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Sylvie Regnault-Gatier (Autre)Susumu Susuki (Autre)Hisashi Suematsu (Autre)
ISBN : 2253035297
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1984)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 161 notes)
Résumé :
Prix Nobel de littérature en 1968, Yasunari Kawabata ne révéla peut-être jamais aussi bien que dans les cinq nouvelles de La Danseuse d'Izu la poésie, l'élégance, le raffinement exquis et la cruauté du japon.
Est-ce là ce « délicat remue-ménage de l'âme » dont parlait le romancier et critique Jean Freustié ? Chacun de ces récits semble porter en lui une ombre douloureuse qui est comme la face cachée de la destinée.
Un vieillard s'enlise dans la compa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  25 septembre 2013
La Danseuse D'Izu est en fait un recueil de cinq nouvelles très intelligemment constitué et portant le titre de l'une d'entre-elles. Bien que les nouvelles aient été écrites à des époques différentes et dans des conditions extérieures fort dissemblables, le recueil, par sa structure ordonnée et progressive, dit plus que la somme de chacune des nouvelles qui le constitue, comme un message surajouté au signifié propre de chaque histoire.
Dans ce recueil, on passe du Japon traditionnel, pas forcément le Japon heureux, mais celui dont le souvenir est heureux, au traumatisme, notamment exercé par la seconde guerre mondiale mais que Yasunari Kawabata (ou l'inverse si l'on veut faire plus japonais) n'évoque jamais vraiment telle quelle, puis au constat du désastre et enfin à la reconstruction dans un Japon muté, si proche dans le temps de l'autre, mais si lointain dans les moeurs et dans l'esprit, de celui qui s'est éteint avec la capitulation.
C'est cette dimension-là que procure le recueil et qui ne transparaît pas comme telle dans l'une ou l'autre nouvelle lue séparément.
1) LA DANSEUSE D'IZU
Première nouvelle du recueil, nouvelle-titre, dont une sensualité phénoménale se dégage. Comme souvent sous la plume de Kawabata, les gestes les plus simples, les rencontres les plus anodines prennent un tour d'attraction physique indéfinissable. Mais comme toujours également chez lui, le mot qui vient immédiatement à l'esprit pour caractériser son oeuvre est le mot pudeur.
On ne parle que d'amour, que d'attirance, et pourtant c'est toujours incroyablement élégant, toujours très suggéré, très feutré, très raffiné.
La Danseuse D'Izu, c'est l'histoire d'une rencontre, brève, quelques jours, entre un lycéen en villégiature et une troupe de forains.
Les forains, qui semblent jouir d'un statut social et d'une considération des plus détestables à l'échelle du Japon d'alors, paraissent néanmoins très bien vivre leur condition. Ils sont originaires d'Izu et regagnent leur port d'attache en cheminant de ville en ville en proposant leurs services.
La plus jeune de la troupe, la danseuse est remarquablement belle et notre étudiant l'a remarquée. Pourra-t-il cheminer auprès de cette troupe itinérante ? Approchera-t-il cette inaccessible danseuse ? Qu'adviendra-t-il quand leurs chemins devront se séparer ?
Ça, ce sera à vous de le découvrir, si vous en avez l'envie.
2) ÉLÉGIE.
Dans Élégie, l'auteur visite le thème de la réincarnation sous un angle quasi métaphysique ou, à tout le moins, situé quelque part à mi-chemin entre poétique mystique et raisonnement logique étayé sur des observations.
Il s'agit d'une manière de confession d'une femme qui a été et demeure follement amoureuse d'un homme pour lequel elle a été fiancée, peut-être mariée (l'histoire n'est pas très claire à ce sujet) puis délaissée au bénéfice d'une autre avant que celui-ci ne décède accidentellement. C'est donc dans des fleurs de pruniers ou autres représentants déposés çà et là sur l'échelle de l'évolution qu'elle recherche les vestiges de l'homme qu'elle a aimé.
Il y a évidemment et poésie et nostalgie enfouies en ces quelques pages, d'où ce titre évocateur, mais c'est aussi une vision extraordinairement moderne sur la dissémination de la matière après la mort des êtres vivants.
3) BESTIAIRE.
C'est une étonnante nouvelle où il est question d'un homme, jamais plus nommé que « il », et qui, faute de savoir vivre avec les hommes en général, et les femmes, en particulier, se réfugie dans toutes sortes d'élevages à la maison, notamment de petits oiseaux chanteurs.
Tâche délicate s'il en est, voire véritable gageure tellement certaines de ses petites espèces sont délicates.
Pourtant la pensée d'une femme le hante. Une danseuse qu'il a aimée autrefois, qui était belle et distinguée, qui est devenue vulgaire et aguichante. (Tiens ! ne serait-ce une allégorie du Japon, par hasard ? Il y a quelque chose là-dessous ou je ne m'y connaît plus en message codé Kawabatesques.)
L'amour pourrait-il renaître ? Pourquoi IL s'évertue-t-il à n'élever que de petites espèces locales peu colorée plutôt que ces traditionnels oiseaux à la beauté spectaculaire ? C'est ce que je vous laisse découvrir dans ce texte tout en suggestion.
4) RETROUVAILLES.
Voilà un texte fort, symbolique et poétique, sur le Japon meurtri, défiguré, occupé, de l'immédiat après-guerre. Parmi les ruines, des hommes essaient de continuer à vivre, avec les bribes de la vie d'avant qui leur reste ou même plus rien du tout pour bon nombre d'entre-eux.
Yûzô fait partie de ceux-là lorsque, par hasard, il rencontre Fujiko, celle qui fut sa maîtresse avant la guerre. Seule et abandonnée de toutes parts, elle a encore plus difficilement vécu la période.
Mais tout à coup, pour l'un comme pour l'autre, c'est tout un monde oublié qui ressurgit de leurs mémoires, l'histoire d'un temps où ils étaient fiers et nobles dans leurs coeurs, pas piteux et pitoyables comme aujourd'hui, à l'image du Japon dévasté. Que va produire cette retrouvaille ? À vous de voir.
5) LA LUNE DANS L'EAU.
Enfin, cette dernière nouvelle évoque avec tact et subtilité tout un monde contenu dans un miroir. le monde que reflète le miroir est-il différent ? meilleur ? ou moins bon que le véritable ? Peut-on voir la vie avec un oeil dans le rétroviseur ? Qu'est-ce que tout cela signifie ?
Certes, je ne suis pas une inconditionnelle de Kawabata, mais il est indéniable qu'à chaque fois, il sait créer des ambiances, un peu à la « In The Mood For Love » qui sont du plus bel effet et très dépaysantes dans le paysage littéraire. de temps en temps, donc, j'aime beaucoup m'y plonger, comme dans un bain furtif au milieu d'une pièce inconnue où brûle l'encens près de la baignoire nacrée et où filtre une lumière irréelle sur une fleur d'orchidée. Cela me met, l'espace d'un instant, du coton plein la tête, mais ce n'est là bien sûr qu'un ressenti éminemment personnel, une éphémère sensation, une frêle vibration intérieure non généralisable, autant dire, pas grand-chose.
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le_Bison
  20 mars 2013
Avant de démarrer un nouveau Kawabata, je me pose toujours cette question futile : « est-ce que ses livres n'ont pas un peu vieilli ? ». Je me souviens de mon tout premier livre japonais, je l'avais acheté dans une boutique d'occasion et de vieux livres, juste avant de faire zazen dans le dojo à 50 m de là. C'était « Les Belles Endormies ». A l'époque, j'étais donc jeune et beau. Or moi, j'ai vieilli donc pourquoi qu'il n'en serait pas de même pour « La danseuse d'Izu ». Ainsi pour répondre à cette première interrogation, je te dis clairement : « Non. »
Avant de me plonger dans la lecture d'un nouveau Kawabata, j'ai donc cette grande attente. Cet auteur m'a fait découvrir la littérature japonaise. Sans lui, il n'y aurait pas eu dans ma bibliothèque des romans de Haruki Murakami. Et sans lui, peut-être même que Haruki Murakami n'aurait jamais écrit. Car, je vois bien ce dernier en digne successeur de Kawabata. Une prose très poétique, très imagée, qui n'hésite pas à marquer des silences entre les mots. L'écriture est fluide mais prend son temps, elle regarde, elle observe, elle imagine. Alors, je te le redis clairement : « Oui. Je continuerai à lire du Yasunari Kawabata, je n'en suis qu'à la moitié de son répertoire ».
« La danseuse d'Izu » regroupe 5 textes, courtes nouvelles d'une trentaine de pages chacune. Une partie a été écrite dans les années 30, l'autre juste après la fin de la guerre. Elles parlent de ce Japon d'après-guerre, de ce retour de soldats déchirés et désoeuvrés. Elles évoquent le monde des arts avec cette danseuse d'Izu, de ces geishas en kimono aux motifs si colorés et à la peau si blanche et parfumée. Elles côtoient le monde des morts, le monde des fleurs, la beauté et le silence. Elles m'immiscent au bouddhisme, elles partent à la rencontre des âmes défuntes. Je garde notamment en tête la nouvelle « Élégie » qui traite de façon si poétique de la transmission et de la métempsycose. A propos de métempsycose, si tu veux en découvrir plus, tout en restant dans le roman, regardes du coté d'Hitonari Tsuji. Ce dernier n'a pas la réputation, ni même le répertoire, d'un Murakami, mais il m'apparait comme un auteur essentiel de la littérature japonaise contemporaine.
[...]
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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pdemweb1
  10 novembre 2014
C'est ma seconde lecture de la danseuse d'Izu. La première lecture remonte , il y a vingt ans ..., je n'avais pas été fort sensible à la poésie, ni au sujets des nouvelles. Depuis j'ai vieilli, et la nostalgie qu'exprime Yasunari Kawabata dans ses nouvelles est devenue à ma portée.
Yasunari Kawabata a su me faire partager sa nostalgie par l'expression des sentiments de ses personnages.
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Ambages
  13 novembre 2018
" Mais, lisant un jour un chant élégiaque de réincarnation, j'en fus inspirée ; je retrouvai le don d'aimer avec générosité vous, le ciel, la terre et toutes les choses.
Je la dois à la tristesse des amours trop humaines, mon élégie ! "
C'est beau, sans doute mon préféré. C'est du cristal et pourtant lorsque l'on tourne le doigt sur le bord des mots de Kawabata, on entend ce son qui monte des profondeurs et qui effraie. Personnellement j'adore ce jeu de funambule qui inquiète autant qu'il charme. Un petit recueil de nouvelles, très différentes les unes des autres qui ont ce petit quelque chose d'intime qui jongle avec la mort sous cette écriture délicate et terrible.
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5Arabella
  02 août 2016
Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en revue en 1926, et en volume dans un recueil de nouvelles portant le même titre en 1927. le texte eut beaucoup de succès dès sa parution, un succès qui ne s'est jamais démenti.
A l'origine du récit, un voyage du jeune Kawabata en 1918 dans la péninsule d'Izu, presqu'île montagneuse, et sa rencontre avec une troupe d'artistes ambulants, le récit semble très fortement inspiré par cette expérience vécue de l'écrivain.
Il s'agit d'un texte court, apparemment très simple et linéaire, juste la description d'un voyage à pieds d'un lycéen dans la péninsule encore très sauvage et préservée d'Izu (on appellerait cela une randonnée aujourd'hui). le récit n'a à proprement parler rien de romanesque, il ne fait que décrire les petites événements de ce voyage, les rencontres, discussions, repas, haltes d'étapes ....
La route de notre lycéen croise d'abord par hasard celle d'une troupe d'artistes ambulants, qui se produisent tout au long de leur voyage, en fonction de la demande ; il se sent très vite attiré par eux et surtout par une jeune danseuse et décide de faire la route avec eux, de partager un peu de leur vie aventureuse et difficile.
Un charme fou se dégage de ce texte, en apparence si limpide et naturel, la merveilleuse écriture de Kawabata, fine et précise arrive à donner vie aux paysages, aux villages, et surtout aux gens, qui décrit par les petits gestes et les propos anodins de tous les jours nous livrent pourtant leur essence la plus profondes et la plus universelle.
C'est la magie de Kawabata que de nous faire éprouver ou tout au moins entrapercevoir, dans un texte si court, et pourrait-on-dire si modeste, toutes la gamme des sensations ou sentiments les plus essentiels ou fondamentaux : le trouble et le rayonnement d'un amour naissant, la souffrance de la séparation inéluctable, la douleur éprouvée à la mort d'un être cher, la complexité des relations parents-enfants, l'impitoyable réalité des hiérarchies sociales, l'insouciant sentiment de toute puissance juvénile, et l'impuissance de la vieillesse....
Le tout baignant dans une sensualité de chaque instant, ou tout est source de sensations intenses et uniques.
Un texte à lire, à relire, sans modération, rien que pour le plaisir...
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   01 octobre 2013
La jeune femme s'émerveillait de la richesse, de l'immensité du monde reflété dans ce qu'elle avait considéré jusqu'alors comme un simple objet de toilette. [...]
" Dans la glace, le ciel brille comme de l'argent ", fit-elle un jour, puis, levant les yeux pour regarder par la fenêtre, elle ajouta : " Tandis que l'autre est gris, nuageux. "
Certes, le ciel du miroir ne présentait pas l'aspect plombé du ciel réel : il étincelait. [...]
" - En effet, un gris éteint. Pourtant, sa couleur n'est peut-être pas la même pour les yeux des moineaux et des chiens que pour les nôtres. Alors, comment savoir qui perçoit la nuance exacte ?
- Ce miroir serait-il un œil ? "
Kyôko l'aurait volontiers appelé l'œil de leur amour. Les arbres y paraissaient d'un vert plus tendre que les arbres véritables, les lis d'une blancheur plus éclatante.

LA LUNE DANS L'EAU.
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Nastasia-BNastasia-B   30 septembre 2013
Ayant passé d'un ou deux ans la quarantaine, il venait à penser que les souffrances et les tristesses de la vie se résolvent dans le cours du temps, que les obstacles et les difficultés tombent un beau jour d'eux-mêmes ; il en avait déjà vu pas mal. Qu'on se démène dans l'inquiétude et la folie, que l'on contemple en silence, les bras croisés, en fin de compte, le résultat sera le même.

RETROUVAILLES.
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le_Bisonle_Bison   14 mars 2013
Quand une fleur se fane ici-bas, son parfum monte jusqu’au ciel ; alors, la même fleur s’épanouit là-haut. Toute la matière du Pays de l’Esprit est constituée par les parfums qui s’élèvent de la terre. Si l’on y prend bien garde, on s’aperçoit que chaque objet, chaque être, dégage, en mourant, en pourrissant, une odeur particulière : celle de l’acacia diffère de celle du bambou, celle du chanvre pourri de celle du drap en décomposition.
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Nastasia-BNastasia-B   21 septembre 2013
L'énergie de la matière est impérissable ; voilà ce que j'ai compris pendant la première moitié de ma vie, moi, jeune femme à intelligence pourtant superficielle ; faudrait-il supposer que la force de l'âme soit seule périssable ? Pourquoi ce mot : âme, ne serait-il pas un attribut de l'énergie qui coule à travers toutes créations du ciel et de la terre ?
La notion d'immortalité de l'âme exprime peut-être l'amour des hommes pour la vie, pour leurs morts, mais c'est par une habitude triste et dérisoire que nous croyons conserver dans l'autre monde notre personnalité d'ici-bas, et y emporter nos amours et nos haines. La mort peut séparer parents et enfants, ils resteraient parents et enfants ! Les frères vivraient en frères dans l'au-delà ! Il paraît que la plupart des esprits des morts, en Occident, décrivent un autre monde à l'image de la société... Ah, je trouve bien triste cet attachement obstiné à une vie qui ne respecte que l'homme !
Plutôt qu'habiter le monde pâle des fantômes, je voudrais, après ma mort, devenir une blanche colombe, une tige d'anémone. Une telle conception nous permet de nourrir ici-bas des affections tellement plus larges, tellement plus libres !

ÉLÉGIE.
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Nastasia-BNastasia-B   30 juin 2013
Qu'elle est pénible cette coutume des vivants d'invoquer les morts ! Cependant, je ne peux pas m'empêcher de penser que la croyance que l'être survit en conservant, dans le monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur est encore plus triste.

LA DANSEUSE D'IZU.
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Vidéo de Yasunari Kawabata
"Le grondement de la montagne" de Yasunari Kawabata.
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