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EAN : 9782752906205
311 pages
Éditeur : Phébus (16/05/2011)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 68 notes)
Résumé :
Un livre-culte de la littérature d'aventure vécue.
Krasnoïarsk (Sibérie centrale), hiver 1920. L'homme vient d'apprendre qu'on l'a dénoncé aux " Rouges ", et que le peloton d'exécution l'attend. Il prend son fusil, fourre quelques cartouches dans la poche de sa pelisse, sort dans le froid glacial - et gagne la forêt. Commence alors une course-poursuite dont il ne sortira vivant, il le sait, que s'il ose l'impossible : gagner à pied l'Inde anglaise à travers l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  31 janvier 2012
Bêtes, Hommes et Dieux.
A travers la Mongolie interdite, 1920-1921.
Ce n'est pas que de la littérature de voyage, un énième compte-rendu d'un écrivain en mal d'aventures, l'écriture d'une expédition folle à travers les contrées les plus reculées et les plus sauvages que m'offre aujourd'hui Ferdynand Ossendowsky. Non. Cela se passe au-delà des simples mots qu'il peut utiliser de sa plume. J'y retrouve de la magie, de la spiritualité, du non-rationnel qui marque d'une empreinte indélébile une telle aventure, le genre de truc à vous transformer un gars jusqu'à la fin de sa courte vie.
Bêtes. Dans ce qualificatif, j'y vois surtout la sauvagerie des hommes, et surtout des « rouges ». Contraint à la fuite sans attendre sous peine de se voir devant un peloton d'exécution, l'auteur prend son fusil, quelques cartouches dans sa besace et affronte le froid, l'hiver, neiges et glaces, pour traverser la Sibérie centrale. Des rencontres parfois humaines, d'autres crapuleuses voire guerrières. Éviter les bolcheviks, les sympathisants, les représailles, les voleurs ou les mendiants prêts à vous vendre ; Se défendre avec son fusil, son couteau, sa machette ; Trouver un abri, s'isoler, se réchauffer, croiser des regards teigneux et impénétrables, sentir les bonnes âmes en un clin d'oeil et repartir, toujours plus vers l'Est, toujours plus vers le Sud. du courage, notre auteur n'en manque jamais, de la ténacité et un certain esprit de survie pour plonger toujours vers l'antre des ténèbres. Préférer le noir aux rouges.
Hommes. Derrière lui la Sibérie, devant la Chine, la Mongolie et le Tibet. Au fur et à mesure de ses avancées dans ces si lointaines contrées, Ferdynand (au bout du second bouquin, je me permets quelques familiarités) y croise des Hommes, de ceux qui possèdent âme et courage, armes nécessaires pour survivre dans une région si hostile et inhospitalière. Des hommes, des paysans, des fonctionnaires toujours prêts à lui apporter leurs aides, à le cacher des espions bolcheviks, à le conduire à travers montagnes plaines immenses et déserts terrifiants. Il troque le cheval contre le chameau, il dodeline plus qu'il ne galope mais l'essentiel est toujours d'avancer, son objectif, et de rester en vie pour me raconter quelques années plus tard ses perceptions de la vie, ses rencontres magiques, ses moments d'intenses émotions qu'une telle aventure lui a octroyé.
Dieux. Au-delà de l'immensité des plaines de Mongolie, l'auteur découvre la « religion en jaune ». Dans ces montagnes, règne une atmosphère étrange. Des nuages, des volutes qui surplombent les falaises, des monastères et des hommes qui vivent de prières, de spiritualités, de magie presque. Ce ne sont plus des hommes, ce sont des saints, des Dieux vivants qui font forte impression auprès de notre écrivain-aventurier. Des rencontres marquantes qui frappent les esprits et apportent son lot de mysticisme surnaturelle. Ces hommes en jaune n'ont pas du tout la même vision du Monde, des autres que lui – que nous. Ferdynand au terme de son voyage, en reste profondément perturbé comme si il avait senti un étrange phénomène : celui de se sentir initié à une nouvelle religion qui en profondeur va chambouler votre âme.
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Feuillesdejoie
  08 août 2012
Comme dans de nombreux textes concernant le Tibet et la Mongolie et écrits entre 1880 et 1955, la véracité des faits et informations fournies dans « Hommes, Bêtes et Dieux » du polonais Ferdynand Ossendowski (1876-1945) est à considérer avec la plus extrême réserve. Partant du principe que tout l'art du menteur (et du romancier) et de mentir au plus près des faits véritable, Ossendowski n'en délivre pas moins un livre pour le moins palpitant, du strict point de vue romanesque s'entend.
Ossendowski possède pourtant dans son curriculum vitae assez de références véritables pour troubler le lecteur moyen, ce qu'il ne se prive pas de faire. N'est-il pas un scientifique authentique, ayant même usé ses fonds de culotte sur les bancs de la Sorbonne ? N'a-t-il pas été lié, plusieurs fois, aux milieux révolutionnaires russes ? Ou n'a-t-il pas pris parti, en définitif, pour la coalition de russes blancs qui a lutté dramatiquement contre les révolutionnaires bolcheviques ? Aventureuse, la vie d'Ossendowski l'a été, sans nul doute doute possible, mais pas dans les termes proposés par son récit. Pour s'en convaincre on consultera les éléments biographique de l'amiral Alexandre Koltchak, remarquable officier de marine russe, au gouvernement duquel Ossendowski fut un temps associé. La guerre entre bolcheviques purs et durs et leurs opposants, à la fois socialistes, militaires tsaristes, cosaques en mal de conquêtes ou sympathisants capitalistes, a été, comme toute guerre civile, d'une complexité bien réelle et soumise à des rebondissements spectaculaires de toutes sortes.
Même si Ossendowski pratique son propre « montage romanesque » des événements, il en restitue souvent assez bien l'extrême confusion qui préside à la plupart de ceux-ci et l'extrême violence qui les caractérise presque tous. Il est probable que certains épisodes historiques décrits dans le livre soit assez conformes, en terme d'ambiance, à ce qui fut réellement vécu par l'auteur ou par les autres combattant de la guerre civile. L'ensemble des détails historiques sera malgré tout à recevoir avec réserve. Ces derniers semblent avoir été étudiés plus en détail par certains auteurs (on cite souvent le livre de Louis de Maistre « Dans les coulisses de l'Agartha, l'extraordinaire mission de Ferdinand Anton Ossendowski en Mongolie" paru chez Arché (Milano) en 2010, que je n'ai pas eu l'occasion de consulter) qui tendent à démontrer la fausseté pure et simple d'un grand nombre des épisodes évoqués dans l'ouvrage.
Car outre la guerre civile, Ossendowski évoque également la vie religieuse et spirituelle des peuples de Mongolie et de l'Himalaya, et ses nombreuses rencontres avec leurs principaux responsables charismatiques. Ossendowski accrédite la thèse de l'existence, « quelque part », du fameux et fantasmatique royaume souterrain de l'Agartha, sur lequel régnerait le non moins fantasmagorique « Roi du Monde ». En ce domaine comme dans les autres, il semblerait qu'Ossendowski se soit largement inspiré d'autres auteurs ayant évoqué ce royaume merveilleux, tel l'écrivain chrétien Alexandre Saint-Yves d'Alveidre. Cela sera à vérifier.
Ce que y vrai toutefois et que l'on mesure grâce à ce livre ce que furent les rêves d'une génération qui assistait, impuissante, à l'une des grandes dislocation historiques des forces chrétiennes d'Occident (la Révolution russe) et qui semblait, à court terme, en annoncer beaucoup d'autres. Il est probable qu'à la fois, pragmatiquement, ce livre discrédite aux yeux de l'Occident, la poussée matérialiste des bolcheviques, et que, par ailleurs, ce dernier projette sur un Orient de pacotille, le rêve d'un renouvellement spirituelle de l'humanité. Ce dernier mouvement est, du reste, toujours sensible aujourd'hui et on le constatera par exemple dans la grande réussite du Bouddhisme sous nos latitudes.
«  Hommes, bêtes et dieu » rejoint donc une série de livres sur l'Orient pour le moins discutables, en terme de vérités historique d'une part, à la façon du fameux livre de Slavomir Rawitz « A marche forcé » qui évoque une évasion spectaculaire d'un goulag sibérien à travers désert de Gobi et l'Himalaya inventée de toutes pièces, et sur le plan spirituel d'autre part, tel l'ouvrage de Baird T. Spalding «  La vie des maîtres » ou la série d'évocations himalayennes de Lobsang Rampa (de son vrai nom Henry Cyril Hoskin) dont on sait aujourd'hui qu'elles n'ont été que de pures fictions pour le moins délirantes.
Alors pourquoi continuer à lire « Hommes, bêtes et Dieux » et ses avatars ? Probablement parce qu'ils constituent des exercices littéraires réussis dont la cohérence est moins à rechercher dans la véracité des faits qu'ils exploitent, que dans la parfaite adaptation de ces derniers avec l'imaginaire d'une période donnée. L'analyse de ces données, dans la mesure où elles nous fascinent encore aujourd'hui, demeurent parfaitement d'actualité.
Lien : http://feuilles.de.joie@gmai..
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Apikrus
  03 janvier 2015
Ferdynand Ossendowski est né en 1876 dans l'actuelle Lettonie. Scolarisé à Saint Pétersbourg, il enseigna ensuite en Sibérie occidentale. Après la révolution de 1917, il fuit la Russie.
'Bêtes, Hommes et Dieux', est le récit de cette fuite en 1920 et 1921, fuite que la guerre civile a transformée en un long et périlleux périple à travers la Mongolie.
La biographie de l'auteur et le récit qu'il fait de ces deux années sont particulièrement riches en événements, en rencontres, en retournements de situations et en hasards heureux pour lui. Ce livre permet notamment de voir, et parfois de comprendre, la manière dont les « rouges » et les contre-révolutionnaires « blancs » se sont affrontés en Mongolie, ainsi que la complexité des rapports de forces à cette époque entre diverses nations ou tribus présentes dans cette zone. L'ouvrage est cependant parfois fastidieux à lire. J'ai en particulier trouvé que l'auteur consacrait une place trop importante à présenter les diverses croyances ou superstitions des peuples et des personnes qu'il a croisées, qu'il décrit sans critiquer.
Parmi les récits autobiographiques de fuites de la Russie du XXe siècle, j'ai très nettement préféré 'A marche forcée' de Slavomar Rawicz (Du cercle polaire à l'Himalaya, 1941-1942), et surtout l'excellent 'Aussi loin que mes pas me portent' de Josef Martin Bauer (Un fugitif en Asie soviétique, 1945-1952). Ces deux récits laissent probablement une grande part à l'imagination de leurs auteurs. Ce ne sont pas uniquement les époques dans lesquelles ils se déroulent qui les différencient, mais aussi leur construction et sujets principaux.
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Walktapus
  20 avril 2012
Lors de la débâcle blanche de l'hiver 1920, en Sibérie, Ossendowski qui avait des fonctions officielles dans le gouvernement de Koltchak prend le maquis pour fuir les Bolchéviks. Son périple l'amène jusqu'en Mongolie où il découvre des secrets mystiques lamaïstes, et rencontre von Ungern-Sternberg et le Boghdo Khan. C'est d'ailleurs pour cela que je l'ai lu, il y a quelques années.
On ne le trouvait alors que dans une édition de 1969 dans la collection J'ai Lu l'Aventure Mystérieuse. Ca vaut tous les avertissements. Attention, auteur contesté, accusé de mythomanie. On sent bien dans le live qu'il n'est pas très clair. C'est trop beau par certains côtés, élusif par d'autres. Pour ce que je connais, ses rapports avec Ungern ou Sipaïlov sont évoqués rapidement, pas à la mesure du temps qu'il a passé à Ourga, et sans un mot sur le fait qu'il était devenu leur agent. Je laisse à d'autres le soin de se prononcer sur le côté mystique.
Ca reste un livre curieux, mêlant aventure, survie dans la taïga, rencontre avec les peuples locaux, mysticisme et évocation de personnages célèbres, mais à prendre avec de grosses grosses pinces.
Le bouquin est disponible en ligne (en anglais) auprès du projet Gutenberg. http://gutenberg.org/ebooks/2067
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Wyoming
  26 février 2019
En lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à une grande aventure à travers la Sibérie, la Mongolie, le désert de Gobi, l'Himalaya, jusqu'en Chine. Cette attente était confirmée par la carte figurant au début du livre.
En réalité, l'auteur raconte en détail qu'une partie de son voyage et ceci de manière plutôt confuse. Ainsi, j'ai trouvé que son but n'était pas clairement défini puisqu'il se lance dans des écarts importants par rapport à l'itinéraire prévu, quelquefois certes contraint et forcé, d'autres de son plein gré, et dans ce dernier cas pour s'occuper d'affaires guerrières qui ne le concernent pas vraiment. Est- il réellement un fuyard comme il l'annonce au début du récit? On peut en douter à mesure que l'on progresse dans celui-ci.
Malgré cette déception de lecteur attendant autre chose, j'ai quand même découvert avec saisissement cette plongée dans l'enfer du bolchevisme, de la guerre entre rouges et blancs, des meurtres en séries, qu'il s'agisse de règlements de comptes ou de réelles actions guerrières.
Quant à la partie mystique du livre, elle ne porte guère de crédibilité en elle, avançant de telles énormités que l'on perd son temps à lire. Mieux vaut sur ce plan un bon texte de science-fiction dans lequel l'imaginaire est d'emblée accepté et même désiré par les amateurs.
Donc, soulagement en arrivant péniblement au terme de cette lecture.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   24 mars 2018
Le houtouktou de Narabanchi me raconta ceci quand je lui fis une visite à son monastère au commencement de 1921 :

— Quand le Roi du Monde apparut devant les lamas, favorisés de Dieu, dans notre monastère, il y a trente ans, il fit une prophétie relative aux siècles qui devaient suivre. La voici :

« De plus en plus les hommes oublieront leurs âmes et s’occuperont de leurs corps. La plus grande corruption régnera sur la terre. Les hommes deviendront semblables à des animaux féroces, assoiffés du sang de leurs frères. Le Croissant s’effacera et ses adeptes tomberont dans la mendicité et dans la guerre perpétuelle. Ses conquérants seront frappés par le soleil mais ne monteront pas deux fois ; il leur arrivera le plus grand des malheurs, qui s’achèvera en insultes aux yeux des autres peuples. Les couronnes des rois, grands et petits, tomberont : un, deux, trois quatre, cinq, six, sept, huit… Il y aura une guerre terrible entre tous les peuples. Les océans rougiront… la terre et le fond des mers seront couverts d’ossements… des royaumes seront morcelés, des peuples entiers mourront… la faim, la maladie, des crimes inconnus des lois, que jamais encore le monde n’avait vus.

Alors viendront les ennemis de Dieu et de l’Esprit divin qui se trouvent dans l’homme. Ceux qui prennent la main d’un autre périront aussi. Les oubliés, les persécutés, se lèveront et retiendront l’attention du monde entier. Il y aura des brouillards et des tempêtes. Des montagnes dénudées se couvriront de forêts. La terre tremblera… Des millions d’hommes échangeront les chaînes de l’esclavage et les humiliations, pour la faim, la maladie et la mort. Les anciennes routes seront couvertes de foules allant d’un endroit à un autre. Les plus grandes, les plus belles cités périront par le feu… une, deux, trois… Le père se dressera contre le fils, le frère contre le frère, la mère contre la fille. Le vice, le crime, la destruction du corps et de l’âme suivront… Les familles seront dispersées… La fidélité et l’amour disparaîtront… De dix mille hommes, un seul survivra… il sera nu, fou, sans force et ne saura pas se bâtir une maison ni trouver sa nourriture…

Il hurlera comme le loup furieux, dévorera des cadavres, mordra sa propre chair et défiera Dieu au combat… Toute la terre se videra. Dieu s’en détournera. Sur elle se répandra seulement la nuit et la mort. Alors j’enverrai un peuple, maintenant inconnu, qui, d’une main forte, arrachera les mauvaises herbes de la folie et du vice, et conduira ceux qui restent fidèles à l’esprit de l’homme dans la bataille contre le mal. Ils fonderont une nouvelle vie sur la terre purifiée par la mort des nations. Dans la centième année, trois grands royaumes seulement apparaîtront qui vivront heureux pendant soixante et onze ans. Ensuite il y aura dix-huit ans de guerre et de destruction. Alors les peuples d’Agharti sortiront de leurs cavernes souterraines et apparaîtront sur la surface de la terre. »
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MoanMoan   09 septembre 2012
C'est ainsi que voyagent les Mongols: au lieu de passer par le poste de relais, ils vont de troupeau en troupeau, y capturent à l'aide de l'ourga de nouveaux chevaux, dont les propriétaires font en même temps office de guides. Tous les Mongols ainsi réquisitionnés par droit d'ourga n'ont qu'une hâte: s'acquitter au plus vite de leur tâche; aussi galopent-ils à toute vitesse vers le troupeau suivant, afin de se décharger de leur mission sur le voisin. Un voyageur ayant le droit d'ourga peut attraper lui-même les chevaux; s'il ne trouve pas de gardiens, il peut contraindre ceux qui l'accompagnent déjà à continuer, en laissant leurs propres bêtes dans le troupeau où il fait sa nouvelle acquisition. Mais la chose ne se produit que très rarement car, par peur de litiges qui pourraient survenir, les Mongols n'aiment guère abandonner leurs animaux dans un troupeau appartenant à un autre gardien.
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WyomingWyoming   17 février 2019
De la rive, j'assistais à un spectacle à la fois terrible et majestueux. Descendant du sud, le fleuve charriait vers le nord une énorme masse de glace qu'il transportait sous l'épais couvercle de gel qui le recouvrait encore par endroits. Or la terrible poussée provoquée par le déplacement de cette masse avait rompu le barrage hivernal au nord : l'Ienissei, fleuve-père, fleuve-père, fleuve parmi les plus longs d'Asie, profond et magnifique, encaissé tout le long de son cours moyen dans des gorges escarpées, effectuait sa dernière ruée vers l'océan Arctique. La masse énorme avait traîné avec elle de gigantesques champs de glace, les pulvérisant sur les rapides et sur les roches isolées, les faisant tournoyer en tourbillons courroucés, soulevant par portions entières les noires routes de l'hiver, emportant les tentes construites pour les caravanes qui descendaient à cette saison le fleuve gelé, de Minoussinsk à Krasnoïarsk. De pemps en temps le flot était arrêté dans son cours; avec un sourd mugissement, les champs de glace écrasés s'empilaient parfois jusqu'à une hauteur de dix mètres et formaient un barrage. Le fleuve, par derrière, montait si rapidement qu'il inondait les terrains bas, jetant sur le sol d'énormes monceaux de glace. Soudain, avec une puissance démultipliée, les eaux s'élançaient à l'assaut du barrage et l'entraînaient vers l'aval dans un épouvantable fracas de verre brisé. Aux tournants des rivières, contre les rochers, c'était un terrifiant chaos. D'énormes blocs de glace s'enchevêtraient, se bousculaient; quelques-uns, projetés en l'air, venaient s'abîmer tumultueusement contre ceux qui se trouvaient déjà là, ou, précipités contre les falaises et les berges, en arrachaient des rocs, de la terre et des arbres au plus haut des flancs escarpés. Tout le long des basses rives, ce géant de la nature pouvait élever, avec une brutalité qui donnait à l'homme la sensation de devenir aussi petit qu'un pygmée, un grand mur de glace, de cinq à six mètres de haut. Les paysans appellent ces imposantes murailles à travers lesquelles ils doivent se tailler un chemin des zaberega. Ailleurs, j'ai encore vu le Titan accomplir cet exploit incroyable : un bloc de plusieurs pieds d'épaisseur et de plusieurs mètres de large fut projeté en l'air et retomba hors du lit de glace, écrasant de jeunes arbres à plus de quinze mètres de la rive.
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JacopoJacopo   25 juin 2018
Nous suivîmes la route des courriers. Dans cette région, les Mongols n’avaient que de misérables chevaux épuisés, obligés qu’ils étaient continuellement de fournir des montures aux nombreux messagers de Daichin Van et du colonel Kazagrandi. Nous dûmes nous arrêter au dernier relais précédant Van Kure, où un vieux Mongol et son fils tenaient le poste. Après souper, il prit l’omoplate du mouton, d’où la chair avait été soigneusement grattée puis, me regardant, et plaçant l’os dans les charbons ardents avec quelques incantations, il me dit :
— Je vais vous dire votre avenir ; toutes mes prédictions se réalisent.
Quand l’os fut noirci, il le retira, souffla les cendres, et commença à examiner la surface très attentivement, puis, le mettant devant le feu, à regarder à travers. Il continua cet examen pendant longtemps puis, son visage exprimant, la terreur, replaça l’os dans le feu.
— Qu’avez-vous vu ? demandai-je en riant.
– Taisez-vous ! murmura-t-il. J’ai découvert des signes horribles.
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jeanlouisrjeanlouisr   23 novembre 2019
L’homme s’éloignera du divin et du spirituel. La grande guerre a prouvé que l’humanité doit s’élever vers un idéal toujours plus haut ; mais c’est à ce moment qu’apparut la malédiction que pressentirent le Christ, l’apôtre Saint Jean, Bouddha, les premiers martyrs chrétiens, Dante, Léonard de Vinci, Goethe, Dostoïevski. La malédiction apparaissant fit reculer le progrès, nous barrant la route vers le divin. La révolution est une maladie contagieuse, et l’Europe, en traitant avec Moscou, s’est trompée elle-même comme elle a trompé les autres parties du monde. Le Grand Esprit nous a mis au seuil de notre vie , ll ne connaît ni la colère ni le pardon. Il règle nos comptes, et le résultat sera la famine, la destruction, la mort de la civilisation, de la gloire, de l’honneur, la mort des nations, la mort des peuples. Je vois déjà cette horreur, cette sombre et folle destruction de l’humanité.
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