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Anne Damour (Traducteur)
ISBN : 2743604689
Éditeur : Payot et Rivages (31/03/1999)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 118 notes)
Résumé :
Quoyle est un journaleux malchanceux et désespéré qui vit et travaille près de New York. Après la mort de sa femme, une jolie garce qui n'a cessé de le tromper, il met le cap sur Terre-Neuve, le pays de ses ancêtres. Avec ses deux filles assez perturbées et une vieille tante à la remorque, Quoyle se retrouve au bout du monde, journaliste pour un canard local dans un univers dur, où tout semble ballotté par les vagues et secoué par le vent. Noeuds et dénouement est u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
gouelan
  24 avril 2018
Dans la vie il y a des nœuds et des dénouements .
Au fil des nœuds qui étranglent son bonheur, Quoyle, balourd au grand cœur, vogue sur la vie balloté par les flots. Sa barque prend souvent l'eau, sa maison arrimée au rocher de Terre-Neuve, tout comme les souvenirs de ses ancêtres, s'accroche contre vents et marées.
Et puis un jour, ce journaliste du hasard, papa poule à la dérive, s'accroche à une bouée, celle du bonheur simple.
Un voyage à Terre-Neuve à la rencontre des pêcheurs qui perdent parfois le nord mais savent récolter dans leurs filets l'essentiel de la vie. On déguste les homards et la morue, on se serre les coudes, on passe du rire aux larmes, comme du soleil à la tempête de neige. Les hommes et les femmes de là-bas sont bruts et entiers, ils parlent la poésie de la mer ; salée, sauvage, grise, lumineuse, imprévisible et farceuse.
Une lecture qui fait parfois sourire, pleine de tendresse et de poésie. Des mots comme de jolis galets, des dentelles de nuages et de vagues qui nous font prendre le large.
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Merik
  05 juin 2017
C'est peut-être à cause de son menton proéminent que Quoyle a du mal à entrer dans sa vie. Bringuebalé de petits boulots en petits boulots, père de deux fillettes turbulentes, cocufié plus que de raison par une femme pour le moins frivole, Quoyle a l'allure du anti-héros parfait. Mais un accident de voiture va accélérer les choses. Sa femme y succombe avec son amant du jour, et voilà Quoyle sur les pas de sa tante, de retour sur les terres tempétueuses de leurs ancêtres à Terre-Neuve. Une baie surnommée la « baie du Balourd » par les autochtones y porte même son nom. Bienvenue chez lui.
Petit à petit, notre anti-héros va cependant prendre de l'épaisseur, et naître enfin à la vie.

Il flotte dans ce roman un air d'optimisme et de possible, agrémenté de drôlerie. L'écriture minimaliste d'Annie Proulx m'a accroché sans en avoir l'air, pour ne plus me lâcher. L'ambiance tumultueuse de Terre-Neuve y est décrite à merveille, les personnages (surtout ceux de l'Eider cancaneur », journal local où Quoyle travaille) sont truculents. C'est le sourire aux lèvres et les yeux rougis par la fatigue que j'ai quitté ce petit monde page 482, la dernière.
(prix pullitzer 94)
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bilodoh
  29 janvier 2018
Terre-Neuve, un lieu de pêche depuis le temps des Vikings, un roman de dépaysement, mais surtout un roman très humain.
C'est l'histoire d'un antihéros, Quoyle, un gros homme pas très beau, qui s'est laissé manipuler par le grand amour de sa vie qui est morte avec son amant en lui laissant deux filles. Quoyle quitte la Nouvelle-Angleterre pour Terre-Neuve d'où proviennent ses ancêtres. Il y gagnera sa vie en écrivant dans le journal local et il apprendra tout sur les bateaux, la pêche traditionnelle et un peu de l'histoire de l'île.
Terre-Neuve, c'est une très grande île, au large du Labrador, une terre de roche, aride, battue par les vents. C'est un lieu aussi peu paradisiaque qu'il peut l'être, mais où des gens se sont accrochés, des pêcheurs têtus qui ont survécu malgré tout, mais dont le mode de vie est menacé.
Écrit en 1993 par une Américaine aux racines francophones, ce livre a gagné le Prix Pulitzer et le National Book Award. Il a aussi été adapté au cinéma.
Pour moi, un bon roman, c'est un récit qui m'emporte ailleurs et là, lorsque j'ai levé les yeux de mon livre, j'ai été désorientée, surprise de ne pas voir la mer et ses embruns glacés.
Une bien belle lecture!
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Allantvers
  02 octobre 2017
Des noeuds, encore des noeuds, et des dénouements. C'est bien de cela dont il s'agit dans ce roman qui déroule la vie de Quoyle, un colosse malhabile et peu doué pour la vie que l'on rencontre noué de partout – ligoté dans son corps prison, son infirmité sociale, sa douleur d'amant abandonné – et qui peu à peu se délie, se défait des liens qui doucement, à chaque petit événement positif de sa nouvelle vie à Terre-Neuve, se desserrent et tombent un à un.
Voilà un de ces romans qui, bien qu'on l'aborde la gorge serrée tant les premières pages baignent dans un désespoir glauque, donne envie de changer de vie. Ou à tout le moins redonne le sourire et l'espoir que tout est possible pour redémarrer une vie nouvelle après et malgré l'adversité.
Cette sensation lumineuse et paisible est pourtant en contraste avec l'environnement hostile de Tette-Neuve où Quoyle, poussé par sa tante, vient s'établir, l'histoire lourde et violente du lieu (avec en point d'orgue l'épisode vrai et terrible des petits orphelins anglais envoyés en esclavage dans les fermes canadiennes), la déliquescence économique avec les destructions de l'industrie pétrolière comme seul horizon.
Mais c'est tout le talent magique de l'auteure que de montrer qu'à mesure que Quoyle prend vie et se raffermit, l'hostilité du lieu disparait au profit de paysages impétueux et vivifiants, de visages amis attablés devant un «calamburger » dans un rade un peu cradingue mais chaleureux, celui enfin d'une femme qui peut-être, pourrait…
Une petite merveille que ce livre, fragile comme un roc et brûlante comme un iceberg, doublement couronnée du Pulitzer et du National Book Award, à déguster un soir d'hiver pour retrouver la lumière.
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mumuboc
  25 mai 2019
J'ai choisi de lire ce livre car je me souviens avoir écouté une émission à la radio où une lecture de ce roman était faite et j'avais été très touchée par la puissance de ce texte. J'ai ensuite lu dans America N° 5 consacré à l'Amérique Sauvage, un articled'Annie Proulx qui avait confirmé mon envie de la découvrir, elle, qualifiée comme une des grandes écrivaines de la littérature américaine et dont le nom est très peu cité.
Terre-Neuve, vie neuve, territoire entre ciel et mer, terre de caractère, exigeante et rude mais terre de résurrection pour Quoyle.
Un quoyle est, comme décrit par Clifford W. Aschley dans le grand livre des Noeuds? livre-référence du roman, une galette de cordage enroulée et posée à plat sur laquelle on peut marcher. Une grande partie des chapitres de ce roman, couronné par le prix Pulitzer en 1994, commence par la description d'un noeud de marine : comment le faire et son utilisation. Ces noeuds correspondent aux étapes de la vie de Quoyle, celle qu'il se construit, petit à petit sur la terre de ses ancêtres où il espère trouver un nouveau départ avec sa tante et ses filles Bunny et Sunshine après le décès de Petal sa femme.
Annie Proulx a une écriture bien particulière, sèche, saccadée, faite de phrases courtes comme des énumérations lorsqu'il s'agit de décrire les paysages, les sensations, les faits. J'ai été un peu déroutée par ce style au début mais comme l'histoire de cet homme malmené par la vie, qui n'est pas sans me rappeler certains personnages de romans de Steinbeck par exemple, m'a touchée, émue, tellement malmené dès les premières pages, j'ai poursuivi ma lecture. Et bien m'en a pris, car au-delà de cette reconstruction humaine, c'est dans un voyage au Canada, à Terre Neuve qu'Annie Proulx nous convie.
Ce territoire elle le connaît, elle y vit une partie de l'année ce qui explique la richesse des descriptions, l'attachement qui transpire entre les lignes, l'évocation des ravages du monde moderne sur la nature, les hommes et la faune, sur le désespoir de certains de devoir partir pour ne jamais revenir.
Il y a des drames, il y a parfois des situations cocasses, il y a des joies, des silences, des haines tenaces, les secrets du passé jamais révélés qui refont surface mais aussi des solidarités car comme dans toute région soumise aux soubresauts et aux caprices du temps, les habitants, sous des dehors assez rugueux, font preuve d'humanité.
La vie est faite de noeuds, plus ou moins complexes, qui construisent, qui étranglent parfois mais dont le dénouement permet de grandir, de trouver les réponses aux questionnements pour trouver la paix.
C'est la quête de Quoyle, lui le doux, le naïf, le gentil, observateur mais n'ayant pas toujours les réponses à ses questionnements, lui le timide, le réservé, lui qui prend la vie comme elle se présente, heureux de ce qu'elle lui donne de positif et au fil des étapes, des noeuds qui se dénouent, il prend de l'assurance, il prend sa vie en mains.
C'est l'histoire d'une renaissance dans cette maison verte du bout du monde qui ne tient debout par on ne sait quel miracle. à Cap Quoyle, au gré des rencontres, au gré des coups de vent, des rudesses de cette terre et de la mer, subissant parfois les caprices de la nature, mais dont on peut ressortir grandi, plus fort. C'est l'histoire des amitiés qui vont se nouer, d'un amour avec celle qui, comme lui, a enduré en silence souffrances et humiliations. Elle lui montrera le chemin qui le mènera à comprendre ses enfants, à décrypter leurs messages, à l'aimer et à s'accepter.
Comment ne pas être touchée par cet homme au grand coeur qui va trouver le chemin pour devenir le père qu'il ne savait pas être, pour devenir le journaliste d'une petite gazette l'Eider Cancaneur, passant des faits divers maritimes à un rôle de rédacteur en chef, prenant de l'assurance, acteur au lieu de victime, qui va découvrir des secrets bien cachés comme souvent ils le sont dans des régions où l'urgence n'est pas de s'attarder sur ses souffrances mais de tenir, de survivre.
Et des souffrances il y en a comme partout ailleurs mais ramenés à l'échelle d'une île, isolée : pédophilie, abus sexuels, folie, Annie Proulx passe en revue toutes les misères humaines mais aussi une étude des désastres qui touchent la nature et en particulier la pêche.
On pourrait penser que c'est une histoire triste alors que c'est un roman plein de poésie, de tendresse et d'amour. Rien n'est joué, tout peut se reconstruire. Quoyle fait partie de cette humanité des laissés pour compte, jugés sur leur apparence mais qui vont saisir, parfois sans le savoir, le bon cordage, vont s'y accrocher, vont résister aux tempêtes et savoir écouter ceux qui l'aiment pour ce qu'il est.
Au final c'est roman d'espérance, une sorte de documentaire riche en détails sur la vie des terre neuviens. Annie Proulx est souvent comparée à John Steinbeck et William Faulkner et c'est vrai que son style, mêlant l'histoire des déshérités, des abîmés par la vie, à celle de l'environnement de son pays, est proche des thèmes de ces deux auteurs.
C'est une lecture exigeante, qui demande une certaine attention, qui allie les éléments humains et environnementaux et nous embarque pour un voyage sur une terre canadienne peu évoquée, où la vie est rude, où les âmes vivent, aiment, souffrent, peuvent sombrer où devenir plus fortes. Car sur ces terres battues par les vents et les vagues, les natures humaines sont mises à nue et les plus forts survivent et parfois ressuscitent.
Il y a tout un panel de « petites histoires » parfois comiques, parfois tragiques, comme les faits divers qui remplissent les pages de la gazette où travaille Quoyle, où les orientations d'un journal peuvent se prendre tout en pêchant. Ce sont des personnages au fort tempérament dont les visages sont marqués par les épreuves, le climat et le regard toujours porté sur le temps à venir.
C'est en tout cas une belle découverte d'une auteure, d'un style, une construction originale qui rejoint tous ces écrivains « nature writing » comme Pete Fromm, Jim Fergus, Henry Thoreau, David Vann, Jean Hegland, Jim Harrison etc… (pour ceux que je connais? que j'ai lu ou dans ma PAL).
"Car si Jack Buggit avait pu sortir de son bocal de cornichons, si un oiseau au cou brisé avait pu s'envoler, que restait-il d'impossible ? Pourquoi l'eau ne pourrait-elle être plus vieille que la lumière, les diamants jaillir du sang chaud d'une chèvre, le sommet des montagnes cracher un feu glacé, des forêts pousser au milieu de l'océan ? Il arrive que l'on attrape un crabe avec l'ombre d'une main, que l'on retienne le vent du soir avec un bout de ficelle noué.
Et il se peut parfois qu'un amour existe sans chagrin ni souffrance. (p466)"
Un film est sorti en 2001 adapté de ce roman, Terre-Neuve, avec Kevin Spacey et Julianne Moore que j'espère voir un jour
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   25 avril 2018
Bunny courut jusqu'à la maison, le pouce et l'index serrés l'un contre l'autre.
"Tante, le ciel est la plus grande chose du monde. Devine quelle est la plus petite ?
- Je ne sais pas, mon petit chou. Qu'est-ce que c'est ?
- Ça." Et elle tendit son doigt pour montrer un minuscule grain de sable.
- Je veux voir." Sunshine se précipita et la particule de sable s'envola dans un souffle.
"Non, non, non, dit la tante, arrêtant le poing fermé de Bunny. Il y en a des milliers d'autres. Il y a du sable pour tout le monde."
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WolandWoland   17 mars 2009
[...] ... Combien étaient venus ici, appuyés comme elle au bastingage ? Contemplant ce rocher au milieu de la mer. Vikings, Basques, Français, Anglais, Espagnols, Portugais. Attirés par la morue, depuis les jours lointains où les multitudes de poissons ralentissaient les navires dans leur course vers les îles aux Epices, dans leur quête des cités de l'or. La vigie rêvait de pingouin rôti ou de baies sucrées dans des corbeilles d'herbes tressées, sans rien voir d'autre que le bouillonnement des vagues, les lumières clignotant le long des rambardes. Les seules villes étaient de glace, icebergs au coeur d'aigue-marine, pierres bleues enfouies au creux de gemmes immaculées dont certains disaient qu'elles exhalaient un parfum d'amande. Enfant, elle en avait senti l'amertume.

Les éclaireurs partis à terre revenaient à bord couverts de piqûres d'insectes. De l'eau, rien que de l'eau, disaient-ils, des tourbières, des marécages, des rivières, des chapelets d'étangs peuplés de criaillements d'oiseaux. Les bateaux poursuivaient leur route, raclant le fond au détour des caps. Et les vigies distinguaient des caribous qui s'enfonçaient dans la brume. ... [...]
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WolandWoland   17 mars 2009
[...] ... Vers minuit, le vent souffla plein ouest et il entendit sa plainte se transformer en hurlement, un vent terrible dans le catalogue des vents. Un vent qui se rapprochait du Vent bleu du nord, du Blaast glacial et du Landlash. Un cousin du Bull's Eye, toujours annoncé par un petit nuage au centre rougeâtre, la belle-mère du Vinds-gnyr des sagas norvégiennes, des nordets qui soufflent trois jours durant sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Un oncle du Williwaw de l'Alaska, et du Doinionn sauvage d'Irlande. La demi-soeur du Koshava, chargée des neiges russes qu'elle pousse à l'assaut des plaines yougoslaves, du Steppenwind, et du violent Buran des steppes infinies de l'Asie centrale, du Crivetz, des Viugas et des Purgas de Sibérie, et du féroce Myatel qui balaie la Russie du nord. Un frère de sang du Blizzard de la prairie, de cette clameur venue de l'Arctique canadien connue simplement sous le nom de Vent du nord, et du Pittarak qui fait fumer la banquise du Groenland. Un vent abominable, tranchant comme une lame d'acier. ... [...]
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gouelangouelan   22 avril 2018
Il prit l'habitude de tourner autour de la caravane en disant à voix haute : "Qui sait ?" Il disait : "Qui sait ?" Car personne ne savait. Ce qui voulait dire : Tout peut arriver.
une pièce de monnaie qui tourne en équilibre sur la tranche peut tomber d'un côté ou de l'autre.
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bilodohbilodoh   29 janvier 2018
Je t’accorde qu’elle est différente, on pourrait dire un peu étrange parfois, mais tu sais, nous sommes tous différents, même si nous prétendons le contraire. Nous sommes tous étranges au fond. Nous apprenons à dissimuler notre différence en vieillissant.

(Rivages, p. 160)
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