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Anne Damour (Traducteur)
ISBN : 2743604689
Éditeur : Payot et Rivages (31/03/1999)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 93 notes)
Résumé :

Quoyle est un ballot que la vie a piétiné. Petit journaliste dans une feuille des environs de Boston, il s'est marié à une harpie qui finira par le quitter, non sans avoir tenté de vendre leurs deux filles à un pédophile. A la mort de sa femme, il s'exile, le cœur brisé, avec ses filles et sa tante, au pays de ses ancêtres, Terre-Neuve. Peu à peu, il rebâtit sa vie comme une maison en ruine battu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  05 juin 2017
C'est peut-être à cause de son menton proéminent que Quoyle a du mal à entrer dans sa vie. Bringuebalé de petits boulots en petits boulots, père de deux fillettes turbulentes, cocufié plus que de raison par une femme pour le moins frivole, Quoyle a l'allure du anti-héros parfait. Mais un accident de voiture va accélérer les choses. Sa femme y succombe avec son amant du jour, et voilà Quoyle sur les pas de sa tante, de retour sur les terres tempétueuses de leurs ancêtres à Terre-Neuve. Une baie surnommée la « baie du Balourd » par les autochtones y porte même son nom. Bienvenue chez lui.
Petit à petit, notre anti-héros va cependant prendre de l'épaisseur, et naître enfin à la vie.

Il flotte dans ce roman un air d'optimisme et de possible, agrémenté de drôlerie. L'écriture minimaliste d'Annie Proulx m'a accroché sans en avoir l'air, pour ne plus me lâcher. L'ambiance tumultueuse de Terre-Neuve y est décrite à merveille, les personnages (surtout ceux de l'Eider cancaneur », journal local où Quoyle travaille) sont truculents. C'est le sourire aux lèvres et les yeux rougis par la fatigue que j'ai quitté ce petit monde page 482, la dernière.
(prix pullitzer 94)
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bilodoh
  29 janvier 2018
Terre-Neuve, un lieu de pêche depuis le temps des Vikings, un roman de dépaysement, mais surtout un roman très humain.
C'est l'histoire d'un antihéros, Quoyle, un gros homme pas très beau, qui s'est laissé manipuler par le grand amour de sa vie qui est morte avec son amant en lui laissant deux filles. Quoyle quitte la Nouvelle-Angleterre pour Terre-Neuve d'où proviennent ses ancêtres. Il y gagnera sa vie en écrivant dans le journal local et il apprendra tout sur les bateaux, la pêche traditionnelle et un peu de l'histoire de l'île.
Terre-Neuve, c'est une très grande île, au large du Labrador, une terre de roche, aride, battue par les vents. C'est un lieu aussi peu paradisiaque qu'il peut l'être, mais où des gens se sont accrochés, des pêcheurs têtus qui ont survécu malgré tout, mais dont le mode de vie est menacé.
Écrit en 1993 par une Américaine aux racines francophones, ce livre a gagné le Prix Pulitzer et le National Book Award. Il a aussi été adapté au cinéma.
Pour moi, un bon roman, c'est un récit qui m'emporte ailleurs et là, lorsque j'ai levé les yeux de mon livre, j'ai été désorientée, surprise de ne pas voir la mer et ses embruns glacés.
Une bien belle lecture!
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Allantvers
  02 octobre 2017
Des noeuds, encore des noeuds, et des dénouements. C'est bien de cela dont il s'agit dans ce roman qui déroule la vie de Quoyle, un colosse malhabile et peu doué pour la vie que l'on rencontre noué de partout – ligoté dans son corps prison, son infirmité sociale, sa douleur d'amant abandonné – et qui peu à peu se délie, se défait des liens qui doucement, à chaque petit événement positif de sa nouvelle vie à Terre-Neuve, se desserrent et tombent un à un.
Voilà un de ces romans qui, bien qu'on l'aborde la gorge serrée tant les premières pages baignent dans un désespoir glauque, donne envie de changer de vie. Ou à tout le moins redonne le sourire et l'espoir que tout est possible pour redémarrer une vie nouvelle après et malgré l'adversité.
Cette sensation lumineuse et paisible est pourtant en contraste avec l'environnement hostile de Tette-Neuve où Quoyle, poussé par sa tante, vient s'établir, l'histoire lourde et violente du lieu (avec en point d'orgue l'épisode vrai et terrible des petits orphelins anglais envoyés en esclavage dans les fermes canadiennes), la déliquescence économique avec les destructions de l'industrie pétrolière comme seul horizon.
Mais c'est tout le talent magique de l'auteure que de montrer qu'à mesure que Quoyle prend vie et se raffermit, l'hostilité du lieu disparait au profit de paysages impétueux et vivifiants, de visages amis attablés devant un «calamburger » dans un rade un peu cradingue mais chaleureux, celui enfin d'une femme qui peut-être, pourrait…
Une petite merveille que ce livre, fragile comme un roc et brûlante comme un iceberg, doublement couronnée du Pulitzer et du National Book Award, à déguster un soir d'hiver pour retrouver la lumière.
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mosaique92
  25 janvier 2016
Je ne connais pas Terre-Neuve, mais, après avoir lu ce roman couronné par un prix Pulitzer, j'ai l'impression d'y avoir vécu…
Le début du livre (les 50 premières pages) se déroule dans une petite ville de l'état de New York : Quoyle, phobique au physique plutôt ingrat et à l'enfance traumatisante a épousé une garce dont il accepte toutes les humiliations ; comme il a toujours accepté celles de sa famille et de son entourage, des gens peu reluisants, à l'exception d'un collègue devenu un ami proche et un mentor. Un parcours qui ne prédispose pas à la confiance en soi (« Il survécut à son enfance… Il passa le cap de la trentaine, apprenant à dissocier ses sentiments de sa vie, sans rien en attendre ») !
Après la mort de sa femme et de ses parents, Quoyle se laisse convaincre par une tante qu'il connaissait peu de partir s'installer avec ses deux filles (perturbées par une mère indigne) sur la terre de ses ancêtres, Terre-Neuve… avec, bien sûr, la tante en question qui ne rêvait que de retour au pays de son enfance. Et là, au milieu d'une nature hostile mais grandiose et au sein d'une communauté d'hommes et de femmes rudes, peu raffinés mais ayant le sens de la solidarité ancré en eux, il va se révéler, petit à petit et non sans une multitude de difficultés et de péripéties, ce qu'il est vraiment : un père aimant et un homme bien capable d'inspirer respect, amitié et amour.
Le deuxième personnage principal de ce roman est Terre-Neuve, île de brume, de pluie, de vents, de neige, de tempêtes et de froid où la nature est reine ; la mer, source de vie et meurtrière ; les problèmes économiques qui poussent les autochtones à partir. La vie à Terre-Neuve est très dure et parfaitement imagée par le style simple, rude et sans fioritures de l’auteur ; style poétique également pour les descriptions de la nature (« La brume épaisse à la surface de l’eau brouillait la côte déchiquetée, des plaques rocheuses, comme des longues bandes de métal noir, amarraient la mer à la terre »).
Style original aussi : en introduction de chaque chapitre, l'auteur choisit un noeud de marine (dessin et commentaire) dont la signification ou l'usage illustre le contenu du chapitre qui suit...
‘'C'est un roman d'une poésie et d'une facétie réjouissantes, le sordide et le beau (…) y alternent pour former une communauté humaine imparfaite et terriblement attachante. Les histoires de ces pêcheurs, les naufrages, les sauvetages miraculeux, les crimes commis, tout y est fascinant. Il y a un prosaïsme revendiqué dans ce livre : non le grand amour n'est pas le lot commun mais être bien ensemble c'est déjà beaucoup, non il n'y a pas de véritables héros mais des hommes et des femmes qui peuvent être parfois héroïques et parfois lâches…'' (Laurence Legoupil – Libération).
En bref, un roman original non dénué de poésie, qui commence dans le désespoir et finit dans l'espoir (« Et il arrive parfois qu’un amour existe sans chagrin ni souffrance »).
A lire absolument.
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Peteplume
  04 juin 2017
Voilà un roman où il ne se passe rien d'autre que les choses de la vie assez ordinaire : on perd des proches, on cherche du travail, on élève ses enfants, on s'entr'aide entre voisins, on tombe en amour... Pas d'intrigue, ni de construction complexe pour tenir le lecteur en haleine et pourtant... j'avoue avoir eu hâte de tourner les pages, de lire chapitre après chapitre, de connaître mieux les personnages. Et je suis ainsi entrée petit à petit dans l'univers à la fois inhospitalier et sublime qu'est Terre-Neuve. J'ai lu le roman en français et j'ai apprécié l'écriture, ce qui laisse supposer un excellent travail de traduction. J'ai apprécié aussi, entre autres, de nombreux détails techniques, sur la pêche, sur la construction des bateaux ... et sur le matelotage. (L'édition que j'avais entre les mains n'est pas illustrée, ce qui est dommage. J'aurais aimé comprendre mieux la subtilité des noeuds décrits.)
De l'auteure elle-même, je ne connaissais rien mais j'avais vu le film Brokeback Mountain. Je retrouve la même clairvoyance, une honnêteté dans le propos qui me séduit.
Vous l'aurez compris, c'est un roman qui a su me toucher et qui me donne le goût de la connaître mieux.
En bref, c'est une lecture que je recommande sans réserve.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   17 mars 2009
[...] ... Combien étaient venus ici, appuyés comme elle au bastingage ? Contemplant ce rocher au milieu de la mer. Vikings, Basques, Français, Anglais, Espagnols, Portugais. Attirés par la morue, depuis les jours lointains où les multitudes de poissons ralentissaient les navires dans leur course vers les îles aux Epices, dans leur quête des cités de l'or. La vigie rêvait de pingouin rôti ou de baies sucrées dans des corbeilles d'herbes tressées, sans rien voir d'autre que le bouillonnement des vagues, les lumières clignotant le long des rambardes. Les seules villes étaient de glace, icebergs au coeur d'aigue-marine, pierres bleues enfouies au creux de gemmes immaculées dont certains disaient qu'elles exhalaient un parfum d'amande. Enfant, elle en avait senti l'amertume.

Les éclaireurs partis à terre revenaient à bord couverts de piqûres d'insectes. De l'eau, rien que de l'eau, disaient-ils, des tourbières, des marécages, des rivières, des chapelets d'étangs peuplés de criaillements d'oiseaux. Les bateaux poursuivaient leur route, raclant le fond au détour des caps. Et les vigies distinguaient des caribous qui s'enfonçaient dans la brume. ... [...]
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WolandWoland   17 mars 2009
[...] ... Vers minuit, le vent souffla plein ouest et il entendit sa plainte se transformer en hurlement, un vent terrible dans le catalogue des vents. Un vent qui se rapprochait du Vent bleu du nord, du Blaast glacial et du Landlash. Un cousin du Bull's Eye, toujours annoncé par un petit nuage au centre rougeâtre, la belle-mère du Vinds-gnyr des sagas norvégiennes, des nordets qui soufflent trois jours durant sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Un oncle du Williwaw de l'Alaska, et du Doinionn sauvage d'Irlande. La demi-soeur du Koshava, chargée des neiges russes qu'elle pousse à l'assaut des plaines yougoslaves, du Steppenwind, et du violent Buran des steppes infinies de l'Asie centrale, du Crivetz, des Viugas et des Purgas de Sibérie, et du féroce Myatel qui balaie la Russie du nord. Un frère de sang du Blizzard de la prairie, de cette clameur venue de l'Arctique canadien connue simplement sous le nom de Vent du nord, et du Pittarak qui fait fumer la banquise du Groenland. Un vent abominable, tranchant comme une lame d'acier. ... [...]
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bilodohbilodoh   29 janvier 2018
Je t’accorde qu’elle est différente, on pourrait dire un peu étrange parfois, mais tu sais, nous sommes tous différents, même si nous prétendons le contraire. Nous sommes tous étranges au fond. Nous apprenons à dissimuler notre différence en vieillissant.

(Rivages, p. 160)
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mosaique92mosaique92   25 janvier 2016
Une image lui traversa l’esprit. Et si l’amour ressemblait à un sac de bonbons offerts à la ronde, où l’on peut puiser plus d’une fois ? Il en est qui vous piquent la langue, d’autres évoquent les parfums de la nuit. Quelques-uns ont un goût amer, certains mêlent miel et poison, et d’autres encore sont en un instant avalés. Et parmi les bonbons à la menthe et les berlingots ordinaires, il en existe de plus rares ; un ou deux qui vous transpercent le cœur, un autre qui vous apporte calme et bien-être. Ses doigts se refermaient-ils aujourd’hui sur celui-là ?

(…)

Archie séparait toujours dans la vie les affaires d’hommes et les affaires de femmes. Un buffet vide et une assiette pleine étaient l’affaire de l’homme, un buffet plein et une assiette vide le problème de la femme.
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YiYi   31 octobre 2014
Et il se peut parfois qu’un amour existe sans chagrin ni souffrance.
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