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EAN : 9782375542576
240 pages
Slalom (04/02/2021)
4.06/5   172 notes
Résumé :
Une Chine en plein renouveau, des traditions qui résistent et une adolescente bien décidée à prendre son destin en main !
Comme beaucoup de Chinoises de sa génération, Xinxin est fille unique et tous les espoirs de ses parents reposent sur ses épaules. Sa vie est une course à l'excellence jusqu’au jour où elle apprend que sa meilleure amie va être grande sœur. Cette annonce ouvre en elle un incompréhensible gouffre d’émotions. Lorsque Xinxin aborde le sujet a... >Voir plus
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Ce roman pour adolescents parle du thème de la politique de l'enfant unique en Chine et des ravages que cela a généré (avortements, assassinats des bébés filles, abandons d'enfants et les secrets destructeurs associés à ces actes ...), c'était passionnant, bien écrit et très émouvant.
J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de Xinxin, une jeune fille âgée de 15 ans, plus tout à fait une enfant, mais pas encore une femme.
Cette jeune chinoise va être confrontée à un lourd secret de famille et cela va l'obliger à grandir.
Parce que sa meilleure amie va devenir « grande soeur », elle mesure à quel point cela lui a manqué de ne pas avoir de frère ou de soeur et, en en parlant à ses parents, elle va prendre conscience qu'un lourd secret pèse sur sa famille.
J'ai trouvé judicieux que les faits se déroulent aujourd'hui, les adolescents connaissent certainement l'existence de la politique de l'enfant unique qui a eu cours en Chine entre 1979 et 2015, mais sans toutefois vraiment en mesurer toutes les conséquences humaines.
La jeune Xinxin est une jeune fille actuelle, qui a une existence toute tracée, la scolarité ayant une importance capitale en Chine, où les enfants uniques doivent pouvoir assurer un train de vie décent à leurs parents devenus vieux, mais c'est aussi une jeune fille qui a envie de vivre, de sortir, de s'amuser et de profiter de sa jeunesse.
Un roman tout en subtilité, en finesse et en délicatesse, comme un pétale de lotus.
Je remercie chaleureusement NetGalley et les éditions Slalom pour cet envoi.
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Les jeunes personnages d'Anne Loyer sont courageux pour leur jeune âge et sans doute aussi d'une mentalité plus moderne que leurs parents, on le concèdera.
Certains ne suivront pas la voie tracée et devront prendre le risque de s'opposer aux parents chéris mais aussi à toute une culture partagée par le monde.
C'est une grande épreuve psychologique.

Dans " Celle que je suis" chez le même éditeur, Anne Loyer mettait déja tout ceci en avant .

C'était plein de tact et intéressant. Nous étions en Inde avec une autre héroïne.
Nous pouvions déja nous questionner sur les contextes des brouilles familiales: décidons-nous vraiment de notre destin et en avons-nous le droit ?
Une grande question pour un ado qui doit commencer à envisager l'avenir, sur le plan des études et plus encore.
Lorsque l'héroïne de " Celle que je suis" dut à la fin de ses études au lycée se soumettre à la volonté de la culture du pays, puis à la volonté du père et un peu de la mère (comme elle cédait à l'avis majoritaire), contrariant ainsi ses rêves d'avenir, il était forcément difficile d'en rester là.

L'école?

C'était un jeu à jouer pour un temps, lui raconta t-on, histoire d'acquérir un peu de jugeotte et de conversation, mais à la majorité, la vie des communautés reprendrait leur droit et les personnages leur devoir.
Nous y discutions à bâtons presque rompues de libre-arbitre féminin, de carrière professionnelle et de mariage forcé.
Cette intrigue dégagea également une disparité entre le sort des filles et celui des garçons.
Tandis que nos jeunes héros grandissaient ensemble, égaux, presque insouciants, la société des grandes personnes finira par leur avouer une drôle de vérité : filles et garçons ne sont pas égaux et c'est ainsi.
On imagine bien ces héroïnes ayant bien du mal à régresser, parce que c'est ainsi, tandis qu'on leur donnait année après année les moyens de subvenir à leur propre autonomie et liberté de penser.


Anne Loyer continuera avec "Filles uniques" de creuser la question de ce grand détournement d'une Culture, pourtant salvatrice, encore au présent et à l'internationale.
Il y aura toujours en point de mire le futur des jeunes générations. N'oublions pas, dans la culture, il n'y aura pas que l'Art, on y comprendra aussi la politique.
Nous sommes cette fois en Chine avec " Filles uniques".

Certains le savent déja, la Chine s'est considérablement peuplée avec les siècles, pour développer de nombreuses dynasties et de clans rivaux depuis l'époque médiévale. Il n'était pas simple aussi d'obtenir un héritier mâle du premier coup pour faire vivre une lignée et un nom dans le temps.
Ceci eut de grandes conséquences sur le pays qui fut obligé d'adopter bien plus tard une politique démographique stricte afin d'enrayer les problèmes de surpopulation.

Pause, chers jeunes lecteurs, affinons donc un peu notre connaissance sur le sujet.
Que dit Wiki?

Allo Wiki?

"... La politique de l'enfant unique, ou politique de planification des naissances (en chinois : 计划生育政策 / 計劃生育政策, jìhuà shēngyù zhèngcè, « politique de planification des naissances ») est la politique publique de contrôle des naissances mise en oeuvre par la république populaire de Chine de 1979 à 2015.

Destinée à éviter la surpopulation du pays, elle se manifeste essentiellement par la pénalisation des parents de plus d'un enfant, mais aussi par la réalisation d'avortements et de stérilisations par la force.
Assouplie pour les familles paysannes dans les années 1980, elle introduit en 2013 une nouvelle exception pour les couples dont l'un des membres est lui-même un enfant unique, puis est remplacée en 2015 par une politique fixant le nombre maximal d'enfants à deux par famille..."

Merci Wiki.


Terrible, non?
Surréaliste, tandis que la majorité des familles ici, en France et dans le reste du monde, peuvent encore décider de procréer en fonction du simple désir d'enfants, suivant leurs moyens ( ou pas parfois), sans penser aux conséquences logistiques.
Imaginez-vous pénalisé pour être tombé enceinte, jeunes filles? Nous ne connaissons pas dans ce cas les politiques de contrôle des naissances et si il n'est pas sévèrement réprouvé de parler d'avortement en Chine.

Concernant ce détail, nous ne parlerons pas d'interruption de grossesse mais d'infanticide.
La Chine tirera un lourd boulet historique au pied avec ces affaires de naissance, il faut bien l'avouer, avec un ancien passé sociétal redoutable où certaines familles trop modestes se débarrassaient des filles à la naissance sans trop de scrupules, comme un problème de petits chatons en trop. La volonté d'avoir un héritier mâle était la plus forte.

Que nous dit encore Wiki?

"... Chez les inuits du Nord de l'Alaska et du Canada, la pratique de l'infanticide des filles était un phénomène fréquent...

... Dans l'Arabie du septième siècle, avant l'établissement de la culture islamique, l'infanticide des filles était largement pratiqué. Certains chercheurs l'expliquent par le fait que les femmes étaient considérées comme un « bien » au sein de ces sociétés. D'autres ont émis l'hypothèse que, pour prévenir leurs filles de vivre une vie misérable, les mères tuaient leurs filles..."

"... La chine a une histoire de l'infanticide des filles s'étendant sur 2 000 ans9. Les missionnaires chrétiens qui y arrivèrent à la fin du xvie siècle découvrirent que l'infanticide des filles y était pratiquée, des nouveau-nés ont été observés jetés dans les rivières ou sur des tas d'ordures..."

Merci WIKI.


C'était une charge coûteuse, une fille, considérait-on en Chine, puisque, suivant la tradition, elles devaient au final finir dans la famille d'un autre et s'occuper de leurs beaux-parents ( l'épouse vivait avec la famille de son époux et sa famille versait en cadeau une dot, qu'il n'avait pas forcément dans leur finance).
On imagine alors très bien les familles priant pour un garçon afin de perpétuer le nom et ramener une bru pour leurs vieux jours.


"Filles uniques" reviendra un peu là-dessus puisque Xia, l'amie de notre héroïne Xinxin, 15 ans, lui apprendra au début du roman, à la fois désespérée et en colère, que ses parents tenteront l'impossible pour avoir un garçon puisque l'État le leur permettait enfin.
C'était un coup au coeur, la jeune fille qui faisait des pieds et des mains pour impressionner ses parents sur ses résultats scolaires se sentira rabaissée.
N'est-ce pas juste une maladresse de leur part ? C'est amusant car Xia nous donnera en même l'impression d'une enfant trop gâtée.

Mais Xia n'est pas l'héroïne.
C'est Xinxin, bien moins riche, bien moins brillante aux études et plus patiente. Quelle avenir pour elle si elle n'a pas son bac chinois?
Elle est fortement soutenue par ses parents ( qui misent aussi sur un bon poste pour leur fille, pour assurer leurs vieux jours, on le lit. Attention, ça n'aura rien de cruel dans cette culture, c'est un angle de vue très différent du notre).
En tous cas, le titre l'affirme et il ne faudra pas l'oublier, les filles ne "comptent pas pour des prunes". Il faudra donc l'entendre à double sens, à savoir "tout sauf banales, elle sont aussi exceptionnelles".

L'intrigue de l'auteure sera originale, intelligent et sensible, s'orientant sur les envies nouvelles de Xinxin.
Xinxin ne voudra plus être unique, seule.
Elle se trouvera bouleversée par la nouvelle naissance chez Xia et à la différence de Xia qui la rejette, elle, aurait bien voulu se lier à un frère ou une soeur.
Les décisions d'état n'auront pas les mêmes retombées psychologiques sur tout le monde. Être fille unique n'a pas que des avantages, on le comprendra.
Est-ce pour échapper à la charge mentale de la vie de famille ou pour partager une complicité?
Ca sera à découvrir.
Xinxin est humble. Partager son espace avec toute sa famille peut être étouffant parfois.
Xinxin vit avec ses parents et grands-parents paternels. Il faut sans contestes s'entendre pour offrir à tous un espace vivable agréable commun. La famille de Xinxin dut troquer sa maison pour un appartement dans des circonstances à découvrir par le lecteur


Anne Loyer ne diabolisera pas la notion de politique des familles ou de tradition car comme pour son roman précédent, malgré tout, la culture aura du bon, tout ce qui se prêtera à élever la société.
L'auteure mettra le bel accent sur les liens forts entre les membres, une tendresse sincère, sur les us et coutumes qu'ils partagent et que nous ne connaissons pas, les expressions étranges qu'ils échangent, les plats favoris et exotiques qu'ils dégustent ensemble. Nous sommes aussi dans le goût du voyage, dans un bel échange avec les jeunes lecteurs. Tout ceci nous placera dans une immersion agréable, tendre, chantante et parfumée qui recontextualisera complètement les problèmes du livre. La culture est un bel outil d'expression, d'identité et de communication, il est surtout ce que l'on en fait, jeunes lecteurs.
Ce qui viendra corser et tendre les relations dans la famille, ce sont les règles de société instituée.
Nous sentirons bien une évolution du personnage principale qui sera en âge de questionner ses parents, d'entendre toutes les décisions adultes et sera dans la volonté de se replacer face à ses décisions. Il sera compliqué de se les approprier sans les comprendre.
La culture vue au travers de la famille de Xinxin nous fera penser à un matelas confortable sur un sommier sociétal au final un peu dur.
Xinxin commencera à ne plus en trouver le sommeil.


Ce romans ado est vraiment à découvrir et peut-être que les lecteurs ados tenteront de prendre de la hauteur pour s'y retrouver, après plusieurs romans ados du genre. Dans les romans ados existants, il y a beaucoup de belles histoires, de belles enfances et lorsque cela coince à l'adolescence comme on nous le raconte, c'est très souvent parti d'un conflit de générations.
Les ados se leurrent-ils par manque d'expérience et angélisme ou bien les adultes se sont-ils perdus en chemin avec l'âge de raison, en renonçant à leurs désirs profonds?
Tout ceci nous forcera à réfléchir, à poser des faits à plat, à considérer des contextes historiques, à faire preuve d'empathie avec nos héros, mais surtout à profiter.

On a aimé.
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Une superbe couverture, un titre évocateur et un sujet des plus intéressants et délicats. J'ai aimé le fait qu'il soit proposé en littérature jeunesse, que l'auteure apporte un fond historique sur une histoire d'ado touchante afin de permettre à nos jeunes de connaître quelques pages d'Histoire et réfléchir, comparer des modes de vie et des conditions de vie. Une belle ouverture d'esprit en perspective.

Hélas j'ai été déçue par plusieurs points et si je suis allée au bout de ma lecture, j'en étais tout de même souvent agacée. Ce roman est plutôt bien écrit dans un style agréable, on s'attache à certains personnages et on a hâte de savoir le fin mot de l'histoire : connaître le secret de famille puis ensuite savoir comment tout cela finira.
Seulement la crédibilité m'a souvent posé problème. Lorsqu'on décide d'écrire l'histoire de personnages chinois en plein coeur de Pékin, il faut, me semble-t-il, connaître et respecter la culture chinoise et la mettre en avant. Or trop souvent j'ai pensé : ah oui, l'auteure est française et elle fait penser/réagir son personnage comme un occidental… Trop souvent de malheureuses expressions bien occidentales perdaient leur sens ou devenaient ridicules dans le contexte asiatique (ex. les fées qui se penchent sur le berceau renvoient, selon moi, à nos contes européens ; ou encore « se mettre quelque chose sous les baguettes » plutôt que sous la dent…).
Je lis pour la première fois cette auteure, présentée comme auteure de littérature enfance et jeunesse. Or quand elle écrit le journal d'une ado de 15 ans, je n'avais pas le sentiment de lire une ado de 15 ans ! Par ex. p. 172 « Ils sont reliés de manière si étroite que j'ai parfois du mal à me livrer sans défense à l'affection éperdue de mes chers parents. Une affection qui s'est construite sur un désamour originel. » L'écrire ainsi en tant que narrateur oui, mais le faire écrire par le personnage… pour moi ça ne passe pas. Et ce n'est hélas qu'un seul exemple parmi de nombreux.
Très déçue donc de ne pas avoir pu m'immerger en Chine aux côtés d'une ado mais peut-être parce que je connais trop la culture asiatique. Un jeune qui la connaît moins sera pris par le récit et apprendra quelques éléments non moins intéressants (politique de l'enfant unique, loi abrogée, évolution de quartiers de Pékin, Internet en Chine, …). Je le proposerai par conséquent à mes élèves, ne serait-ce que pour l'ouverture d'esprit proposée.
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Dès que j'ai vu ce roman, appelez ça l'intuition du libraire, j'ai su que ça allait être une sacrée balade cette lecture!

Anne Loyer nous transporte en Chine actuelle, où la politique de l'enfant unique fait place à une nouvelle, qui encourage maintenant les familles à avoir deux enfants. Juste à temps , visiblement, pour les parents de la meilleure amie de Xinxin, Xia, qui attendent un second enfant près de quinze ans après la naissance de leur fille. L'adolescente est furieuse, à l'impression de ne pas suffire, surtout si le bébé est un garçon! Mais pour Xinxin, notre protagoniste, c'est le début d'une longue descente vers de terribles secrets familiaux. En effet, Xinxin a très envie d'être une grande soeur, mais en confrontant ses parents au sujet de le nouvelle politique, elle sent que quelque chose cloche, qu'un malaise plane. Lorsque Xinxin découvre que sa mère va de temps à autre l'orphelinat, elle décide de la suivre, ce qui la mènera à découvrir le pot aux roses: Xinxin a une soeur, un parfait sosie, une jumelle. Qui vit en France. En parallèle, elle découvre la famille de Long, un "enfant au noir", qui ont choisit de garder secret leur cadet, en dehors de la Loi.

J'ai déjà lu des histoires de jumeaux séparés à la naissance et ce sont toujours des histoires touchantes, parce que c'est assez bien établit maintenant que les jumeaux ont une connexion très spéciale et vivent le manque de leur double comme un traumatisme. Maintenant, imaginez ça, mais avec le contexte très particulier de la Chine communiste. Un second enfant est considéré "surnuméraire" et on sanctionne les parents qui auraient "l'audace" de contrevenir au dictat du Parti à ce sujet. Dans ce roman, nous avons en la personne de Long ( "Dragon") un cas de figure pour les familles à deux enfants: le second enfant n'est tout simplement pas reconnu et n'existe pas, à proprement parlé. Il devient un "non-citoyen" qui ne peut pas aller à l'école, ne peut pas travailler, pas utiliser les transports et ne possède pas de papiers d'identité. Des "ombres", comme se qualifie lui-même Long. Et on apprendra que dans les campagnes, la situations des enfants est encore pire, parce qu'un autre facteur est à prendre en compte: le genre. "Un garçon est une bénédiction, une fille est une calamité", pour reprendre les propos de la grand-mère de Xinxin, et du coup, les adoptions à l'International sauvaient des petits filles du rejet, mais aussi de la mort.

En ce qui a attrait aux "enfants au noir", ce n'est pas un sujet que je connaissais, bien que je savais pour les petites filles rejetées en raison de la politique de l'enfant unique. Et bien que ça ne me surprenne pas du tout ( la Chine étant l'un des pires endroits au monde en matière de Droits et Libertés de la personne) , ça n'en demeure pas moins très révoltant à lire. Xinxin est elle-même révoltée, avec raisons, et tout du long, ne parvient pas à comprendre les raisons de ses parents, qui semblent pragmatiques vu leur situation. C'est bien là le problème: tout était contre la garde des jumelles, surtout avec la maladie de Lotus ( celle qui vit en France), mais en effet, comment parvenir à comprendre une telle décision? Ces parents seraient-ils, au fond, des victimes supplémentaires d'uns système aussi inhumain que cruel?
Et du même coup, on peut s'interroger sur la nature du système: pour une population trop nombreuse, quelles auraient-pu être les autres pistes de solution? Surtout par rapport au sort des petites chinoises?

C'est un récit vraiment très intéressant, poignant et addictif, qui m'aura fait monter les larmes aux yeux. L'autrice maitrise bien la description des émotions, ç'aura été facile de ressentir ce que Xinxin ressentait. Ça n'a bien sur rien de très joyeux comme histoire, quoique le final console très bien, mais c,est ce genre de roman jeunesse qui marque, qui interroge et qui percute la réalité de pleins fouet pour notre plus grand bien. C'est toujours une bonne chose d,aller voir ailleurs ce qui s'y passe, ne serait-ce que pour mieux apprécier la chance que nous avons de vivre libre.

Xinxin est un personnage fort, malgré le grand état de confusion dans lequel elle plonge. Elle veut des réponses, elle veut récupérer sa précieuse soeur. Elle bouscule les conventions et doit faire front souvent seule face à quatre adultes. Elle a ses maladresses et ses torts, ce qui la rend très humaines et ses réactions sont assez réalistes. Il y a un beau travail autours de sa psychologie.

J'ai aussi beaucoup aimé l'apparition des Lettres de Lotus, vers le milieu du livre, cette jumelle perdue qui ne sens nullement chinoise et qui, à l'instar de Xinxin, se sens incomplète.

Bémol au tableau, après avoir lu d'autres romans internationaux, je réalise que je comprend un des points soulevés par un autre Lecteur et qui mérite que j'y glisse un mot: Quand on traite d'un pays différent du nôtre, il importe de garder un certain réalisme culturel. Or, comme formulé par le lecteur susmentionné, Xinxin a effectivement des réactions très "occidentales". Je me rappelle m'être dit que cette jeune fille était très insolente et peu respectueuse de ses membres de famille. Loin de moi l'idée de faire des préjugés, je ne suis pas experte de la culture chinoise. Néanmoins, je sais que le caractère honorable des aînés est très important pour les asiatiques en général. On le voit d'ailleurs très bien dans la majorité des mangas. On parle peu aussi du climat de surveillance du Parti communiste et de la condition de la femme. Des éléments qui auraient du, en principe , teinté les prises de positions de Xinxin, à mon avis.


C'est donc un roman fort, bien écrit, pertinent, fluide et dont on sent la recherche derrière la simple fiction. Un roman à la fois touchant et social destiné au lectorat adolescent et que je recommande fortement.

Comme l'autrice l'a aussi suggéré, je vous invite à regarder le documentaire "La nation de l'enfant unique" de Nanfu Wang et Jialing Zhang.

*La page couverture est magnifique et on sens d'emblée la forte volonté de Xinxin à travers son regard.
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« Filles uniques », c'est l'histoire de XinXin, une histoire fictive mais qui aurait pu être vrai car la politique de l'enfant unique a bel et bien existé de 1979 à 2015. Son but était d'éviter la surpopulation du pays en contrôlant les naissances, mais les conséquences furent nombreuses et souvent ignobles… Il est évident qu'on a déjà entendu parler de cette politique, mais je n'imaginais pas le nombre de familles en ayant souffert : les avortements forcés, les « enfants fantômes » et pire encore parfois…

Anne Loyer nous offre, à travers l'histoire de Xinxin, une vraie recherche sur le sujet tout en étant un roman passionnant. Grâce aux remerciements, on apprend que l'autrice n'a rien laissé au hasard, elle a fait des recherches très approfondies sur le sujet, ce qui nous permet d'avoir un roman au plus proche de la réalité.

XinXin est une jeune lycéenne de 15 ans vivant dans le centre de Pékin. Elle vit avec ses parents et ses grands-parents et est bien sûr fille unique. Elle subit la pression pour toujours viser l'excellence. Pour souffler un peu, elle enfourche son vélo et pédale là où son « Crinière d'Azur » la mène. Un jour de lycée, sa meilleure amie est furax car elle apprend qu'elle va être grande soeur. XinXin se questionne, pourquoi ne pourrait-elle pas devenir grande soeur également ? Elle va questionner ses parents et se retrouver devant un mur de silence. Elle sent bien qu'on lui cache quelque chose…

Ce roman m'a énormément appris sur la vie à Pékin, les traditions, les habitudes de vie des familles chinoises. C'était à la fois instructif et captivant. XinXin est une jeune fille très attachante et je comprenais sa colère et son besoin de rébellion. Je me mettais à sa place et j'avais envie de crier avec elle. Elle ne va rien lâcher et va tout faire pour comprendre ce que sa famille lui cache.

J'ai eu un coup de coeur pour le personnage de Lóng, il est cette rencontre inattendue qui va faire grandir XinXin et lui faire prendre conscience de la gravité de certaines choses. Il est son meilleur allié dans sa quête de vérité et, pour moi, le personnage le plus touchant.

Le dénouement, on le comprend petit à petit grâce à des révélations tout au long du récit qui nous tiennent en haleine. Il y a des scènes pleines d'émotions qui m'ont touché en plein coeur. C'est un roman à la fois doux et poignant qui m'a permis d'ouvrir les yeux sur ces traditions qui persistent. Une très belle découverte qu'il faut lire si le sujet vous intéresse !
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
« De m’abandonner parce que diminuée. Parce qu’en mauvaise santé. Elle m’a virée de sa vie et de son cœur vite fait bien fait parce qu’amoindrie. Une charge dont il fallait se délester. Un fardeau à oublier. Tu comprends maintenant pourquoi je cherche tant à éviter d’y penser? Les souvenirs si émouvants de mes parents se heurtent toujours à ce que je devine en arrière-plan. Il a bien fallu que des parents me jettent pour que les miens me sauvent. Mon existence ne tient que sur ce paradoxe insensé. Je suis passée d’une indifférence béante à un amour inconditionnel. Et je ne peux jamais penser le deuxième sans la première. Jamais l’un sans l’autre. Ils sont reliés de manière si étroite que j’ai parfois du mal à me livrer sans défense à l’affection éperdue de mes chers parents. Une affection qui s’est construite sur un désamour originel. »
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Elle m’a enfin fixée, arrêtant de se défiler. Et d’une voix presque aphone, elle m’a glissé dans un souffle :
- Ma mère est enceinte.
C’était donc ça...quatre mots pour un fléau. Un petit frère ou une petite sœur qui allait pointer le bout de son nez. Rien, visiblement, ne pouvait l’atteindre davantage que cette perspective-là. Elle était là, face à moi, bouleversée par cette nouvelle qui venait mettre fin à quinze années d’enfant unique. Penchée vers moi avec un masque de douleur à la place du visage, elle attendait que je l’approuve, que je confirme ses craintes, que je les alimente même, pourquoi pas ? Mais je restais muette. Étrangement, cette nouvelle me semblait incroyable.
Citation choisie par Michael Scofield
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Je n’avais pas rêvé ! Mon intuition ne m’avait pas trompée ! Tu existais bel et bien ! Xinxin ! Je t’ai attendue si longtemps ! J’ai regardé la traduction de ton prénom « cœur à cœur ». Rien que de le prononcer, il me fait du bien, il m’aide à aller mieux ! Je ne peux plus m’en passer. J’ai hâte que tu m’envoies une photo. Je n’ose envisager que nous puissions bientôt discuter, échanger…nous voir peut-être. J’aimerais tellement ! Rattraper tous ce temps perdu. Ce temps volé.
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- Un enfant au noir ?
J’ai répété la phrase de Long en détachant chaque mot sans les comprendre .
- Né sans autorisation si tu préfères. Je n’ai pas d’identité. Je ne suis qu’une ombre
- Une ombre ?
Un fois de plus, j’ai fait le perroquet.
Complètement déstabilisée par ce qu’il m’apprenait.
Il ma regardée avec indulgence comme une gamine trop naïve pour saisir les horreurs de ce monde.
Son regard me déplaisait souverainement mais il avait raison : je ne voyais pas du tout de quoi il parlait.
Long a soufflé et a remis une mèche de cheveux derrière son oreille.
Un minuscule diamant rouge brillait à son lobe.
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"Mes parents ont pris la route avec Hu et moi. Ils me cachaient comme ils pouvaient, s'arrêtant ici et là pour quémander du travail. Baba était employé dans les champs. Mama nous gardait et cousait des vêtements à tous ceux qui voulaient bien l'embaucher. Long a fait un geste vers les amas de tissus qui traînaient par terre et que j'avais pris pour des habits dépareillés. Ce qu'ils étaient aussi sûrement.
- Elle les vendait sur les marchés, et moi je trâinais dans ses pattes quand Hu allait à l'école.
Long a fermé les yeux un instant, puisant je ne sais où le courage de continuer.
- Moi... je n'y allais pas. Je n'y suis jamais allé.
- Comment ça ? Pourquoi ?
Une fois de plus, j'ai senti combien j'étais ignorante. Long me donnait envie de l'écouter, de le suivre dans cette enfance dont je ne pouvais qu'imaginer les difficultés. Elle me faisait penser à un chemin escarpé, une route de tous les dangers, minée à chaque tournant. Il a posé ses deux mains sur la table qui nous séparait et a continué en me fixant sans ciller :
- Pas d'identité, pas d'école. Pas d'identité, pas de certificat de résidence. Pas d'identité, pas d'accès aux soins. Pas d'identité, pas de droit aux transports ... "

Citation choisie par Hiro
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- La valse des damnés, Philippe Chlous, éditions de la Manufacture de livres, 19,90€ - Le chat qui voulait sauver les livres, Sosuke Natsukawa, éditions Nil, 19€ - La petite coriace, Anne Loyer, éditions Anne Carrière, 18,90€
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