AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2757831046
Éditeur : Points (04/10/2012)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 83 notes)
Résumé :
Le narrateur, Têtard, adresse une lettre à son maître, un écrivain japonais, pour lui parler de la pièce qu’il envisage d’écrire sur sa tante, une femme à la personnalité fascinante, célèbre gynécologue à l’origine du planning familial sous Mao. Têtard et sa tante vivent dans la région de Gaomi.
Cette fresque permet de dresser le portrait d’une période complexe.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  13 mai 2019
C'est sous le nom de plume de ''Têtard'' que Wan le Pied est devenu écrivain et dramaturge après une carrière dans l'armée chinoise. Et c'est aussi de ce pseudonyme qu'il signe les lettres qu'il envoie à son maître en écriture, le japonais, Sugitani Yoshihito; de longues lettres où il entreprend de raconter la vie de sa tante Wan le Coeur afin de mettre en ordre ses idées avant d'écrire la pièce de théâtre dont elle sera le sujet. Fille d'un héros de la nation, communiste convaincue et gynécologue réputée, la tante a exercé pendant plus de cinquante ans dans la canton de Dongbei, berceau de la famille Wan. D'abord respectée pour ses méthodes novatrices et sa capacité à mener à bien les accouchements les plus difficiles, la tante devient la bête noire de toutes les familles du canton quand les autorités chinoises mettent en place la politique de l'enfant unique. Pragmatique et fidèle au Parti, la tante ne fait pas de sentiments et poursuit sans relâche les femmes enceintes de leur deuxième enfant pour les contraindre à avorter. Convaincue jusqu'au fanatisme, elle écume les campagnes avec son assistante, Petit Lion, pratiquant avortements, vasectomies, hystérectomies et poses contraintes de stérilets, appliquant à la lettre des directives gouvernementales mal acceptées par les paysans qui veulent un fils pour leur succéder et de nombreux enfants pour aider à la ferme.
Lire Grenouilles, c'est d'abord se plonger dans la campagne chinoise la plus reculée et faire la connaissance d'une palette de personnages aux noms improbables : Chen le Nez, Yuan la Joue, Wang la Bile, Xiao Lèvre-supérieure, etc. de petites gens respectueux des traditions, accoutumés aux aléas de la vie, qui ont supporté l'invasion japonaise, la famine, la libération maoïste pour finir par se rebeller contre la mise en place du planning familial et la politique de l'enfant unique.
Même s'il dénonce les dérives et la cruauté de cette loi incomprise, Mo Yan ne se départit pas de son humour. Ambiance baroque, situations loufoques, personnages hauts en couleur contribuent à alléger l'histoire souvent très dure de ces femmes prêtes à tout pour avoir des enfants, au péril de leur vie. Têtard raconte sa tante sans la juger mais si le combat qu'elle menait lui semblait juste, la fin de sa vie est troublée par les remords : ses mains sont rouges du sang de tous ses enfants qu'elle a empêché de naître. Et malgré les drames, la Chine ne semble pas avoir appris des erreurs du passé. le présent n'est guère plus brillant pour les femmes, du moins les femmes pauvres utilisées pour la GPA, cause de nouveaux chagrins. Encore une fois, Mo Yan n'émet aucun jugement, sa critique implicite, discrète, enrobée d'humour, nous permet de tirer nos propres conclusions.
Un livre dont on ressort secoué par tant de cruauté et ému par le sort des femmes chinoises. La tante, personnage emblématique de la politique de Mao, est faite de contrastes. On l'admire pour ses compétences, on la déteste pour son fanatisme, on la plaint d'avoir été aveugle et sourde à la souffrance de ses congénères. Dans tous les cas, elle vaut le détour et méritait bien un livre. Et une pièce de théâtre ! Difficile de prime abord, la lecture de Grenouilles est finalement une expérience savoureuse et enrichissante.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          499
GabyH
  18 février 2013
« Grenouilles » m'a permis de découvrir Mo Yan mais également la littérature chinoise. C'est donc en novice, et en terre peu connue, que je m'exerce à la critique. A la fois loufoque et d'une construction minutieuse, ce livre offre une plongée fascinante dans la Chine, son histoire, ses croyances.
La complexité de l'oeuvre ne rend pas sa lecture difficile qui, au contraire, est très aisée. La complexité vient ici du travail de l'auteur. En effet, « Grenouilles » constitue à la fois une sorte d'essai historique romancé de l'histoire moderne voire contemporaine de la Chine à travers l'exemple de la mise en place de la politique de l'enfant unique et une mise en abyme du travail de l'auteur, de la production littéraire. Ce sont ces deux accouchements – celui des femmes chinoises qui cherchent à donner la vie malgré les dangers que cela implique et celui de l'auteur dans la mise au monde de son oeuvre – qui sont au centre du livre.
Tout le livre est donc construit autour du travail des parturientes et de l'écrivain pour se finir par une (ou deux) naissances, dans une ultime pirouette que nous offre Mo Yan. C'est ici tout le talent de l'auteur qui s'exprime : aucun détail n'est laissé au hasard ni aucune intention. On passe ainsi du début du livre, où le narrateur, enfant, adhère corps et âme à la politique du Parti Communiste dont le but ultime est l'ancrage du matérialisme dans les mentalités dans une Chine profondément rurale et pauvre, à la fin de l'ouvrage, dans une Chine urbanisée, puissance économique mondiale à la recherche de son âme et qui, nageant dans le confort matériel, revient à ses croyances millénaires.
Ce mouvement à la fois dialectique et complémentaire, circulaire comme le yin et le yang, est présent dans tout le livre dont le récit se déroule sous forme de roman, de roman épistolaire et de pièce de théâtre, avec un aller-retour permanent entre passé et présent. Au-delà de ses qualités littéraires, il faut également souligner l'habileté de Mo Yan à décrédibiliser le régime communiste chinois sans jamais le critiquer.
Un chef-d'oeuvre. A lire absolument !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          421
palamede
  27 novembre 2015
Dans la correspondance qu’il entretient avec son maitre japonais, Têtard, écrivain chinois débutant, lui fait part d'un projet d’écriture sur sa tante, une gynécologue réputée à l’époque où Mao a décidé du contrôle des naissances. Une occasion pour lui de rappeler les difficultés de la mise en place de la politique de l’enfant unique, surtout dans les campagnes reculées, et la résistance des couples et des femmes qui allaient jusqu’à risquer leur vie pour échapper à un avortement forcé.

Une fresque chinoise colorée et pleine de fantaisie qui nous montre une Chine non soumise avec des individualités très marquées. Des Chinois aptes à douter d’eux, comme la gynécologue qui à la fin de sa vie est poursuivie par l’image de grenouilles (en chinois bébé et grenouille se prononcent de la même manière) des enfants dont elle a empêché la naissance, ou comme Têtard, capables de remettre en cause leur adhésion inconditionnelle à la politique du Parti.
Une attitude proche de celle de l’auteur qui ne critique jamais le parti communiste, mais ne se prive pas de brocarder avec humour les conséquences de sa politique, celle d’hier mais aussi celle d’aujourd’hui.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          450
Renod
  10 octobre 2016
Un écrivain surnommé Têtard projette d'écrire une pièce de théâtre sur la vie de sa tante. Il raconte l'existence de cette gynécologue de campagne dans de longues lettres adressées à un littérateur japonais. Désormais retraitée, la Tante éprouve du repentir et déclare que ses mains sont souillées de sang. Il y a le sang des milliers d'accouchements qu'elle a assurés au cours de sa longue carrière dans un dévouement exemplaire. Mais il y a aussi le sang des femmes avortées sous la contrainte, certaines à un stade avancé de leur grossesse. La politique de contrôle des naissances a été appliquée avec excès. Les médecins peuvent imposer les hystérectomies, les vasectomies, les stérilets ou les avortements. Ceux qui tentent de s'y soustraire sont traqués et traités comme des ennemis du pouvoir. La Tante voue une loyauté infaillible à l'idéologie du Parti. Elle accomplit son devoir avec fanatisme organisant même des actions commando pour débusquer des femmes coupables d'une deuxième grossesse. Mais les temps changent, le pays s'est ouvert à l'économie de marché. Les Chinois continuent d'adorer la déesse de la fertilité et ceux qui en sont privés peuvent désormais louer un ventre. La violence économique succède à la violence étatique.
« Grenouilles » est mon premier roman chinois. Les scènes sont imprégnées des traditions et des croyances populaires. Les personnages sont hauts en couleur, la Tante par exemple se distingue par son excentricité. Les anecdotes sont cocasses et si les faits relatés sont graves, l'auteur ne se départit jamais de son humour.
Pour finir, j'ai trouvé le roman inégal, parfois savoureux, d'autres fois fastidieux. Les "premières fois" ne sont pas toujours les meilleures et je compte bien persévérer.
Si l'un/e d'entre vous peut me conseiller un roman chinois qui aurait cette même tournure de "farce campagnarde", je suis preneur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
ladesiderienne
  02 février 2014
CHALLENGE NOBEL 2013/2014 (9/15)
Me voilà arrivée au bout d'un long parcours du combattant : si cette lecture n'avait pas été faite dans le cadre du challenge Nobel, je ne l'aurais sûrement pas terminée. J'ai honte de dire que ma culture occidentale est restée imperméable à l'histoire et que je m'y suis profondément ennuyée.
Dans un village chinois, Têtard le narrateur veut écrire une pièce de théâtre mettant en scène sa tante, gynécologue de campagne. Grande adepte de la politique de l'enfant unique mise en place sous Mao dans les années 60, celle-ci a autant fait naître d'enfants qu'elle a fait avorter de femmes. Sur la fin de sa vie, on la retrouve, hantée par les fantômes de ces enfants non-nés qui lui apparaissent sous forme de grenouilles. Il faut dire que tout le livre est basé sur l'homophonie chinoise entre le bébé et la grenouille, que l'on retrouve également entre le coassement et les pleurs. Évidemment , traduits, ces "jeux de mots" ainsi que beaucoup d'autres dans le roman, perdent leur sens.
le début de ma lecture fut des plus ardus, l'histoire ne se déroulant pas vraiment dans un cadre temporel. D'autre part, je ne connaissais pas l'importance des caractéristiques physiques de chacun dans la culture chinoise. Et oui, ces dernières se retrouvent dans le prénom et me voilà en compagnie de Wan le Pied et Wan le Coeur (ceux-là c'est les deux héros) suivis de Chen le Sourcil, Chen le Nez, Yuan la Joue, Li la Main, Hao Grandes Mains, etc, etc. Rapidement, j'ai été larguée, d'autant plus facilement que les liens familiaux y sont également assez présents mais beaucoup plus compliqués que chez nous. Un exemple, la tante dont le narrateur parle est en fait la cousine de son père, mais, pour les Chinois, étant de la génération du père, elle est considérée comme une tante !
Trêve de plaisanterie : je suis nulle en culture chinoise (et je le reconnais), elle se limite à Pearl Buck, lue au temps du lycée. Cette lecture n'a cependant pas été totalement inutile puisqu'elle m'a éclairée sur la politique menée par Mao dans les années 60, sur ses conséquences sur les femmes, sur ses dérives. Par contre, je n'ai pas adhéré au style de l'auteur, trop farfelu parfois, notamment dans la pièce de théâtre, transformée en farce, qui clôt le roman. Je reste persuadée que la traduction ne rend pas service à ce genre d'ouvrage mais de là à le lire en chinois.... 2/20
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200

critiques presse (2)
LaPresse   01 mars 2013
L'écrivain évoque d'une plume acerbe la politique de contrôle des naissances en Chine, sujet qui demeure sensible sans être tabou.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeMonde   19 août 2011
Convaincant, le roman s'inscrit dans la continuité de La Dure Loi du Karma (Seuil, 2009). Le projet est moins ambitieux, mais le souffle est le même.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   30 septembre 2016
- (...) Je te le dis, Xiangqun, mon cher enfant, il ne faut pas que cela suscite en toi admiration ou bien envie, l’argent, les belles femmes ne sont que choses passagères, tel un nuage flottant, ou de la fumée, seuls sont précieux la patrie, l’honneur, la famille.
- Troisième oncle, dit mon jeune neveu, comme vous pouvez être drôles, vous autres ! Les temps ont changé et toi tu es là à me dire encore des choses pareilles. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
RenodRenod   03 octobre 2016
Je tapotai la brioche naissante de Chen le Nez et dis : « Ça y est, tu commences à prendre un ventre de général.
- C’est qu’on vit mieux ! répondit-il, même en rêve je n’aurais jamais pensé que nous pourrions mener une vie meilleure.
- C’est grâce au président Hua, dit Yuan la Joue.
- Selon moi, c’est le président Mao qu’il faut remercier, dit Chen le Nez, s’il n’avait pas pris l’initiative de partir, tout serait encore comme avant. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
ladesiderienneladesiderienne   02 février 2014
Je sais que plus on est riche, plus on est superstitieux, et que le degré de superstition est proportionnel à celui de la richesse. Je sais qu'ils croient plus que les pauvres à l'importance du destin et qu'ils chérissent davantage la vie que ces derniers. C'est normal. Les pauvres sont résignés à leur triste sort alors que les riches tiennent leur richesse à deux mains, comme ils tiendraient une porcelaine à motifs bleus d'une valeur inestimable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
litolfflitolff   07 mars 2013
A la fin de 1965, l'augmentation brutale de la population inquiéta les autorités. On assista à la première vague du planning familial depuis la création de la nouvelle Chine. Le gouvernement lança le slogan suivant : "Un ce n'est pas peu, deux c'est ce qu'il faut, trois c'est un de trop."
Commenter  J’apprécie          130
ladesiderienneladesiderienne   22 janvier 2014
A l'époque de l'ordinateur, écrire une lettre au stylo, sur du papier, est déjà devenu un luxe en soi, mais c'est aussi délectable et j'ose espérer qu'en la lisant vous pourrez de votre côté, éprouver le même plaisir archaïsant.
Commenter  J’apprécie          140
Video de Mo Yan (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mo Yan
Mo Yan prix Nobel de littérature .Annonce du 11 octobre 2012
autres livres classés : enfant uniqueVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Classiques en Chine

Hymne aux femmes de toute condition dans une société féodale, ce chef d'oeuvre de la littérature classique chinoise fait évoluer plus de 400 personnages. De quel roman s'agit-il ?

L'histoire des trois Royaumes
La Cité des femmes
Epouses et Concubines
Le rêve dans le pavillon rouge

10 questions
69 lecteurs ont répondu
Thèmes : chine , littérature chinoise , culture chinoiseCréer un quiz sur ce livre
.. ..