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Jacques de Pressac (Traducteur)Mario Fusco (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070425304
Éditeur : Gallimard (21/06/2003)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 26 notes)
Résumé :

Le Conseil d'Egypte retrace l'histoire d'une incroyable imposture à la cour de Palerme en 1783. Le vice-roi de Sicile est alors pris entre deux feux : d'un côté la noblesse tente d'assurer la pérennité de ses privilèges et de l'autre de jeunes libéraux souhaitent voir triompher leurs aspirations égalitaires. Entre les mille intrigues, calculs, trahisons qui secouent la cour, il en est une étonnante: celle que f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
oblo
  27 janvier 2018
Palerme, à la fin du 18ème siècle. Tandis que les idées de liberté et d'égalité traversent l'Europe des Lumieres, la Sicile connaît une agitation tant sociale qu'intellectuelle. En effet, dans le couvent de San Martino, un vieux manuscrit arabe a été retrouvé. Mgr Airoldi prend les services du chanoine Vella, un religieux maltais qui vit de numérologie, pour le traduire. Sentant qu'il tient là une occasion d'être bien vu par le pouvoir royal, et donc d'être, éventuellement, pourvu d'une abbaye, Vella va faire oeuvre tant de création que d'imposture. le code de San Martino est en réalité une vie de Mahomet ; Vella en fait une histoire de la Sicile. Porté par son succès, il imagine le Conseil d'Egypte. Ce récit, fait supposément par les Arabes démis de leur mainmise sur l'île par les Normands, démontre la vacuité des prétentions de la noblesse et l'originelle toute-puissance royale. le livre agite fortement la société aristocratique sicilienne mais, sous la vice-royauté de Caracciolo, personne n'ose alors élever haut la voix.
Si la deuxième partie, très courte, est consacrée à une lettre de Vella au roi Ferdinand, la troisième prend pour personnage principal l'avocat Di Blasi. En effet, Vella, une fois son oeuvre terminée, retourne à son confort qu'il a cherché et obtenu. Di Blasi, donc, se retrouve bientôt au centre d'un complot visant à instaurer un régime républicain égalitaire. En cela, le Conseil d'Egypte représente une justification des abus de la noblesse sicilienne. Di Blasi est cependant bientôt arrêté. Avec un nouveau vice-roi, favorable à l'aristocratie, le vent a clairement tourné. Les sirènes égalitaires venues de la Révolution francaise se heurtent à l'hermétisme de la société sicilienne. Il faut dire que les idées françaises ont contre elles le souvenir des Angevins au Moyen Âge. Et tandis que Di Blasi est affreusement torturé et condamné à mort, chacun se démarque ostensiblement de Vella et de di Blasi.
Roman historique, le Conseil d'Egypte ne l'est pas seulement. C'est aussi une étude de moeurs : celle de la noblesse sicilienne, un peu comme ce qu'a fait Tommasi di Lampedusa dans le Guépard. Dans ce contexte d'Europe des Lumières, on voit s'affronter les forces libérales et les forces conservatrices, partisanes d'un immobilisme séculaire.
Il y a là aussi, de la part de Sciascia, une réflexion sur L Histoire et sur la façon dont on l'écrit. Si le Conseil d'Egypte suscite tant d'attentes et, finalement, tant de haine (le sort réservé à Di Blasi révèle la peur du camp aristocratique), c'est bien que le pouvoir des nobles est une fiction. L'Histoire porte en elle le statut de vérité qui justifie cette fiction sociale du pouvoir. Mais, en tant qu'écrit de la main de l'homme, L Histoire ne peut endosser cette fonction. Paradoxalement, c'est bien la fiction, ici, qui dicte le jeu : fiction sociale du pouvoir nobiliaire qui a pourtant une réalité matérielle et sociétale ; fiction littéraire du Conseil de Sicile et du Conseil d'Egypte qui légitime puis brise net la révolution de di Blasi. Peut-être plus encore que la fiction, c'est la notion d'imposture qui est interrogée ici. Chacun des personnages porte en lui une imposture : celle du copieur pour Vella, celle de l'autorité morale pour Airoldi, celle de l'autorité politique pour le vice-roi Caracciolo, celle du bon goût, de l'honneur, de la vertu pour tous ces messieurs et mesdames de la cour palermitaine. Et si l'on tremble de dégoût face au sort réservé au pauvre Di Blasi, ne doit-on pas reconnaître en lui l'imposteur de l'égalité ? Car, s'en faisant le chantre, il entraîne avec, et surtout derrière lui, puisqu'il est le meneur, d'autres gentilshommes dans sa chute.
On aurait tort cependant de faire du roman de Sciascia une oeuvre purement universaliste. Fondamentalement, c'est de sa Sicile dont parle l'auteur. Il en dresse une histoire pessimiste. L'île est gangrénée par les possessions foncières d'une caste et nul, de l'extérieur, ne peut l'aider. Quant à ceux de l'intérieur, qui voudraient faire suivre à la Sicile un autre chemin, ils sont bien vite condamnés. Sciascia n'écrit donc pas seulement sur le pouvoir, sur la légitimation de celui-ci, sur la capacité de l'homme à mettre par écrit ce qui fonde le pouvoir ; il peint aussi le sombre tableau de la nature profonde de son pays.
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Rolienne
  26 janvier 2013
Il existe plusieurs sortes d'impostures. Certaines riment avec créativité, imagination, sourire. D'autres, au contraire, charrient leur lot de souffrance, d'aliénation, de tragédie.
La tromperie qui consiste à inventer un splendide document historique trouble les esprits, mais, dans le fond, elle engendre beauté, imagination et contemplation. Ainsi, dans le « Conseil d'Egypte », roman de Leonardo Sciascia, l'Abbé Vella fabrique un manuscrit antique et le calligraphie dans un arabe ancien de son cru. Ce récit égratigne la légitimité des barons siciliens qui, en des temps reculés, se seraient lestement appropriés de quelques terres. Cette supercherie jette un froid sur la comédie sociale et mondaine, agaçant les égos des uns et dérangeant les intérêts des autres. Cependant rien de vital ou de pathologique n'est en jeu dans cette histoire de plagiat.
Par contre, l'autre imposture, dont traite ce roman, prend la forme d'un complot ourdi par Di Blasi, un grand avocat qui lutte pour la République dans ce Royaume de Sicile et qui entraîne à leur perte ses compagnons de combat. L'imposture vient de l'erreur, de l'illusion, de la mystification de ce en quoi on croit, de la supériorité du système de valeurs accordée à la fable politique à laquelle s'accrochait ce jacobin, désormais honni des nobles qui hier le reconnaissaient comme l'un des leurs.
L'ordre public est attaqué par l'acte de terrorisme que l'avocat Di Blasi avait planifié et raté de justesse. Mais, soudain, au fond du cachot, et en pensant à ses complices d'infortune horriblement torturés eux-aussi à cause de lui, c'est l'ordre de la vie tout court qui s'effondre. Son héroïsme est ravalé à une perte de conscience et de sens. La douleur de l'imposture vient des conséquences auxquelles son idéalisme justicier ne l'avait pas préparé. Di Blasi souffre du malheur qu'il a infligé à ceux qui ont partagé sa cause.
Pourtant, en forme de conclusion de ce beau livre, l'écrivain nous signifie que, plus tard, beaucoup plus tard, d'autres prendront finalement sa suite, à la fois pour chasser définitivement les rois de Sicile comme pour torturer savamment et à grande échelle des innocents plus au Nord de l'Europe.
© Patricia JARNIER- Tous droits réservés- 26 janvier 2013
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Rolienne
  26 janvier 2013
Il existe plusieurs sortes d'impostures. Certaines riment avec créativité, imagination, sourire. D'autres, au contraire, charrient leur lot de souffrance, d'aliénation, de tragédie.
La tromperie qui consiste à inventer un splendide document historique trouble les esprits, mais, dans le fond, elle engendre beauté, imagination et contemplation. Ainsi, dans le « Conseil d'Egypte », roman de Leonardo Sciascia, l'Abbé Vella fabrique un manuscrit antique et le calligraphie dans un arabe ancien de son cru. Ce récit égratigne la légitimité des barons siciliens qui, en des temps reculés, se seraient lestement appropriés de quelques terres. Cette supercherie jette un froid sur la comédie sociale et mondaine, agaçant les égos des uns et dérangeant les intérêts des autres. Cependant rien de vital ou de pathologique n'est en jeu dans cette histoire de plagiat.
Par contre, l'autre imposture, dont traite ce roman, prend la forme d'un complot ourdi par Di Blasi, un grand avocat qui lutte pour la République dans ce Royaume de Sicile et qui entraîne à leur perte ses compagnons de combat. L'imposture vient de l'erreur, de l'illusion, de la mystification de ce en quoi on croit, de la supériorité du système de valeurs accordée à la fable politique à laquelle s'accrochait ce jacobin, désormais honni des nobles qui hier le reconnaissaient comme l'un des leurs.
L'ordre public est attaqué par l'acte de terrorisme que l'avocat Di Blasi avait planifié et raté de justesse. Mais, soudain, au fond du cachot, et en pensant à ses complices d'infortune horriblement torturés eux-aussi à cause de lui, c'est l'ordre de la vie tout court qui s'effondre. Son héroïsme est ravalé à une perte de conscience et de sens. La douleur de l'imposture vient des conséquences auxquelles son idéalisme justicier ne l'avait pas préparé. Di Blasi souffre du malheur qu'il a infligé à ceux qui ont partagé sa cause.
Pourtant, en forme de conclusion de ce beau livre, l'écrivain nous signifie que, plus tard, beaucoup plus tard, d'autres prendront finalement sa suite, à la fois pour chasser définitivement les rois de Sicile comme pour torturer savamment et à grande échelle des innocents plus au Nord de l'Europe.
© Patricia JARNIER- Tous droits réservés- 26 janvier 2013
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Rolienne
  26 janvier 2013
Il existe plusieurs sortes d'impostures. Certaines riment avec créativité, imagination, sourire. D'autres, au contraire, charrient leur lot de souffrance, d'aliénation, de tragédie.
La tromperie qui consiste à inventer un splendide document historique trouble les esprits, mais, dans le fond, elle engendre beauté, imagination et contemplation. Ainsi, dans le « Conseil d'Egypte », roman de Leonardo Sciascia, l'Abbé Vella fabrique un manuscrit antique et le calligraphie dans un arabe ancien de son cru. Ce récit égratigne la légitimité des barons siciliens qui, en des temps reculés, se seraient lestement appropriés de quelques terres. Cette supercherie jette un froid sur la comédie sociale et mondaine, agaçant les égos des uns et dérangeant les intérêts des autres. Cependant rien de vital ou de pathologique n'est en jeu dans cette histoire de plagiat.
Par contre, l'autre imposture, dont traite ce roman, prend la forme d'un complot ourdi par Di Blasi, un grand avocat qui lutte pour la République dans ce Royaume de Sicile et qui entraîne à leur perte ses compagnons de combat. L'imposture vient de l'erreur, de l'illusion, de la mystification de ce en quoi on croit, de la supériorité du système de valeurs accordée à la fable politique à laquelle s'accrochait ce jacobin, désormais honni des nobles qui hier le reconnaissaient comme l'un des leurs.
L'ordre public est attaqué par l'acte de terrorisme que l'avocat Di Blasi avait planifié et raté de justesse. Mais, soudain, au fond du cachot, et en pensant à ses complices d'infortune horriblement torturés eux-aussi à cause de lui, c'est l'ordre de la vie tout court qui s'effondre. Son héroïsme est ravalé à une perte de conscience et de sens. La douleur de l'imposture vient des conséquences auxquelles son idéalisme justicier ne l'avait pas préparé. Di Blasi souffre du malheur qu'il a infligé à ceux qui ont partagé sa cause.
Pourtant, en forme de conclusion de ce beau livre, l'écrivain nous signifie que, plus tard, beaucoup plus tard, d'autres prendront finalement sa suite, à la fois pour chasser définitivement les rois de Sicile comme pour torturer savamment et à grande échelle des innocents plus au Nord de l'Europe.
© Patricia JARNIER- Tous droits réservés- 26 janvier 2013
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ChaK_
  23 octobre 2018
D'après la préface du livre, Sciascia (l'auteur Italien), serait un coutumier des critiques politiques, et plus particulièrement tournées vers les mafias. Écrit dans les années 60, c'est donc avec une certaines perplexité qu'en reposant le bouquin je m'estimais toujours incapable de définir, noter ou “vendre” le livre à qui que ce soit.
Car sous couvert d'un roman historique prenant place en Sicile vers 1780/90, l'auteur semble plus enclin à faire passer divers messages libéraux qu'à nous plonger véritablement dans l'Histoire. Il s'emploie à balancer contre la torture, la peine de mort, les injustices, inégalités, l'improbité, la noblesse etc… cela s'inscrit bien dans son histoire, mi réelle, mi fictive, mais positionne automatiquement le livre le cul entre deux chaises, ce que je trouve inconfortable soit dit en passant.
Du coup je n'ai jamais réussi à me plonger dans cette Palerme partagée entre les puissants et les grouillots, les aristocrates et les apprentis révolutionnaires. L'auteur ne fonce jamais vraiment dans le sujet historique, et s'emmêle un peu dans une trame que je qualifierais aimablement de peu intéressante, usant de personnages qui s'effacent trop vite, et oubliant descriptions et senteurs d'époques pour faire voyager le lecteur. C'est dommage, car la vraie histoire, celle de l'avocat Di Blasi (ayant réellement existé), est infiniment plus prenante, mais ne se révèle que bien trop tard.
D'autant plus regrettable que le côté fable satirique au ton assez libre, portée par un anti-héro, m'a plu dès le début, mais le concept s'essouffle vite et j'avais hâte d'en finir avec ce bouquin un peu dualiste.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
liberligerliberliger   31 janvier 2013
En effet, expliquait l'avocat Di Blasi, toute société engendre le type d'imposture qui, pour ainsi dire, lui sied.
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jujusorel75jujusorel75   29 avril 2015
Le chant de ces marins qui dans leurs récits d'ivrognes ouvraient le monde comme un éventail : ils lui avaient révélé l'aventure immense et variée que les pays offrent à l'homme le plus misérable, et que c'est dans le continuel changement que réside pour le malheureux l'unique possibilité de cueillir les joies de la vie.
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jujusorel75jujusorel75   29 avril 2015
Seules les choses imaginées sont belles et même le souvenir est imagination...
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