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André Zavriew (Traducteur)
EAN : 9782246738411
192 pages
Grasset (20/05/2008)
3.65/5   43 notes
Résumé :
On connaît l’attachement d’Annie Proulx pour les populations rurales d’Amérique du Nord, les habitants isolés du Wyoming, contrée majestueuse mais âpre, harassée par les caprices du temps et de la terre mais aussi, au fil des années, par les transformations économiques. Ses personnages sont affectés par des forces qu’ils ne peuvent contrôler : ils appartiennent à des mondes où les valeurs changent et les traditions s’effondrent. Confrontés aux temps nouveaux, pris a... >Voir plus
Que lire après C'est très bien comme çaVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Wyoming : rien que le nom vous emmène vers tout un imaginaire fait de nature âpre et grandiose, de pionniers à la peine, de cowboys taciturnes et de stations essence au milieu de nulle part.

Ils sont durs au mal, les personnages d'Annie Proulx, qui les aime autant qu'elle les malmène au gré de vies faites de travail acharné, de pauvreté sans horizon et de relations familiales réduites à leur plus simple expression.

En une dizaine de nouvelles, l'immersion est totale et multidimensionnelle dans cet état du grand ouest américain où l'on rencontre un vieillard en maison de retraite ruminant un secret familial, des pionniers valeureux brisés par la brutalité du 19ème siècle finissant, un jeune couple épris de liberté dans une nature trop grande pour eux, et même le Diable lui-même que l'auteure met facétieusement en scène pour suggérer que si l'enfer est sur terre, c'est bien dans le Wyoming dévasté par les compagnies pétrolières et confis dans le conservatisme obtus de ses habitants qui, sous les coups du sort, continuent d'affirmer que "c'est très bien comme ça".

Très bon moment de lecture que cette plongée dans un ailleurs transcrit avec justesse et tendresse par l'une des voix les plus fines de la littérature américaine contemporaine.
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Il y a deux ans tout juste, je découvrais Annie Proulx.
Une rencontre fortuite, un livre pioché au hasard. Ce n'était pas Brokeback Mountain ni Noeuds et dénouements (ses deux plus grands succès, toujours pas lus à ce jour...), mais un petit recueil de nouvelles moins connu, intitulé "Mélodies du coeur".
Et j'avais vraiment aimé ça.

Alors deux ans plus tard, rebelotte ! Même déambulation dans la même médiathèque, et voilà que mes yeux s'arrêtent sur une belle couverture (deux magnifiques bisons) : c'est reparti pour un tour !
Encore l'Amérique profonde (cette fois principalement le Wyoming, ses vastes plateaux et ses montagnes Rocheuses, ses petites bourgades poussiéreuses et ses buissons d'armoise piqués aux versants des canyons).
Encore cette fluidité dans l'écriture, cette atmosphère si particulière, cette plume ciselée et ces paysages ruraux superbement décrits.
Encore des personnages nombreux, atypiques et terriblement romanesques, encore une collection de portraits criants de vérité. Des gens simples aux vies arides (cow-boys et chercheurs d'or, ranchers et pionniers, serveuses et randonneurs-vagabonds), animés des mêmes rêves d'avenir meilleur, soumis à des époques diverses aux mêmes entraves et aux mêmes aléas du destin, mais qui tous aspirent au bonheur.

Fainéant comme je suis, j'ai donc exhumé ma vieille critique sur "Mélodies du coeur", et j'ai lu qu'il y était déjà question de "textes bruts, âpres, sauvages", "d'histoires à la fois banales et tragiques", de "campagnes rudes où il ne se passe pas forcément grand chose [...] mais où des femmes et des hommes vivent, tout simplement". (Rha v'là que le mec s'auto-cite maintenant, on aura tout vu !)
Je me suis dit que ça collait pas mal et, l'époque étant au recyclage, que j'allais pouvoir gratter un paragraphe supplémentaire à peu de frais !

Tout ça pour dire que les fans d'Annie Proulx ne seront pas dépaysés avec le présent recueil. Une prodigieuse chasse au bison, des couples infortuné qui se déchirent, d'autres qui bâtissent des cabanes de leurs mains, un vieil amateur de rodéo révélant à sa petite fille des secrets anciens, des rêves de fortune déçus et des chansons de cow-boys, des puits de forage qui se multiplient dans les plaines tandis que disparaissent peu à peu les chevaux sauvages : autant de récits qui fleurent bon l'Amérique !

À l'exception de deux textes complètement loufoques (on y découvre le Diable himself réaménageant l'enfer pour le remettre au goût du jour, ou imaginant des farces à l'intention des mortels) qui pour moi font ici figure d'intrus, l'auteur nous immerge avec brio dans des histoires de famille pleines d'authenticité.
Toutes auraient pu sans nul doute déboucher sur des récits de plus grande ampleur, et je ne peux que souscrire aux propos d'un journaliste rapportés en quatrième de couverture : "Annie Proulx a le don pour condenser en quelques pages la matière de tout un roman".
Elle a pourtant choisi un format plus court, celui de la nouvelle ... et après tout c'est très bien comme ça !
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En bonne représentante du « nature writing » (ces écrivains qui situent leurs « intrigues » dans les Etats encore sauvages du centre des Etats-Unis, et qui souvent y vivent aussi), Annie Proulx est le chantre du Wyoming. Les nouvelles de cet opus sont parfois tristes, toujours âpres, rugueuses. Des nouvelles où la vie achoppe, toujours au même endroit, là où on ne s'y attend pas.
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Encore un recueil de nouvelles que j'ai bien aimé.
Nous voici au Wyoming avec Annie Proulx. Et nous allons découvrir la vie de quelques personnes dans cette région.
On va aller de l'amusement avec " le sens de la famille", jusqu'au poignant dans "les vieilles chansons de cowboy"
Et oui voilà une nouvelle qui nous sort du folklore des western pour nous plonger dans la vie quotidienne de pionniers. de tout jeunes gens qui tentent leur chance mais qui perdront et de quelle façon. Et c'est surement la vrai vie de ces pionniers qui nous est décrite.
On navigue aussi dans le temps au fil de ces nouvelles. Avec " La Grande Coupe Grasse de Sang" qui nous fait partager une chasse indienne on est sans doute avant la conquête de l'Ouest,
Et on se retrouvera "Dans le fossé, les sabots en l'air" à partager la vie de petites gens pris dans la guerre d'Irak.
Ce sont toujours des petites gens qu'Annie Proulx met en scène. Petite gens malmenés par la nature, les rapaces ("La ligne de partage") ou L Histoire.
Sauf à deux reprises où le diable devient le héro des histoires. Et là j'avoue que ces deux nouvelles ne m'ont pas emballé. Je me suis bien demandé ce que notre auteur a voulu nous dire. Je pense condamner les travers de notre société, oui c'est certainement ça. Mais la manière ne m'a pas amusé.
C'est ainsi. Mais toutes les autres nouvelles sont formidables. Alors n'hésitez pas, essayez ce bouquin.
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Une lecture fluide et agréable. A cause de son nom, j'ai toujours cru qu'Annie Proulx était francophone, et bien non, ces nouvelles sont américaines pures et dures, de cette Amérique profonde qui donne tant de chouettes textes sur les traditions américaines, entre nature writing et essais de société...
J'ai lu il y a peu "Une vie de cow-boy" d'Alexandra Fuller, et ces deux lectures sont très proches dans mon esprit. Ça rappelle aussi un peu "Un membre permanent de la famille", de Russell Banks : même capacité à faire tenir en une nouvelle toute la profondeur et la richesse d'un roman (épaisseur des personnages, netteté des situations, ampleur du récit...).
Quelques "ovnis" parmi ces nouvelles, deux textes sur le diable, qui m'ont totalement déroutée par contre ! Seul bémol à cette lecture par ailleurs très enrichissante...
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Parfois Dakotah partait flâner à pied dans le ranch ; elle se dirigeait en général vers la pente abrupte plantée de pins où il y avait une petite source ; le sol était jonché d'ossements gris qui dataient du temps où un puma y avait établi sa tanière sous un tronc d'arbre. Bonita elle-même ne se promenait jamais : ç'aurait été un abandon de poste et une perte de temps. Au printemps, elle marquait les bêtes avec les hommes et trouvait encore moyen de préparer à manger pour tout le monde ; au moment de la vente de novembre, elle surveillait à cheval les vaches que l'on poussait dans les camions bariolés d'images de fromages suisses tandis que Verl allait couper du bois dans la forêt. Verl ne marchait jamais ; il était toujours ou dans son camion ou assis dans le fauteuil à bascule qu'il aimait. Il entrait dans la maison et soupirait :
"j'ai encore eu de la chance aujourd'hui." Sa voix était plaintive.
Elle attendait. Encore une de ses histoires interminables qui ne conduisaient nulle part et lui faisaient perdre son temps.
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Sur de petits rebords et saillies de la roche des plantes fleurissaient. Couleurs et lieux atteignaient à une si rare perfection qu'elle en éprouva une grande tristesse. Pourquoi ? Elle n'en savait rien mais songea que la cause en était peut-être un sens du spirituel qui remontait à l'origine des temps. Dans cet endroit sauvage, il n'y avait aucun signe de l'homme sinon le bruit occasionnel et presque indistinct d'un jet volant très haut. La solitude provoquait des réflexions existentielles.
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... alors qu'ils s'embrassaient, Rose dans ses transports commença à le mordiller, à le lécher, à lui faire des pinçons dans le cou, à l'épaule, dans le creux musqué de l'aisselle et à la pointe des seins ; elle s'arrêta quant elle s'aperçut qu'il tremblait, qu'il avait les yeux clos des larmes dans les cils, et que son visage grimaçait.
"Oh ! Archie, je ne voulais pas te faire mal...
- C'est pas ça... C'est que je n'ai jamais été... aimé. Je trouve que c'est ... presque insupportable. Et Archie se mit à chialer. "J'ai l'impression qu'on m'a tiré dessus", reprit-il en la prenant dans ses bras et en roulant sur elle, de sorte que ses larmes salées et sa salive mouillèrent le chemisier brodé de Rose, et en l'appelant son petit oiseau. A cet instant, elle aurait été prête marcher dans la fournaise pour son Archie.
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Dans les nuits claires, par temps sec, les cris des coyotes semblaient émaner d'un point, en rayonner en ligne droite ; c'était des fils tendus qui se croisaient. Quand le ciel se couvrait, les hurlements se diffusaient comme comme des cercles concentriques nés d'une poignée de cailloux jetés dans l'eau. Mais le plus souvent, le vent qui s'élevait dans la plaine éparpillait les cris comme du sable, comme une poussière de coyotes fractionnée en particules sonores.
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La chaleur de juillet était étouffante, l’air vibrait, le sol sec ressemblait à un sabot de mouton qu’on aurait gratté. Le soleil décolorait tout et la Petite Weed n’était qu’un filet d’eau qui coulait entre des pierres sans éclat.
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Annie Proulx "Entrevista en Colectivo Imaginario - TN"
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