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ISBN : 207037033X
Éditeur : Gallimard (09/06/1978)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 128 notes)
Résumé :
Le narrateur part à la recherche de son père.
Le voici dans un village, en bordure de la forêt de Fontainebleau, du temps de l'occupation, au milieu d'individus troubles. Qui est ce père ? Trafiquant ? Juif traqué ? Pourquoi se trouve-t-il parmi ces gens ? Jusqu'au bout le narrateur poursuivra ce père fantomatique. Avec tendresse.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
jeandubus
  23 février 2015
Les boulevards de ceinture.
Troisième incursion dans l'oeuvre du prix Nobel..
En son temps Bernard Pivot aurait écrit dans une revue (cf. la critique de Renod pour quartier perdu) « il y a, dans l'oeuvre de Modiano, une opposition très forte entre une géographie extraordinairement précise et une temporalité beaucoup plus floue, au calendrier incertain ».
Pour la temporalité, on est d'accord (ce qui permet de lire chaque roman dans un ordre indifférent), mais pour la géographie sûrement pas, puisque de ces boulevards de ceinture, Modiano ou plutôt « le narrateur » fils de. (du baron Deyckecaire / Decker) en fait très vite le tour, effleurant la place d'Italie et le boulevard Masséna, l'air horrifié : « Soult, Masséna Davout, Kellermann, pourquoi a-t-on donné des noms de vainqueurs à ces lieux incertains ? » …. (On est loin de la géographie extraordinairement précise du « zone » de Jean Rolin* qui décortique réellement Paris au scalpel).
On retrouve le même détachement et disons la même décadence confortable de
« quartier perdu » et de "rue des boutiques obscures".
A force, comme dans les "exercices de styles" de Queneau, Modiano retranscrit sous une forme ou une autre l'aventure banale du "gommeux de la gare saint Lazare" deux fois et à dix ans d'intervalle face à son père.
La première au sortir du lycée, la seconde après enquête dans une auberge en bordure de la forêt de Fontainebleau, A Milly ou Barbizon (la géographie n'est pas extraordinairement précise...), là où les aristos ont leur « campagne » et partouzent à qui mieux mieux (cette fois c'est clairement dit).
Le baron habite au prieuré, et ses potes un peu méprisants habitent la villa « Mektoub ». Un monde « interlope » comme annoncé en introduction.
Ça se passe pendant les « évènements ». L'«occupation » précise la quatrième de couverture. Une occupation sans allemands ? Un détail… ou alors une vision qui rejoindrait une fois encore les « évènements » de Jean Rolin quarante ans après !!!
Le narrateur (né en 1945 à Boulogne Billancourt) se fait appeler Serge Alexandre et il est ….écrivain.
Dix ans plus tôt, son père a tenté de le tuer en le poussant sous le métro à la station Georges V. Une bonne blague qui se termine avec un verre à la Brasserie Lorraine :
« Vous savez, je ne vous en veux pas (…) si nous prenions un verre ? Il faut fêter ça !». Très plausible, n'est-ce pas?
Dix ans plus tard, à l'auberge du Clos Foucré son père ne le reconnait pas. Seconde blague pour cet homme louche particulièrement désopilant.
A ce prix-là, la recherche du père devient très risquée. Heureusement notre grand Patrick sérieux et pugnace continuera sa quête dans les épisodes à venir. Il a le temps.
Hier, j'étais dans la minuscule « librairie » du théâtre de l'Odéon (Ivanov/Luc Bondy) et s'étalait sur une table l'oeuvre complète de notre nobélisé découpée comme un puzzle dans la nouvelle édition Folio. Sur les quatre opus que j'ai examinés, deux parlaient de papa maman, et les deux autres restèrent plus mystérieux, avec peut être une histoire d'amour en filigrane...
Il y a sûrement quelque chose qui vaille la peine, qui émerge. C'est à n'y rien comprendre.

* Jean Rolin est né cinq ans après Patrick Modiano à …Boulogne Billancourt.

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zabeth55
  05 juillet 2012
Le narrateur est à en quête de son père.
D'après une photo remise par un barman, il reconstitue une partie de la trouble vie de son père, étrange personnage entouré de lugubres compagnons dans la période incertaine de l'occupation.
Beaucoup de sensibilité et de tendresse, de désarroi aussi, dans un style très agréable.
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Marcellina
  03 novembre 2014
Un des premiers romans de l'auteur qui vient de décrocher le Nobel de littérature 2014 pour l'ensemble de son oeuvre.
Une belle écriture qui décrit finement les personnages et surtout, le milieu trouble dans lequel ils évoluent. On retrouve un peu de Zola dans la fresque particulièrement bien détaillée où les acteurs se déchirent entre-eux avec le sourire, où le monde extérieur semble ne pas avoir de prise et qui pourtant finira par les rattraper tous !
Ce n'est pas un thriller même si le roman n'est en fait qu'une seule enquête ; ce n'est pas un roman historique bien qu'il s'appuie sur des périodes sombre de notre histoire où certains ont clairement profité de la situation ; ce n'est pas non plus juste un roman car quand on arrive au bout, on se demande réellement si c'est bien la fin...
Ce qui m'a le plus marqué dans cette lecture qui termine mon challenge Nobel, c'est l'immense tendresse qui s'en dégage même si les situations et les lieux sont parfaitement glauques.
Un auteur qui mérite donc que l'on se penche dessus et je ne vais pas m'en priver :-)
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MarcoKerma
  15 décembre 2017
Ma lecture suit la chronologie de parution des 2ème et 3ème livres de Modiano. J'ai donc lu celui-ci juste après la ronde de nuit. D'où l'impression, au début, qu'il en est un peu la suite : on est un plus tard dans l'Occupation, une fois que ceux qui agissent en faux policiers et vrais trafiquants se sont enrichis au point de pouvoir s'acheter une villa ou un restaurant bar près de la forêt de Fontainebleau.. Néanmoins le statut du narrateur est différent que dans la ronde de nuit car, si l'on considère la vie de Patrick Modiano (mais étaient-ils aussi accessibles à tout un chacun en 1972 ? J'en doute), il est évident que ce je présent dans le livre est Patrick Modiano qui rêve, imagine.. qu'il rencontre son père avant qu'il ne naisse lui-même (1945) et ce schéma narratif est habile et astucieusement utilisé. Les passages où Modiano dit explicitement ce qu'il fait avec ce livre sont au moins au nombre de 15 en divers lieux du livre. Et c'est absolument touchant. Exemples (p.48, Folio 1978) : " Personnages morts. Mais j'étais là, avec mes fantômes, et je me souviens, si je ferme les yeux (..)".
64/65 :" Je sais bien que le curriculum vitae de ces ombres ne présente pas un grand intérêt, mais si je ne les dressais pas aujourd'hui, personne d'autre ne s'y emploierait. C'est mon devoir, à moi qui les ai connus, de les sortir - ne fût-ce qu'un instant - de la nuit. C'est mon devoir et c'est aussi, pour moi, un véritable besoin."
Or, justement, Patrick Modiano ne les as pas connus - du moins à cette époque de l'Occupation - puisqu'il n'était pas né, mais il a entendu des choses quand il était petit puis, peut-être plus tard, et il s'est renseigné, probablement. Il crée donc un nouveau puzzle, ici d'une période de la vie de son père, à partir de morceaux, de fragments qu'il crée en partie lui-même, à partir de bribes d'informations dont il ignore la véracité. C'est ce "véritable besoin" qui est fort et que je trouve touchant.
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Lavieestunlongfleuvetranquille
  02 janvier 2015
La quête du père, une première fois retrouvé à dix-sept ans, puis reperdu suite à une étrange histoire. Dix ans plus tard, le besoin de le retrouver, le sentiment qu'il est en danger sont trop fort et le narrateur essaie d'entrer en contact avec lui.
Maladroitement ? La question n'est pas là. le contexte est toujours glauque, à l'instar des deux premiers ouvrages de l'auteur. L'occupation fournit son lot de chance à des individus "borderlines". Ancien légionnaire à la noblesse douteuse, journaliste ou cette période facilite leur penchant raciste, femmes paumés et prêtes à tous les excès sexuels, petits truands sans avenir et surtout sans morale.
Et toujours l'image du juif, physiquement et professionnellement repoussant.
Glauque, donc, mais également d'une grande sensibilité et d'une vision particulièrement réaliste sur ce monde décalé.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
SepoSepo   04 janvier 2015
Elle passa toute son adolescence dans un quadrilatère limité au nord par l'avenue Daumesnil, au sud par les quais de la Rapée et de Bercy. Ce paysage n'a jamais attiré beaucoup de promeneurs. Par endroits, vous vous croyez perdu au fond d'une lointaine province et, si vous longez la Seine, vous avez l'impression de longer un ancien port désaffecté. Le passage du métro aérien sur le pont de Bercy et les bâtiments de la morgue ajoutent à l'irrémédiable mélancolie du lieu. dans ce décor ingrat, il existe pourtant une zone privilégiée qui aimante les rêves: la gare de Lyon.p.74
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rkhettaouirkhettaoui   20 juillet 2013
Il ne se passe pas un jour sans que des rafles se produisent à la sortie des gares, des cinémas et des restaurants. Surtout éviter les lieux publics. Paris ressemble à une grande forêt obscure, semée de pièges. On y marche à
tâtons. Vous conviendrez qu’il faut vraiment avoir des nerfs d’acier. Et la chaleur n’arrange pas les choses.
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rkhettaouirkhettaoui   20 juillet 2013
Il éprouvait cette exaspération qui vous prend toujours à vingt ans, par rafales, lorsqu’on ne sait à quoi employer sa vie. Au remords de causer de la peine à sa mère, se mêlait la colère de n’avoir que cinquante francs en poche... Ça ne pouvait plus durer.
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rkhettaouirkhettaoui   20 juillet 2013
Nous aurons beau faire, nous ne connaîtrons jamais le repos, la douce immobilité des choses. Nous marcherons jusqu’au bout sur du sable mou­vant.
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rkhettaouirkhettaoui   20 juillet 2013
Moi non plus, je n’aime pas beaucoup la politique. Ennuyeux, la politique ! — Rire bref. — Ce qui intéresse le public, ce sont les potins et les reportages.
Et les photos surtout ! Les photos ! J’ai choisi une formule... gaie!
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