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EAN : 9782290348710
92 pages
J'ai Lu (07/07/2005)
3.65/5   1633 notes
Résumé :
"Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, qu'une femme étudie et sache tant de choses." Chrysale est au désespoir face à l'attitude des femmes de sa maison. Flattées par le pédant Trissotin, celles-ci se piquent de grammaire et de philosophie, délaissent le bon sens au profit des bons mots... Les femmes peuvent-elles se mêler de sciences et prétendre à l'érudition? La pédanterie est-elle ennemie du bonheur? En cette fin du XVIIe siècle, la polémique va... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (83) Voir plus Ajouter une critique
3,65

sur 1633 notes

Pendant mes longues et interminables années scolaires, Molière ainsi que d'autres auteurs était mon rayon de soleil, lire ses textes, apprendre des scènes, les jouer n'était que du bonheur. Une relecture c'est se souvenir de bons moments.

Molière a l'art de brosser les portraits. Même si certaines expressions sont tombées en désuétude, les traits de caractère se retrouvent toujours dans des situations différentes mais les questions posées, se posent encore et certaines de ses réflexions sont toujours d'actualité : avoir et paraître ou être, suivre une mode ou rester soi-même.Raisonner à tout prix et pour tout ou se contenter d'agir.

Avec Molière, on retrouve toujours des amoureux, un couple qui se dispute, des gens de bon sens et des profiteurs, le tout dit avec humour et malice.

Lire une de ses pièces, c'est retrouver un vieil ami et passer un bon moment.

Lu dans le cadre du Challenge solidaire 2019.

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– du grec, ô Ciel! du grec! Il sait du grec, ma soeur!

– Ah, ma nièce, du grec!– du grec! quelle douceur!

Quoi, Monsieur sait du grec? Ah permettez, de grâce

Que pour l'amour du grec, Monsieur, on vous embrasse.

C'était un tel régal de revoir la célèbre pièce de Molière, hier, à la Porte Saint Martin, dans la belle mise en scène de Catherine Hiegel, et surtout avec de tels acteurs ( Jaoui, Buyle, et surtout Bacri), que je ne peux résister au plaisir d'en parler, même si chacun connaît la pièce par coeur !

Une bonne mise en scène, c'est toujours une redécouverte du texte et, pour la première fois, j'ai trouvé à ces Femmes savantes une ambiguïté réjouissante, une complexité insoupçonnée et une éclatante modernité!

Trois femmes savantes, Philaminte, Bélise et Armande, font la pluie et le beau temps chez le pauvre Chrysale, "bon bourgeois"complètement dépassé par l' invasion de livres, de planches anatomiques, de lunettes braquées sur le ciel, et par la présence obsédante, jour et nuit, de deux "beaux esprits" , Trissotin, un poète précieux, et Vadius, un helléniste distingué, qui viennent éclairer de leurs lumières sa femme, sa belle-soeur, et sa fille aînée …quand lui voudrait un peu de paix et de calme- et rêverait de reprendre un peu d'autorité sur sa maisonnée.

Face à la dictature de la pensée en effervescence, il existe bien une certaine résistance mais elle manque de concertation, d'organisation : celle de Chrysale, bien sûr, - mais qu'il est faible et timoré devant sa femme ! , celle de Martine, la bonne, une « âme villageoise », qui a les pieds sur terre - mais les savantes l'ont chassée du logis pour offense à la grammaire ! – celle d'Henriette, la fille cadette, et de son Clitandre, ancien amant malheureux de la soeur aînée, - mais que peuvent ces amants contre la tyrannie d'une mère et la jalousie d'une soeur ?- et celle, enfin , d'Ariste, le frère de Chrysale, qui regarde d'un oeil extérieur et dubitatif les faibles efforts de son frère pour imposer sa volonté dans son ménage saisi de folie...

Qui sont-elles donc, ces trois savantes qui agitent la maisonnée et y font la loi ?

Trois pédantes, une version upgradée des Précieuses ridicules ?

Trois féministes dans un monde d'hommes qui veut qu'une femme ait la bague au doigt, le verbe timide, l'oeil à son ménage et la main à tourner le potage?

La connaissance leur sert bien différemment à toutes trois.

Philaminte est certainement la plus cultivée, celle chez qui la culture est la plus intériorisée, la plus sincère…mais aussi la plus implacable : chez cette femme mariée, admirée et crainte de son mari et de ses filles, - un « vrai dragon » du foyer dit Chrysale- , la culture est devenue outil de pouvoir, instrument de domination. Chez cette étrange disciple des Grecs et de la philosophie, chez cette scientifique curieuse des plus récentes découvertes, pas le moindre souci pédagogique, pas le moindre sens du débat, pas le plus petit doute…elle assène les vérités comme des ukases et ses ordres ne sont jamais ni motivés ni argumentés.Elle va même jusqu'à affirmer des absurdités avec un aplomb total: "J'ai vu distinctement des hommes dans la lune." Elle se ferme sur son savoir et s'y barricade, comme si elle avait peur de s'affaiblir en entrant en dialogue avec ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle est dans le contrôle permanent des autres et d'elle-même, distante, auto-centrée, hors d'atteinte. Agnès Jaoui excelle dans ce rôle: elle y est d'une politesse glacée, ironique, inflexible.

Bélise est une vieille fille un peu nympho à qui les romans ont tourné la tête : chaque homme, pour elle, est un admirateur secret, un amant muet. Son savoir est un miroir aux alouettes. Mais elle a, pour le partager, une inépuisable patience pédagogique : ses connaissances, elle les expose avec la même force que Philaminte en fait son domaine réservé. Dans la mise en scène de Hiégel, elle trippe en permanence, ravie, extatique, à fond dans le fantasme…Formidable interprétation d'Evelyne Buyle !

Quant à la jeune Armande, la culture est l'écran qui la protège du monde dangereux de l'amour et des hommes. Elle les tient à distance derrière une froideur faite de peur et de frustration. La mise en scène de Catherine Hiégel en fait une hystérique qui s'évanouit à chaque fois que le réel la serre de trop près.

Protection contre le sexe, instrument de pouvoir, fantasme de jeunesse …voilà trois fonctions inattendues du savoir féminin , correspondant à trois âges de la femme bien distincts : la jeunesse, la maturité, la vieillesse…

L'éducation des filles est observée par Molière comme une expérience scientifique!

Dans cet étrange aquarium, entre deux eaux, naviguent des poissons inquiétants : Trissotin et son « ami » Vadius, l'helléniste, auteurs de pacotille et vrais escrocs, si infatués de leur prétendu talent qu'ils en exploseraient presque, comme des baudruches. Chacun peut voir les ridicules et la bêtise de ces versificateurs de deux sous, leur vanité n'a d'égale que leur immense nullité. Mais nos trois savantes, malgré toute leur science, sont aveugles.. Elles sont flattées que de tels hommes fassent d'elles les arbitres de leurs talents…

Nouveau mirage qui prend le féminisme au piège d'un machisme mal grimé…

Molière s'était réservé le rôle du timoré Chrysale, et c'est Jean-Pierre Bacri, notre ronchon, notre atrabilaire national qui, contre toute attente, campe, dans la mise en scène de la Porte Saint Martin, ce mari soumis, ce chef de famille détrôné. Il donne au personnage une amabilité, une bonhommie un peu pataude qui atténue sa pusillanimité- on l'oublie presque, on l'excuse-, il a pour la vieille Martine qu'il baise sans arrêt sur le front, la tendresse d'un grand fils pour sa vieille nounou. Quant à la relation avec sa femme, il met une sorte d'attendrissement à ne la point heurter de front qui fait penser qu'il l'aime trop pour la contrecarrer et ménage la fragilité qu'il sent derrière sa carapace de certitude.

Bref, il donne une épaisseur si humaine au personnage de Chrysale qu'on est presque surpris quand tout à coup, une brève révolte fait revenir sur scène le Bacri râleur de Cuisine et dépendances, que nous connaissons bien !

Tant de virtuosité et de brio servent à merveille le mystère de la pièce : qui est ici visé ?

La facilité serait de dire que Molière, un peu macho, un peu réac, nous montre avec Henriette une femme selon son coeur, naturelle, docile, aimante, bien décidée à faire une bonne épouse et rétive à cette science ostentatoire qui caractérise les autres femmes de sa maison. Une bonne petite femme d'intérieur, pas une bas-bleu.

Mais Chrysale et même Henriette se défendent bien mal, leurs arguments sont sans portée- leur démission enlève toute force à leurs thèses conservatrices - quant à Martine, au dernier acte, elle se montre un avocat nettement plus convaincant…mais c'est une simple bonne, et bien rustique...elle n'a pas le culot d'une Dorine!. Personne ne sort réellement les femmes savantes de leur savoir enragé, de leur émancipation illusoire: Il faut une double duperie pour ouvrir enfin les yeux de Philaminte,mais elle est aussitôt persuadée que c'est elle qui sauve par sa clairvoyance la famille du désastre…

Entre les excès des unes et les frilosités des autres, la pièce ne choisit pas : les femmes savantes restent dans l'illusion de leur compétence, et les traditionalistes dans celle de leur bon droit. Il faudra attendre encore quelques siècles pour que les points de vue se rapprochent…un peu.

Pas facile d'être une femme savante dans un XVIIème siècle qui voit l'émancipation intellectuelle des femmes comme une menace..Le féministe XVIIIème verra progresser leur statut..mais que de patience encore avant de leur reconnaître le droit d'étudier, de choisir, de décider de leur vie…

C'est ce que semble nous dire la mise en scène subtile de Catherine Hiégel dans la scène finale qui laisse les trois savantes entre elles, blotties les unes près des autres, comme des oiseaux fragiles et chantant, à trois voix, dans la pénombre qui lentement retombe sur elles…

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Voilà une comédie bien menée par Molière tout en vers.

Les personnages sont regroupés en fonction de leur attachement. D'une part nous avons, Philaminte, Bélise et Armande qui se plaisent à l'érudition et à écouter les paroles du faux savant Trissotin et ne remarquent pas qu'il ne s'intéresse qu'à leur fortune.

De l'autre, Chrysale, Henriette et Ariste qui ne se laissent pas berner et s'opposent aux désirs des trois autres femmes.

Les deux parents veulent marier leur fille Henriette, mais ils ne s'entendent pas sur qui sera leur futur gendre.

Un tour de maître fera voir qui des deux fera le meilleur gendre pour leur fille.

Molière fait durer le suspense sur qui sera le mari d'Henriette en se moquant ouvertement de Philaminte et de son attachement à l'érudition et qui montre toute sa naïveté, mais aussi de Chrysale car il est totalement soumis à sa femme ce qui en fait un homme très agaçant.

Il nous montre à quel point la bêtise humaine n'a pas de limites.

Armande, la soeur d'Henriette est juste horrible et sa jalousie est sans fin quitte à détruire le bonheur de sa soeur.

Henriette reflète la bonté et c'est le personnage qui a le plus de coeur.

Clitandre est tombé amoureux en premier d'Armande, qui lui a préféré la philosophie puis d'Henriette qui est aussi amoureuse de lui.

A l'époque, les femmes n'avaient guère le choix face à leur mari et pourtant ici Molière nous montre que c'était Philaminte qui décidait à la place de Chrysale, jusqu'à ce qu'il se réveille enfin car cela devenait réellement insupportable.

Heureusement que l'intelligence d'un des personnages va permettre de trancher sur le futur mari d'Henriette.

Le dénouement de l'histoire m'a fait sourire car Molière utilise le vice pour finir en beauté.


Lien : https://fantasydaniella.word..
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C'est une pièce de Molière ( 1672 ) sur la condition des femmes de la bourgeoisie, mais aussi des autres classes sociales, au XVIIè siècle.

Le deuxième problème abordé, comme souvent chez l'auteur, est celui des mariages arrangés.

.

Henriette veut se marier avec Clitandre qui l'aime. Mais sa mère, Philaminte, qui se targue d'être une femme savante, veut la marier à Trissotin, un bel esprit qui, quand il déclame ses vers, fait se pâmer Les Femmes Savantes !

Trissotin semble intéressé par Henriette, et Chrysale, le père, qui va pour Clitandre, est près de céder devant "sa femme, qui, chez lui, porte le haut de chausse."

La dispute des deux époux, chacun pour son poulain ( son futur gendre ) devant le notaire est cocasse !

.

Pièce agréable à lire.

Quelque part, je donne raison à ces trois femmes savantes de vouloir, avant le MLF, se libérer du joug des hommes qu'elles subissent comme filles, puis comme épouses.

Mais ici, la raison en est ridicule, et, si le ridicule ne tue pas, il permet au spectateur ou au lecteur, comme dans Gargantua, de se poser des questions en contournant l'autorité de censure.

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Tous les chemins mènent à Molière. Ses comédies, courtes et enlevées, sont des friandises que, personnellement, je savoure de loin en loin, avec un plaisir qui n'est pas sans évoquer le bonbon oublié de l'enfance, dont la saveur vous ramène sur les bancs de l'école ou à la Comédie Française pour votre première sortie théâtre.

Avec "Les Femmes Savantes", Molière se moque ouvertement du pédantisme parisien qui se proclamait alors dans les cercles bourgeois plus élevé que les moeurs de la Cour et dénigrait le courtisan versaillais, faute de pouvoir l'égaler. Avec la pensée que l'érudition supplante aisément l'éducation, la Précieuse se gavait par conséquent de "philosophie" et de "poésie", et cultivait son "bel esprit" et ses manières, forgeant sur des chimères un empire et des privilèges spirituels à défaut d'en posséder de plus matériels.

Sur un thème analogue aux "Précieuses ridicules", "Les Femmes savantes" nous transmet tout le génie de Molière, sa vision sans concession de ses contemporains, la flatterie sous la satire vis-à-vis d'une Cour - dont il vivait des largesses -, une observation et une analyse acérées, mais nuancées par l'humour, la farce et le pied-de-nez. La lutte du bon sens contre l'utopie et du pragmatisme face à la philosophie ne laisse presque aucun personnage à l'abri du ridicule, pour le plus grand plaisir du lecteur et/ou du spectateur.

Challenge PETITS PLAISIRS 2014 - 2015

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Citations et extraits (141) Voir plus Ajouter une citation

Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.

Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage,

Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,

En cuisine peut-être auraient été des sots.

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ACTE I

SCÈNE I.

Armande, Henriette

Armande

Quoi? Le beau nom de fille est un titre, ma sœur,

Dont vous voulez quitter la charmante douceur!

Et de vous marier vous osez faire fête!

Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête!

Henriette

Oui, ma sœur.

Armande

Ah! Ce "oui" se peut-il supporter?

Et sans un mal de cœur saurait-on l'écouter?

Henriette

Qu'a donc le mariage en soi qui vous oblige,

Ma sœur...?

Armande

Ah! Mon Dieu! Fi!

Henriette

Comment?

Armande

Ah, fi! vous dis-je.

Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend,

Un tel mot à l'esprit offre de dégoûtant,

De quelle étrange image on est par lui blessée,

Sur quelle sale vue il traîne la pensée?

N'en frissonnez-vous point? Et pouvez-vous, ma sœur,

Aux suites de ce mot résoudre votre cœur?

Henriette

Les suites de ce mot, quand je les envisage,

Me font voir un mari, des enfants, un ménage;

Et je ne vois rien là, si j'en puis raisonner,

Qui blesse la pensée et fasse frissonner.

Armande

De tels attachements, ô Ciel! Sont pour vous plaire!

Henriette

Et qu'est-ce qu'à mon âge on a de mieux à faire,

Que d'attacher à soi, par le titre d'époux,

Un homme qui vous aime et soit aimé de vous,

Et de cette union, de tendresse suivie,

Se faire les douceurs d'une innocente vie?

Ce nœud, bien assorti, n'a-t-il pas des appas?

Armande

Mon Dieu! Que votre esprit est d'un étage bas!

Que vous jouez au monde un petit personnage,

De vous claquemurer aux choses du ménage,

Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants

Qu'un idole d'époux et des marmots d'enfants!

Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,

Les bas amusements de ces sortes d'affaires;

À de plus hauts objets élevez vos désirs,

Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs,

Et traitant de mépris les sens et la matière,

À l'esprit comme nous donnez-vous toute entière.

Vous avez notre mère en exemple à vos yeux,

Que du nom de savante on honore en tous lieux:

Tâchez ainsi que moi de vous montrer sa fille,

Aspirez aux clartés qui sont dans la famille,

Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs

Que l'amour de l'étude épanche dans les cœurs;

Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie,

Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie,

Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain,

Et donne à la raison l'empire souverain,

Soumettant à ses lois la partie animale,

Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale.

Ce sont là les beaux feux, les doux attachements,

Qui doivent de la vie occuper les moments;

Et les soins où je vois tant de femmes sensibles

Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles.

Henriette

Le Ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant,

Pour différents emplois nous fabrique en naissant;

Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe

Qui se trouve taillée à faire un philosophe.

Si le vôtre est né propre aux élévations

Où montent des savants les spéculations,

Le mien est fait, ma sœur, pour aller terre à terre,

Et dans les petits soins son faible se resserre.

Ne troublons point du ciel les justes règlements,

Et de nos deux instincts suivons les mouvements:

Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie,

Les hautes régions de la philosophie,

Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas,

Goûtera de l'hymen les terrestres appas.

Ainsi, dans nos desseins l'une à l'autre contraire,

Nous saurons toutes deux imiter notre mère:

Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs,

Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs;

Vous, aux productions d'esprit et de lumière,

Moi, dans celles, ma sœur, qui sont de la matière.

Armande

Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler;

Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle,

Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle.

Henriette

Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez,

Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côtés;

Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie

N'ait pas vaqué toujours à la philosophie.

De grâce, souffrez-moi, par un peu de bonté,

Des bassesses à qui vous devez la clarté;

Et ne supprimez point, voulant qu'on vous seconde,

Quelque petit savant qui veut venir au monde.

Armande

Je vois que votre esprit ne peut être guéri

Du fol entêtement de vous faire un mari;

Mais sachons, s'il vous plaît, qui vous songez à prendre;

Votre visée au moins n'est pas mise à Clitandre?

Henriette

Et par quelle raison n'y serait-elle pas?

Manque-t-il de mérite? Est-ce un choix qui soit bas?

Armande

Non; mais c'est un dessein qui serait malhonnête,

Que de vouloir d'une autre enlever la conquête;

Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoré

Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré.

Henriette

Oui; mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines,

Et vous ne tombez point aux bassesses humaines;

Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours,

Et la philosophie a toutes vos amours:

Ainsi, n'ayant au cœur nul dessein pour Clitandre,

Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre?

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ACTE I, scène 1 - ARMANDE, HENRIETTE.

Armande Quoi? Le beau nom de fille est un titre, ma soeur,

Dont vous voulez quitter la charmante douceur,

Et de vous marier vous osez faire fête?

Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête?

Henriette Oui, ma soeur.

Armande Ah! ce 'oui' se peut-il supporter,

Et sans un mal de coeur saurait-on l'écouter?

Henriette

Qu' a donc le mariage en soi qui vous oblige,

Ma soeur ?

Armande Ah, mon Dieu! fi!

Henriette Comment?

Armande Ah, fi ! vous dis-je.

Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend,

Un tel mot à l'esprit offre de dégoûtant?

De quelle étrange image on est par lui blessée?

Sur quelle sale vue il traîne la pensée?

N' en frissonnez-vous point? et pouvez-vous, ma soeur,

Aux suites de ce mot résoudre votre coeur?

Henriette

Les suites de ce mot, quand je les envisage,

Me font voir un mari, des enfants, un ménage;

Et je ne vois rien là, sij'en puis raisonner,

Qui blesse la pensée et fasse frissonner.

Armande

De tels attachements, Ô Ciel! sont pour vous plaire?

Henriette

Et qu'est-ce qu'à mon âge on a de mieux à faire,

Que d'attacher à soi, par le titre d'époux,

Un homme qui vous aime et soit aimé de vous,

Et de cette union, de tendresse suivie,

Se faire les douceurs d'une innocente vie?

Ce noeud, bien assorti, n'a-t-il pas des appas?

Armande

Mon Dieu, que votre esprit est d'un étage bas !

Que vous jouez au monde un petit personnage,

De vous claquemurer aux choses du ménage,

Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants

Qu' un idole d'époux et des marmots d'enfants ! Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,

Les bas amusements de ces sortes d'affaires ;

À de plus hauts objets élevez vos désirs, Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs,

Et traitant de mépris les sens et la matière,

À l'esprit comme nous donnez-vous toute entière.

Vous avez notre mère en exemple à vos yeux,

Que du nom de savante on honore en tous lieux :

Tâchez ainsi que moi de vous montrer sa fille, Aspirez aux clartés qui sont dans la famille,

Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs

Que l'amour de l'étude épanche dans les cours ;

Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie, Mariez-vous, ma soeur, à la philosophie,

Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain,

Et donne à la raison l'empire souverain, Soumettant à ses lois la partie animale,

Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale.

Ce sont là les beaux feux, les doux attachements,

Qui doivent de la vie occuper les moments ;

Et les soins où je vois tant de femmes sensibles

Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles.

Henriette

Le Ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant,

Pour différents emplois nous fabrique en naissant ;

Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe

Qui se trouve taillée à faire un philosophe.

Si le vôtre est né propre aux élévations

Où montent des savants les spéculations,

Le mien est fait, ma soeur, pour aller terre à terre,

Et dans les petits soins son faible se resserre.

Ne troublons point du Ciel les justes règlements,

Et de nos deux instincts suivons les mouvements :

Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie,

Les hautes régions de la philosophie,

Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas, Goûtera de l'hymen les terrestres appas.

Ainsi, dans nos desseins l'une à l'autre contraire,

Nous saurons toutes deux imiter notre mère :

Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs,

Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs ;

Vous, aux productions d'esprit et de lumière,

Moi, dans celles, ma soeur, qui sont de la matière.

Armande

Quand sur une personne on prétend se régler,

C' est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler ;

Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle,

Ma soeur, que de tousser et de cracher comme elle.

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TRISSOTIN - J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance

Qui faisait les grands sots, et non pas la science.

CLITANDRE - Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant,

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.

acte IV, scène 3

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MARTINE Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous,

Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.

PHILAMINTE Ah ! peut-on y tenir ?

BÉLISE Quel solécisme horrible !

PHILAMINTE En voilà pour tuer une oreille sensible.

BÉLISE Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel.

Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel.

Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?

MARTINE Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père ?

acte II, scène 6

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MOLIÈRE – Variations sur les fêtes royales, par Michel Butor (Genève, 1991) Six cours, parfois coupés et de qualité sonore assez passable, donnés par Michel Butor à l’Université de Genève en 1991.
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