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EAN : 9782226403018
320 pages
Éditeur : Albin Michel (02/01/2020)
3.95/5   38 notes
Résumé :
Paris, 1917. Un tout jeune garçon se presse pour rejoindre sa maîtresse, de dix ans son aînée. Il veut aller vite, trop vite. Il ne sait pas encore qu'il porte en lui le génie de la littérature et que son parcours de comète se mêlera aux destinées de Coco Chanel, Max Jacob, Picasso, Breton et Aragon, et surtout à celle de Jean Cocteau... Mais il est persuadé qu'il a de grandes choses à accomplir et peu de temps pour y parvenir. Raymond Radiguet, futur auteur du Diab... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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ninachevalier
  18 février 2020

Jessica L. Nelson a l'art de nous intriguer par les titres de ses livres.
Le précédent : « Debout sur mes paupières » est une citation d'Eluard.
Cette fois « Brillant comme une larme » est une phrase empruntée à Cocteau.
« Le titre d'un roman est fondamental. Il est le pont établi avec le lecteur » !(1)
L'écrivaine ressuscite l'écrivain Radiguet ( 1903-1923), qui a eu un parcours de comète dans le milieu littéraire. La photo de la couverture le montre rayonnant entouré des habitués du Magic City.
Le prologue daté d'avril 1923 commence par une séance de spiritisme en compagnie de Jean et Valentine Hugo, de Georges Auric, du dandy de la capitale Jean Cocteau et de Raymond Radiguet, soucieux de savoir s'il va décrocher un prix pour « Le Diable ».
Jesssica L. Nelson concentre son récit sur Radiguet qui, lui, aimerait revenir à avril 1917, date de sa rencontre avec Alice, alors qu'il n'a que 14 ans.
Elle relate l'éducation sentimentale, le parcours initiatique fougueux du jeune Ray qui brûle de désir pour sa voisine institutrice qui l'a hypnotisé.
Pour la séduire, il s'est fait passer pour un jeune homme de 17 ans.
Idylle compliquée, chaotique, puisqu'Alice est fiancée à un poilu.
Après la rupture, « le casanova en culottes courtes » cumule les conquêtes et les nuits blanches. Se succèdent Irène, Béatrice, Mary, et Bronia , sa dernière fiancée qui ne supporte plus de le voir accaparé par la correction des épreuves du prochain roman.

En parallèle, l'auteure dresse le portrait du jeune prodige, « ce banlieusard » de Saint- Maur, désireux de ne pas rester « un grouillot de presse », et multipliant les contacts avec des gens influents afin de se faire publier ( Auric, Doucet).
Il étudie à la Colarossi, montre une érudition qui donne le tournis et lui permet de s'introduire dans le milieu parisien. Il est doté d'une intelligence hors du commun, a pour maître Apollinaire.
On assiste à la naissance de l'écrivain: parmi ses projets : «La règle du jeu », Denise, l'Âge ingrat ». Ce dernier inspiré par « le fantôme de sa vie d'avant ».
Il soumet des bribes de ses ébauches à Cocteau qui lui prodigue conseils et encouragements. Sa consécration sera d'être publié chez Grasset.
L'écrivaine développe une réflexion sur la création : « Le roman est un mensonge qui dit toujours la vérité », et « un écrivain ne se repose jamais ».

Quant à Picasso, il a du fil à retordre, face à ce « modèle agité, déroutant ». Il est fasciné par son « visage à la beauté égyptienne, aux lèvres charnues ». Il trouve « le roi de l'esquive » «  gonflé » de « se jouer des ardeurs des homosexuels  dont il s'est entouré ».

La biographe nous plonge dans l'atmosphère de l'époque, dépeint une fresque d'un « Paris assoiffé de divertissements », où l'on boit, danse, se déguise, s'amuse. On fréquente « Le boeuf sur le toit », les ateliers d'artistes.
Période où les intellectuels fréquentent les cafés littéraires, comme « la Closerie des Lilas », que l'écrivaine connaît bien pour faire partie du jury du Prix décerné par cette institution. Cocteau, lui, lance la mode «  des dîners du samedi » où se retrouvent artistes et écrivains. Paris n'est-il pas une fête ?
Radigo , «  Monsieur Bébé », a pris goût aux « pérégrinations des Samedistes », tantôt au cirque Medrano pour applaudir les clowns Fratellini, tantôt à la foire de Montmartre. le talent est à toutes les portes.C'est dans une foule exubérante qu'il se glisse et slalome lors d'un bal organisé dans un château à Robinson, terreau pour son roman « Le bal du comte d'Orgel ».
La romancière évoque aussi la banlieue de l'ado de Saint- Maur qui a subi
la grande crue de 1910, traumatisant les habitants dont la mère de Radiguet. Paris avait les pieds dans l'eau, la Marne était sortie de son lit.
Si Paris est « une fête », Paris est aussi « un tombeau ». Moment plus tragique, le 27 janvier 1920, Modigliani est conduit à sa dernière demeure au Père -Lachaise, alors que sa compagne Jeanne Hébuterne attend un enfant.

Jessica L. Nelson décrypte la relation que « Radigo » entretient avec ses parents, des parents choqués par les rumeurs de sa liaison avec l'institutrice Alice. Que penser d'une jeune femme fiancée se permettant des écarts ?
Ils s'inquiètent de le voir s'émanciper à 16 ans, en s'installant dans un hôtel du centre de la capitale.
Puis, ils désapprouvent sa fréquentation de Cocteau, le mettent en garde contre le risque d'être entraîné dans la prostitution, subodorant qu'il est sa muse.
Pourtant Raymond va être entretenu par son mentor, acceptant des séjours sur la côte Méditerranéenne et dans le bassin d'Arcachon, lieux d'inspiration. Ils écriront même à quatre mains !
La romancière scrute l'attirance de l'un et la résistance de l'autre lorsque le maître et son protégé se retrouvent en tête à tête. Mais Cocteau « se montre d'une tendresse respectueuse et constante, toujours attentionné. Il en aimerait davantage mais ne demande rien ». Une complicité unique les lie. Il n'en sera que plus dévasté et taraudé de culpabilité lorsque Raymond est emporté par la typhoïde. Mais aurait-il pu éviter à Raymond de se détruire par tous les breuvages, cocktails , opium, consommés et de s'épuiser dans toutes ces soirées ?
En nous faisant entendre la voix d'outre- tombe de Raymond, que seul Cocteau perçoit, la biographe suscite une vive émotion.

Jessica L. Nelson restitue /retrace, avec beaucoup de passion, à la fois la vie sentimentale et intellectuelle de l'auteur du « Diable au corps », dans une écriture parfois fiévreuse, lascive et même érotique.
« Écrire n'est-il pas un acte d'amour » ?
Elle met en lumière avec intensité sa « vie de météorite » qui rêvait de postérité.
Une citation de Cocteau clôt cette biographie romancée, «pure merveille »(2) : « Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants ».

NB :
Pour ceux qui ne connaissent pas l'écrivaine Jessica L. Nelson, elle est la cofondatrice des éditions des Saints Pères qui publie les fac-similés, copies parfaites des manuscrits des plus grands chefs -d'oeuvre. Ayez la curiosité de consulter leur site. Parmi les plus récentes publications, on trouve l'histoire originale de Peter Pan, des dessins de Cocteau.
Quant au libraire Gérard Collard qui a fait de ce magnifique roman son coup de coeur, il a un lien géographique avec Radiguet puisque « La Griffe noire » , implantée à Saint-Maur, est certainement hantée par le fantôme de l'étoile filante.
(1) : Citation de Jessica L. Nelson
(2) « Une pure merveille », expression de Gérard Collard dans une vidéo pour marquer son admiration pour ce roman.


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Melancoly
  18 octobre 2020
Séduisante immersion au coeur de l'élite artistique des années 20 et des différents courants émergents (dadaïstes, samedistes, groupe des six ), ayant pour figure centrale Raymond Radiguet, diable au corps, esprit aux aguets, âme tourmentée, qui a su très tôt se faire remarquer.
A quatorze ans, il fait ses premières armes (de séduction fatale) auprès d'une jeune femme mariée à un poilu mobilisé , histoire qui sera à la base de son premier roman et qui lui vaudra scandale et renommée.
Max Jacob se prendra d"amitié ( particulière) pour ce jeune provincial doué. Cocteau prendra la relève et introduira son jeune protégé dans la sphère des gens haut placés ( dont Grasset).
Raymond se noie dans l'alcool, s"époumone dans l'opium, s'enivre de senteurs féminines....vie d'excès qui finira sérieusement par l'éreinter, puis une fièvre typhoïde, trop tard diagnostiquée, qui l'emportera.
Un livre frémissant sur un auteur fauché en pleine jeunesse et en pleine gloire, (comme Alain-Fournier), mais qui a su accomplir son rêve entêtant de reconnaissance et de postérité.
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Agathethebook
  06 janvier 2020
Elle avait dix ans de plus que lui, il était encore un adolescent et ils avaient le diable au corps… Vous l'avez relu dix fois et vous en voulez encore ? Lisez ce prodigieux roman de Jessica Nelson et découvrez la véritable histoire de Raymond Radiguet.
À quatorze ans, il découvrait Alice, future Marthe Lacour, sur le quai d'une gare. À vingt ans, il mourait, adulé par la presse et reconnu par ses pairs. Entre temps : six années, une vie, une oeuvre. Pressentait-il la brièveté de son existence pour répondre aussi bien à l'urgence ?
Avant l'ambition, l'amour. Radiguet convoite une femme mariée dont le mari est au front. On est en 1917, la guerre n'est pas gagnée, l'argent manque, pourtant Raymond et Alice se retrouvent tous les soirs et s'aiment éperdument. le jeune homme le sait : les plus belles histoires sont celles qui n'ont aucun avenir. 
Les habitants de Saint-Maur murmurent le scandale et au bout de quelques mois, intenable, assoiffé, le jeune Raymond quitte Alice et rejoint Paris pour proposer ses dessins, puis ses articles et des poésies.
Il sonne aux bonnes portes, côtoie les artistes les plus influents de l'après première guerre. 
Pourquoi s'économiser quand on a 17 ans et du génie ? Séducteur malgré sa myopie, amoureux des lettres, du whisky et des femmes, il ne vise qu'une chose : « la postérité », rien que ça. En Cocteau, il trouve un mentor. Jean aime éperdument le jeune homme qui en retour donne le minimum pour rester dans son giron protecteur. Cocteau le présente et le propulse. Raymond rencontre Picasso, Modigliani, Brancusi, et tellement d'autres. Aragon le jalouse, Breton le critique. de toutes ces soirées naîtra « Le bal du comte d'Orgel ». Cependant Raymond a une santé trop fragile et a besoin de calme pour écrire, alors Cocteau l'emmène dans le Sud et aide le jeune poète à se réaliser, loin du tumulte parisien et de ses démons…
Plongez dans l'effervescence créatrice de l'époque et découvrez un Raymond Radiguet bien plus sombre et féroce que le protagoniste romantique du « diable au corps » ne le laissait supposer. Totalement embarquée dans le destin fascinant du jeune prodige, j'en ai oublié l'écriture et le temps qui passait. Je vous recommande vivement ce roman parfaitement abouti, passionnant et inspirant. Merci Jessica Nelson pour ce livre qui manquait à la culture française !
Lien : https://agathethebook.com/20..
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carolectrice
  26 avril 2020
Je termine avec délectation cette biographie romancée à la plume élégante et évocatrice après avoir relu le Diable au corps, que j'ai trouvé d'une puissance troublante, alors même que le narrateur m'était antipathique et le style dépouillé. Qu'il s'exprime avec autant de recul à même pas 20 ans est impressionnant : "Ces escarmouches peinaient Marthe ; assez intelligente et assez amoureuse pour se rendre compte que le bonheur ne réside pas dans la considération des voisins, elle était comme ses poètes qui savent que la vraie poésie est chose "maudite", mais qui, malgré leur certitude, souffrent parfois de ne pas obtenir les suffrages qu'ils méprisent."
Pendant la 1re partie de Brillant comme une larme, j'avais l'impression de relire une 2e fois le chef-d'oeuvre de Radiguet, puisqu'il s'est inspiré de sa liaison aussi brève qu'intense avec Alice pour dépeindre celle que le narrateur du roman entretient avec une certaine Marthe, institutrice et peintre amateur. Beau parleur et manipulateur, "Ray" n'aime rien tant que ce qui lui résiste ; sûr de son talent et très audacieux pour son jeune âge, il ne craint pas de se réclamer d'Apollinaire, quitte à passer pour pédant...Il sait s'entourer de personnes influentes et frapper aux bonnes portes, jouer de son orientation sexuelle. S'il agace les surréalistes Breton et Aragon, il subjugue Picasso et Cocteau, secrètement amoureux, qui le prendra sous son aile, l'emmenant dans le Sud pour l'éloigner des plaisirs nocifs de la capitale et le forcer à travailler.
A travers la restitution de ce Paris des Années folles où les artistes décadents se tirent la bourre entre Montparnasse et Montmartre, l'on assiste à la trajectoire d'un génie fauché en pleine gloire, qui court de jupon en pige, de bal parisien en guinguette sur la Marne, faisant tourner les coeurs et les têtes à un rythme dont il sera le premier à souffrir, puisqu'il se tuera à la correction de son 2e roman, le Bal du conte d'Orgel, alors que sa santé décline déjà.
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Nuageuse
  17 avril 2021
Je ressors mitigée de cette lecture.
Le roman s'ouvre sur un prologue où les personnages dont Jean Cocteau et Raymond Radiguet participent à une séance de spiritisme. Pour comprendre cet esprit, il y a un code : le nombre de coups signifie une lettre de l'alphabet.
Nous comprenons à travers cette séance que Raymond Radiguet est le héros de cette biographie romancée. Il tombe amoureux d'Alice, une institutrice, plus âgée que lui au moment où il décide d'écrire et d'être publié. Mais Alice est fiancée à Gaston, un poilu de la première guerre mondiale. Jessica L. Nelson traite de cet amour interdit du début à la fin : elle décrit leurs ébats, le plaisir qu'a Raymond quand le mari trompé est sur le point d'arrive
J'ai trouvé quelques longueurs dans ce roman qui m'ont empêché de le savourer pleinement, qui font que je suis mitigée et déçue.
La beauté de certaines phrases n'ont pas réussi à me les faire oublier.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   04 février 2020
Quand il écrit [Radiguet ], il ne boit pas .Quand il ne boit pas .ni n'écrit, il se noie de désespoir dans le quotidien. Seuls les livres lui offrent une respiration qui lui fait oublier de flirter avec le danger, de redouter la banalité et qu'il lui faut vivre , intensément, se brûler avec méticulosité, pour justifier l'existence. (p. 19)
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MelancolyMelancoly   14 octobre 2020
Le journaliste sait la partie gagnée. Et il est en train de comprendre que, quelques soient les circonstances, Radiguet parviendra toujours à ses fins. L'adolescent est animé de la rage des gagnants. Il flaire les bons leviers et sait susciter les grâces des gens influents. S'il s'est cogné contre le mur Appolinaire, il possède une qualité essentielle et ô combien complémentaire de son talent: c'est un grand charmeur.
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Olivia-AOlivia-A   30 janvier 2020
Il remercie le patron d'un hochement de tête. Tout se passe comme si un ange gardien veillait sur lui et avait chargé l'aubergiste de faire de même. En ce début de soirée délicieux, Raymond porte un pantalon de flanelle et une blouse de pêcheur. Il griffonne quelque phrases sur le papier à en-tête de l'hôtel, devant une assiette parfumée de petits pois, d'asperges et de pommes de terre. Dans un plat, à côté des légumes, des oursins et une sole grillée lui font monter l'eau à la bouche. Il attaque les mets avec appétit, s'interrompt dix minutes plus tard, fourchette en l'air, et ce dont il prend conscience le laisse pantois : la solitude lui réussit fort bien.
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fanfanouche24fanfanouche24   05 février 2020
Maurice (Radiguet ] Le caricaturiste sait, de longue date, que Raymond [Radiguet ] aime enfreindre pour s'affirmer. Personne ne lui dicte quoi que ce soit. Secrètement, lui qui n'a jamais osé dépasser certaines limites- celles des convenances, celles de son statut ou de son périmètre de confort- admire son fils aîné. Raymond, à sa façon, prolonge un esprit d'indépendance avorté et une soif de reconnaissance que Maurice a éprouvés sans parvenir à les satisfaire. Raymond ose, il pousse les portes, il saute par-dessus les barrières avec un naturel déconcertant. (p. 110)
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fanfanouche24fanfanouche24   05 février 2020
Raymond [Radiguet ] a une culture livresque impressionnante pour son jeune âge, les auteurs du siècle dernier n'ont pas de secrets pour lui et un de ses objectifs majeurs est désormais de rencontrer Apollinaire, qu'il considère comme un maître. Il se projette, se voit dans l'entourage du poète, s'imagine composer des vers sous son aile protectrice et galvanisante... (p. 36)
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