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Jean-Claude Zylberstein (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070325689
244 pages
Éditeur : Gallimard (11/04/1990)
2.5/5   1 notes
Résumé :


Jean Paulhan
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
NMTB
  13 février 2015
Un livre qui a le mérite d'être pédagogique, si tant est que le lecteur veuille bien consentir quelques efforts d'attention. Sans aucun étalage de connaissances ostentatoire et inutile, Jean Paulhan ne tombe ni dans la glorification facile et ébahie des peintres cubistes, ni dans l'éreintement systématique de ceux qui les dénigre. Il s'agit pour l'auteur de donner un cadre qui permette de s'exprimer sur l'art moderne, l'inscrire dans une histoire de l'art. Sans être particulièrement disert sur ce sujet, on sent que Jean Paulhan redoutait que la peinture moderne devienne une affaire réservée aux pseudo-spécialistes, éloignée du grand public. Il lui arrive de partir dans des digressions assez amusantes à lire sur son expérience personnelle ou sa vie domestique et lorsque qu'il évoque son voisinage, voici ce qu'il dit à propos d'un antiquaire : « Et de quoi vit-il ? Il m'a confié qu'il avait pour acheteurs d'autres antiquaires, qui, à leur tour, je suppose… C'est un étrange métier, qui semble vivre de son propre fonds. Imaginez-vous un boulanger qui n'aurait pour clients que d'autres boulangers ? Un littérateur qui ne trouverait, pour goûter ses livres, que d'autres littérateurs ? (on voit cela d'ici. Ce serait effrayant.) » On voit bien le principe, de mieux en mieux, j'ai l'impression… Bref, Paulhan veut redonner confiance à « l'homme de la rue » - ainsi qu'il se plaît à le nommer -, car la peinture moderne s'adresse peut-être plus à lui, à son expérience immédiate, qu'aux manipulateurs de concepts.
Et voici donc l'axe principal sur lequel s'appuie cet essai : Tout peut se résumer à une question d'Espace et de Vérité. le cubisme a d'abord été une oeuvre de destruction et presque d'anéantissement. La destruction de l'espace tel qu'il était envisagé depuis la Renaissance, c'est-à-dire celui de la perspective, du trompe-l'oeil. C'est une remise en cause de la géométrie euclidienne - en particulier de la troisième dimension -, issue d'un choc face à l'étrangeté d'être au monde. La quête menée par le cubisme a donc été une quête de vérité de l'espace. Il n'est pas une irréalité mais la vérité. Il n'est plus une représentation mais une présentation. Paulhan parle d'un « espace avant les raisons ».
Envisager la peinture moderne sous cet aspect me parait un excellent moyen de l'inscrire dans l'histoire de l'art, sans y mettre un point final. Je suis plus réservé sur certaines échappées métaphysiques qu'en déduit l'auteur et sur une autre notion qui lui tient à coeur, celle du mystère, de l'indicible, la notion du Sacré. Il rapproche l'art moderne du zen ou de la mystique qui tout en se passant de raisons, et même en s'enfonçant parfois dans une totale absurdité, arrivent à réconcilier l'homme et son monde. J'ai beaucoup songé à Walter Benjamin et la fameuse perte de l'aura qu'il développe dans « L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique ». Au fond les deux auteurs sont d'accord, la reproduction est un phénomène qui détruit le sacré. Parmi quelques dictons cités par Jean Paulhan et propres aux peintres modernes selon lui, on trouve : « Produire, plutôt que reproduire », il entend par là que la peinture classique avec ses perspectives savantes est une reproduction de la nature ou de quoi que ce soit d'autre (quelque chose de contaminé par les idées), alors que la peinture moderne libérée des conventions classiques est une véritable production. Ce mot de reproduction utilisé par Jean Paulhan n'a donc rien à voir avec la reproduction mécanisée dont parle Benjamin. Et pourtant il est étonnant qu'ils s'entendent sur le fait que la reproduction, dans toutes les acceptions du terme, dans toutes ses techniques, est un phénomène qui finit par détruire le caractère sacré ou l'aura.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
NMTBNMTB   13 février 2015
L’homme de la rue se plaint volontiers que les philosophes aient la rage d’embrouiller les choses les plus simples. « Que me font, leur dit-on, vos substances et vos essences, vos formes et votre matière, vos en-soi et vos pour-soi ! Nous ne souhaitons de vous, tous tant que nous sommes, qu’une réponse à la question la plus élémentaire qui soit : « Que faisons-nous dans ce monde ? Pourquoi sommes-nous sur cette terre ? A quoi bon tant de douleurs et d’efforts ? (Tant de plaisirs aussi.) Si vous tenez la réponse, qu’attendez-vous pour nous la donner ? Et si vous ne la tenez pas, que nous importent vos arguties ? » »
Il se peut. Pourtant, je vois une question plus élémentaire encore que se pose à tout instant le sens commun. C’est une question préalable, si grave que tout autre problème – et celui-là même qu’on vient d’évoquer – peut bien paraître à côté d’elle superficiel.
« Et si nous n’étions pas sur terre ? Et si le monde ne nous était pas donné ? S’il n’était qu’un rêve, un mirage que nous formons ? S’il n’existait rien ? » Ce sont là d’étranges, de pressantes questions, au prix desquelles tous les « pourquoi » du monde et les « à quoi bon ? » ne semblent plus soudain que des prétextes.
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NMTBNMTB   13 février 2015
Pour celui-ci, la vérité consiste à ne pas peindre d’anges : il n’en a jamais vu. Pour celui-là, à ne pas reculer devant les aspects sordides de la vie ; pour tel autre, à rendre la fureur des passions humaines, ou la sérénité de l’âme, ou la surprise devant les mystères de notre condition. Où est le vrai, le réellement existant (demande Van Gogh : « Exprimer l’ardeur d’un être par un rayonnement de soleil couchant, n’est-ce pas une chose réellement existante ? ») ? Et encore : comment faire plus vrai que le vrai ? Où se tient ce qui est pour toujours et pas seulement pour un temps (demande Cézanne) ? Ce qui existe au-dehors et pas seulement dans nos idées ? Où est le centre mystérieux de la pensée (demande Gauguin) ?
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Videos de Jean Paulhan (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Paulhan
Christine Ferret, conservatrice des bibliothèques, adjointe au service Art, département Littérature et art de la BnF, vous propose un programme de lectures autour des peintres qui ont influencé Henri Cartier-Bresson : - « Piero della Francesca », Alessandro Angelini, Imprimerie nationale, 2014 https://c.bnf.fr/NLC - « Paolo Uccello », Mauro Minardi, Imprimerie nationale, 2017 https://c.bnf.fr/NLF - « Oeuvres complètes », tome 2, Jean Paulhan, Gallimard, 2009 https://c.bnf.fr/NLI - « Photographie », Henri Cartier-Bresson, Delpire, 1989 https://c.bnf.fr/NLL - « Elle, par bonheur, et toujours nue », Guy Goffette, Gallimard, 1998 https://c.bnf.fr/NLO - « L'Atelier d'Alberto Giacometti », Jean Genet, l'Arbalète, 1992 https://c.bnf.fr/NLR - « Lettres sur Cézanne », Rainer Maria Rilke, Seuil, 1991 https://c.bnf.fr/NLU
En savoir plus sur l'exposition Henri Cartier-Bresson. le Grand Jeu : https://www.bnf.fr/fr/agenda/henri-cartier-bresson
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Dans la catégorie : Peinture au 20e siècleVoir plus
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