AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782715212343
304 pages
Éditeur : Le Mercure de France (22/01/1981)
3.57/5   15 notes
Résumé :
Accroupie, toute de blanc vêtue, l'enfant regarde en silence, les yeux exorbités, le gros boucher assommer, au fond d'un grand trou noir, le boeuf ; le boeuf du petit Jésus. Le bruit du choc, la vue du sang que la mère phtisique boit à petites gorgées, colorant de rouge ses lèvres pâlies marqueront à jamais l'enfance de Mary.
Une oeuvre flamboyante qui met en scène la vie rude que mena une petite fille élevée à la hussarde par son père officier dans l'armée ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
LiliGalipette
  06 avril 2015
Fille d'un colonel des hussards et d'une mère poitrinaire, Mary grandit au gré des changements de garnison. Vivement impressionnée par la mort d'un boeuf, cette enfant nerveuse et à la sensibilité bridée grandit en sachant qu'on l'aurait mieux aimée si elle avait été un garçon. Sa haine du mâle croît à mesure qu'elle comprend le pouvoir qu'elle peut avoir sur le sexe fort. « Elle semblait née pour jouer ce rôle de jolie cruelle avec ses yeux rapprochés comme ceux des félins, sa lèvre dédaigneuse et ses dents pointues férocement blanches. » (p. 181) Étrangement belle, elle déchaîne les passions pour mieux les piétiner et manipule jusqu'à l'extase l'époux et l'amant. « Rappelle-toi que je voudrai toujours ce qui m'arrivera, je suis la maîtresse de vos destinées ; et quand je ne t'aimerai plus, tu regretteras mon amour comme bientôt il regrettera la vie ! » (p. 286) Mary joue avec les désirs des hommes, avec leurs sentiments, considérant ses propres affections comme des faiblesses dont elle doit triompher. Plus guerrière qu'amante et plus chasseuse qu'amoureuse, cette femme aux froideurs brûlantes élève le sadisme féminin au rang de chorégraphie mortelle. « Où était le mâle effroyable qu'il lui fallait, à elle, femelle de la race des lionnes ? … Il était ou fini ou pas commencé. » (p. 303) Et il faudra bien que tout s'achève dans le sang !
Ce roman me faisait de l'oeil depuis des années : son titre sulfureux annonçait des voluptés défendues et des frissons décadents. Avec son style vieillot et désuet à plaisir, le texte fait parfois sourire tant il est singulier de voir la pudeur avec laquelle son audacieuse auteure parle de passion physique et de violence. Il y a ici quelque chose de l'image d'Épinal : en vieillissant, le récit a figé des représentations charmantes et fausses qu'on ne voudrait pas corriger pour tout l'or du monde tant elles sont délicieuses et flattent une certaine idée de la France. « Jamais on ne prouvera aux cavaliers français que faire l'amour n'est pas la meilleure préparation à un combat meurtrier. » (p. 176) La gaudriole et la galanterie à la française sont légendaires et elles se heurtent et se brisent au contact du personnage féminin du roman. Nous sommes bien loin des petites filles modèles, des jeunes vertueuses ou des sages épouses. Même une marquise de Merteuil paraît fade en comparaison de Mary Barbe. « Elle savourait ces voluptés comme les chattes savourent le lait, la paupière mi-close et la griffe en arrêt, heureuse mais n'attendant qu'un prétexte pour lancer l'égratignure. » (p. 252) Savoir que l'enfance du personnage est fortement autobiographique fait regretter de ne pas avoir vécu à l'époque de l'auteure où l'on aurait pu croiser cette femme aux moeurs dont le raffinement le disputait à la décadence !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Marpesse
  04 septembre 2015
Mary Barbe est la fille d'un colonel. Elle a à peine huit ans quand elle se promène avec sa tante et institutrice Tulotte qui s'arrête à un abattoir pour aller chercher du lait. L'enfant ne sait pas qu'elle pénètre dans un lieu de mort et, innocemment, croit à cette histoire. Malencontreusement, elle assiste à l'assassinat du boeuf et elle comprend que sa mère, une femme neurasthénique, boit de grandes coupes de sang pour se fortifier, sur l'ordre du médecin. Cette image de la mort d'un animal marque brutalement la petite.
A la maison, on ne s'occupe pas beaucoup d'elle, et elle s'amuse avec une chatte qui ne la quitte plus, jusqu'à ce que cette dernière et ses petits soient tués par la voisine et d'autres hommes. Pour Mary, la vie est cette cruauté envers les animaux qu'elle aime. Elle aimerait jurer de venger les bêtes de cette humanité :
"Si tu voulais… je t'apprendrais à griffer l'homme, l'homme qui tue les boeufs… l'homme, le roi du monde !"
Puis sa mère tombe enceinte et meurt en couches. le père n'a plus d'yeux que pour le petit garçon qui a toutes les qualités (parce qu'il est garçon, simplement. le colonel ne se prive d'ailleurs pas de le dire à sa fille). Mary ressent l'injustice et le manque d'amour. Elle aimerait que ce petit être disparaisse. Un soir où la nourrice a trop bu, la petite fille assiste à ce spectacle : se couchant avec l'enfant, la grosse femme l'écrase et le petit étouffe. Mary n'interviendra pas.
Cette scène de la mort de l'enfant est amenée de sorte que le lecteur se sent complètement du côté de Mary et n'a aucune pitié pour le petit garçon qui meurt. Il en est même soulagé et se dit que ce n'est que justice.
Mais les tourments de Mary sont loin de prendre fin : alors qu'elle vit un amour champêtre et innocent avec Sirocco, un pauvre petit jardiner, il est emporté par un mal. Durant les douze première années de sa vie, Mary n'a connu que le malheur, le désamour. Quelle femme deviendra-t-elle? La devise gravée sur son lit, depuis toujours :
AIMER, C'EST SOUFFRIR.

C'est cela que nous raconte ce roman au titre beau, mais assez trompeur. Il n'est pas question d'une marquise ; pas question non plus de faire souffrir pour le plaisir sexuel. Mary est une femme hautaine, qui soumet les hommes à sa volonté à cause de ce qu'on a fait d'elle durant l'enfance. Ce livre a l'apparence d'un roman réaliste du XIXème, dans sa composition et son écriture, mais quelque chose, légèrement, dérape : qu'on ne s'attende pas à de la dépravation, à du sexe, à rencontrer une seconde Wanda. J'avais l'impression, au début, de renouer avec la Comtesse de Ségur (et avec plaisir), avec ce destin singulier et malheureux d'une petite fille bien née.
Dommage que les cinquante dernières pages ne présentent pas autant d'intérêt et que l'histoire s'essouffle. On aimerait une Mary plus radicale, plus impitoyable encore. On est même déçu quand on s'attend à la voir coucher avec une comtesse, maîtresse de son mari, et que la chose est évacuée trop vite parce qu'elle ne goûte pas à ces choses-là. Pourtant, elle n'aime pas les hommes non plus. L'ambivalence lui aurait donné bien plus de force.
C'est tout de même une lecture singulière, dont les premières pages m'ont fait pourtant attendre davantage.
Lien : http://edencash.forumactif.o..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Poulainceline
  05 septembre 2021
Marguerite Eymery, Madame Alfred Vallette, dite Rachilde est une femme de lettres française de la fin XIXème et du début du XXème siècle. S'habillant et se coiffant à la garçonne, elle s'intéressa très tôt aux questions d'identité sexuelle et d'inversion, que reflète son roman le plus célèbre, "Monsieur Vénus" (1884), qui lui valut une célébrité immédiate et largement sulfureuse. En 1885 elle demande et obtient une permission de travestissement de la préfecture de police.
Avec son titre sulfureux, La marquise de Sade nous raconte l'histoire d'une jeune fille, de son enfance à sa trentaine, qui, petit à petit, apprend à se servir des hommes et qui développe un goût prononcé pour le sang et la violence. Ce livre reprend les codes du roman réaliste du XIXème siècle mais diverge par ses propos sulfureux et sa liberté de moeurs. Sans aborder explicitement les relations sexuelles, comme on pourrait le croire avec ce titre, ce roman nous dépeint le milieu des libertins du début du siècle dont notre héroïne représente l'archétype au féminin. La marquise de Sade est un roman étrange pour son histoire mais classique dans sa forme. de ce fait, l'écriture en est délicate et rend la lecture agréable même si certaines scènes peuvent être déplaisantes. Je vous conseille donc ce livre de cette autrice importante mais trop peu connue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
lisabeth
  04 octobre 2016
C'est bien là, une étrange histoire. le style est daté, beaucoup de mots ne sont plus du tout employés ou n'ont plus le même sens aujourd'hui d'où quelques problèmes pour saisir l'émotion que Rachilde a voulu nous faire passer.
Cependant, quelle écriture, le style est travaillé, parfait. Beaucoup de passage mériteraient d'être étudiés car on sent de la profondeur et une maitrise de la langue comme les grands auteurs ( Balzac, Zola....enfin les auteurs qu'on étudie au lycée! lol)
L'histoire est intéressante, prenante, mais ne soyez pas influencé par le titre. Je pensais lire du sulfureux et me suis presque retrouvé devant un classique ( sauf peut-être sur la fin...)
Une découverte pour moi...je continue sur ma lancée , je poursuis mon plaisir de lire avec un pur classique....Jane Eyre
Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
EmniaEmnia   02 novembre 2013
Et l'année lugubre de son double veuvage écoulée, sa vie s'épanouit en des exagérations à travers ce que les philosophes du siècle appellent la décadence, la fin de tout. Avec amis, parasites ou amants, elle courut dans les lieux mal famés qu'on lui vantait comme endroits recelant de fortes horreurs, capables, en ébranlant ses nerfs, d'étancher sa soif de meurtre. Après la Gazette des Tribunaux, les comptes rendus des journalistes mouchards ; la Morgue ; les romans naturalistes ; les musées de cire du boulevard ; les exploits des empoisonneurs spirituels, il restait encore les brasseries de femmes dans lesquelles, par bonheur, une fois, on pouvait être témoin d'une sanglante scène de jalousie ; les maisons capitonnées, bien closes, où l'on fustige les vieillards décorés ; les cabarets de lettres où de jeunes garçons, presque des enfants, causent de la possibilité de tuer leur mère dès qu'ils l'auront violée ; où des gens, un peu ridicules, décrivent sur leurs bocks de bière frelatée ce qu'ils oseraient sans la préfecture de police ; les bals musette où le souteneur, désormais reconnu comme espèce par la société, ayant une raison presque légale de vivre, explique aux curieux devant lesquels il pose, les doigts aux entournures du gilet, le trois-ponts en arrière, sa manière d'estourbir une marmite récalcitrante et vous invite même à contempler sa belle, râlante des derniers horions reçus.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
EmniaEmnia   02 novembre 2013
Une fois, pendant qu'il l'adorait ainsi, le front prosterné sur ses pieds chaussés de brocart d'argent, car elle devenait d'une somptuosité de reine, il fut repris de ses hémorragies ; les pieds scintillants, les pieds d'idole, se couvrirent de pourpre. Honteux, il lui demanda pardon, se mettant de l'amadou aux narines et tâchant d'essuyer les jolis souliers.
- Ce n'est rien, dit-elle, avec une farouche précipitation ; au contraire, laisse donc, cela m'amuse de me sentir marcher dans ce flot rouge !
Elle lui expliqua qu'elle l'avait aimé pour cette infirmité de gamin bien portant, et que, si elle osait, elle le ferait saigner ainsi par plaisir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
LiliGalipetteLiliGalipette   06 avril 2015
« Elle semblait née pour jouer ce rôle de jolie cruelle avec ses yeux rapprochés comme ceux des félins, sa lèvre dédaigneuse et ses dents pointues férocement blanches. » (p. 181)
Commenter  J’apprécie          70
MarpesseMarpesse   04 septembre 2015
Quant à l'amour, elle persistait à le rêver d'une façon vague avec des gens pieds nus qu'on peut jeter dehors dès qu'il vous gênent.
Commenter  J’apprécie          70
MarpesseMarpesse   29 août 2015
Si tu voulais… je t'apprendrais à griffer l'homme, l'homme qui tue les boeufs… l'homme, le roi du monde !
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Rachilde (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Rachilde
“Une vie une oeuvre” : “Marguerite Eymery dite Rachilde, Homme de Lettres (1860-1953)”. Diffusion sur France Culture le 9 mai 2009. Par Françoise Estèbe et Christine Robert. Scandaleuse Rachilde qui osa braver les tabous et les interdits de son temps! Née en 1860 dans la vieille demeure familiale du Cros (le "trou"), elle passa une grande partie de son enfance dans cette région humide et sinistre du Périgord, paysage mortifère hanté par de terribles légendes paysannes et la croyance en une malédiction familiale. Enfance solitaire et délaissée, entre une mère dépressive qui sombra progressivement dans la folie et un père militaire qui lui reprochait de ne pas être un garçon. Comment s'étonner qu'elle fût toute sa vie fascinée par l'androgynat ? Elle commença à écrire dès l'âge de 12 ans, exorcisme salutaire, choisit pour pseudonyme le nom d'un gentilhomme suédois du 16e siècle et s'enfuit pour Paris dès sa majorité, décidée à conquérir le milieu littéraire. À 20 ans, elle publia "Monsieur Vénus", un livre sur l'inversion sexuelle et la domination féminine, d'une audace inouïe pour l'époque, dont le scandale la fit connaître. L'oeuvre baroque, souvent hallucinée de Rachilde, explore les perversions et les fantasmes les plus violents. Sa production littéraire trop abondante, inégale et certes datée, kitsch souvent, recèle des textes forts, "La Marquise de Sade", "La Tour d'Amour", "L'Animale", qui ont été réédités. Le personnage que s'est créée Rachilde, surtout, est incroyable. Habillée en homme, coiffée à la garçonne, courant les bals populaires une prostituée à son bras, elle défraya la chronique puis épousa un homme fort sérieux, Alfred Valette, directeur du Mercure de France, où elle tint salon tous les mardis, attentive aux jeunes écrivains, découvreuse de talents, Carco, Jarry... Car Rachilde, qui mourut ignorée de tous en 1953, fut aussi un personnage clé de la vie littéraire de son temps. Avec les voix de Rachilde, Francis Carco et Maurice Garçon. Archives INA Martine Auger Par Annelise Signoret
Invités : Gilles Freyssinet Estelle Guillaume Diane de Margerie, ecrivain, essayiste
Thèmes : Arts & Spectacles| Littérature Française| Rachilde
Sources : France Culture et Wikipédia.
+ Lire la suite
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

1 classique = 1 auteur (XIX° siècle)

La Chartreuse de Parme

Stendhal
Alfred de Vigny
Honoré de Balzac

21 questions
554 lecteurs ont répondu
Thèmes : classique , classique 19ème siècle , 19ème siècleCréer un quiz sur ce livre