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EAN : 9782253041535
192 pages
Le Livre de Poche (01/04/1987)
3.91/5   241 notes
Résumé :
Kyôto, qui fut écrit en 1962, est sans doute l'oeuvre de Kawabata qui explique le mieux son suicide, dix ans plus tard - comme d'ailleurs le suicide de tant d'écrivains et de grands intellectuels japonais postérieurs à la révolution " (autrement dit : l'européanisation forcenée) de l'ère Meiji. Kyôto raconte l'histoire de deux jumelles, très tôt orphelines, qui ont été élevées séparément. Elles ne se retrouvent qu'une fois devenues jeunes filles. Mais elles ont été ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
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KATE92
  25 août 2012
Kyôto : c'est la visite de l'ancienne capitale impériale, ses quartiers, ses fêtes, ses coutumes, à travers les yeux de deux jumelles séparées à la naissance qui se retrouvent à la frontière de leur majorité.
Kawabata décrit ainsi un rapprochement délicat entre l'opposition de la tradition et de la modernité à Kyôto et l'opposition entre une enfant ayant vécu à la ville, et l'autre à la campagne.
Son style aérien et direct retranscrit à merveille les sentiments ambigus de ses personnages et semble vouloir solidifier pour toujours un Kyôto populaire et folklorique en voie de disparition à l'époque et pratiquement disparu aujourd'hui.
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isanne
  01 octobre 2020
N'avez-vous jamais l'impression qu'il existe des fils tendus entre les lectures que vous faites même si celles-ci sont très différentes les unes des autres ?
N'avez-vous jamais été étonnés de voir les sujets se croiser entre deux livres successifs que vous lisez alors qu'ils traitent de sujets tout à fait différents ?

En lisant ce livre de Yasunari Kawabata, Kyôto, au delà de l'intrigue qui guide le récit, c'est la magie de l'écriture de l'auteur que j'ai admirée.
Même si on se prend d'intérêt pour l'histoire de ces deux soeurs jumelles séparées à la naissance et qui se retrouvent à l'âge adulte, même si, au travers de ces deux existences, on découvre les deux faces d'un même Japon entre traditions et désir de modernité occidentale, c'est avant tout l'atmosphère créée par l'écrivain qui touche le plus le lecteur et c'est cette atmosphère davantage que la réalité des deux soeurs qui reste en mémoire, une fois la dernière page du livre tournée.
On ne peut que se souvenir des paysages, des évocations de la nature, des couleurs des cerisiers en fleurs et autres éclosions d'azalées, de la majesté des cryptomères, des saisons qui sont évoquées, de la description des fêtes traditionnelles au Japon, de l'histoire des tissus, du tissage de ces ceintures qu'on imagine si bien, de l'atmosphère des quartiers visités et des senteurs des bols de thé.
C'est le récit de toute une culture qui nous est partagé.

Ce livre est un peu, comme un tableau qu'on aurait regardé de longs moments pour s'en imprégner et qui laisserait sur la rétine comme un chatoiement de couleurs.
L'écriture de Yasunari Kawabata se déroule toute en petites touches comme celles d'un impressionniste qui se ferait poète.
Les impressionnistes habitaient mes précédentes lectures, et dans le livre d'Alexandre Bergamini sur son voyage au Japon, "Vague inquiétude", une phrase de Vincent van Gogh dans une de ses lettres à son frère Théo, résumerait finalement aussi bien l'écriture de ce livre de Yasunari Kawabata qu'elle résume la délicatesse de la peinture Japonaise : "J'envie aux Japonais l'extrême netteté qu'ont toutes choses chez eux. Jamais cela n'est ennuyeux et jamais cela parait fait trop à la hâte."


Pardon pour cette critique par trop personnelle, mais qui me permet de dire combien cette première incursion dans l'univers de cet écrivain a été un moment de lecture fabuleux.

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sandrine57
  02 janvier 2021
Le jour de la fête de Gion, Chieko rencontre par hasard Naeko, sa soeur jumelle. Bien sûr, Chieko savait qu'elle avait été adoptée par la famille Sata, un couple de riches négociants en tissus de Kyôto, mais elle ignorait l'existence d'une soeur. Pour elle c'est un choc alors que pour Naeko c'est une rencontre naturelle. Elevée à la montagne, recueillie par une famille d'exploitants forestiers spécialistes des cryptomères, la jeune fille n'avait jusqu'ici jamais voulu approcher sa jumelle craignant qu'une simple paysanne n'indispose une jeune fille aisée et moderne. Pourtant, Chieko cherche à se rapprocher de Naeko, mais est-il possible de réunir ce qui a été séparé à la naissance ?
Un petit bijou de poésie et de délicatesse qui fait découvrir les beautés de Kyôto au fil des saisons. A chaque période de l'année, un festival, une tradition, une merveille de la nature. Tout cela est-il voué à disparaître ? Kawabata situe l'action de son roman dans les années 60, quand le Japon semble vouloir s'américaniser. On trouve de plus en plus de postes de radio dans les boutiques traditionnelles, les kimonos commencent à être fabriqués à la chaîne, les filles et les garçons cherchent l'amour plutôt qu'un mariage arrangé. Chieko est le symbole de ce modernisme. Cultivée et raffinée, c'est une fille de la ville qui profite d'une vie oisive et contemplative. L'auteur lui oppose la douce Naeko, une fille de la montagne, respectueuse des traditions et des classes sociales, habituée au travail du bois, comme ses mains abimées en témoignent. Pour Kawabata, leurs deux mondes sont incompatibles et Kyôto perd son âme par trop de frivolité et de modernité. Comme un baroud d'honneur avant que la ville ne poursuive sa course folle vers le futur, il a voulu raconter tout ce qui en fait la beauté, de sa nature sans cesse renouvelée à ses fêtes marquant les saisons ou ses temples anciens.
Kawabata est ici d'un pessimisme morbide. Certes Kyôto a changé, évolué, s'est modernisé mais elle n'a pas perdu son âme. On y croise encore des Japonais sensibles à la beauté éphémère d'une fleur de cerisier, on peut encore y assister à fête de Gion…Kyôto reste une perle à découvrir.
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kuroineko
  24 juin 2017
Je n'ai lu, jusqu'à présent, que quelques ouvrages de Kawabata Yasunari. A chaque fois, je me sens transportée par la beauté et la délicatesse qui s'en dégagent. Kyôto ne déroge pas à cette impression.
L'ancienne capitale de l'Empire constitue le véritable protagoniste du roman, avec ses venelles et ses petites maisons à clairvoie, ses quartiers de geishas comme Gion ou Pontocho, ses fêtes - matsuri - si nombreuses et rattachant les habitants aux siècles passés, ... Kyôto reste encore un des coeurs historiques du Japon, un lieu où la tradition resplendit plus fort. On sent néanmoins sous le pinceau de Kawabata les changements en cours, quelques années après la fin de la guerre, alors que l'occupation militaire américaine se restreint. On le voit par les hordes de touristes qui mitraillent à tout va les sanctuaires les plus connus. Mais surtout par les évolutions dans le domaine économique : les tisserands manuels entrent en concurrence avec le tissage mécanique. le commerce tend vers une modernisation qui s'allie à une globalisation des ventes. Un des personnages s'étonne qu'une maison de tissu pour kimono vendent des postes de radio Sony. Comme lui rétorque un jeune homme, "un dollar est un dollar". le vieux Japon semble se fondre dans de nouvelles conceptions qui englobent tous les secteurs de la vie. Écrivain très classique, voire passéiste, Kawabata constate en s'en désolant.
Ce qui demeure fort, dans Kyôto, c'est la prégnance de la nature et l'attrait qu'elle continue d'exercer sur les Japonais. L'auteur met dans ses descriptions de cerisiers en fleurs, de cryptomères ou de camphriers une profonde sensualité. Son écriture si poétique et sensible restitue pour notre plus grand plaisir les merveilles du hanami ou d'un étang de carpes koi. Son pinceau nous emporte vers de somptueux jardins où mousses et pins se marient en une superbe harmonie.
L'histoire des humains s'inscrit dans ce cadre et s'en trouve presque mis au second plan. Il n'y a cependant pas moins d'intérêt à découvrir l'histoire de Chieko et de sa jumelle Naeko, séparées alors qu'elles étaient au berceau. A travers ces soeurs, Kawabata dépeint deux éducations, deux types d'existence très différents.
Dans leurs relations comme celles avec les autres protagonistes, beaucoup de choses sont laissées dans l'ombre, dans les interstices du non-dit. C'est une caractéristique qu'on retrouve très fréquemment dans la littérature japonaise. Cela apporte une grande pudeur et une profondeur rendue plus subtile au texte.
Une fois de plus, Kawabata a montré son excellence en ce domaine. Je ne peux, par conséquent, qu'encourager les lecteurs à se précipiter sur son oeuvre si riche.
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sylvaine
  22 mars 2021
Kyöto est paru en 1962 , dix ans avant le suicide de Yasunari Kawabata. Dans ce roman perce la nostalgie de l'auteur pour ce Japon traditionnel en voie de disparition supplanté par une européanisation forcenée qu'il rejette.
Dans ce court roman Kawabata nous fait découvrir la ville avec les yeux de Chieko une jeune fille recueillie par une famille de commerçants. Elle est élevée à "l'ancienne" et correspond à l'image idéale pour l'auteur de la jeune fille japonaise. Beaucoup d'évènements festifs, de lieux sacrés nous sont décrits. Par manque de connaissances de la culture japonaise, je me suis sentie noyée sous les informations et l'ennui a dominé ma lecture.malgré de ci de là quelques très belles pages.
Un ressenti mitigé donc.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
KATE92KATE92   06 août 2012
"Sur le tronc du vieil érable les violettes avaient éclos, Chieko le découvrait (...) A la hauteur des hanches de Chieko, le tronc s'incline légèrement vers la droite; un peu plus haut que sa tête, il penche fortement à droite. Après ce mouvement, les branches surgissent, s'étendent, et prennent possession du jardin. Les longues branches, pesantes à leur extrémité, ploient légèrement.
A l'endroit où l'arbre penche fortement, un peu en dessous, on devine deux petites cavités dans le tronc; dans chacune de ces cavités, ont poussé des violettes. Et, à chaque printemps, apparaissent les fleurs. D'aussi loin que Chieko se souvienne, il y a toujours eu ces deux souches de violettes sur l'arbre."
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KATE92KATE92   24 août 2012

"[...] De nos jours, on ne parle que d'« idea », de « sense ». Même pour les couleurs, on se réfère aux modes occidentales.
- Tout ça n'est pas de grande qualité, non ?
- Moi, en tout cas, j'ai en horreur tout ce qu'on affuble de mots occidentaux. Est-ce que par hasard, au Japon, depuis les règnes des temps anciens, nous n'avons pas eu des couleurs d'une indicible délicatesse ?"
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AnasseteAnassete   12 mai 2010
Les papillons, eux, les connaissent. Quand Chieko découvrit les fleurs, voletait au ras du jardin un essaim de petits papillons blancs que leur danse éleva le long du tronc jusqu'aux violettes. Les bourgeons de l'érable, petits et légèrement rouges, étaient sur le point de s'ouvrir, et, blanche, la danse des papillons se détachait comme une tache claire. Fleurs et feuilles des deux souches de violettes jetaient, sur la mousse verte tendre du tronc, un reflet léger.
C'était une journée de printemps tout en douceur, où le ciel s'embrume comme arbre en fleur.
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SachenkaSachenka   23 septembre 2016
- Dans ce monde, si l'homme n'existait pas, une ville comme Kyôto n'existerait pas non plus, et il n'y aurait que des forêts sauvages et des champs d'herbes folles. Et ici, ce serait le domaine des sangliers ou des cerfs, non? Pourquoi les hommes existent-ils? Ils sont effrayants...
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KATE92KATE92   24 août 2012
"Trois ou quatre jours plus tôt, Sata Takichirô, le père de Chieko, avait trouvé refuge dans un monastère de religieuses, caché au fond des collines de Saga. [...]
Dans ce monastère, Takichirô avait loué une pièce, et, à ce point de son existence, qui sait s'il ne ressemblait pas à ce monastère... ?
Enfin, quoi qu'il en soit, commerce en gros de tissus de kimono qui font la célébrité de Kyôto, la maison Sata était située dans le quartier de Nagagyô, dans le centre. Comme les magasins voisins devenus généralement des sociétés anonymes, celui des Sata était, par la forme, une société. [...] Survivaient, néanmoins, la plupart des usages des « boutiques » à l'ancienne mode.
Takichirô, depuis son plus jeune âge, avait le comportement d'un homme hors du commun. Au demeurant, misanthrope. Exposer, par exemple, les étoffes tissées et teintes à partir de ses maquettes, était une ambition qu'il n'eut jamais. D'ailleurs, il aurait eu beau les exposer, ses créations trop originales pour l'époque eussent été difficiles à vendre."
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Videos de Yasunari Kawabata (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yasunari Kawabata
En débat, deux spectacles adaptés de romans :
"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault au Théâtre de l'Odéon "Les Frères Karamazov" est un monstre. Comme pour "Les Démons" (mis en scène aux Ateliers Berthier à l'automne 2018), et après "Le Grand Inquisiteur" (créé à l'Odéon 6e à l'automne 2020), Sylvain Creuzevault taille dans ses 1300 pages les éléments d'une lecture inspirée de Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l'ultime roman de Dostoïevski est avant tout “une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine”. Cet humour farcesque, déjà perceptible dans "Les Démons", devient ici littéralement ravageur.
"Sleeping" de Serge Nicolaï au Théâtre Monfort Éclairer la vie en regardant la mort. "Sleeping" est un spectacle onirique qui résonne avec l'époque. Associant masques, jeu théâtral, vidéo et musique, Serge Nicolaï s'inspire du roman "Les Belles Endormies" de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata. Évocation poétique d'un vieil homme, Eguchi, au crépuscule de sa vie. Toutes les femmes qui ont jalonné sa vie, sa mère, sa fille, son amante, lui apparaissent au seuil de la mort, belles, provocatrices, sensuelles, délicates. Des messagères tant fascinantes que répugnantes de l'entre-monde. Des icônes féminines qui reflètent l'âme d'Eguchi et confrontent sans relâche son être le plus intime à ces questions : Comment as-tu aimé ? Comment as-tu vécu ? Une merveilleuse ode à la vie.
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