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Giorgio Colli (Éditeur scientifique)Mazzino Montinari (Éditeur scientifique)Michel Haar (Traducteur)Philippe Lacoue-Labarthe (Traducteur)Jean-Luc Nancy (Traducteur)
ISBN : 2070325423
Éditeur : Gallimard (24/10/1989)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 97 notes)
Résumé :
Les deux innovations définitives du livre sont d'abord l'interprétation du phénomène dionysien chez les Grecs - il en donne pour la première fois la psychologie, il y voit l'une des racines de l'art grec tout entier - ; et ensuite l'interprétation du socratisme. Socrate y est présenté pour la première fois comme l'instrument de la décomposition grecque, comme le décadent type. La " raison " s'oppose à l'instinct. La " rationalité " à tout prix apparaît comme une pui... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
GuillaumeTM
14 septembre 2014
L'originalité du point de vue de Nietzsche, alors tout jeune professeur de philologie, sur le théâtre grec (tragédie attique) dans cet ouvrage, était tel qu'il essuya pas mal de critiques féroces à son encontre. Sous l'influence revendiquée de Schopenhauer pour le pessimisme et celle de Wagner en ce qui concerne la musique, Nietzsche s'est lancé dans une nouvelle vision de la Grèce antique sous les balises protectrices d'Apollon et de Dionysos. Ces deux pulsions antagonistes : l'apollinien, « l'art du créateur d'images » et le dionysiaque, « l'art non plastique de la musique » qui est aussi celui de la démesure. Ces deux pulsions se retrouvant très souvent en conflit.
C'est donc au théâtre, plus particulièrement au sein du choeur, que celles-ci se manifestent. L'homme soumis à ce spectacle et à ses mythes mis en scène, doit pouvoir se déposséder de lui-même et entrer en communion, que dis-je, en harmonie avec la musique et ne faire plus qu'un par le biais de ces énergies par-delà le bien et le mal. Mais ce n'est pas être simplement spectateur, c'est faire partie intégrante du spectacle, le public et les comédiens formant un tout, un « je » non plus égotiste mais unitaire comme il le dit si bien lui-même dans cet extrait :
« Nous avions en effet toujours pensé que le véritable spectateur, quel qu'il soit, devait rester conscient d'avoir sous les yeux une oeuvre d'art, non une réalité empirique. »
L'art est, ici, un substitut à l'absurdité de la vie et à la souffrance qui lui est immanente. Il est vu comme une consolation au tragique de la vie. le théâtre attique a justement pour fonction de libérer les pulsion l'espace d'un moment dans un cadre bien précis, ce que l'on pourrait communément appeler une catharsis bien que Nietzsche n'aime pas le terme, ce mot étant affilié à Aristote.
On peut déjà apercevoir en filigrane le futur Nietzsche qui s'opposera à la philosophie de Schopenhauer et à sa négation du vouloir dans certains passages comme celui-ci :
« Avec ce choeur, le profond Hellène, possédant un don sans pareil pour la souffrance la plus délicate et la plus rude, se console, lui qui a jeté un regard décidé au coeur du terrible processus d'anéantissement que constitue ce qu'on appelle l'histoire universelle, ainsi que sur la cruauté de la nature, et se trouve exposé au danger d'aspirer ardemment à une négation bouddhiste de la volonté. L'art, ce qui le sauve à son profit – c'est la vie. »
Quand il revient à « La naissance de la tragédie », dans sa préface de 1886, il n'y va pas par quatre chemins pour critiquer la première pierre de son édifice philosophique notamment la lourdeur du style ainsi qu'un sentimentalisme et un trop grand idéalisme dont il se séparera par la suite.
C'est avec l'arrivée d'Euripide que commence le théâtre rationaliste, socratique pourrait-on dire et que par la même occasion survient le déclin de la tragédie grecque et de ses mythes.
« Si la tragédie ancienne en périt, le socratisme esthétique en est donc le principe meurtrier. »
Ce qui m'a le plus surpris dans ce livre, c'est avant tout l'analogie que l'on peut trouver entre d'une part la tragédie grecque, et d'autre part un concert de métal extrême. On y retrouve en effet à peu près les mêmes caractéristiques, ce passage y faisant foi :
« Qu'il n'y avait fondamentalement aucune opposition entre public et choeur : tout, en effet, est uniquement un grand choeur sublime de satyres qui dansent et chantent, ou d'êtres qui se font représenter à travers ces satyres. »
Avant de conclure, je voudrai partager cet extrait sublime qui résume bien le fond de la pensée nietzschéenne quant à la philosophie :
« Le dialogue platonicien était comme un canot sur lequel la poésie ancienne naufragée se réfugia avec tous ses enfants : entassés dans un espace exigu et craintivement soumis au seul et unique pilote, Socrate, ils partaient désormais pour un nouveau monde qui ne pouvait se rassasier de voir l'image fantasmagorique de ce cortège. »
Tout ceci a, pour moi, un fort goût de paganisme.
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chartel
01 août 2008
Faire la critique d'une oeuvre de Friedrich Nietzsche peut paraître ridicule, même si elle a pour objectif de témoigner des grandeurs de cette littérature. Pourtant, il n'est, en même temps, pas possible de rester muet après la lecture de "La Naissance de la Tragédie", première oeuvre du grand philosophe allemand. Je comprends qu'il ait pu paraître dérangé et perturbé aux esprits éclairés de son époque après la lecture de cet apparent essai philologique qui se révéla être plutôt une réflexion sur l'art prenant pour point de départ les origines de la tragédie grecque. Si ses contemporains notables universitaires ont pu lui coller l'étiquette du déréglé ce fut probablement pour ne pas s'avouer leur propre faiblesse face au génie de ce poète-philosophe. Ne pensez pas y lire un traité pompeux sur l'histoire et les codes de l'art antique, au contraire, l'imagination riche et enthousiaste de Nietzsche laisse transparaître une ode passionnée, d'un grand lyrisme, pour la reconnaissance de la véritable signification de l'Art.
Certains passages sont d'une grande beauté, déversant un flot d'images aussi fortes qu'éphémères, même si elles ne suffisent pas à faire pencher le lecteur en faveur des principes du philosophe. Mais plus qu'une thèse proposée sentencieusement par Nietzsche, il y a dans cet essai une critique de la société moderne aiguillonnée par la science et le socratisme qui, sûre du bon sens de sa marche vers le progrès, le bonheur et la Vérité suprême, fait écho aux remises en cause actuelles du modernisme autour des problématiques environnementales et écologiques. Enfin, je conseille au lecteur de ne pas trop s'attarder sur l'introduction d'Angèle Kremer-Marietti, qui se noie dans des analyses psychologiques un peu confuses, à contresens des propos du philosophe qui se moque des vaines tentatives explicatives de la science. On peut s'amuser à expliquer Nietzsche, mais il faut avant tout le savourer, l'entendre et le sentir.
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zohar
12 avril 2011
La place qu'accorde Nietzsche à l'art est essentielle. Il le magnifie car il le considère comme proche de la nature.
Comme elle, il relève du domaine du mensonge, et, en tant que phénomène d'apparence, l'art camoufle les abîmes du monde sans que l'on puisse pour autant parler comme d'une production d'illusions trompeuses ou de fausse conscience.
L'analyse qu'il en fait dans « La Naissance de la tragédie » est capitale.
L'art se confond avec la tragédie, qui a trouvé son point de perfection dans la Grèce antique.
La tragédie antique est parvenue à équilibrer les influences dionysiaques (porteuse de démesure et de vie, la musique, par exemple) et les influences apolliniennes (véhicules de la forme et créatrices de la beauté, par exemple, la poésie).
Dans ce système, Socrate est à l'opposé de Dionysos. Il symbolise l'homme théorique adversaire des forces vitales.
Il en est de même du Christ, celui du moins que l'Eglise s'est efforcée d'imposer.
Comme Socrate, il s'inflige la mort pour culpabiliser l'homme attaché à la vie.
La conception du philosophe est intimement liée à cette vision esthétique : Socrate et le Christ présentent des exemples de comportement nihiliste qui aboutit à transformer les faibles en forts.
Trois stades se succèdent dans ce processus : après la mise en accusation de ce qui est beau et noble, intervient la mauvaise conscience ; il ne reste plus qu'à imposer l'idéal ascétique qui, renversant les valeurs, juge la vie en partant de critères qui la condamnent.
Si les lectures de Schopenhauer ont exercé de grandes influences sur sa pensée et ses relations avec Wagner.
La glorification de ce dernier est parfaitement visible dans « La Naissance de la tragédie » : si le lien entre les deux pôles (Dionysiaque/Apollinien) est à l'origine de la tragédie antique.
Nietzsche fondait en Richard Wagner l'espoir d'un renouvellement de la tragédie grâce à ses drames musicales qui étaient censés pouvoir d'un côté réunir, à l'instar de la tragédie antique, l'oeuvre et le public dans une forte expérience libérant les instincts de l'esprit tragique et de l'autre, permettre d'en revenir à l'époque d'avant la « décadence » initiée, selon Nietzsche, par Socrate.
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Bruno_Cm
23 juin 2015
Surtout ne lisez pas cette critique.
Surtout ne commencez jamais Nietzsche par ce recueil.
A moins d'être un artiste, musicien ou théâtreux et intellectuel et passionné par toutes les théories sur l'art, sans quoi vous vous demanderez ce qu'on a pu trouver à ce type...
Le problème de ce livre est son assemblage, les pages intéressantes représentant l'essence des idées de N. sont noyées dans des redites, des fragments, des textes divers, des variations et des notes. Ce qui rend la lecture est on ne peut plus pénible... Et c'est bien dommage car les idées sont vraiment intéressantes (comme toujours), le rêve vs la vérité ; la maîtrise vs la démesure ; la beauté vs ... la vie... Au travers une approche d'historien de l'art, N. nous propose une réconciliation et une réunion des deux aspects Apollinien vs Dionysiaque qu'est la vie (pour faire simple). Ce qu'il aurait lui perçu dans la tragédie grecque, passée de mode, triste selon l'auteur.
Il égratigne au passage Euripide et Socrate au plus haut point...
Puis, que dire, je me perds et m'abîme les yeux sur les trop petits caractères de cet ensemble sur lequel je me dis est-il dionysiaque, la souffrance est-elle à aimer tout autant que le sublime, comment l'esprit Germain va-t-il se restaurer, Shakespeare était-il un génie, pourquoi dans ce livre j'ai préféré les préfaces et un ou deux des textes annexes, vais-je ou pas faire une critique, sera-t-elle belle ou pénible mais dans ce cas pourquoi le ou ne serait pas un et... et toutes sortes de choses...
Tandis que dehors, il pleut. (Et que je vous avais dit de ne pas lire cette critique.)
(Et surtout lisez d'autres oeuvres de N.)
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MadameLi
24 octobre 2016
L'aube de la pensée de Nietzsche. Indispensable comme clef de lecture de cet auteur.
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Citations & extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_11 avril 2015
Dans le dithyrambe dionysien, l’homme est entraîné à l’exaltation la plus haute de toutes ses facultés symboliques ; il ressent et veut exprimer des sentiments qu’il n’a jamais éprouvés jusqu’alors : le voile de Maïa s’est déchiré devant ses yeux ; comme génie tutélaire de l’espèce, de la nature elle-même, il est devenu l’Un-absolu.
(...)
Pendant l’ivresse extatique de l’état dionysiaque, abolissant les entraves et les limites ordinaires de l’existence, il y a en effet un moment léthargique, où s’évanouit tout souvenir personnel du passé. Entre le monde de la réalité dionysienne et celui de la réalité journalière se creuse ce gouffre de l’oubli qui les sépare l’un de l’autre. Mais aussitôt que réapparaît dans la conscience cette quotidienne réalité, elle y est ressentie comme telle avec dégoût, et une disposition ascétique, contemptrice de la volonté, est le résultat de cette impression.

En ce sens, l’homme dionysien est semblable à Hamlet : tous deux ont plongé dans l’essence des choses un regard décidé ; ils ont vu, et ils sont dégoûtés de l’action, parce que leur activité ne peut rien changer à l’éternelle essence des choses ; il leur paraît ridicule ou honteux que ce soit leur affaire de remettre d’aplomb un monde disloqué. La connaissance tue l’action, il faut à celle-ci le mirage de l’illusion — c’est là ce que nous enseigne Hamlet ; ce n’est pas cette sagesse à bon compte de Hans le rêveur, qui, par trop de réflexion, et comme par un superflu de possibilités, ne peut plus en arriver à agir ; ce n’est pas la réflexion, non ! — c’est la vraie connaissance, la vision de l’horrible vérité, qui anéantit toute impulsion, tout motif d’agir, chez Hamlet aussi bien que chez l’homme dionysien.

Alors aucune consolation ne peut plus prévaloir, le désir s’élance par-dessus tout un monde vers la mort, et méprise les dieux eux-mêmes ; l’existence est reniée, et avec elle le reflet trompeur de son image dans le monde des dieux ou dans un immortel au-delà. Sous l’influence de la vérité contemplée, l’homme ne perçoit plus maintenant de toutes parts que l’horrible et l’absurde de l’ existence ; il comprend maintenant ce qu’il y a de symbolique dans le sort d’Ophélie ; maintenant il reconnaît la sagesse de Silène, le dieu des forêts : le dégoût lui monte à la gorge.
(...)
L’art dionysien lui aussi veut nous convaincre de l’éternelle joie qui est attachée à l’existence ; seulement, nous ne devons pas chercher cette joie dans les apparences, mais derrière les apparences. Nous devons reconnaître que tout ce qui naît doit être prêt pour un douloureux déclin, nous sommes forcés de plonger notre regard dans l’horrible de l’existence individuelle — et cependant la terreur ne doit pas nous glacer : une consolation méta­physique nous arrache momentanément à l’engre­nage des migrations éphémères. Nous sommes véritablement, pour de courts instants, l’essence primordiale elle-même, et nous en ressentons l’appétence et la joie effrénées à l’existence ; la lutte, la torture, l’anéantissement des apparences, nous apparaissent désormais comme nécessaires, en face de l’intempérante profusion d’innombrables formes de vie qui se pressent et se heurtent, en présence de la fécondité surabondante de l’universelle Vo­lonté. L’aiguillon furieux de ces tourments vient nous blesser au moment même où nous nous som­mes, en quelque sorte, identifiés à l’incommensurable joie primordiale à l’existence, où nous pres­sentons, dans l’extase dionysienne, l’immuabilité et l’éternité de cette joie. En dépit de l’effroi et de la pitié, nous goûtons la félicité de vivre, non pas en tant qu’individus, mais en tant que la vie une, totale, confondus et absorbés dans sa joie créa­trice. (pp. 38 & 73-75 & 151-152)
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SachenkaSachenka09 juillet 2015
Tout notre monde moderne est pris dan sale filet de la culture alexandrine et a pour idéal l'homme théorique muni des forces de connaissance suprêmes, travaillant au service de la science, dont Socrate est l'archétype et l'aïeul. Toutes nos techniques d'éducation visent originellement cet idéal ; toute autre existence doit se débattre laborieusement pour émerger à ses côtés, en existence que l'on tolère mais que l'on ne se propose pas.
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SachenkaSachenka05 juillet 2015
Car pour exprimer son phénomène en images, le poète lyrique a besoin de toutes les émotions de la passion, depuis le chuchotement de l'inclination jusqu'au grondement du délire ; animé par la pulsion qui le pousse à parler de la musique en métaphores apolliniennes, il ne comprend l'ensemble de la nature, et lui-même au sein de celle-ci, que comme ce qui, éternellement, veut, désire, convoite ardemment.
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SachenkaSachenka07 juillet 2015
À travers la tragédie, le mythe acquiert son contenu le plus profond, sa forme la plus expressive ; il se relève encore une fois, tel un héros blessé, et tout son surcroît de force, avec le calme empreint de sagesse du mourant, brûle dans son œil d'une dernière lueur puissante.
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SachenkaSachenka08 juillet 2015
Les Grecs sont, comme le disent les prêtres égyptiens, les éternels enfants, et rien qu'enfants dans l'art tragique aussi, qui ne savent pas quel jeu sublime est sorti de leurs mains - et a été fracassé par elles.
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