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Au coeur du Yamato tome 0 sur 6
EAN : 9782330087371
Actes Sud (30/11/-1)
4.44/5   123 notes
Résumé :
Après l'immense succès du cycle Le Poids des secrets, Aki Shimazaki en a achevé un deuxième, ici proposé dans son intégralité : intitulé Au cœur du Yamato, il est composé des romans Mitsuba, Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki qui peuvent se lire indépendamment ou dans l'ordre que l'on voudra.
Avec l'écriture discrète, élégante et pleine d'empathie qu'on lui connaît, Aki Shimazaki met en évidence, à travers le silence mensonger des hommes, l'insondable douleu... >Voir plus
Que lire après Au coeur du Yamato : Mitsuba - Zakuro - Tonbo - Tsukushi - YamabukiVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Sous forme de haïkus*...

Mitsuba
Feuilles de trèfle
vert, orangé de sa veste
colorent l'attente. .

Zakuro
Tache écarlate
sur la neige, la grenade éclate,
mémoire blessée.

Tonbo
Libellule accouplée
-coeur du pays, coeur du père-
chante un air léger.

Tsukushi
Les hampes dressées
des prêles oscillent entre
désir et dépit.

Yamabuki
Une fleur sans fruit,
tandis que la vie s'enfuit,
fait un signe d'or.


*pour des critiques plus détaillées, se reporter-d'ici quelques jours !-à chacun des cinq livres pris séparément.
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« La floraison des cerisiers ne dure pas. L'essentiel on l'attrape en une seconde. le reste est inutile. » Ce qu'écrivait ainsi en 2014 Christian Bobin dans La grande vie représente à merveille LA petite touche japonaise si unique qui m'émeut toujours autant.

C'est avec émotion et plaisir que je l'ai retrouvée, cueillie et appréciée dans la pentalogie Au coeur du Yamato.
Les cinq très courts romans Mitsuba, Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki d'Aki Shimazaki réunis dans ce coffret, et écrits après l'immense succès de son précédent cycle le Poids des secrets sont des délices.

La discrète écriture de cette auteure japonaise qui vit au Canada et rédige ses textes en français, se caractérise toujours par des phrases courtes et simples, une élégance lexicale particulière et une empathie pour tout ce qui nous relie au vivant. Un élément de la nature (végétal ou insecte) pour chaque titre de livre symbolise la problématique de l'histoire correspondante.
Dans ce véritable précis d'art de vivre à la japonaise, Aki Shimazaki met à jour cinq courtes trajectoires de vie qui s'entrecroisent, s'entrechoquent et se caressent parfois aussi. La violence terrible des lois sociales au Japon, la vulnérabilité des salariés et des cadres, la solitude des femmes sont les éléments majeurs de ses textes.

Nous lisons les histoires d'un jeune cadre japonais qui tombe amoureux au moment où sa société lui propose un poste important dans une succursale à l'étranger (Mitsuba), d'un mensonge familial provoqué par les drames politiques de la Grande Histoire (Zakuro), d'une jeunesse assombrie par le suicide du à la violence sociale et ressuscitée par une visite inattendue (Tonbo), la double vie bouleversant un équilibre qu'on croyait inaltérable (Tsukushi), et les cinquante-six années d'harmonie conjugale narrées par une vieille épouse dans une vie personnelle ayant été rythmée par des événements tragiques qui partent de la défaite de 1945 au capitalisme tyrannique d'aujourd'hui (Yamabuki). Les personnages principaux sont liés entre eux.

Le style dépouillé de l'auteure peut surprendre au départ, agacer même, puis force est de lui reconnaître qu'il épouse onctueusement les personnages, puis restitue admirablement les douleurs et les joies de la petite et la Grande histoires. Quand les mentalités japonaises se montrent au travers d'un puzzle polyphonique subtile et instructif, la lecture est alors un grand moment de plaisir.

L'inexpression des individualismes est parfaitement rendue, et les principales coutumes du Japon transparaissent à chaque instant : comme Koroko (Le coeur et l'esprit), karada (les liens avec le corps), shukanka (créer l'habitude), shinri-yoku (« nourri pas la nature »), wabi-sabi (« la beauté de la perfection et de l'impermanence »), ikebana (« l'art de la composition florale »), et plus encore.

Voici donc tous les petits cailloux qu'a glissé Aki Shimazaki dans cette pentalogie que je recommande de lire dans l'ordre. Une heure pour chaque volume suffit.
Dans ce portrait du Japon édifiant et jamais caricatural, j'ai retrouvé tous les éléments forts (observations, expériences, témoignages) relevés lors d'un précédent périple au pays du soleil Levant, nation fascinante et inquiétante à la fois.

Une lecture à poursuivre par celle des chroniques d'un français ayant vécu au Japon, De geishas en mangas de Cyrille Vigneron.







Lien : http://justelire.fr/au-coeur..
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MITSUBA :

Toujours un style épuré au service d'une élégance discrète, toujours cette illustration du Japon contrastée entre délicatesse et brutalité mais, hélas, toujours la même structure narrative. Ayant dévoré le Poids des Secrets, ce premier tome de la pentalogie suivante me fut un peu trop prévisible de par le réemploi d'une intrigue similaire...
Il est toujours saisissant d'appréhender le monde de l'entreprise au Japon : la pilule n'est pas édulcorée. Comme partout ailleurs, mais là-bas avec l'adhésion religieuse des opprimés, la morale collective sclérosée censée protéger l'intégrité du groupe ne subsiste que par la digestion des individualités dans le grand estomac capitaliste.

ZAKURO :

Les oeuvres de Shimazaki m'évoquent le shodô, "Voie de l'écriture", art de la calligraphie japonaise. Fluide ou anguleux, le trait brosse, dessine, caractérise les aléas de nos destinées. Dans une langue à la fois vive et mesurée est évoquée L Histoire lorsqu'elle rudoie nos âmes.
Comment le Japon d'après-guerre pourrait-il se reconstruire alors qu'Okinawa est sous domination américaine ?
Comment le narrateur poursuivrait-il ses études tandis que son père est emprisonné dans les geôles de la Russie soviétique ?
Comment cette touchante épouse saurait-elle éviter la démence, percluse dans l'attente du retour de son "amour de jeunesse" déjà dans le tombeau ?
En attendant Godot, Samuel Becket fait dire à ses personnages :
"- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- On attend.
- Oui, mais en attendant ?"
Peut-être s'abîmer dans la contemplation des Zakuro ("Sottise"), symboles de la captivité de Perséphone aux Enfers, de la frivolité de nos revendications terrestres, afin qu'ici-bas, l'inhalation esthétique de la nature ouvre notre entendement aux beautés ineffables...

TONBO :

Lecture très décevante.
Ce troisième volet perd de son souffle poétique, se résigne aux répétitions ; la fluidité s'estompe et la lecture s'en affadit beaucoup.

Dans le premier tome, l'individu était malmené par le système sacrificiel de l'entreprise. Dans le deuxième, par la brutalité de l'Histoire des hommes. Ici, l'intériorisation pernicieuse de cette sujétion devient l'ultime complice de la pensée unique de l'époque grâce à la crainte du regard des autres. Je deviens ainsi mon propre tyran, le défenseur de ma soumission.

Le personnage s'éclipse du réel, dilapide l'amour maternel, compromet son avenir d'étudiant par honte de son histoire familiale, impuissant devant le chantage d'un autre comparse en proie à l'aigreur, la malveillance et à un orgueil démesuré parce qu'en mal de regard aimant.

Le père du narrateur, quant à lui, perd son masque social et ne supporte plus de vivre, comme si tout son être s'était racorni, sa destinée abolie pour un acte dont il est faussement accusé par un journaliste.

Le narrateur met un terme à ce fléau. Il assume d'appartenir à la minorité chrétienne et fleurit ses aspirations jusqu'à démissionner d'un poste privilégié pour réaliser le projet cher à son père.

Voilà... je reste sur ma faim.

(Si le regard des autres leur appartient et ne peut définir qui je suis, il m'informe en revanche de qui ils sont...)

TSUKUSHI :

Irréversibilité du temps qui de nos amours blessées tresse l'auréole de l'impuissance...
Nous étions certains d'avoir tourné la page et voilà qu'au fil des pages nous sommes retournés... Tout semblait pourtant en ordre, les secrets dormant dans les catacombes de nos coeurs martyrs, l'emploi du temps chargé, la petite aux cours de musique et de tennis, le regard des proches approuvant du double menton la banalité de nos appétits puis soudain... le ruissellement de nos rêves éteints par nos choix convenables se fait déluge ! L'infortune d'un quotidien clandestin dévoile les brèches, souffle sur les braises, bouleverse le concevable et on se souvient... L'amour... on l'avait bien croisé jadis, mais souffleté sur les deux pommettes l'avions fait battre en retraite...

"Il faut nous aimer sur terre
Il faut nous aimer vivants

Ne crois pas au cimetière
Il faut nous aimer avant"

Paul Fort

YAMABUKI :

Douce romance où l'amour entre deux êtres s'entrelace délicatement avec celui pour le Japon intemporel. Ici, nous nous élançons sur l'océan du temps long, celui qui n'a cure de l'écume des événements, celui qui destine et prédestine avec gravité. Pour y être bienvenue, l'intégrité est sésame, la tempérance tenue exigée, et l'art de discerner dans l'éphémère la part de l'impérissable l'équipement martial.

L'amour ne s'exhibe pas puisqu'il flamboie sans se consumer. La mort, elle-même ne peut le discréditer... elle est variation d'un unique songe, d'un embaumement parfumé de corolles dorées.
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Au coeur du Yamato est la deuxième pentalogie d'Aki Shimazaki, après le poids des secrets.
Aki Shimazaki nous parle du Japon dans la période de sa puissance économique des années 1970 à 1990, avant que la Chine et les autres pays émergeants d'Asie ne viennent lui faire de l'ombre.
L'intrigue - ou plutôt les intrigues - se nouent autour de la société d'import-export Gomashi basée à Tokyo. Composée principalement d'employés masculins, qui se dévouent corps et âme à leur employeur au point de sacrifier leur vie privée. C'est surtout le cas des employés les plus anciens, ceux qui ont participé à la deuxième guerre mondiale. Certains, parmi les plus jeunes, veulent conserver un équilibre, quitte à démissionner si la firme veut les envoyer à l'étranger.
Les rares employées occupent des emplois subalternes qu'elles quittent sans regrets à vingt-cinq ans pour se marier.
Le poids du passé est important. Tous ont été marqués par la guerre, les bombardements américains. de nombreux pères ont été tués dans les combats ou sont portés disparus, parfois après déportation en Sibérie. Mais le Japon moderne essaie de tourner la page de cette part sombre de l'histoire, en l'occultant dans les cours d'histoire et en poussant les jeunes à apprendre les langues étrangères.
Une belle fresque qui nous dépeint le Japon pas forcément sous son meilleur jour - je doute qu'Aki Shimazaki soit publiée en japonais au Japon. Elle montre que, derrière toute réussite économique, il y a un coût humain presque aussi important que celui de la guerre.
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Ce sont les mots qui me viennent une fois la pentalogie d'Aki SHIMAZAKI terminée : une profonde simplicité, tout en délicatesse, tout en nuance, bien qu'abordant des sujets complexes, notamment les relations des couples qui ont tous un lien avec l'entreprise d'import-export Goshima de Tokyo, ayant des ramifications dans les grandes métropoles étrangères.

A chaque fois que j'ouvre un livre de Aki SHIMAZAKI, je sais que je vais passer un moment de douceur, bien que tout ne soit pas forcément simple dans les relations qui unissent ou pas les protagonistes de ses livres.

Encore une fois c'est un véritable ravissement que de rentrer dans son univers.

C'est comme des poupées russes. A partir d'une histoire, elle développe, dans sa pentalogie, un personnage que l'on a rencontré dans son premier roman et que l'on retrouve dans les suivants, pas toujours de façon chronologique.

Ce sont les relations familiales, de couple, les conséquences des choix qu'elle aborde à travers ces cinq romans qui peuvent être lu indépendamment. Et comme toujours, de façon très pudique et discrète, tout en mesure, épurée, comme les relations au Japon, où les apparences et le poids de la famille, des proches, voire de l'employeur influent sur les décisions, et où les démonstrations en public sont rares et désapprouvées.

Mitsuba : L'histoire de Takashi AOKI, alors célibataire. Il tombe amoureux de la réceptionniste de sa société. Mais il n'est pas le seul à la convoiter. Il l'apprendra à ses dépens... ou pas.

Zakuro : Tsuyoshi désespère de voir sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer, attendre en vain son mari, alors déporté en Sibérie depuis des années. Elle a des moments de lucidité qui questionnera Tsuyoshi. Il finira par découvrir les secrets liés à son père.

Tonbo : Nobu aime son métier, mais ne tient pas à sacrifier sa vie de famille pour l'entreprise. Il va ouvrir une école de cours complémentaires. Alors que son père s'est suicidé après avoir giflé un élève, et qui, par la suite, s'est suicidé, il va découvrir le fin mot de l'histoire par le biais d'un ancien élève de son père.

Tsukushi : alors qu'elle est fiancée avec le fils du Président de la Banque Sumida, Tsukushi lui avoue qu'elle est enceinte d'un autre. Mais cela ne gênera pas son époux et pour cause...

Yamabuki : Un coup de foudre entre Aiko et son mari lors d'une rencontre dans un train, alors que celle-ci venait de divorcer et partait rejoindre sa tante, seule famille qui lui reste, pour y vivre une nouvelle vie.

A chaque fois, ce sont des petits bonbons sucrés, où l'amertume vient ajouter son grain de sel et/ou de piment, c'est selon.

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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Mitsuba

Je commence à m'assoupir. Tout à coup, je sens une légère pression sur ma main droite. "Yûko me touche !" Mon sommeil s'envole. La chaleur de sa peau pénètre la mienne. L'intérieur de mon corps tremble comme s'il recevait une décharge électrique. Emu, je regarde le visage de Yûko qui me sourit. Ses yeux se mouillent de larmes. Je pose ma main sur la sienne.
- Honnêtement, dit-elle, vous m'avez attirée dès notre première rencontre au café Mitsuba.

Tsukushi

Ses supérieurs étaient contents de son maintien humble en dépit de sa grande compétence.

Yamabuki

Ce sera bientôt notre cinquante-sixième anniversaire de mariage.
Je me dis : "Cinquante-six ans... Nous avons partagé un temps si long sans nous séparer. Nous avions auparavant été complètement étrangers l'un à l'autre, au moins dans ce monde."
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Savez-vous quelle romancière japonaise écrit en français des livres superbes traduits dans le monde entier mais ne viendra sans doute jamais en parler à la télé ?
« Tsubaki » de Aki Shimazaki, c'est à lire en poche chez Babel.
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