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ISBN : 9782213654256
Éditeur : Fayard (01/08/2011)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 52 notes)
Résumé :
T-Bird Murphy est un homme révolté qui rejette la société et vit dans un garage isolé du Missouri. Violent, raciste et marginalisé, il revendique la déchéance comme nouvelle forme de liberté et tire sa force de la musique et de la littérature, apprises en secret.
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
caro64
  03 juillet 2013
" Ce livre parle des gens qui travaillent pour gagner leur vie, les gens qui se salissent et ne seront jamais propres. […] Pour toi, ce sont des personnages, pour moi c'est la famille, ceux avec qui j'ai grandi". Ainsi, en s'adressant directement à nous, lecteurs, le narrateur, T-Bird, va nous raconter sa vie. Et, il ne nous ménage pas ! Ses paroles sont remplies de haine et de rage. Autant vous dire que c'est un texte noir, très noir. Voilà un livre coup de poing, un livre dont on ne sort pas indemne.
Nous sommes en été, il fait 40°. T-Bird Murphy vit reclus dans un garage miteux au milieu de nulle part dans le Missouri mais il vient d'Oakland, en Californie. Comment a-t-il fini là ? Il ne le révélera pas. "Je ne peux pas le dire" dit-il. de là, il écrit un bouquin dans lequel il nous livre quelques épisodes de son existence révoltée contre une société qui l'exclut. Il parle de lui, de sa famille et de l'environnement totalement " White trash" (déchet blanc) dans lequel il a vécu. Il décrit des soirées abondamment arrosées, commente la vie de quelques-uns de ses amis, évoque ses petits boulots, la pauvreté, les contrastes sociaux, l'alcoolisme, les déviances sexuelles et aussi la forte solidarité qui existe entre les gars de son quartier. Sur un fond de musique des bas-fonds (passionné par la trompette, le jazz, il a été musicien…), T-Bird déverse ses souvenirs et noie dans le whisky l'amertume que lui inspire une société consumériste, rongée par l'image, par le désir de pouvoir et la soif inépuisable de l'argent.
Eric Miles Williamson ne livre pas seulement des flash-back, il livre un roman passionnant. La forme est un bel exercice de style, mais c'est aussi une manière pour l'auteur de mettre en relief l'humanité du narrateur. le lecteur a le sentiment d'être le dépositaire d'un message, de même qu'il participe activement à l'humanisation du personnage qui prend véritablement corps sous ses yeux. Personnage atypique à l'intérieur duquel se côtoient et s'affrontent faiblesses et forces, T-Bird percute son lecteur avec son parler mordant. Eric Miles Williamson évite soigneusement tout pathos et tout manichéisme, son Amérique n'est jamais réduite à une dualité simpliste où ne régneraient que le noir et le blanc. Pour autant, son roman n'est pas non plus gris, au contraire. Sa vision du monde, tout du moins de son entourage, se compose d'une multitude de métissages. Ni complaisant ni provocateur, n'ayant en aucune manière le projet d'offenser, l'auteur ne semble rechercher que la sincérité. C'est sans doute la raison pour laquelle on éprouve tant de justesse en découvrant sous sa plume la ville d'Oakland. Et quelle plume ! Trempée dans le vitriol mais poétique et musicale, elle nous emporte dès les premières pages et ne nous lâche plus. Un roman d'une incroyable puissance. Un roman que je conseille à tous ceux qui apprécient de voir la vérité en face et qui refusent d'être dorlotés par un livre.
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Aaliz
  29 avril 2012
Voilà une lecture dont on ne sort pas indemne.
Bienvenue à Oakland est un livre qui dérange, qui parle cru, qui vous pend par les pieds et vous secoue comme un prunier, qui vous gifle toutes les 10 pages, vous insulte, vous malmène, vous fait culpabiliser, bref c'est un de ces romans anti-conformistes, provocateurs, politiquement incorrects. Si vous avez l'âme sensible et une tendance à la susceptibilité, passez votre chemin.
Bienvenue à Oakland c'est l'envers du décor, le négatif de l'American Dream, l'opposé de la jolie petite banlieue bien propre à la Desperate Housewives.
Bienvenue à Oakland c'est le contrepied des séries américaines qui envahissent notre petit écran, ces séries qui puent le consumérisme et le matérialisme bourgeois, qui font rêver les prolos avec de belles baraques et de belles bagnoles qu'ils ne pourront jamais s'offrir.
Bienvenue à Oakland c'est un coup de gueule, un cri de guerre contre ces bobos qui se pavanent dans leur petit confort bien tranquille pendant que d'autres pourrissent dans la crasse et triment comme des malades pour rembourser leurs dettes et avoir un toit au-dessus de leur tête.
Bienvenue à Oakland c'est une plongée dans la misère, dans les quartiers pauvres de la banlieue de San Francisco, ces quartiers où il ne fait pas bon se promener seul, ces quartiers qu'on ne voit jamais à la télé parce que c'est la honte, c'est pas beau, ça pue et c'est pas vendeur.
C'est T-Bird Murphy qui nous souhaite la bienvenue et qui nous sert de guide dans ce Oakland de la misère. Il nous raconte son enfance, entre une mère indigne qui passe son temps à taper sur ses gosses et à s'enfiler les mecs du quartier, un père qui n'est pas vraiment son père mais qui le prend sous sa protection tout en étant dur avec lui ( bah oui c'est pas son vrai fils alors faut pas pousser non plus), les petits boulots à travers lesquels il fait l'expérience des patrons pourris et la violence ambiante avec guerre des gangs, guerre des races, lutte des classes.
Oakland c'est la merde. Oui mais une belle merde, une belle merde dans laquelle tous pataugent et qui les unit, qui les rend solidaires. Il suffit de voir le sort réservé à FatDaddy Slattern par ses voisins, FatDaddy Slattern qui a trahi, qui a voulu se distinguer des autres, se croire au-dessus du lot.
Ce roman est d'une profonde noirceur mais pourtant j'ai ri. Et pour que je rie en lisant il en faut vraiment. Autant dire que ça ne m'arrive quasiment jamais, au plus j'esquisse un sourire et c'est tout. Mais là, non, j'ai ri, vraiment ! Comment rester de marbre face au personnage de Jorg et son terrible « Adresse » ? Ou encore lorsque T-Bird et son pote Ben encastrent leur voiture dans une baraque ? Et tout ça raconté dans ce style cru, ce langage fleuri que nous sert Eric Miles Williamson. Car oui, vous allez avoir votre dose de « gros mots » et vous allez vous-même en prendre pour votre grade. C'est bien la première fois que je me fais insulter par un livre !
Eric Miles Williamson ne fait effectivement pas dans la dentelle et si vous le lui reprochez voilà ce qu'il pourrait vous répondre :
« Ce dont on a besoin, c'est d'une littérature imparfaite, d'une littérature qui ne tente pas de donner de l'ordre au chaos de l'existence, mais qui, au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, dans une littérature qui hurle à l'anarchie, apporte de l'anarchie, qui encourage, nourrit et révèle la folie qu'est véritablement l'existence […].
Tu veux du parfait ? T'as qu'à lire les putains de bouquins de quelqu'un d'autre. Ce bouquin, si je le fais bien, sera tout sauf paaarrrfait. Je ne veux pas qu'après avoir tourné la dernière page tu t'étires sur ta chaise longue hors de prix avec un soupir plein d'autosatisfaction[…]. »
Vous voyez ? T-Bird s'adresse directement à vous, vous prend à partie, enfin … T-Bird ou Eric Miles Williamson ? Difficile de faire la part entre les deux voix. II semblerait bien que le livre contienne des éléments autobiographiques, ce qui ne peut qu'ajouter au réalisme du milieu décrit.
Mais tout de même, un bémol : quelle image de la femme ! Vénale, matérialiste, égoïste, faignante, négligée, de petite vertu … Pffffiou, ça sent le mâle misogyne qui a eu de mauvaises expériences… oups, j'avais bien dit de ne pas être susceptible ….
Alors voilà, Bienvenue à Oakland est une bombe qui explose selon le lecteur ou pas, un OVNI littéraire, un bouquin inclassable, hors norme, unique. Je n'avais encore rien lu de tel. On adore ou on déteste.
Moi qui aime les écrits engagés et enragés, je ne pouvais pas faire autrement qu'adorer et même j'en redemande.
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Paco
  24 octobre 2011
Eric Miles Williamson cède sa plume à T-Bird Murphy, personnage narrateur du livre. Quelle histoire bon Dieu... J'avoue n'avoir jamais rien lu de pareil et je reconnais qu'il va me falloir un moment pour m'en remettre! Pour l'expliquer d'une autre manière, difficile d'en sortir indemne. On en prend plein la gueule. Eric Miles Williamson, par la voix furieuse et pleine de rage de T-Bird Murphy, nous plonge dans les ghettos sombres, malsains et dangereux d'Oakland, ville industrielle située en face de San-Francisco, où certaines races, dont de pauvres blancs comme lui, sont totalement exclus, catalogués et traités comme des clébards dans la société.
Si vous cherchez à découvrir de la belle littérature sans trop de vulgarité, autant vous dire que vous n'ouvrez pas le bon bouquin! Quoi que... le franc parlé du personnage, d'une dureté extrême, est aussi d'une subtilité effarante et non dénué de sens (bien au contraire!). T-Bird Murphy nous parle entre quatre yeux, nous crache à la figure sa vision d'exclu vis-à-vis d'une Amérique de merde, ne cherche absolument pas à nous ménager - nous insulte même parfois - et va droit au but avec un langage rempli de rage et de dégoût. Sa parole franche et son monologue scabreux et dur nous emportent malgré nous, avec lui, dans sa zone, son milieu, dans son indignité. On écoute, on écoute encore et on ne s'en lasse pas. On dit "merde", souvent... On se dit que ce n'est pas possible de vivre ça! Et pourtant... Nous ne pouvons que compatir, avec notre regard extérieur, tout en restant d'une certaine manière concernés, sans savoir pourquoi.
J'ai tout de même envie de dire que les propos de T-Bird Murphy sont une sorte de poésie, mais à sa manière. A la manière de la rue et de la merde. A la manière finalement d'une personne salement victime de l'exclusion et qui l'exprime avec de la classe, vulgairement classe... Une belle leçon de philosophie de vie au bout du compte. T-Bird Murphy ne sollicite pas notre pitié, il veut juste s'exprimer... Après avoir parcouru quelques kilomètres de lecture au côté de ce personnage, on se doute bien que T-Bird Murphy et l'auteur Eric Miles Williamson ne sont qu'une seule et même personne.
Fils d'immigrés irlandais, la quarantaine, T-Bird Murphy vit dans un box de parking merdique, infecté de bestioles de toutes sortes. Il enchaîne les petits boulots depuis l'âge de 10 ans - ramasser les crottes de chiens sur les trottoirs, manoeuvre sur les chantiers, chauffeur de camion-poubelle, pour n'en citer que quelque-uns - mais ne gagne largement pas sa vie. Et pourtant, il a tout essayé. Il exprime d'ailleurs clairement ce qu'il pense des employeurs, de ces grands connards de patrons qui exploitent et profitent de gens comme lui. Il nous parle aussi de son enfance, une enfance que même un chien ne voudrait pas! Je ne vous donne pas de détails ici. Je vous dit juste que c'est inhumain, amer, cruel et intolérable.
T-Bird Murphy nous livre donc sa vie, sa merde, ou plutôt des passages de sa vie, agréables ou non, mais plutôt désagréables. Mais aussi les bons moments comme sa passion pour la musique, le jazz - la trompette - un tremplin essentiel pour rétablir son moral et le propulser au plus haut. T-Bird Murphy est un grand mélomane comme son père Bud - enfin pas son vrai père, évidemment - et quand il joue, il oublie sa déchéance, sa misère et sa souillure de vie et il se met à rêver... Sa musique, on la perçoit, on la ressent, et on l'écoute une fois de plus, attentif... A retenir aussi les bons moments avec ses amis, ses longues heures passées avec eux au "Dick", leur bar crasseux qui leur est plus ou moins réservé pour parler de femmes, où plutôt de leurs ex-femmes qui les ont mis sur la paille en demandant le divorce et surtout en demandant des pensions alimentaires hors norme. Des gars brisés et cassés.
C'est glauque, c'est dur, verdâtre et violent. On vogue pleinement et profondément dans un milieu où drogue, sexe, délinquance et beuverie mènent le jeu, où les femmes n'ont pas beaucoup d'amour propre, mais plutôt l'amour vulgaire, canaille et inélégant. Mais aussi dans celui de la musique, de l'amitié, au milieu de gens paumés, travailleurs, laissés-pour-compte qui entretiennent tout de même avec force le respect, la solidarité, la fierté et l'honneur. Eric Miles Williamson sait nous décrire cette ville d'Oakland effacée par les lumières de San-Francisco, avec adresse et habilité. Ses décharges immondes où la pollution et les déchets se transforment en geysers de gaz pestilentiels et méphitiques. Ses rues remplies de merdes grouillantes d'asticots. Ses taches de sang et bout de crânes éparpillés sur le sol. Et surtout son ambiance, son climat, son atmosphère. La beauté se niche dans les détails, mais une beauté vue par des personnes comme T-Bird, et non les autres, les riches, les connards. Tout est relatif.
Laissez-vous surprendre et abasourdir par les paroles de T-Bird Murphy. Laissez-vous balader, emmener par les propos directs, francs et sans détours d'un type miséreux, perdu et enragé, mais aussi bon, juste et loyal! Pour ma part, je m'y suis complètement engouffré, comme hypnotisé, j'ai rapidement oublié la sensation de lire et je crois bien que je me suis retrouvé malgré moi dans cette cité. Mais je n'en suis pas sûr, peut-être était-ce juste un mauvais rêve. Quoi qu'il en soit, Bienvenue à Oakland.

Je vous livre quelques passages du récit, révélateurs.

"... Avec le jazz et l'impro, c'est différent. Suffit de suivre la pulsation qui te bat dans les couilles, tes fluides circulent et t'as ce truc en toi, ce truc tu ne ressens pas tant que tu ne joues pas, mais que tu captes dès que tu te mets à jouer, et que tu laisses échapper dans le bar. Jouer du jazz, c'est comme être bourré au dernier degré et baratiner sa nana préférée pour la convaincre qu'on est vraiment sexy... et y arriver! Mais par rapport aux musiciens réglo, ces soldats sapés en costard-noeud pap, ouais, par rapport à ces types-là, je suis un gros nul."

"... Il l'a descendue? Putain, il est temps! Mais je croyais que vous étiez ses potes? Payez la caution et faites-le sortir! Quand on descend une salope dans son genre, surtout une salope d'ex, la caution va pas chercher plus loin que dans les deux mille. Les juges comprennent ce qu'un homme est obligé de faire parfois."

"... Si, la merde qu'on voit, les étrangers considèrent qu'elle est laide, c'est parce qu'ils sont habitués à la merde que, eux, ils trouvent belle et qu'ils ne perçoivent pas combien leur monde peut nous paraître immonde à nous, la laideur de leur petit personnel et de leurs bagnoles européennes ou japonaises hautement antiseptiques qu'aucune tache de sperme ni de honte ne corrompt jamais, la laideur de leurs briques si parfaitement alignées, de leur carrelage récuré, de leurs jardiniers, de leurs plombiers, tous ces gens qui travaillent pour eux - nous. Mais nous, parce qu'on est nous, on voit des trucs magnifiques qu'ils ne voient pas. La beauté d'une haie bien taillée ou d'une rampe d'accès au béton bien coulé, la beauté d'un petit ange mexicain en cloque à treize ans, obèse et triste, la beauté d'un immeuble correctement démoli. Nous qui vivons dans la laideur, on connaît la beauté - et elle n'a rien à voir avec ce qu'on trouve dans les magazines branchés des salles d'attente des toubibs ou des avocats spécialisés dans les divorces."

Il parle d'Oakland. "... C'est beau, des dobermans et des pit-bulls en train de réduire en charpie des mômes qui ont sauté le mur d'une propriété privée; c'est beau, le sang répandu sur le trottoir, les mares de vomi et les bouts de chair dans les ruelles, à l'arrière des bars. La beauté des merdes de chien qu'on dirait vivantes tant elles grouillent d'asticots, je la vois, ces paquets de merde couvent comme des gros tas d'intentions insondables qui se tortillent en quête d'une improbable raison primale. Je la vois, la beauté de ces adolescents lubriques, dans la rue, qui se passent la langue sur les lèvres en jetant des regards perçants aux jeunes appelés du Midwest, ces pervers qui débarquent de leurs petites villes de merde, et la beauté des vieilles qui relèvent leur jupe pour pisser dans le caniveau, elles font ça avec le sourire, comme il faut. Y a rien de plus beau que la volonté de vivre lorsqu'on baigne dans le désespoir absolu. L'Espoir, c'est pour les connards. Il n'y a que les grandes âmes pour comprendre la beauté du désespoir."

Il parle des employeurs. "... Qu'est ce qu'on dit, quand on pense aux maladies mortelles qu'on se chope en bossant dans tes magasins et tes usines, sur tes chantiers de construction? Tu crois qu'on se dit quoi, tard le soir, après avoir picolé toutes nos canettes de Busch, quand on repense que tu nous fais payer notre place de parking dans tes usines hors normes avec des latrines à la place de vraie toilettes? Tu crois qu'on pense à quoi, quand on signe nos chèques de pension alimentaire destinés à tes filles qui nous épousent parce qu'on est de vrais hommes, mais qui nous plaquent en demandant le divorce parce que, ce qu'elles veulent, c'est une fiotte dans ton genre? A quoi on pense quand on tond ta pelouse, qu'on débouche tes chiottes, qu'on passe devant tes baraques aux garages plus grands que nos apparts ou nos caravanes, quand on voit que tes filles portent un appareil dentaire, alors que les dents pourries des nôtres leur donnent des airs de sorcières à même pas seize ans? Qu'est ce que tu crois qu'on imagine quand on entend aux infos que ta maison sur les collines a été emportée par un glissement de terrain et que tu as perdu ton mobilier hors de prix? Tu crois peut-être qu'on a pitié de toi? Qu'on espère que, toi et ta petite famille, vous vous porterez bien et que tout ira pour le mieux? N'oublie pas, Mr ou Mrs Tout-Confort, que je suis en train d'écrire dans mon garage de Warrensburg, dans le trou du cul du Missouri. ... J'ai fini dans ce trou parce j'étais un mec bien et que je n'avais pas encore compris la leçon que m'avait enseignée FatDaddy Slattern. Si je vis dans ce trou, c'est à cause de types comme toi. Alors, tu sais quoi? Je ne t'aime pas."
Lien : http://passion-romans.over-b..
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LUKE59
  10 mai 2013
A travers ce roman d' inspiration largement autobiographique, Eric Miles Williamson se lance avec fureur dans la lutte des classes tout comme dans la lutte des sexes. le narrateur, T-Bird , revendique pleinement sa condition de prolétaire . Lui et ses copains, piliers du bistrot " chez Dick", s' entendent pour fustiger aussi bien leurs patrons exploiteurs , les nantis vivants du bon côté de la baie de San Franscisco, leurs compagnons de ghetto noirs et mexicains, que leurs ex-épouses vénales et leurs c. . . . . . . d' avocats , qui, non contents de les priver de leurs enfants, leur font cracher d' exhorbitantes pensions alimentaires, les condamnant par cela à loger dans des caravanes ou dans leurs véhicules.Dès le début, le lecteur est surpris par la véhémence du propos , le flot de récriminations et d' invectives qui lui semblent adressées directement, comme si l' auteur cherchait à éviter que son témoignage suscite trop de compassion. Par la suite, le ton se radoucit , avec de l' humour, des passages touchants sur la musique venant abolir quelque peu les barrières raciales..Pour l' auteur, en littérature, ce que l' on a à dire est plus important que le style.En bref, un ouvrage revigorant, bourré d' énergie et anticonformiste dans la lignée des Bukowski, John Fante, Donald Ray Pollock et autres.
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Pol-Art-Noir
  15 mai 2014
Certains d'entre vous avez peut-être lu Noir Béton, le précédent roman d'Eric Miles Williamson. Ça a été mon cas et j'avais rendu compte ici même de l'excellente impression que m'avait laissée le livre et l'auteur. Je n'ai pas (encore) eu l'occasion de croiser la route de Gris Oakland, son premier roman paru en France chez Gallimard (dans la collection La Noire), mais lorsque s'est présentée l'opportunité de plonger à nouveau dans son univers et son écriture avec la parution de Bienvenue à Oakland je peux vous assurer que je n'ai pas attendu bien longtemps.
Tout commence comme une grande claque dans la gueule. Comme si celui qui avait écrit ça t'attrapait au collet et te secouait un bon coup pour te faire comprendre à toi — à toi personnellement, tas de bouse ramollie — que ce livre recelait autre chose que des personnages, qu'il s'agissait de vie, de vraie vie, de celle qui laisse des traces — au sens propre comme au figuré.
Car T-Bird Murphy, le narrateur, n'est de fait pas vraiment un personnage de roman (d'ailleurs, on ne peut pas parler ici d'intrigue) ; il se présente comme un témoin, un révélateur, doublé d'un excellent conteur.
T-Bird va TE raconter sa vie. Et si j'emploie sciemment le tutoiement, c'est parce que le lien qui se tisse ici entre le lecteur et le narrateur est de l'ordre de l'intime. Ça ne se fait pas vraiment dans la douceur, plutôt les yeux dans les yeux, histoire de bien se faire comprendre et de marquer l'urgence et la rage qui sous-tendent le discours. Discours est d'ailleurs sans doute un bien grand mot puisque s'il y a bien une cohérence d'ensemble qui se dégage au final — et quelle cohérence ! — le récit se construit de manière chaotique au "hasard" des souvenirs de T-Bird qui s'enchaînent les uns aux autres ; une anecdote en appelant toujours une autre, comme une conversation, ou plutôt un monologue, déversé au coin d'un bar perdu, minable et enfumé, devant une bière pisseuse, avec toute l'intensité du désespoir.
« Y a rien de plus beau que la volonté de vivre lorsqu'on baigne dans le désespoir absolu. L'espoir, c'est pour les connards. Il n'y a que les grandes âmes pour comprendre la beauté du désespoir. »
Le monde de T-Bird, c'est la baie de San Francisco, mais vue du "mauvais" côté, celui d'Oakland, dans la grisaille, loin des lumières de la ville. Ici, les ghettos Noirs font peur, même lorsqu'on y est né. Au hasard des pages, T-Bird retrace son parcours de fils d'immigrés Irlandais, élevé par un père qui n'est pas le sien, abandonné par une mère partie chercher fortune et meilleur parti ailleurs. T-Bird raconte l'Amérique d'en bas, celle des travailleurs qui ne s'en sortent pas avec leurs métiers pénibles, égorgés par les pensions alimentaires, et qui se retrouvent au bar pour échanger leurs désespoirs devant un mauvais whisky. Et si la lutte de classe n'a plus bonne presse, qu'on nous rabâche qu'elle n'existe plus, T-Bird nous rappelle que les classes, elles, perdurent.
Reste que dans cette misère crasse, la solidarité existe bien et que c'est sans doute elle qui au final fait la saveur exceptionnelle de ce monde vivant, infiniment vivant. T-Bird a connu une vie "normale", a possédé une maison, a exercé un métier décent, s'est marié, mais c'est au fin fond d'Oakland qu'il est revenu pour se sentir en vie. Eric Miles Williamson écrit des pages magnifiques à ce sujet :
« J'aimerai savoir si le manque de courage est une invention de ton cru et propre au gars de ta génération, ou s'il est mon destin, un destin auquel, pour mon bien, je ferais mieux de ne pas tenter d'échapper, un héritage qu'il me faut comprendre, et par conséquent accepter et dorloter comme un enfant débile, le mien. »
Il n'est jamais question de misérabilisme dans Bienvenue à Oakland, et si l'auteur décrit d'une certaine manière l'envers du rêve américain, il rappelle constamment le choix de T-Bird, son aspiration à rester proche de la vitalité incarnée par ses voisins, ses amis, ses collègues.
Et puis il y a la musique, qui permet de surmonter les "interdits" raciaux, comme une échappatoire, un subterfuge universel pour masquer la dure réalité ou l'habiller de mille feux. T-Bird joue de la trompette… et parfois du jazz.
« Avec le jazz (…), suffit de suivre la pulsation qui te bat dans les couilles, tes fluides circulent et t'as ce truc en toi, ce truc que tu ne ressens pas tant que tu ne joues pas, mais que tu captes dès que tut te mets à jouer, et que tu laisses échapper dans le bar. Jouer du jazz, c'est comme être bourré au dernier degré et baratiner sa nana préférée pour la convaincre qu'on est vraiment sexy… et y arriver ! »
« La Mission d'un musicien consiste à supprimer le bruit des hommes. À faire oublier le bruit des hommes en le remplaçant par un autre plus éloquent. »
Enfin, puisque T-Bird et son créateur se ressemblent au point de parfois ne faire plus qu'un, il sera aussi question de littérature, toujours sur le même ton :
« Ce dont on a besoin, c'est d'une littérature imparfaite, d'une littérature qui ne tente pas de donner de l'ordre au chaos de l'existence, mais qui, au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, une littérature qui hurle à l'anarchie, apporte de l'anarchie, qui encourage nourrit et révèle le folie qu'est véritablement l'existence quand nos parents ne nous ont pas légué de compte épargne, quand on n'a pas d'assurance retraite, quand les jugements de divorce rétament le pauvre couillon qui n'avait pas de quoi se payer une bonne équipe d'avocats, une littérature qui dévoile la vie de ceux qui se font écrabouiller et détruire, ceux qui sont vraiment désespérés et, par conséquent, vraiment vivants, en harmonie avec le monde, les nerfs à vif et à deux doigts de péter un câble, comme ces transformateurs électriques sur lesquels on pisse dans la nuit noir d'Oakland. »
Tout est dit, ou presque :
« (…) il y a peut-être au fond, en moi, un truc qui tourne vraiment rond, un truc pur et transcendantal fait pour voir et pour ressentir la douleur du monde, pour ingurgiter et digérer cette horreur brute, et la transformer en une chose belle et cristalline, comme si je pouvais réduire des ordures en sublimes pierres précieuses. »
C'est T-Bird qui s'interroge, et c'est Eric Miles Williamson qui lui répond sous la forme d'un admirable roman noir qui, tout en bousculant les codes, s'inscrit sans hésiter dans le Panthéon du genre.
Ecrit avec style, la plume trempée dans les tripes, Bienvenue à Oakland est un roman d'une incroyable puissance qui fera paraître bien insipides nombre de vos lectures.
Lien : http://www.polarnoir.fr/livr..
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critiques presse (1)
LeSoir   07 novembre 2011
Comme chez Hubert Selby Jr, Larry Brown, James Crumley (trois écrivains que Williamson n'a pourtant jamais lus) ou Bukowski, il émane de ces pages une profonde humanité mais aussi une musique hypnotique et entêtante.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
caro64caro64   03 juillet 2013
Je pourrais te raconter toutes sortes de conneries de ce genre, continuer pendant trois ou quatre pages, faire mon lyrique ou mon branleur de service pour te prouver que j'écris vraiment bien sur la musique, vu qu'avant d'écrire des bouquins j'étais musicien, et pas un mauvais, en plus, quand je m'y mettais ; d'ailleurs, parce que j'ai été musicien - je ne pouvais pas jouer avec les grands big bands syndiqués, ni avec les négros dans les clubs de jazz, mais c'est pas grave, parce que la musique, je la capte, je sais ce qu'elle veut dire et ce que donne la combinaison de mon expérience dans le domaine de ma détermination à écrire sur mon peuple d'Oakland et sur mon quartier -, bref, parce que j'ai été musicien, j'ai fini par tomber sur quelques astuces, quelques petits schémas bien pratiques quand j'écris, des schémas sonores et certaines façons de faire coïncider le rythme des mots avec la cadence du son. Je te raconte pas d'histoires, je pense vraiment à l'octave du mot au moment où tu l'entends, où tu l'as en tête quand t'es en train de lire, et si tu reviens un peu en arrière, ou si tu lis mon autre bouquin en prêtant l'oreille au ton de chaque mot, tu reconnaîtras des passages du Requiem de Mozart, de Kind of Blue de Miles Davis, ou de Suzie Q de Creedence.
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caro64caro64   02 juillet 2013
Personne ne savait que je lisais tous ces bouquins. C'est pas le genre de truc qui s'avoue, dans mon quartier. Si tu racontes qu'au lieu de mater le match des Raiders ou de picoler de la bière tu lis des bouquins, merde, tout le monde va penser que t'es une tarlouze, plus personne ne t'adressera plus jamais la parole et, ce qui est clair, c'est que plus personne ne te fera plus jamais confiance, pas avec cette tête remplie de gentilles petites conneries artistiques de coco, cette tête dans les nuages qui regarde tout le monde de haut. Si tu lis des bouquins, eh ben, tu le gardes pour toi.
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encoredunoirencoredunoir   06 septembre 2011
Ce qui m'a un peu détruit la tête, c'est que je vénérais Nietzsche et Marx à la fois ; or d'après le peu que j'en savais, leurs idées n'étaient pas trop compatibles. Marx était à fond pour le travailleur, le gars qui bosse sur un chantier de construction comme un malade pour l'enfoiré de riche ; Marx, il était pour tous les gars de chez Dick, il était pour moi. (…) Nietzsche pensait que les minables n'avaient que ce qu'ils méritaient, parce que les forts finissaient toujours par se relever, par conquérir et par se retrouver tout en haut de l'échelle, devenant ainsi les maîtres de la basse-cour. (…) le fait de lire ces deux Schleus m'a donc un peu détraqué. Je n'arrivais pas à décider si je voulais devenir le leader du plus grand syndicat international de l'histoire de l'humanité, ou bien le dictateur d'Oakland, Monsieur le Boss. Parce que, si je devenais un jour Monsieur le Boss, qu'est-ce que je penserais des travailleurs ? Et si je restais un simple travailleur, qu'est-ce que je penserais du Boss ? Lire des bouquins, bordel, c'était pas simple
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trust_metrust_me   11 septembre 2011
Ce dont on a besoin, c’est d’une littérature imparfaite, d’une littérature qui ne tente pas de donner de l’ordre au chaos de l’existence, mais qui, au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, une littérature qui hurle à l’anarchie, apporte de l’anarchie, qui encourage, nourrit et relève la folie qu’est véritablement l’existence quand nos parents ne nous ont pas légué de compte épargne, quand on n’a pas d’assurance retraite, quand les jugements de divorce rétament le pauvre couillon qui n’avait pas de quoi se payer une bonne équipe d’avocats, une littérature qui dévoile la vie de ceux qui se font écrabouiller et détruire, ceux qui sont vraiment désespérés et, par conséquent, vraiment vivants, en harmonie avec le monde, les nerfs à vif et à deux doigts de péter un câble, comme ces transformateurs électriques sur lesquels on pisse dans la nuit noire d’Oakland.
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GabySenseiGabySensei   26 juillet 2012
Le père Camozzi était un expert en mariages. J'avais joué dans des mariages mexicains qui avaient tourné en guerre des gangs; une fois, je l'avais vu ouvrir le crâne de six gars avec une matraque qu'il cachait sous sa soutane. Au moment où il avait réglé leur compte à ces lascars, les gens avaient arrêté de se battre et s'étaient remis à picoler, pour bien souder les liens de la famille, cette famille qui venait de se former et qui ne pourrait plus se défaire.
Le père Camozzi a enfilé un bras dans sa soutane et il a sorti sa matraque - mon pote, je peux te dire qu'on a déblayé le passage, déblayé, déblayé, déblayé.
(P318)
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