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EAN : 9782869597785
72 pages
Arléa (10/05/2007)
4.22/5   9 notes
Résumé :
Écrire ! À quoi bon une oeuvre, disait Marcel Arland, si elle ne peut se confondre avec l'amour, et si le chant qu'elle ébauche, tandis que je vais sur ma fin, ne peut monter d'un cour plus nu ?

Ces quelques mots illustrent admirablement le talent de Philippe Jaccottet, l'exigence, la rigueur et l'honnêteté de toute une vie consacrée à la poésie et à la traduction des plus grands.

Au cours de cet entretien entre un jeune homme et un poè... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Pasoa
  11 janvier 2022
C'est toujours avec un infini plaisir que je reviens vers l'oeuvre de Philippe Jaccottet, poète incontournable et qui demeure toujours aussi actuel.
En février 1988, dans le cadre d'une étude universitaire qu'il menait sur l'oeuvre de Philippe Jaccottet, Reynald André Chalard eut le privilège de rencontrer le poète dans sa demeure de Grignan. « de la poésie » est la retranscription de l'entretien qu'ils eurent à cette époque.
Le propos s'engage facilement. Dans un échange de questions-réponses, Philippe Jaccottet rend compte avec simplicité de son travail d'écriture, de sa méthode, de la fonction du langage, de ses rencontres.
En remontant le long cours de ses nombreux recueils, le poète décrit la part non intentionnelle de son écriture, cette part importante née du hasard, cette recherche d'un idéal de transparence dans lequel l'émotion a la part la plus belle. Pour maintenir cet équilibre, il faut selon lui savoir s'extraire de la pesanteur des mots, des certitudes, des croyances, pour laisser advenir ce dessaisissement de soi, l'instant possible de l'émotion, l'état d'une plénitude intérieure, d'une grâce.
"J'ai toujours le sentiment que ce n'est pas tout à fait moi qui écris comme un écrivain à sa table, mais que c'est ma vie, les jours de ma vie qui écrivent." En plus de la recherche d'un idéal esthétique, les événements de la vie, les moments les plus difficiles comme les plus heureux, ont une vraie influence dans l'écriture de Philippe Jaccottet.
Ce qui marque l'écriture du poète romand, c'est ce point de rencontre inaltérable entre l'intime et l'universel, entre l'inconnu et un rationalisme simple, qui renonce à tout expliquer, à tout répertorier.
La poésie de Philippe Jaccottet a cette double acception : l'harmonie dans l'ordre du réel que nous procure l'expérience de la vue d'un paysage, une promenade en forêt, le parfum d'une fleur,…) et une expression particulière du langage. La poésie est chez Jaccottet cette possibilité de faire remonter l'émotion à la conscience, de mettre cette expérience, cette émotion en mots, en langage.
Au gré de l'échange, Philippe Jaccottet évoque l'influence dans son écriture des haïkus japonais, des lectures de Platon, de Rilke, de ses rencontres, de ses amitiés avec Francis Ponge, Yves Bonnefoy, Giuseppe Ungaretti, ...
"De la poésie" est la rencontre de deux hommes qui avaient beaucoup à partager, à se dire. Un échange teinté d'érudition mais aussi de plaisir à évoquer toute la beauté subtile et généreuse de l'oeuvre de Philippe Jaccottet.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   23 août 2020
il y a eu comme de petites épiphanies inattendues [...] On n’est pas allé se promener en attendant de rencontre des anciens dieux… C’est sorti du sol comme cela, beaucoup du jeu de la lumière sur les choses
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Videos de Philippe Jaccottet (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Jaccottet
« […] Je ne puis oublier ce rôdeur. Comme il s'effaçait en marchant ! On aurait dit qu'il cherchait non seulement à ne pas peser sur le sol, mais encore à ne pas déranger l'air de chaque côté de son corps : il s'émaciait, s'allégeait. Il n'était presque plus rien que le tremblant et douloureux point de rencontre de quelques souvenirs, de quelques visions. […] » (Philippe Jaccottet, Un poète suisse-français : Edmond-Henri Crisinel, L'entretien des muses, Éditions Gallimard, 2015)
« Chez Edmond-Henri Crisinel (1897-1948) […] la poésie ne s'est nullement développée organiquement avec les années ; elle a été un affleurement d'ombres et de trésors profonds que recouvraient d'ordinaire les eaux du quotidien le plus monotone, le plus quotidien. […] le deuxième affleurement, c'est le récit en prose d'Alectone et son épilogue plus tardif, Nuit de juin (1939-1945) […]. Un sentiment de culpabilité extrêmement profond […], une intense nostalgie de la lumière mais aussi du goût pour les ténèbres […], telle fut, nourrie, creusée, authentifiée par l'expérience de la folie, la matière de sa poésie. À cause de sa souffrance, de son angoisse, de son égarement, Crisinel avait entendu des plaintes, surpris des regards, entrevu des mondes dont il ne lui était pas difficile de comprendre qu'ils étaient, même réprouvés, plus réels dans leur ambiguïté que la mécanique de sa vie apparente, que les dialogues et les rapports préfabriqués d'un monde qu'il n'habitait d'ailleurs pas vraiment. Disons qu'il avait éprouvé, non seulement deviné ou appris, que l'homme est un abîme, que cet abîme est horreur et merveille tout ensemble ; fasciné, il avait peine à en détacher le regard. Il en avait peur, mais sans doute aimait-il aussi la volupté mêlée à cette peur. […] Par la poésie, il amenait son combat avec les ombres dans le monde du jour, il le communiquait et s'en rendait maître ; ou, mieux, il chantait avec une joie tremblante sa passagère victoire, il remerciait d'avoir retrouvé la terre, enrichie de ce qui flotte par-dessous : les fautes, les larves, les morts. L'expérience de l'asile de fous n'est plus […] qu'une sorte de cavité, de creux sombre qui donne plus de résonance à la musique un peu grêle des cordes. […]
[…] Lentement, il écrivit Alectone, un bref récit qui est son plus beau livre […]. Pour triompher plus sûrement de ses démons, ou pour goûter une fois de plus à leur troublante présence, ou encore pour l'un et l'autre, Crisinel s'efforça de mieux cerner le détail de son expérience […].
[…] Ces visions […] nous paraissent d'autant plus pénibles que nous savons que Crisinel ne leur a échappé, un an plus tard, que par le suicide. Prouvant ainsi par un geste presque inconcevable chez un être aussi craintif, aussi frêle, la vérité de l'écrit ancien, de la prophétie d'Alectone :
Il ne te sera pas laissé de répit dans l'humiliation, la détresse et l'outrage que tu ne sois mort, parfaitement mort...
[…] » (Philippe Jaccottet, Un poète suisse-français : Edmond-Henri Crisinel, L'entretien des muses, Éditions Gallimard, 2015)
« […] La maison dort, mais ceux qui l'habitent continuent le jeu, mus par la force qui gît dans les ténèbres, devant d'impassibles témoins.  […] »
« […]
« Corps et âme, je t'appartiens désormais, Alectone ! À demi-mot, tu me le fais comprendre, selon tes voies détournées, familières à ceux qui ont commerce avec les douces créatures de l'enfer. Plutôt se crever les tympans que d'entendre tes insinuations, plus insupportables que les piqûres du taon attaché aux flancs de la génisse errante ! Mais que t'importent les oreilles grossières, Alectone, ta voix est plus puissante que celle de l'homme qui crie vengeance, elle traverse les déserts de la surdité même, quand tu veux frapper ta victime, lui faire payer le prix de sa témérité. » (Edmond-Henri Crisinel, Alectone, première partie)
0:04 - Alectone [Première partie] 1:43 - Alectone [Deuxième partie] 3:03 - Alectone [« … »] 4:58 - Nuit de juin 7:10 - Générique
Référence bibliographique : Edmond-Henri Crisinel, Alectone et textes en prose, Bibliothèque numérique romande, 2021. https://ebooks-bnr.com/crisinel-edmond-henri-alectone-et-textes-en-prose/
Image d'illustration : https://www.youtube.com/watch?v=KF17_6KXStg
Bande sonore originale : Carlos Viola - The Unknown
Site : https://thegamekitchen.bandcamp.com/track/the-unknown-2
#EdmondHenriCrisinel #Alectone #PoésieSuisse
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