomes. Pas de doute, Riyoko Ikeda est productive.
En 1979, La rose de versailles est adaptée en anime par le studio TMS Entertainment. Pendant 42 épisodes, c'est une fresque épique que les téléspectateurs pourront savourer. Puis, en 1990, sort un film. Il s'agit en fait d'un recoupage de la série.
Fort de son succès, la série se voit également adaptée en film live(comprenez avec de vrais acteurs) en 1979. le film, réalisé par Jacques Demy (rien que ça), propose une réalisation mixte. Celui-ci ne sort qu'en 1997 en France et passe totalement inaperçu. Dernièrement, on peut même découvrir un drama ayant pour thème les fans d'Oscar, personnage principal de la série.
Au delà de son succès japonais, La Rose de Versailles est très bien accueilli par le public français avec la diffusion de l'anime rebaptisé Lady Oscar en 1986 dans l'emission RécréA2 d'Antenne 2. Il est rediffusé en 1989 toujours chez Antenne2 avant de migrer vers France 3 en 1998 chezles minikeums, emission culte de toute une génération.
Dans les années 2000, Lady Oscar est rediffusé deux fois. Une première fois en 2004 sur France 5 dans l'emission midi les zouzous (qui rediffuse de grands classiques comme Princesse Sarah ou Olive et Tom) et en 2005 sur la chaine Mangas.
La Rose de Versailles, comme le prouve ses nombreuses rediffusions est une série inter-générationnelle qui plaît toujours, malgré son âge. Par nostalgie ou par surprise de voir le mixte de deux cultures, les raisons d'aimer La Rose de Versailles sont nombreuses.
Pour les amateurs, il faudra attendre 2003 pour voir la série arriver en DVD mais surtout 2006 pour profiter de l'édition collector et de ses nombreux bonus (édition aujourd'hui bien plus courante que la version simple). Ainsi pendant 16 ans, c'est le dessin animé uniquement qui a fait le succès de Lady Oscar. le public français devra attendre 2002 pour que Kana publie les trois tomes (deux tomes plus un spin-off recueil de petites histoires) qui composent la série.
En 2011, l'éditeur réedite La Rose de Versailles dans une édition avec nouvelles jacquettes, plus actuelles, plus belles que les originales.
La Rose de Versailles est une oeuvre culte depuis les années 70.En trente ans, le succès du manga n'en démord pas, bien que ciblé avant tout pour un lectorat féminin il peut parfaitement plaire à un large public comme il le fait déjà depuis tant d'années.. J'ai connu ce titre toute petite par le biais de l'anime Lady Oscar et j'en suis devenue accro tout de suite. Loin de faire écho à l'anime, La Rose de Versailles en est un complément parfait car il permet de traiter plus en détail les moments de l'anime trop rapidement passés sous silence. Bien que ce soit un shojo, l'auteur ne s'attarde pas trois heures sur un élément pour faire durer la romance. On le sait,la fin ne sera pas des plus heureuses et les histoires d'amour tournent très vite à la tragédie (Ah André et Oscar! Mon couple fétiche!).
Diffusé à l'époque sur Récré A2 puis sur France 3 dans les minikeums, l'anime est bien plus célèbre que le manga. Appelé La Rose de Versailles (son titre original) il est édité par Kana depuis 2002. La série se compose de trois tomes, respectivement de 960, 920 et 335 pages. Des trois tomes, seuls les deux premiers « pavés » composent l'histoire telle que vue dans l'anime. le troisième se divise en 4 chapitres, racontant chacun une histoire différente se concentrant sur un personnage inconnu de la série télé: Loulou. Loulou est la nièce d'Oscar, petite fille turbulente qui n'a pas son pareil pour se fourrer dans les pires histoires possibles.
La chance de pouvoir lire des mangas sur l'Histoire de France, c'est assez rare et Riyoko Ikeda fait ça de manière exemplaire. Plus qu'un travail de création, La Rose de Versailles est avant tout un travail d'adaptation. Ikeda s'inspire beaucoup, voire un peu trop de la biographie de Marie-Antoinette de Stefan Zweig (Romancier autrichien né en 1881 et décédé en 1942). Zweig, qui avait une grande passion pour la reine de France, en avait aussi une vision légèrement déformée et romancée. Il lui excusait très facilement certaines erreurs et certains de ses défauts, la décrivant également comme une « reine de tragédie ». Ce que fait également Riyoko Ikeda.
La Rose de Versailles, comme chaque histoire à vocation historique comporte deséléments romancés et incorrects par rapport à la réalité, on a ainsi des erreurs, notamment sur les costumes qui ne sont pas de la bonne époque (comme ceux de la Garde. Oscar, par exemple, porte un costume napoléonien, rappelons que Napoléon devient empereur quelque temps après la révolution), mais l‘auteur s‘en excuse et reconnaît ses erreurs. Malgré ça, Ikeda s'en tire à merveille et offre une oeuvre très réaliste du dernier couple royal et de la révolution française. Lire La Rose de Versailles c'est comme prendre un cours d'Histoire de France en plus agréable mais attention tout de même!
Car si l'oeuvre est réaliste, certains personnages sont bien différents dans le manga par rapport à la réalité. Ainsi donc, Marie-Thérèse d'Autriche n'est pas aussi bienveillante et douce dans la réalité mais à plutôt un esprit rusée de mère, cherchant à s'immiscer dans les affaires de la France par le biais de sa fille poussée dans une destinée non voulue, Mercy, quant à lui, n'est pas aussi pacifique. Marie-Antoinette, bien que fidèlement décrite, n'a jamais choisi les ministres à la place du Roi qui était suffisamment intelligent pour ne pas mettre dans des mains frivoles les affaires de l'État. En parlant du Roi justement, il n'est pas si idiot et benné dans la réalité. Louis XVI était surtout timide mais il était intelligent, bien qu'il avait des plaisirs simples.
L'un des principaux défauts de l'oeuvre réside dans sa temporalité. Il est difficile de se rendre compte que plusieurs années passent, les personnages gardant leurs traits juvéniles.
Si l'empreinte de Zweig est très présente, on remarque surtout celle D Ikeda dans certains personnages comme Oscar, Rosalie, André, les soldats de la Garde française et le masque noir qui n'est pas sans rappelé Zorro ou encore Robin des Bois. Grâce à eux, on a une vision plus intimiste de l'Histoire et du récit dramatique aux nombreux rebondissements D Ikeda.
Le point fort de l'oeuvre, en dehors de son contexte, c'est son personnage principal: Oscar. Ah Oscar! On en rêve toute, elle incarne le prince charmant, l‘homme parfait et c‘est normal, car c‘est une femme! Oscar c'est notre chouchou, on ne peut s'empêcher de la voir comme un homme qu'on aimerait avoir, mais on pleure avec elle quand ses sentiments prennent le dessus et quand son coeur se brise. On craque toutes pour elle et c'est aussi le cas des jeunes filles du manga comme Marie-Antoinette elle-même et Rosalie qui est, sans aucun doute, amoureuse d‘Oscar. Alors oui, c'est ambiguë et pourtant, ça ne dérange pas. D'une parce que Oscar est considérée par tous comme un homme, de deux parce que les personnages savent faire la différence. Ils vivent avec leurs sentiments mais restent dans le politiquement correct. La Rose de Versailles est un monde avant-tout féminin où les hommes sont assez en retrait. Alors est-ce que l'on peut qualifier Lady Oscar d'oeuvre à tendance Yuri? Non. Car les sentiments ambiguës de la part des jeunes filles pour Oscar se traduisent avant tout par une forte admiration voire une adulation qui reste toujours saine.
L'auteur utilise beaucoup de références dans son manga. Ainsi, en plus des multiples références à la tragédie grecque dans le second tome, on peu s'amuser à voir un peu de Dumas dans le masque noir et Oscar, un peu de Zola dans le peuple et un peu d'Hugo dans l'histoire de Jeanne et Rosalie qui évoquent beaucoup les Misérables. C'est surprenant de voir une telle maîtrise de la culture française de la part d'un auteur étranger à celle-ci.
Mais là où l'oeuvre est la plus impressionnante c'est dans son graphisme plein de bons sentiments limite guimauve et de préjugés. Car oui! La Rose de Versailles est un manga pour filles, mais il est beaucoup plus que ça. Si l'on a vu l'anime en premier, le côté cartoon des sd qui rappellent le style de Tezuka peuvent déstabiliser quelque peu. Car au niveau visuel, l'anime est beaucoup plus sérieux et dramatique que le manga. Néanmoins, on s'y habitue vite. Grâce à son trait assuré et ses nombreuses recherches sur l‘architecture, l'auteur nous fait voyager dans une atmosphère romantique de la noblesse et enivrante de passion dans une France très fidèle à celle du XVIIIe. le plus impressionnant reste les yeux des personnages. On y retrouve la pâte des années 70 et c'est un émerveillement. Ikeda ne laisse aucun défaut à ce niveau, laissant son lecteur admirer son trait romantique et passionné sublimé par un découpage et une mise en page époustouflante.
Coté Edition, La Rose de Versailles pourra en rebuter plus d'un. C'est le cas des non-amateurs de gros pavés.Les deux premiers tomes de la série contiennent l'équivalent de quatre tomes chacun divisés en cinq chapitres soit mille pages par volume. le troisième, plus court est l'équivalent d'un seul tome. Ce choix rend l'édition plus fragile et forcément plus chère. Ainsi pour les deux premiers tomes, il vous faudra débourser 40 euros (20 € chaque) et 10 pour le troisième. Une somme assez justifiée vu le nombre de pages d'un tome. On pourra apprécier les pages couleurs en début de volume bien que cela reste un peu « cheap ».
En ce qui concerne l'impression et le rendu du papier, il n'y a rien à redire, le travail est bon.
Lien : http://miawka.wordpress.com/..
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emmyne
17 mai 2011
Lorsque j'étais plus jeune, petite fille pour le dire clairement, j'étais littéralement fascinée par le dessin animé Lady Oscar.
Maintenant que je suis une grande fille, j'ai enfin pris le temps de lire le manga ( publié en 1972-1973 au Japon ) dont est issu l'animé.
Ecrire que le dessin animé simplifie les intrigues et les personnages au profit de l'action et des sentiments peut sembler une évidence. Pourtant, je tiens à souligner cette évidence tant la différence m'a frappée.
Ce manga révolutionnaire - dans tous les sens du terme - était à l'origine classé comme shojô ( pour les jeunes filles ) mais il défie le genre. Les histoires dans L Histoire, les personnages sont bien plus complexes qu'il n'y paraît. Riyoko Ikeda a signé une fresque ambitieuse et foisonnante, romantique et tragique certes, aussi esthétiquement belle que passionnante.
Deux tomes grand format de plus de 900 pages chacun racontent la chute de la Monarchie en France autour de deux personnages féminins, psyché inversée, Marie-Antoinette et Oscar de Jarjayes, responsable de la Garde Royale, de leur enfance à leur mort, toutes deux victimes de la Révolution mais pas du même côté. Saga historique donc, car le second tome se poursuit au delà de l'assassinat d'Oscar devant la Bastille pour se clore sur l'exécution de la reine.
Sur un scénario brillant qui mêle finement la fiction aux interprétations et vérités historiques, de nombreux personnages réels se succèdent, L Histoire fournissant la trame : affaire du collier, la fuite dans le Petit Trianon, les Etats Généraux...Marie-Antoinette est autant l'héroïne de ce roman que Oscar, elles sont indissociables bien que le personnage de la reine soit moins fouillé, implacablement inscrit dans la tragédie, celui du destin, celui de l'amour impossible. Si le portrait d'Oscar rejoint ces connotations au théâtre antique ( de nombreuses et somptueuses planches du second tome le rappellent par les décors et les drapés ), l'ambivalence d'Oscar - femme contrainte de vivre comme un homme par devoir tout en faisant face aux regards de cette société hiérarchisée et codifiée qui n'ignore pas sa situation - est mise en scène avec brio en parallèle avec ses doutes sur la situation de la France et les privilèges de sa classe. Marginale, marginalisée, Oscar est un personnage particulièrement émouvant avec sa foi en des idéaux nobles qui ne sont plus ceux de la noblesse, assumant ses faiblesses et sa différence sans complaisance envers elle-même et les autres. L'autorité d'un homme, un coeur de femme. Certaines scènes relèvent de l'anthologie et mettent en évidence l'ambiguïté sexuelle et les règles monarchiques auxquelles elle est confrontée ( sa rencontre avec la jeune Rosalie élevée parmi le peuple qui s'apprête à se prostituer par misère, l'amour inconditionnel qu'elle va lui vouer, le bal donné par son père pour ses prétendants au cours duquel elle apparaît en uniforme de cérémonie de général de la Garde Royale affolant les demoiselles qui refusent de croire à sa féminité, l'accusation d'homosexualité lors du procès de Marie-Antoinette pour l'affaire du collier, lorsque qu'on l'interpelle ... " poupée de la royauté " ... - Vous allez danser avec un cavalier ? Ou une cavalière ? - Ce sera selon votre désir Majesté. " ); équivoque magnifiquement mis en image, en arrêt sur image devrais-je écrire, blanche silhouette féminine se détachant sur le fond sombre des pensées et des émotions.
Riyoko Ikeda parvient à retracer sans caricature - et bien que ce ne soit pas sa culture - l'atmosphère volage et perverse de la Cour, l'engouement de la population qui s'enthousiasme pour le jeune couple royal, promesse de renouveau, son amertume, sa détresse, sa colère dans son dénuement, à travers des situations quotidiennes dans lesquelles les personnages se croisent et interagissent.
Rappelons tout de même que, malgré sa densité, ce manga n'est pas un livre d'Histoire. Les histoires d'amour y tiennent un rôle fondamental. le récit, généreusement romancé au service d'un parti-pris racontant une reine délicate et pure, femme enfant-femme fleur, victime incomprise, est directement inspiré de la biographie de Marie-Antoinette qu'a signé Stefan Zweig - biographie que je recommande chaudement bien qu'elle soit particulièrement engagée - comme la mangaka le précise en préface. Ses choix graphiques confirment le souffle épique - découpages dynamiques des vignettes, portraits alternant avec les scènes en mouvement, soin du détail des costumes, jeux de perspective, fonds symboliques des sentiments...-
Riyoko Ikeda, toute jeune artiste, s'est investie avec passion dans ce manga : " Je me souviens d'avoir été submergée de travail au point de devenir tellement maigre que je devais faire des piqûres nutritives, d'avoir reçu de certaines femmes des lettres injurieuses, d'être tombée en dépression parce que je n'avais plus d'idées, d'avoir dessiné avec 40° de fièvre en me mettant des glaçons sur la main...J'avais à cette époque une passion à laquelle j'étais capable de tout sacrifier sans aucun regret, une idée fixe qu'on ne connaît pas plusieurs fois dans sa vie comme "l'explosion d'une étoile " pour reprendre l'expression de Stefan Zweig - "
Pour l'anecdote : dans cette préface, Riyoko Ikeda présente des excuses pour une erreur historique : " L'uniforme porté par Oscar date du début du XIXe siècle, de l'époque napoléonienne. Je l'ai choisi pour ses qualités esthétiques."
Du grand art malgré tout. A (re)découvrir. Pour le plaisir.

Lien : http://www.lire-et-merveille..
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Kawane
08 janvier 2016
Pas de la génération manga mais génération Alexandre Dumas ...
Je me disais chouette !je retrouve avec plaisir mes héros royaux favoris "repasteurisés.".!! .hélas ils n'ont guère l'épaisseur d'un roman de capes et d'épées et l'évocation historique est succincte...,
Cela foisonne de personnages et je me demande ce que l'adolescent qui lit ce manga retient de tout ça après avoir refermé le livre .... Les visages me font penser au dessin animé Culte "Candy"...à part les dessins romantico-noir et blanc......je m'arrêterai au volume 1.
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Narciss
10 août 2014
La Rose de Versailles...
Il n'est pas évident de parler de cette oeuvre lorsqu'elle vous a chamboulé comme elle m'a chamboulé. Elle a marqué ma vie. C'est peut être incroyable de dire ça d'un manga mais Versailles no bara est bien plus qu'un simple manga, c'est une incroyable leçon d'Histoire. J'ai vraiment vécu l'Histoire de France à travers ces personnages.
Riyoko Ikeda a su habilement et de manière si convaincante mêler la fiction à la réalité historique que l'on arrive plus à déceler l'un de l'autre.
On croit que Oscar et André ont réellement existé et on le souhaiterait si fort!
Marie Antoinette y est plus fascinante que jamais, derrière celle qui fut la dernière reine de France on y voit le destin d'une femme. On suit cette archiduchesse d'Autriche, de ses débuts en Autriche jusqu'à l'échafaud.
On y voit une fillette, puis une adolescente, une jeune femme et enfin une vraie femme.
Ce manga est vraiment exceptionnelle , je ne saurais pas trouver les mots pour vous convaincre de le lire mais s'il y a bien un livre que je conseillerais ce serait celui-ci!
Bonne lecture!
(PS:si vous avez la moindre question concernant l'oeuvre, je serais ravie de vous faire une critique plus compète et axé par MP)
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
AlfaricAlfaric19 mai 2017
[Robespierre] Messieurs ! Nous représentons 96% de la population française. Nous pouvons affirmer que nous sommes les véritables représentants des Français. Appelons les députés des deux autres ordres à se joindre à nous, députés du peuple !
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AlfaricAlfaric15 avril 2017
- J’étais si impatient qu’une nouvelle ère débute avec le nouveau roi… Mais notre vie n’a absolument pas changé et les prix ne cessent d’augmenter. D’après les rumeurs, Marie-Antoinette est très dépensière et le roi accepte tous ses caprices… Je suis désolé si je vous ai choqué… J’ai oublié que vous étiez colonel de la garde !
[…]
- Il n’est pas méchant, mais il est trop intransigeant…
- Il s’appelle « de » Robespierre… Est-il noble ?
- Non, mais il est issu d’une famille d’avocats et ils s’appellent « de » Robespierre depuis fort longtemps… Il est assez populaire dans notre ville. Il donne gratuitement des conseils juridiques aux pauvres ou aux personnes sans instruction.
+ Lire la suite
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AlfaricAlfaric24 octobre 2016
- Depuis quand lisez-vous ce genre d’ouvrages ? Jean-Jacques Rousseau ! Voltaire ! Traître ! Ce sont des lectures du peuple !
- Les œuvres remarquables trouvent un écho chez tous les hommes sans distinction de classes sociales… N’est-il pas dans la nature de l’homme de souhaiter lire des livres intelligents ?
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AlfaricAlfaric30 avril 2017
La reine et les invités du Petit Trianon ont-ils perdu la raison !? Ils vont jouer eux-mêmes au théâtre « Le Barbier de Séville » !? Des nobles vont jouer une pièce qui se moque de la noblesse !!
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AlfaricAlfaric24 octobre 2016
[Masque Noir à Oscar] Si je suis un voleur, vous les nobles, qu’êtes-vous ? Vous ne produisez rien de vous-mêmes, vous ne faites rien. Vous mangez ce qu’on prépare et vous portez les habits qu’on vous fabrique. Tu trouves que c’est mieux que d’être voleur ? Vous êtes les parasites d’un peuple misérable !
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