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René Sieffert (Autre)
ISBN : 2253029890
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 599 notes)
Résumé :
Dans quel monde entrait le vieil Eguchi lorsqu’il franchit le seuil des Belles Endormies ? Ce roman, publié en 1961, décrit la quête des vieillards en mal de plaisirs. Dans une mystérieuse demeure, ils viennent passer une nuit aux côtés d’adolescentes endormies sous l’effet de puissants narcotiques. Pour Eguchi, ces nuits passées dans la chambre des voluptés lui permettront de se ressouvenir des femmes de sa jeunesse, et de se plonger dans de longues méditations. Po... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (86) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  03 septembre 2013
Quel choc émotionnel et littéraire ! Un vrai chef-d'oeuvre !
En poussant la porte d'une mystérieuse demeure japonaise, le vieil Eguchi, soixante-sept ans, sait juste qu'il va passer la nuit auprès d'une jeune fille endormie, plongée dans un profond sommeil par une drogue puissante qui garantit son inconscience pour la nuit. L'expérience le trouble certes, tant l'inconscience de l'adolescente le prive d'un quelconque échange, mais rapidement les souvenirs et les sensations affluent à la faveur d'une odeur corporelle, la position d'une main, le galbe d'un sein aperçu sous la couverture...quantité de petits détails qui trouvent un écho puissant dans sa mémoire. Lui qui venait là sur les conseils d'un ami par curiosité, persuadé de ne pas faire encore partie " des clients de tout repos ", de ne pas être " un vieillard qui déjà a cessé d'être un homme ", se retrouve submergé par des souvenirs agréables des femmes qui ont marqué sa vie, il se laisse alors aller à de subtiles réflexions sur l'existence, la mort.
La force de vie qui émane de ces belles endormies, loin de le désespérer en lui faisant prendre conscience de sa propre décrépitude, le stimule, l'invite à rêver, il renouvelle d'ailleurs l'expérience plusieurs nuits avec des endormies différentes qui suscitent des méditations variées. Sa réticence initiale vaincue, cela devient agréable pour lui, c'est indéniable, comme un voyage au coeur de lui-même, suscité par la seule présence passive d'une jeune beauté offerte.
J'ai retrouvé ici les thèmes chers à KAWABATA, premier prix Nobel de littérature japonais en 1968 : la beauté, la solitude, la mort, que j'avais découvert dans Tristesse et Beauté, autre magnifique roman à l'écriture dépouillée et poétique.
J'apprécie tout particulièrement la façon si subtile mais sans chichis avec laquelle il nous fait partager toutes les expériences d'Eguchi, avec finesse, et même tendresse aussi, sans aucune vulgarité. Ce qui étant donnée l'histoire, n'était pas évident. J'avoue avoir redouté une débauche de perversions malsaines dans cette histoire singulière à la lecture de la quatrième de couverture : il n'en est rien. Ce n'est pas à la débauche mais à la méditation que les clients, comme les lecteurs sont invités. Mêlant érotisme, beauté et mort, KAWABATA en dégage une belle méditation intemporelle sur la vie, le désir, un hymne touchant ! Un bel hommage selon moi à la beauté des femmes.
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palamede
  02 décembre 2015

Passer la nuit à regarder une jeune fille endormie, repenser à une vie désormais derrière soi, aux femmes aimées, filles, maitresses ou mère, à la mort, c'est ce que le vieil Eguchi, lucide et sans tristesse, fait depuis qu'il a découvert la maison des belles endormies.
Car ces adolescentes, rendues inconscientes par l'effet d'un sédatif, livrées aux regards d'hommes âgés, sont des sujets d'admiration propres à la méditation. Une réflexion, quelquefois teintée d'érotisme, induite par la contemplation de leur jeunesse et de leur beauté qui leur permet, tel l'acte d'amour, sans oublier la finitude humaine, de prolonger la vie.
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sandrine57
  31 août 2018
C'est d'abord la curiosité qui mène le vieil Eguchi dans cette maison particulière conseillée par un ami. Car, certes il a 67 ans, mais il n'est pas encore un de ces vieillards de ''tout repos'' qui n'ont plus la force d'honorer une femme. Eguchi se sait vieux mais se sent encore vigoureux. Alors que peut lui apporter la maison des Belles endormies ? Dans cette étrange demeure du bord de mer, des hommes âgés paient pour passer la nuit auprès de jeunes filles, des adolescentes, parfois même des fillettes, endormies par de puissantes drogues. Eguchi, réticent, méfiant, se laisse finalement happé par les lieux. La curiosité du début cède la place au besoin de se ressourcer au contact de ces jeunes corps alanguis. Au fil des nuits, il profite de la quiétude d'une chambre silencieuse et plongée dans la pénombre et de la proximité de la jeunesse pour se remémorer les femmes de sa vie, mère, épouse, filles, maîtresse et rencontres de passage.
Pudeur et poésie viennent ici se mêler à la sensualité et au malaise. Les Belles endormies est un livre dérangeant qui crée la gêne chez le lecteur. On ne peut que s'insurger contre les méthodes de cette maison qui offre à de vieux messieurs impuissants la possibilité de profiter d'une fille très jeune, de la respirer, de la toucher, de se réchauffer contre son corps, sans qu'elle même n'ait conscience de ce qui lui arrive. Eguchi commence d'ailleurs par se révolter contre ces faits. Il secoue la fille, tente par tous les moyens de la réveiller, souhaite un dialogue, un échange. Et puis, il s'y fait, goûte au silence pour établir un dialogue avec lui-même. Ces corps jeunes, abandonnés au sommeil, comme morts et pourtant si vivants par l'éclat de leur peau, la fraîcheur de leur teint le confrontent à sa propre décrépitude, lui imposent un retour sur le passé, des questionnements, une remise en question de ses actes. La sexualité laisse place à la méditation dans cette maison propice à la réflexion et à l'abandon.
Une belle écriture, toute en suggestion, pour un sujet a priori scabreux mais qui glisse vers la condition de l'homme voué à vieillir et à mourir.
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JacobBenayoune
  30 septembre 2016
Dans un article, Garcia Marquez nous décrit une scène qu'il a vécue dans un voyage par avion, pendant lequel il était assis près d'une belle fille qui dormait tout au long du vol. Cette scène lui rappela ce roman qu'il aurait aimé écrire : "Les Belles Endormies" de Kawabata.
L'histoire même du roman peut paraître bizarre, voire devenir sujet de dégoût. C'est une histoire au limite de l'atroce. Mais comme nous ont appris les grands écrivains ; il n'y a pas de mauvais ou bon sujet en littérature, l'écrivain artiste doit savoir comment le présenter au lecteur. Heureusement, Yasunari Kawabata est l'un de ces écrivains talentueux qui savent le faire avec maîtrise et magie.
Ce court roman, sorte de poèmes en prose réunis et rassemblés avec art, est un très beau texte sur les effets de l'âge, de la vieillesse et le désir toujours vif de la chair. C'est l'histoire d'un vide, du dernier cri contre la mort. Un vieillard se rend à la fontaine de jouvence pour retrouver sa jeunesse. Mais tout ce qu'il retrouve est une jouissance factice et dérisoire avec un arrière-goût d'amertume. Même le lecteur ressent ce mélange de tristesse et de beauté qui émane de chaque page. Les filles endormies, objets de convoitise et d'observation, étalent leur beauté corporelle (avec leur odeur minutieusement décrite, leur peau, leur chevelure…) devant le vieillard. Ce dernier affronte les affres de la solitude, la vieillesse et la mort en partageant ce lit avec ces belles créatures. Or cette condition même ne fait qu'aggraver la situation puisqu'elle augmente la tristesse de sa solitude (la fille endormie ne sent même pas la présence du vieil homme) et l'atrocité de la vieillesse (incapable devant cette chair). Mais c'est pour lui aussi une occasion de rêver dans cette atmosphère de pénombres, d'odeur douceâtre et de bruits tendres le berçant, seuls refuges contre la pensée de la mort dont on sent la présence. Cette histoire ressemble à l'histoire d'Orphée mais dans une version où les rôles sont inversés ; le vieillard descend dans ce lieu ténébreux mais c'est la fille qui ne doit pas le regarder sinon tout le charme disparaît (la fille doit dormir jusqu'au départ du vieillard).
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julien33
  04 février 2014



Kawabata est surtout connu en Europe pour son roman "Pays de neige", véritable chef-d'oeuvre de la sensibilité japonaise traditionnelle. Mais "Les Belles Endormies" semble marquer l'aboutissement des épreuves que l'écrivain s'était imposées, à travers sa quête esthétique. Selon certains critiques, avec ce court roman, l'auteur serait allé « délibérément jusqu'au fond de son propre enfer mental ».
"Les Belles Endormies" raconte l'histoire d'Eguchi, un sexagénaire, qui passe ses nuits dans une mystérieuse auberge, à contempler des adolescentes dévêtues, endormies sous l'effet de puissants narcotiques. Rien ne saurait les réveiller de leur sommeil artificiel. Ce sont les « belles endormies »... Eguchi admire les splendeurs offertes ; il peut toucher les jeunes filles, mais la loi de la maison est stricte, et lui interdit d'aller plus loin... le vieillard n'a d'ailleurs pas le temps d'aimer ces créatures, qu'il ne revoit plus après son réveil. Pour Eguchi, pénétrer dans cet étrange univers – où règne trouble et fascination – permet de faire surgir les fantômes du passé ; c'est l'occasion de se souvenir des femmes qu'il a aimées, et de se plonger dans de longues méditations sur la vieillesse et la mort.
La maladie d'Eguchi est la vieillesse. Il la refuse, car elle lui fait éprouver le sentiment de ne plus être digne de la beauté féminine. Eguchi va tenter de lutter contre son mal, en se remémorant sa jeunesse. Par un phénomène semblable à la madeleine de Proust, la présence des adolescentes endormies, permet de cristalliser le souvenir. de manière intermittente, les souvenirs envahissent la conscience du vieillard, qui se retrouve invariablement face à la triste vérité, face à une jeune fille nue endormie à ses côtés. Eguchi est alors animé de désirs contradictoires : celui de rompre le silence, celui de donner la mort, celui de revivifier sa passion pour l'amour...

"Les Belles Endormies" constitue l'évasion sensuelle d'un vieil homme, qui sent sa mort proche. le texte nous offre un espace miniature, riche d'images et de sensations. Chaque vision ouvre le héros à la conscience de lui-même et du monde. Nous retrouvons une fois de plus la grande constante de l'art japonais : l'homme déchiffre un ensemble de signes. Toute sensation, toute image, a sa signification, soit claire, soit suggérée. Roland Barthes parlait bien de l'Empire des signes
Sorte de quête spirituelle, "Les Belles Endormies" présente un univers quasi onirique, voilé et diaphane à la fois, où Kawabata a pu déployer tout son talent de la suggestion. Mais l'on ressent bien à la lecture, que l'essentiel est ce dont l'écrivain ne parle jamais. L'on est dans le domaine du secret, de l'indicible. Un halo de mystère enveloppe les êtres, les chairs dénudées, ainsi que le décor.
Une sorte de douceur vénéneuse infuse les âmes dans une mystérieuse immobilité.
L'on assiste à un discret et délicieux festival des sens, qui se prolonge indéfiniment dans l'âme du silence. Eguchi espère trouver auprès des « belles endormies » un cadre harmonieux et apaisant qui, au seuil de la mort, le mènerait à la sérénité totale, et peut-être au paradis perdu de l'enfance, ou à une sorte de rédemption. le corps de chaque adolescente devient une sorte de support à la méditation du vieil homme, comme si ce dernier voyait en filigrane, dans la chair féminine endormie, sa propre fragilité, sa propre mort, l'imminence de sa fin, mais aussi l'éphémère beauté du monde.
Les méditations d'Eguchi vont, par une étrange fatalité, être amenées à un point de rupture : le récit se termine de manière abrupte sur l'interruption du rêve, non par la mort logique du vieillard, mais par celle d'une des jeunes filles, suite à une surdose de narcotique.
Kawabata nous refait donc la démonstration qu'au Japon, la fugacité est l'essence même de la beauté ; il arrive à la cerner parfaitement dans cette oeuvre où vieillesse, amour, et érotisme sont en questionnement, fédérés dans une même méditation, et une même suspension du temps. La pureté et le dépouillement de la langue de l'écrivain, s'accordent merveilleusement à la sobriété du sujet traité ; ceci permet à Kawabata de réussir un texte très caractéristique de la sensibilité japonaise, dont l'énigme réside dans une esthétique située sur le fragile équilibre entre les sentiments et les sens.
Un magnifique roman, qui offre une excellente initiation à une culture fascinante.
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Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
DylouDylou   31 janvier 2013
Et ces vieillards, on pouvait deviner qu'au sens où l'entend le vulgaire, c'étaient des gens qui avaient réussi dans la vie, et non des ratés. Cependant, certains d'entre eux devaient avoir assuré leur réussite en faisant le mal et ne la maintenaient qu'en répétant leurs forfaits. Ceux-là n'avaient pas la paix du coeur, ils étaient plutôt des anxieux, des vaincus. Ce qui montait du fond de leur poitrine quand ils étaient étendus au contact de la nudité d'une jeune femme endormie, peut-être n'était-ce que la terreur de la mort prochaine et le vain regret de leur printemps disparu. Peut-être y avait-il aussi le remords de la dépravation de leurs actes passés et les malheurs domestiques habituels aux gens qui réussissent. Il est possible qu'il n'y ait pas pour les vieillards de Bouddha qu'ils puissent prier à genoux. Une belle fille nue dans leurs bras, ils versent des larmes glacées, s'abîment en bruyants sanglots et gémissent, mais la fille les ignore et jamais ne s'éveillera. Les vieillards n'en éprouvent nulle honte, leur vanité n'en souffre nulle blessure. Ils sont absolument libres de regretter, libres de se lamenter. Considérées sous cet angle, les "Belles Endormies" ne seraient-elles pas des sortes de Bouddhas ?
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PiatkaPiatka   02 septembre 2013
Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l'argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s'étendre aux côtés d'une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s'épargnaient la honte du sentiment d'infériorité propre à la décrépitude de l'âge, et trouvaient la liberté de s'abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes. Était-ce pour cela qu'ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée ?
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krzysvancokrzysvanco   29 août 2016
Désirant rester ainsi, le vieillard pressa la main de la fille sur ses deux yeux. L'odeur de la peau qui se communiquait à ses globes oculaires était telle qu'Eguchi sentait remonter en lui une vision nouvelle et riche. À pareille saison tout juste, deux ou trois fleurs de pivoine d'hiver', épanouies dans le soleil de l'automne tardif au pied du haut mur d'un vieux monastère du Yamato, des camélias sazanka blancs épanouis dans le jardin en bordure du promenoir externe de La Chapelle des Poètes winirés, et puis, mais c'était au printemps, à Nara, des fleurs de ptéris, des glycines, et le "Camélia Effeuillé" couvert de fleurs au Tsubaki-dera...
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claireogieclaireogie   03 avril 2011
Eguchi desserra son bras qui la tenait fortement, et quand il eut disposé le bras nu de la fille de telle sorte qu'elle parût l'enlacer, elle lui rendit en effet docilement son étreinte. Le vieillard ne bougea plus. Il ferma les yeux. Une chaude extase l'envahit. C'était un ravissement presque inconscient. Il lui sembla comprendre le plaisir et le sentiment de bonheur qu'éprouvaient les vieillards à fréquenter cette maison. Et ces vieillards eux-mêmes, ne trouvaient-ils pas en ces lieux, outre la détresse, l'horreur ou la misère de la vieillesse, ce don aussi d'une jeune vie qui les comblait ? Sans doute ne pouvait-il exister pour un homme parvenu au terme extrême de la vieillesse un seul instant où il pût s'oublier au point de se laisser envelopper à pleine peau par une jeune fille. Les vieillards cependant considéraient-ils une victime endormie à cet effet comme une chose achetée en toute innocence, ou bien trouvaient-ils, dans le sentiment d'une secrète culpabilité, un surcroît de plaisir ? Le vieil Eguchi, lui, s'était oublié, et comme s'il avait oublié de même qu'elle était une victime, de son pied il cherchait à tâtons la pointe du pied de la fille. Car c'était le seul endroit de son corps qu'il ne touchait pas. Les orteils étaient longs et se mouvaient gracieusement. Leurs phalanges se pliaient et se dépliaient du même mouvement que les doigts de la main, et cela seul exerçait sur Eguchi la puissante séduction qui émane d'une femme fatale. Jusque dans le sommeil, cette fille était capable d'échanger des devis amoureux rien qu'au moyen de ses orteils.
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enkidu_enkidu_   04 octobre 2017
Il était probable que les membres de ce club étaient peu nombreux. Et ces vieillards, on pouvait deviner qu'au sens où l'entend le vulgaire, c'étaient des gens qui avaient réussi dans la vie, et non des ratés. Cependant, certains d'entre eux devaient avoir assuré leur réussite en faisant le mal et ne la maintenaient qu'en répétant leurs forfaits. Ceux-là n'avaient pas la paix du cœur, ils étaient plutôt des anxieux, des vaincus. Ce qui montait du fond de leur poitrine quand ils étaient étendus au contact de la nudité d'une jeune femme endormie, peut-être n'était-ce que la terreur de la mort prochaine et le vain regret de leur printemps disparu. Peut-être y avait-il aussi le remords de la dépravation de leurs actes passés et les malheurs domestiques habituels aux gens qui réussissent. Il est possible qu'il n'est pas pour les vieillards de Bouddha qu'ils puissent prier à genoux. Une belle fille nue serrée dans leurs bras, ils versent des larmes glacées, s'abîment en bruyants sanglots et gémissent, mais la fille les ignore et jamais ne s'éveillera. Les vieillards n'en éprouvent nulle honte, et leur vanité n'en souffre nulle blessure. Ils sont absolument libres de regretter, libres de se lamenter. Considérées sous cet angle, les "Belles Endormies" ne seraient-elles pas des sortes de Bouddhas ? Et de plus elles sont vivantes. La peau, l'odeur jeune des filles, peut-être apportent-elles aux tristes vieillards de cette espèce pardon et consolation.

Quand ces pensées germèrent en lui, le vieil Eguchi paisiblement ferma les yeux. Il était assez étrange que des trois "Belles Endormies" connues jusqu'à présent, ce fût celle de cette nuit, la plus jeune, la plus petite, la moins apprêtée, qui suscitât chez Eguchi de pareilles idées. Le vieillard la prit dans ses bras. Jusque-là il avait évité même de la toucher. Il semblait qu'elle pouvait être complètement enveloppée par le corps du vieil homme. Elle était privée de force et n'opposait aucune résistance. Elle était mince à faire pitié. Dans son profond sommeil avait-elle senti le contact d'Eguchi ? Toujours est-il que ses lèvres se clorent. L'os saillant de la hanche causait une gêne au vieillard.

— Par quelle sorte d'épreuves cette petite fille devra-t-elle passer dans sa vie ? À défaut de ce qu'on appelle réussite ou succès, connaîtra-t-elle finalement une vie paisible ?

Telles étaient les pensées qui venaient à Eguchi. En récompense des consolations que dans cette maison elle apporterait désormais aux vieillards, on pouvait lui souhaiter de trouver un jour le bonheur, mais il n'était pas interdit d'imaginer que cette fille n'était autre, comme dans les vieilles légendes, qu'un avatar de quelque Bouddha. N'était-il pas des légendes en effet dans lesquelles des prostituées ou des séductrices se révélaient être des incarnations de Bouddha ? (pp. 78-80)
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"Le grondement de la montagne" de Yasunari Kawabata.
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