AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

René Sieffert (Autre)
EAN : 9782253029892
124 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 704 notes)
Résumé :
Dans quel monde entrait le vieil Eguchi lorsqu’il franchit le seuil des Belles Endormies ? Ce roman, publié en 1961, décrit la quête des vieillards en mal de plaisirs. Dans une mystérieuse demeure, ils viennent passer une nuit aux côtés d’adolescentes endormies sous l’effet de puissants narcotiques. Pour Eguchi, ces nuits passées dans la chambre des voluptés lui permettront de se ressouvenir des femmes de sa jeunesse, et de se plonger dans de longues méditations. Po... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  03 septembre 2013
Quel choc émotionnel et littéraire ! Un vrai chef-d'oeuvre !
En poussant la porte d'une mystérieuse demeure japonaise, le vieil Eguchi, soixante-sept ans, sait juste qu'il va passer la nuit auprès d'une jeune fille endormie, plongée dans un profond sommeil par une drogue puissante qui garantit son inconscience pour la nuit. L'expérience le trouble certes, tant l'inconscience de l'adolescente le prive d'un quelconque échange, mais rapidement les souvenirs et les sensations affluent à la faveur d'une odeur corporelle, la position d'une main, le galbe d'un sein aperçu sous la couverture...quantité de petits détails qui trouvent un écho puissant dans sa mémoire. Lui qui venait là sur les conseils d'un ami par curiosité, persuadé de ne pas faire encore partie " des clients de tout repos ", de ne pas être " un vieillard qui déjà a cessé d'être un homme ", se retrouve submergé par des souvenirs agréables des femmes qui ont marqué sa vie, il se laisse alors aller à de subtiles réflexions sur l'existence, la mort.
La force de vie qui émane de ces belles endormies, loin de le désespérer en lui faisant prendre conscience de sa propre décrépitude, le stimule, l'invite à rêver, il renouvelle d'ailleurs l'expérience plusieurs nuits avec des endormies différentes qui suscitent des méditations variées. Sa réticence initiale vaincue, cela devient agréable pour lui, c'est indéniable, comme un voyage au coeur de lui-même, suscité par la seule présence passive d'une jeune beauté offerte.
J'ai retrouvé ici les thèmes chers à KAWABATA, premier prix Nobel de littérature japonais en 1968 : la beauté, la solitude, la mort, que j'avais découvert dans Tristesse et Beauté, autre magnifique roman à l'écriture dépouillée et poétique.
J'apprécie tout particulièrement la façon si subtile mais sans chichis avec laquelle il nous fait partager toutes les expériences d'Eguchi, avec finesse, et même tendresse aussi, sans aucune vulgarité. Ce qui étant donnée l'histoire, n'était pas évident. J'avoue avoir redouté une débauche de perversions malsaines dans cette histoire singulière à la lecture de la quatrième de couverture : il n'en est rien. Ce n'est pas à la débauche mais à la méditation que les clients, comme les lecteurs sont invités. Mêlant érotisme, beauté et mort, KAWABATA en dégage une belle méditation intemporelle sur la vie, le désir, un hymne touchant ! Un bel hommage selon moi à la beauté des femmes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1157
Harioutz
  16 août 2019
Tout d'abord quelques extraits .....
"Ne cherchez pas à réveiller la petite. Car quoi que vous fassiez pour essayer de la réveiller, jamais elle n'ouvrira les yeux ... Elle est profondément endormie et ne se rend compte de rien", répéta la femme.
"Car la fille dort tout d'une traite, et du début à la fin elle ignore tout. Même avec qui elle aura passé la nuit ... N'ayez donc aucune inquiétude."
.../...
"C'est une belle fille ! Et d'ailleurs, nous ne recevons ici que des clients de tout repos ..."
.../...
"Voici la clef, reposez-vous à votre aise. Si par hasard vous n'arriviez pas à vous endormir, vous trouverez un somnifère à votre chevet."
.../...
Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait à coucher une nuit entière aux côtés d'une jeune fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrirait pas l'oeil ?
.../...
"Des clients de tout repos", avait dit la femme, et il était vraisemblable en effet que ceux qui venaient dans cette maison étaient tous "des clients de tout repos". Celui qui avait indiqué la maison à Eguchi était lui-même un vieil homme de cette sorte, un vieillard qui déjà avait cessé d'être un homme.
.../...
Le vieil Eguchi toutefois, grâce à la pratique constante des plaisirs, n'était pas encore ce que la femme appelait "un client de tout repos", mais il pouvait l'être de par sa propre volonté, selon l'humeur du moment, selon le lieu, ou encore selon la partenaire.
.../...
Peut-être était-ce une des pitoyables consolations des vieillards que de s'abîmer dans le souvenir des femmes d'un passé à jamais révolu, en tripotant une belle qui ne pouvait s'éveiller de son profond sommeil.

Au delà de ces extraits, et en ayant lu certaines autres critiques, je m'interroge sur le sentiment qui surgit en moi dès les premières pages : pardonnez mon vocabulaire inhabituel, mais ce qu'il se passe entre "ces vieux qui ne bandent plus et des jeunes filles vierges droguées" (attouchements divers et variés) ne peut aucunement être qualifié de poétique !
J'avais déjà réagi vivement à l'évocation émue de ce roman par un membre, lors du pique-nique Babelio de juin, et la lecture m'a confortée dans ma première intuition : où peut-être la poésie dans le fait de se frotter à de très jeunes filles, voire des fillettes, leur mettre les doigts dans la bouche, les toucher, les explorer pour se remémorer une vie sexuelle qui n'est plus ?
Il est fait usage de leur corps, contre de l'argent, un usage dont elles ignorent tout, puisque étant droguées, elles n'en gardent aucun souvenir ...
Si la femme, tout comme l'homme, est un sujet sexuel, elle n'est pas un objet sexuel ... et, de surcroît, une jeune fille ou une fillette, n'est pas une femme.
"Une personne ayant un trouble de la préférence sexuelle envers les enfants (pré-pubères ou au début de leur puberté) est décrite comme étant pédophile" ... nous sommes très loin de la poésie.


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          11137
JacobBenayoune
  30 septembre 2016
Dans un article, Garcia Marquez nous décrit une scène qu'il a vécue pendant un voyage en avion où il était assis à côté d'une belle fille qui dormait tout au long du vol. Cette scène lui rappela ce roman qu'il aurait aimé écrire : "Les Belles Endormies" de Kawabata.
L'histoire même du roman peut paraître bizarre, voire devenir sujet de dégoût. C'est une histoire au limite de l'atroce. Mais comme nous ont appris les grands écrivains ; il n'y a pas de mauvais ou bon sujet en littérature, l'écrivain artiste doit savoir comment le présenter au lecteur. Heureusement, Yasunari Kawabata est l'un de ces écrivains talentueux qui savent le faire avec maîtrise et magie.
Ce court roman, sorte de poèmes en prose réunis et rassemblés avec art, est un très beau texte sur les effets de l'âge, de la vieillesse et le désir toujours vif de la chair. C'est l'histoire d'un vide, du dernier cri contre la mort. Un vieillard se rend à la fontaine de jouvence pour retrouver sa jeunesse. Mais tout ce qu'il retrouve est une jouissance factice et dérisoire avec un arrière-goût d'amertume. Même le lecteur ressent ce mélange de tristesse et de beauté qui émane de chaque page. Les filles endormies, objets de convoitise et d'observation, étalent leur beauté corporelle (avec leur odeur minutieusement décrite, leur peau, leur chevelure…) devant le vieillard. Ce dernier affronte les affres de la solitude, la vieillesse et la mort en partageant ce lit avec ces belles créatures. Or cette condition même ne fait qu'aggraver la situation puisqu'elle augmente la tristesse de sa solitude (la fille endormie ne sent même pas la présence du vieil homme) et l'atrocité de la vieillesse (incapable devant cette chair). Mais c'est pour lui aussi une occasion de rêver dans cette atmosphère de pénombres, d'odeur douceâtre et de bruits tendres le berçant, seuls refuges contre la pensée de la mort dont on sent la présence. Cette histoire ressemble à l'histoire d'Orphée mais dans une version où les rôles sont inversés ; le vieillard descend dans ce lieu ténébreux mais c'est la fille qui ne doit pas le regarder sinon tout le charme disparaît (la fille doit dormir jusqu'au départ du vieillard).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          684
torpedo
  28 août 2019
De Kawabata, je ne connaissais rien. Jusqu'à ce qu'une critique récente suivie d'une trainée de poudre conduisant à une polémique me pousse à ouvrir ce livre.

La littérature nous offre de beaux exemples de romans qui nous mettent mal à l'aise. Qui nous font réfléchir sur qui nous sommes et comment nous voyons ce qui nous entoure. Des romans que nous lisons différemment selon notre âge, notre humeur du jour, et surtout selon des lunettes qui colorent notre lecture en fonction de filtres personnels. Des romans qui nous offrent de voir des morceaux de réalité, du rêve, du fantastique, de la fiction.
Ce livre nous emmène dans un voyage de fin de vie. Est ce vrai ? Est-ce inventé ? Cela n'est guère important. Eguchi est âgé de 67 ans, ce qui pouvait lors de la publication de ce texte paraitre comme un vieil homme. Un ami lui a recommandé une maison spéciale avec ses règles propres : un endroit où il peut passer une nuit allongé aux côtés d'une femme vierge nue endormie. Une femme dont il touchera la chevelure, les cils, les dents. Un peu sceptique à l'issue de sa première nuit, Eguchi décide cependant de renouveler cette expérience. Observer chacune de ces jeunes filles est un révélateur, lui revient alors un moment de son passé lié à une fleur et surtout à une femme aimée. de façon inattendue ses souvenirs lointains sont vifs et précis.

Les relations sexuelles d'un client vieillissant avec une jeune prostituée (ou même une enfant comme j'ai pu le lire par ailleurs) n'ont pas leur place ici. Kawabata décrit le désir qui sous-tend. Celui d'un homme qui au seuil de sa vie n'a plus personne à qui parler et se retrouve seul.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6210
palamede
  02 décembre 2015

Passer la nuit à regarder une jeune fille endormie, repenser à une vie désormais derrière soi, aux femmes aimées, filles, maitresses ou mère, à la mort, c'est ce que le vieil Eguchi, lucide et sans tristesse, fait depuis qu'il a découvert la maison des belles endormies.
Car ces adolescentes, rendues inconscientes par l'effet d'un sédatif, livrées aux regards d'hommes âgés, sont des sujets d'admiration propres à la méditation. Une réflexion, quelquefois teintée d'érotisme, induite par la contemplation de leur jeunesse et de leur beauté qui leur permet, tel l'acte d'amour, sans oublier la finitude humaine, de prolonger la vie.
Commenter  J’apprécie          621

Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
DylouDylou   31 janvier 2013
Et ces vieillards, on pouvait deviner qu'au sens où l'entend le vulgaire, c'étaient des gens qui avaient réussi dans la vie, et non des ratés. Cependant, certains d'entre eux devaient avoir assuré leur réussite en faisant le mal et ne la maintenaient qu'en répétant leurs forfaits. Ceux-là n'avaient pas la paix du coeur, ils étaient plutôt des anxieux, des vaincus. Ce qui montait du fond de leur poitrine quand ils étaient étendus au contact de la nudité d'une jeune femme endormie, peut-être n'était-ce que la terreur de la mort prochaine et le vain regret de leur printemps disparu. Peut-être y avait-il aussi le remords de la dépravation de leurs actes passés et les malheurs domestiques habituels aux gens qui réussissent. Il est possible qu'il n'y ait pas pour les vieillards de Bouddha qu'ils puissent prier à genoux. Une belle fille nue dans leurs bras, ils versent des larmes glacées, s'abîment en bruyants sanglots et gémissent, mais la fille les ignore et jamais ne s'éveillera. Les vieillards n'en éprouvent nulle honte, leur vanité n'en souffre nulle blessure. Ils sont absolument libres de regretter, libres de se lamenter. Considérées sous cet angle, les "Belles Endormies" ne seraient-elles pas des sortes de Bouddhas ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
PiatkaPiatka   02 septembre 2013
Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l'argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s'étendre aux côtés d'une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s'épargnaient la honte du sentiment d'infériorité propre à la décrépitude de l'âge, et trouvaient la liberté de s'abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes. Était-ce pour cela qu'ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          270
krzysvancokrzysvanco   29 août 2016
Désirant rester ainsi, le vieillard pressa la main de la fille sur ses deux yeux. L'odeur de la peau qui se communiquait à ses globes oculaires était telle qu'Eguchi sentait remonter en lui une vision nouvelle et riche. À pareille saison tout juste, deux ou trois fleurs de pivoine d'hiver', épanouies dans le soleil de l'automne tardif au pied du haut mur d'un vieux monastère du Yamato, des camélias sazanka blancs épanouis dans le jardin en bordure du promenoir externe de La Chapelle des Poètes winirés, et puis, mais c'était au printemps, à Nara, des fleurs de ptéris, des glycines, et le "Camélia Effeuillé" couvert de fleurs au Tsubaki-dera...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
claireogieclaireogie   03 avril 2011
Eguchi desserra son bras qui la tenait fortement, et quand il eut disposé le bras nu de la fille de telle sorte qu'elle parût l'enlacer, elle lui rendit en effet docilement son étreinte. Le vieillard ne bougea plus. Il ferma les yeux. Une chaude extase l'envahit. C'était un ravissement presque inconscient. Il lui sembla comprendre le plaisir et le sentiment de bonheur qu'éprouvaient les vieillards à fréquenter cette maison. Et ces vieillards eux-mêmes, ne trouvaient-ils pas en ces lieux, outre la détresse, l'horreur ou la misère de la vieillesse, ce don aussi d'une jeune vie qui les comblait ? Sans doute ne pouvait-il exister pour un homme parvenu au terme extrême de la vieillesse un seul instant où il pût s'oublier au point de se laisser envelopper à pleine peau par une jeune fille. Les vieillards cependant considéraient-ils une victime endormie à cet effet comme une chose achetée en toute innocence, ou bien trouvaient-ils, dans le sentiment d'une secrète culpabilité, un surcroît de plaisir ? Le vieil Eguchi, lui, s'était oublié, et comme s'il avait oublié de même qu'elle était une victime, de son pied il cherchait à tâtons la pointe du pied de la fille. Car c'était le seul endroit de son corps qu'il ne touchait pas. Les orteils étaient longs et se mouvaient gracieusement. Leurs phalanges se pliaient et se dépliaient du même mouvement que les doigts de la main, et cela seul exerçait sur Eguchi la puissante séduction qui émane d'une femme fatale. Jusque dans le sommeil, cette fille était capable d'échanger des devis amoureux rien qu'au moyen de ses orteils.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
pdemweb1pdemweb1   25 octobre 2014
Le soir , avant de m'endormir, je ferme les yeux et j'essaie de compter les hommes par qui il ne me déplairait pas d'être embrassée. Je les comptes sur mes doigts. C'est amusant . Et quand je n'arrive pas jusqu'à dix, je me sens abandonnée !
Commenter  J’apprécie          350

Videos de Yasunari Kawabata (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yasunari Kawabata
"Le grondement de la montagne" de Yasunari Kawabata.
autres livres classés : japonVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les mangas adaptés en anime

"Attrapez-les tous", il s'agit du slogan de :

Bleach
Pokemon
One piece

10 questions
450 lecteurs ont répondu
Thèmes : manga , littérature japonaiseCréer un quiz sur ce livre

.. ..