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EAN : 9782715222533
576 pages
Éditeur : Mercure de France (07/03/2001)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Il semble que Pepys n'ait eu d'autre désir que de se montrer respectable et qu'il ait tenu un journal pour montrer qu'il ne l'était pas, disait Stevenson.

Samuel Pepys, haut fonctionnaire de l'Amirauté, écrivit son journal de 1660 à 1669.

C'est un document inestimable sur les premières années de la Restauration en Angleterre.

Cromwell meurt en 1658 et, deux ans plus tard, le fils du roi décapité est couronné sous le nom... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Tandarica
  10 avril 2020
Ce journal était codé, donc à usage purement personnel et a mis longtemps avant d'être décodé. Ce caractère personnel, non officiel, secret même, en font un document historique précieux sur la société de la Restauration, voire sur le grand incendie de Londres. On y trouve également des rumeurs sur la cour de France. Lecture ancienne pour moi, dont je garde néanmoins un souvenir agréable.
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CeCedille
  19 décembre 2015
A quoi sert un journal intime ? Souvent à sculpter sa statue, pour la suite. "Je me sers moi-même avec assez de verve..." dit la célèbre tirade. Un pied de nez à la postérité ? le diariste avoue plus ou moins son secret espoir d'être publié. Il faut souvent lire entre les lignes, et ne pas toujours croire à la fidélité du portrait.
Rien de cela avec Samuel Pepys. Ce haut fonctionnaire de l'Amirauté dans l'Angleterre du XVIIème siècle (dont le nom se prononce "pips") s'est déjà fait connaitre comme un grand serviteur de la royauté, artisan de la reconstruction de la marine britannique, ami des arts et des lettres, amateur de musique et de livres. Un des ces personnages d'origine modeste, qui, comme le capitaine Cook, s'élèvent par leur seuls mérites aux plus hautes fonctions.
Mais voici que longtemps après sa mort, en 1703, on retrouve caché parmi les livres de sa bibliothèque un étrange manuscrit, soigneusement relié en six volumes constituant son Journal. le texte en est illisible, rédigé sous forme cryptée parfaitement hermétique, à l'exception de quelques nom propres. Il faudra trois ans à un traducteur besogneux, le révérend John Smith (1819-1822), tel Champollion devant la pierre de Rosette, pour trouver la clef du code et transcrire le texte. Un peu plus de curiosité pour les livres de la bibliothèque lui aurait pourtant fait découvrir, sagement rangé sur les rayonnages voisins, des livres de tachygraphie, dont celle de Thomas Shelton utilisée pour l'écriture du journal.
La seconde surprise tient au contenu : pour évoquer ses frasques sexuelles, Pepys use, au surplus, d'un étrange sabir mélangeant diverses langues étrangères ou anciennes. Les moeurs puritaines de l'époque n'autorisaient pas une telle licence et les premières éditions de son journal furent largement expurgées. Il a fallu attendre la fin du XXe siècle (1970-1983) et les éditeurs R. Latham et W. Matthews pour avoir enfin le texte intégral du journal en 11 volumes.
La lecture du journal est une découverte. Nul effet littéraire dans le recensement minutieux et quotidien par Pepys, de ses faits et gestes, de ses humeurs, de ses bonnes fortunes. le portait se précise insensiblement au gré des jours qui passent. Jeune fonctionnaire ambitieux et méticuleux, il accompagne ceux qui vont chercher le roi Charles II en Hollande pour restaurer la monarchie après le seul épisode républicain que l'Angleterre ait connu. C'est sur le bateau que Pepys prend en sténographie les rapports et missives qu'il rédige. Il a vite oublié sa sympathie de jeunesse pour les têtes rondes même si son journal laisse transparaitre quelque admiration pour les capacités de gestionnaire de Cromwell, comparées aux négligences coupables de la nouvelle administration royale, dissipée et corrompue.
... Les affaires de la Marine toujours au même point. Pas de crédits, on ne veut plus nous vendre de marchandises, personne n'a confiance en nous. Rien à faire au bureau que d'écouter des doléances à cause du manque d'argent. Il faut attendre que le Roi en trouve, mais le Parlement y met du temps. le désordre règne. Les capitaines n'ont plus de pouvoir sur les hommes; les matelots font ce qu'il leur plaît. La plupart, au lieu de rester à bord, accourent à Londres et l'on ne peut, en toute justice, les blâmer: nous leurs devons tant d'argent et leurs familles mourront de faim si nous ne les payons pas. Tout le monde redoute l'invasion pour l'année prochaine. Pour ma part je prévois de grands malheurs et, pour parer aux mauvais jours, j'ai mis de l'argent de côté, mais sans pour cela oublier ma fidélité au Roi à tous points de vue. Mon seul chagrin est de voir que le Roi néglige les affaires et qu'il court à sa perte avec son peuple...
C'est aussi la vie à Londres au quotidien du XVIIème siècle que l'on partage, à canoter sans cesse sur la Tamise, tant les rues grasses, sales et glissantes sont incommodes. L'incendie et la peste sont décrits de manière saisissante, avec un certain fatalisme : le drame n'arrête pas les plaisirs. On est aux premières loges pour assister aux scènes de la vie domestique. Samuel est très épris de sa jeune épouse française, mais il ne peut s'empêcher de lutiner toute jolie femme de toute condition qui passe à portée, au risque de subir les scènes de féroce jalousie. Protestant, privé de la confession, c'est à son journal qu'il confie ses bonnes résolutions, qu'il ne tient jamais ! Il est assidu au théâtre comme auprès des femmes. Mais cela ne le détourne que momentanément de son travail auquel il consacre sa vie de l'aube au coeur de la nuit.
Ses description de la vie d'une administration sont passionnantes. Rien n'a vraiment changé : jalousie de bureau, mauvaises manières entre collègues, négligences des subordonnés. L'enjeu est de taille pour le représentant du Roi. Son revenu ni sa place ne sont garantis. Et nombreux sont ceux qui complotent pour s'en emparer. Car la charge est lucrative. Curieux système qui vit dans le conflit d'intérêts . Mais le service du roi doit primer.
Pepys est d'humeur joyeuse. le 25 septembre 1660, il découvre le thé, c'est la première fois qu'un écrivain anglais mentionne cette boissson. le 10 avril 1663, il goûte une certain vin français qu'il appelle "Ho Bryan" (Haut Brion) :"il a un goût excellent et très particulier qui ne ressemble à rien de ce que je connais". le 5 juin 1661, il note : "Nous somme restés là à bavarder à chanter et à boire de grandes rasades de vin de Bordeaux en mangeant de la boutargue avec du pain et du beurre jusqu'à minuit au clair de lune. Ensuite au lit à peu près saoul." le 24 avril 1661 il boit du chocolat pour soigner sa "gueule de bois". D'une manière générale il se réjouit de sa santé, de sa fortune, de sa femme, de son logement...
Pourtant sa santé le préoccupe. Il a eu, comme Montaigne la maladie de la pierre. Il célèbre, chaque année, l'anniversaire de sa lithotomie, qui sera sans doute la cause de sa stérilité. Il digère mal et n'épargne aucun de ses symptômes. On l'imagine, à lire ce qui fait habituellement ses repas. Il joue de la musique à tout propos : flageolet, basse de viole, théorbe, cistre... Il compose aussi. Samuel Pepys est un homme heureux.
S'il s'est essayé à d'autres oeuvres (une histoire de la Marine), ce fut pourtant sans succès, et même sans talent. Ce qu'il reste de Samuel Pepys, ce n'est pas l'homme public, dont L Histoire ne garde qu'une trace modeste, ce n'est pas le bibliophile, qui a pourtant légué un fonds précieux de 3000 volumes au Magdalene College de Cambridge, c'est son journal, qui lui ouvrira fort tard, et par accident, les portes de la littérature, au bénéfice de sa confondante sincérité, un peu comme celle de Montaigne (qu'il lit) et, un siècle plus tard, celle des Confessions de Rousseau, qu'il préfigure.
"Pepys, dans son journal est l'homme même, tout cru - donc très surprenant et très drôle. le paradoxe de l'excentricité, c'est quelle est le parfait naturel." écrit justement de lui Jean-Louis Curtis dans l'introduction à son" Journal".

Lien : http://diacritiques.blogspot..
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Woland
  03 mai 2014
Traduction : Renée Villoteau
Préface : Jean-Louis Curtis
ISBN : 9782715202146

Rien ne prédisposait Samuel Pepys, fils d'un tailleur et d'une blanchisseuse, à devenir le diariste que les historiens se garderaient bien de contourner lorsqu'ils veulent s'offrir un point de vue pour ainsi dire complet sur l'Angleterre des années 1660. Et pourtant, même si vous n'êtes pas historien mais si vous vous intéressez un tant soit peu au règne de Charles II et à la Grande-Bretagne de cette époque, fatalement, vous finirez par tomber sur Pepys et son invraisemblable "Journal."
Attention ! "Invraisemblable" ne signifie pas ici que Pepys raconte tout et n'importe quoi - bien qu'il y note certains détails sur Louis XIV et ses premières favorites qui eussent fait aimablement se gausser notre Saint-Simon national. Non, en fait, ce "Journal" est pour nous "invraisemblable" parce que nous avons bien cru n'en voir jamais la fin - et ceci bien que nous n'ayons eu en mains que l'édition du Mercure de France et non celle, deux fois plus imposante, parue dans la collection Bouquins, dans un coffret de deux volumes.
Non que ce que nous conte Pepys soit inintéressant ou dépourvu de réel intérêt historique. Mais, du début jusqu'à la fin de ce texte surprenant, règne un narcissisme que, jusqu'ici, nous n'avions rencontré que ... chez Anaïs Nin - c'est vous dire . Plus terre à terre - parfois trop : je vous laisse découvrir l'étrange composition des lavements dont usaient en ce temps-là les Britanniques et que l'auteur nous décrit avec les plus minutieux détails - Pepys use, heureusement pour lui, d'un langage moins éthéré et bien entendu moins freudien que la belle et volage Anaïs. Et puis, c'est un homme : alors, s'il parle sexe - tout comme Nin d'ailleurs, dont c'est LE sujet favori - c'est en des termes ... euh ... disons, un peu moins choisis mais qui ne laissent pas grand chose à l'imagination. C'est même un homme très sensuel qui, bien que marié à une femme qui l'enchante (enfin, c'est ce qu'il prétend), ne rate jamais une occasion de la tromper, jusque et y compris avec sa propre dame de compagnie.
De son propre aveu, Pepys ne destinait pas ces pages à la publication. Pour les écrire, il utilise d'ailleurs une sorte de sténographie ou de code. En ce qui concerne ses frasques sexuelles, il prend aussi la précaution de les rédiger non seulement en code mais en mélangeant l'anglais, le français, l'allemand et le latin, voire un peu d'italien et d'espagnol. Tout à coup, dans le texte, ces phrases "taboues" nous sautent aux yeux et nous les déchiffrons, bouche bée, avant de les relire en nous moquant plus ou moins du mélange de ruse et de naïveté qui les caractérise. Il y a du personnage de Molière chez Samuel Pepys, un hybride de Chrysalde et de Monsieur Jourdain qui réjouit et exaspère tour à tour.
Avec ça, noyées dans tout ce fatras égocentrique qui, malheureusement, n'atteint pas à la hauteur, si échevelée qu'elle soit, d'un Chateaubriand, des pages très belles, très fouillées et confondantes de sincérité et d'humanité sur l'épidémie de peste qui sévit dans la capitale anglaise en 1665 et qui fut suivie, l'année suivante, du fameux "Grand Incendie" qui, certes, épura la ville mais au prix de combien de malheureux jetés à la rue dans le plus grand dénuement.
En résumé, un ouvrage à recommander aux seuls amateurs de journaux intimes sur fond historique. Mais un ouvrage qui, tour à tour, choque, intrigue, ennuie, fascine, fait sombrer dans la torpeur, rappelle à la vie par une pointe aussi brusque qu'étonnante, émeut, fait crier au mufle et à l'imbécile, attendrit aussi et restitue le portrait, peint de main de maître, d'un narcissique de haute volée qui, au moins, chercha à dépasser ce qu'il sentait bien être un défaut difficilement pardonnable à un homme honnête. Ce que Samuel Pepys se voulait avant tout. ;o)
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Korat
  29 décembre 2020
Ce journal a la particularité d'avoir été codé, ce qui pourrait constituer un gage de sincérité et de bonne foi. C'est oublier qu'on se ment parfois d'abord à soi-même.
Le scripteur nous fait vivre des événements historiques de l'Angleterre du XVIIe siècle (la restauration après l'ère Cromwell, la peste, le grand incendie de 1666 ...). Mais il nous fait savourer aussi la vie quotidienne : dans les auberges, à la cour, aux eaux d'Epsom, à bord des navires. On découvre une belle variété de bières aromatisées, qu'on boit du matin au soir (mention spéciale à la coutume de la "pinte matinale" ; et à la "lambswool" : bière + compote de pomme).
On suit un personnage issu d'un milieu artisan-bourgeois, orgueilleux (son premier costume en velours ! son premier costume en soie ! sa première perruque ! ...avec des lentes, malheureusement ...) ; hypocrite ; violent à l'occasion (il bat à coups de canne son petit valet). Très croyant, il est aussi doté d'un tempérament jouisseur, d'où des conflits entre ses "voeux" de tempérance, chasteté, sérieux, et son amour frivole de la musique, du théâtre, et surtout son attirance pour les femmes (mais qu'on se rassure : il décrit ses écarts en charabia volontaire, et se met à l'amende ...). Haut fonctionnaire chargé de la marine, il est à la fois cupide et très sérieux dans son travail.
Bien à l'abri sous son code, il se met à nu. Lors d'un savoureux épisode, il se rend au baptême de son filleul, mais constate qu'on n'a pas donné son prénom à l'enfant : il remporte l'argenterie qu'il avait apportée en cadeau. A la fin de l'épidémie de peste, il fait le compte de morts, puis remercie Dieu pour cette année qui lui a permis de s'enrichir.
C'est très drôle, parfois exaspérant, étonnant, et bien écrit.

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moravia
  24 février 2013
Un voyage dans le temps.
Magnifique !
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   03 mai 2014
[...] ... 2 septembre [1666] (Jour du Seigneur). - Nos servantes avaient veillé tard la nuit dernière pour les préparatifs de notre festin d'aujourd'hui. Vers trois heures du matin, Jane vint nous appeler pour nous dire qu'on voyait un grand incendie dans la Cité. Je me levai pour aller à la fenêtre. Je jugeai que c'était au plus loin à Mark Lane, trop loin tout de même pour être dangereux, à mon avis, aussi je me recouchai et me rendormis. Vers sept heures, en me levant pour m'habiller, je vis que l'incendie s'était calmé et semblait s'être éloigné. Aussi je commençai à mettre de l'ordre dans mon cabinet qu'on avait nettoyé à fond hier. Bientôt Jane vint me dire que plus de trois-cents maisons avaient brûlé cette nuit et que le feu continuait près du Pont de Londres. Je m'apprêtai et me rendit à la Tour. De là-haut, je vis les maisons de ce côté du pont toutes en flammes et un immense incendie s'étendant au-delà. Je redescendis, tout bouleversé, trouver le lieutenant de la Tour qui me raconta que cela avait commencé ce matin chez le boulanger du Roi, dans Pudding Lane, et que l'église Saint-Magnus était déjà détruite. Descendu au quai, je pris une barque et passai sous le pont. Là, j'assistai à des scènes lamentables. Les gens tentaient de sauver leurs biens, les lançaient sur les quais ou les entassaient dans des barques. De pauvres pigeons, ne se décidant pas à quitter leurs maisons, voletaient autour des fenêtres et des balcons jusqu'au moment où ils tombaient, les ailes roussies. Au bout d'une heure, je vis que le feu faisait rage dans toutes les directions et que personne, autant que je pouvais m'en rendre compte, n'essayait de l'éteindre. Les gens ne pensaient qu'à mettre leurs affaires à l'abri et laissaient ensuite brûler les maisons. Le vent, très violent, poussait l'incendie vers la Cité. Après une si longue sécheresse, tout était combustible, même les pierres des églises. Je me suis alors rendu à Whitehall au cabinet du Roi [= Charles II]. On s'empressa autour de moi et le récit que je fis consterna chacun. La nouvelle en fut portée au Roi. On me fit appeler. Je racontai au Roi et au duc d'York [= frère de Charles II et futur Jacques II] ce que j'avais vu, affirmant que si Sa Majesté n'ordonnait pas d'abattre les maisons, rien ne pourrait arrêter l'incendie. Ils parurent fort émus. Le Roi me chargea d'aller trouver de sa part le lord-maire pour lui transmettre l'ordre d'abattre les maisons au-devant de l'incendie dans toutes les directions. Le duc d'York ajouta qu'on fournirait au lord-maire tous les soldats dont il aurait besoin. Je rencontrai le capitaine Cocke qui me prêta son carrosse pour aller à Saint-Paul. Là je suivis Watling Street encombrée de gens qui tous arrivaient chargés d'objets : il y avait même des malades qu'on emportait dans leur lit. A la fin, je rencontrai le lord-maire, l'air exténué, un mouchoir autour du cou. Quand je lui transmis le message du Roi, il gémit comme une femme prête à tomber en pâmoison : "Mon Dieu, que puis-je faire ? Je suis épuisé. On ne m'obéit pas. J'ai bien fait abattre des maisons mais le feu nous gagne de vitesse." Il ajouta qu'il avait besoin de troupes de renfort et que, quant à lui, il lui fallait prendre du repos, car il était resté debout toute la nuit. Il partit de son côté et moi du mien. Les gens étaient comme fous. On n'essayait en aucune façon d'éteindre le feu. D'ailleurs les maisons sont très rapprochées dans ce quartier et pleines de matières combustibles, comme la poix et le goudron, sans compter les magasins d'huile, d'eau-de-vie, de vin, le long de la Tamise. Les églises étaient encombrées d'objets par des gens qui auraient dû, en ce moment, y écouter paisiblement le service. Il était bientôt midi et je revins chez moi pour y recevoir mes invités : Mr Moone et Mr Wood avec sa femme Barbara, fort élégante. Mr Moone était venu pour voir mon cabinet de travail qu'il désirait depuis longtemps admirer. Malheureusement, nous étions tous bouleversés par l'incendie, ne sachant qu'en penser. Pourtant le repas fut magnifique et la compagnie aussi joyeuse qu'on pouvait l'être en pareille circonstance. Aussitôt après le dîner je suis sorti avec Moone et nous avons traversé la Cité à pied. Les rues étaient toujours encombrées de gens, de chevaux, de voitures chargées. On déménageait maintenant les maisons de Canning Street où ce matin on était venu mettre des affaires à l'abri. Au quai de Saint-Paul je pris une barque pour aller voir le feu qui avait encore gagné du terrain et ne semblait pas près de s'éteindre. Rencontré le Roi avec le duc d'York, en bateau ; je les accompagnai un moment. Ils avaient donné l'ordre d'abattre les maisons au plus vite, mais on ne pouvait pas faire grand chose, tant le feu se propageait rapidement. On avait bon espoir de l'arrêter en amont et en aval du pont, mais le vent le chassait à travers la Cité. ... [...]
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pierre31pierre31   12 novembre 2020
Entre autres propos intéressants, on a parlé de sir Jerome Bowes, ambassadeur de la reine Elisabeth auprès de l’empereur de Russie. Un jour que deux nobles russes avaient voulu passer devant lui dans l'escalier qui conduisait aux appartements de l’empereur il refusa de le monter à son tour, tant que l’empereur n'eut pas donné l'ordre de traîner les deux hommes du haut en bas des degrés, leur tête cognant à chaque marche jusqu'à ce que mort s'ensuive. Quand il eut enfin monté on lui réclama son épée avant de le laisser pénétrer dans la salle. Il répondit que, puisqu'on voulait son épée, on aurait aussi ses bottes. Il fit donc tirer ses bottes et envoya chercher sa robe de chambre, son bonnet de nuit et ses pantoufles, il fit attendre l'empereur jusqu'à ce qu'il pût se présenter devant lui en costume de nuit puisqu'on ne lui permettait pas de s'y rendre vêtu en soldat. Enfin, comme l'empereur, par dérision et pour lui prouver son pouvoir sur ses sujets, ordonnait à l'un d'eux de sauter par la fenêtre — et il se rompt le cou sous les yeux de notre ambassadeur — celui-ci expliqua que sa maîtresse faisait plus de cas et meilleur usage du cou de ses sujets; il ajouta que, pour montrer ce que ses sujets étaient capables de faire pour elle il allait — ce qu'il fit — jeter le gantelet devant l'empereur, et il défia tous les nobles présents de venir le ramasser, pour être champion de l'empereur contre la reine. C'est pourquoi, même encore de nos jours, le nom de sir Jerome Bowes est célèbre et honoré là-bas.
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pierre31pierre31   19 novembre 2020
Nous étions très gais et, quand les femmes quittèrent la table, je les suivis. J'étais le seul homme avec elles. Je me suis mis à leur raconter que je n'avais pas d'enfant et à leur demander des conseils là-dessus. Librement et joyeusement, elles m'énoncèrent ces dix préceptes :

1) Ne pas serrer ma femme trop fort ni trop longtemps.
2) Ne pas prendre de repas tard dans la nuit.
3) Boire du jus de sauge.
4) Aussi du vin d'Alicante avec des rôties.
5) Porter de légers caleçons en toile de Hollande.
6) Se tenir l’estomac chaud et le dos frais.
7) Quand à savoir s'il valait mieux faire l'amour le soir ou le matin, elles me répondirent : « Pas plus l'un que l'autre, mais seulement quand on en a envie. »
8) Ma femme ne doit pas se lacer trop serré.
9) Il me faut boire du mum* au sucre.
10) Changer de place, c'est-à-dire coucher la tête au pied du lit, ou du moins faire le lit haut au pied et bas à la tête.

* Bière brassée avec du froment et des épices.
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EffeLouEffeLou   23 octobre 2014
" 1660
Grâce à Dieu, à la fin de l'année qui vient de s'écouler, je me trouve en excellent santé, sans la moindre trace de mon ancienne douleur, sauf quand je prends froid. J'habite Axe Yard avec ma femme, ma servante Jane, et point d'autre famille que nous trois. Ma femme m'avait donné des espérances de paternité, mais le premier jour de l'année elle a eu ses règles.
Voici où en sont les affaires de l'Etat. Le Parlement croupion, qui avait été dissous, siège à nouveau. Monk est en Ecosse avec son armée. Les nouveaux conseillers municipaux de la Cité parlent très haut. Ils ont envoyé leur porte-épée à Monk pour lui faire connaître leur désir d'un Parlement libre, ce qui est pour le moment l'espoir et la volonté de tous.
Quant à ma situation personnelle, elle est belle et l'on me croit riche. A la vérité je suis pauvre: je n'ai d'autre fortune que mes meubles et mes objets, avec les ressources de mon poste, qui sont bien incertaines pour le moment. C'est M. Downing qui dirige mon bureau."
p 27
+ Lire la suite
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EffeLouEffeLou   23 octobre 2014
"
1666
3 janvier, - Chez le duc d'Albermale j'ai la joie d'apprendre que le nombre des victimes de la peste est tombé cette semaine à soixante-dix. Rentré chez moi, je trouvai la compagnie que j'avais invitée, Coleman et sa femme, Mme Knepp et son grincheux de mari. Nous avons fait de la bonne musique. Entre autres chose Mme Colemn chanta l'air que j'ai écrit sur les paroles de 'Beauté, retirez-vous'. Je le crois fort réussi et tous m'en firent de grandes louanges. Ensuite nous avons dansé, puis soupé. Nous nous sommes beaucoup amusés jusqu'à l'arrivée de M. Rolt. Il avait une rage de dents, si bien qu'au lieu de nous apporter de l'agrément, sa présence gâta notre plaisir. Lui parti, ma femme se it aussi à avoir mal aux dents et alla se coucher. On se sépara après une dernière chanson et ensuite au lit."
p 319
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