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EAN : 9782070370313
Éditeur : Gallimard (17/05/1978)
3.75/5   16 notes
Résumé :
Frantz Müller et Rita sont venus se refugier dans la solitude d'une île perdue des Galapagos. Mais la civilisation ne tarde pas à les rattraper, avec son cortège de conflits et de crises...
Simenon excelle dans ce récit où des personnages tourmentés cherchent vainement dans l'exotisme la solution de leurs troubles intérieurs.






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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Woland
  28 avril 2016

Voici, sans conteste, le roman le plus intrigant de Simenon. Il est vrai qu'il lui fut inspiré par un fait divers authentique et énigmatique à souhait et qu'il se déplaça au Galapagos pour étudier le problème sur place. de ces morts suspectes, sur lesquelles on ne fait toujours que des suppositions (mais, de nos jours, on le peut, les années nous ayant donné cette liberté que, à l'époque, il faut le souligner, le romancier belge ne possédait évidemment pas), vous trouverez un exposé clair et à mon avis assez fidèle ici : http://www.tahiti-infos.com/Carnet-de-voyage-La-baronne-Wagner-ephemere-reine-mythomane-des-Galapagos_a145415.html - texte et photos d'époque.
L'action se situe sur Floréana, l'une des îles qui forment l'archipel des Galapagos, lieu qui, à l'époque de Simenon, avait déjà subi une tentative de colonisation, tentative d'ailleurs vouée à l'échec. Les animaux du continent que l'on trouve là-bas - sauf les célèbres tortues géantes - sont d'ailleurs les survivants de cette tentative.
Île parfaitement déserte, Floréana paraît la meilleure destination au Dr Müller, quasi quinquagénaire et universitaire en vue, pour aller y vivre selon son rêve : en communion avec la Nature. Il ne part pas seul mais emmène l'une de ses étudiantes, tombée amoureuse de lui, Rita Strauch, beaucoup plus jeune que lui mais qui, véritablement fascinée par le charisme du personnage (charisme plus intellectuel que physique d'ailleurs), s'est vouée à lui. Et puis, Rita espère toujours ... Elle se dit que, un jour, le docteur se laissera bien séduire autrement que platoniquement ...
Sur Floréana en effet, ils ne vivent que comme frère et soeur. Dans le lit qu'ils ont édifié dans leur case sans murs, une séparation de bois de 15 cm de hauteur doit leur éviter toute tentation. le fait est que ça fonctionne plutôt bien. Par la suite, l'impuissance sexuelle du médecin sera évoquée, avec plus ou moins d'insistance, par Simenon, là aussi bien sûr sans preuves concrètes. Mais en fallait-il - et nous en faut-il ?
Dans ce qui pourrait passer pour un vrai petit paradis, n'étaient les fantaisies de la saison sèche, qui dure parfois un mois de trop et compromet gravement la vie des hommes et des animaux, Frantz Müller et Rita vivent comme Adam et Eve, souvent nus comme la main et dans un parfait naturel. Homme, on ne le répétera jamais, très singulier, le médecin s'est fait arracher toutes les dents pour ne pas être tenté de chasser les animaux de l'île afin d'avoir de la viande fraîche. Rita, en bonne disciple, si elle a conservé son beau sourire, ne mange pas non plus autre chose que des légumes, du riz et des fruits. Elle veille sur la maison, s'occupe du ménage et de la cuisine, répare les nattes défaites tandis que son compagnon poursuit son Grand Oeuvre, un livre scientifique de haute volée, qu'il ne parvient malheureusement pas à terminer, ceci soit dit en passant, et effectue de vastes promenades sur ces terres magnifiques, baignées par le Pacifique. Comme l'observeront certaines de nos lectrices, même avec un homme comme Müller, les tâches féminines restent les tâches féminines ...
Pour le ravitaillement, le "San Cristobal" passe deux fois par an et ils ont aussi, venu d'une autre île, de temps à autre, la visite de Larsen, métis d'un marin norvégien et d'une indigène, sympathique géant que le docteur voit d'un assez bon oeil. Car le Dr Müller, qui pense beaucoup mais n'est guère bavard, a tout du misanthrope et, tout comme il avait peu d'amis en Allemagne, il en est de même bien entendu aux Galapagos. C'est un solitaire, élément que Simenon fait habilement ressortir, voulant peut-être rappeler - peut-être - que les solitaires, animaux ou humains, peuvent se révéler très dangereux, surtout si on les pousse à bout.
Un jour, débarque une famille allemande, les Herrmann, le père, la mère et Jef, le fils de douze/treize ans, qui n'a pas toute sa tête à lui et qui, selon ses parents et les médecins allemands, est tuberculeux. D'où cette irruption aux Galapagos dont le climat, paraît-il, est très bon pour lutter contre cette maladie. Tout en les incitant à s'installer un peu plus haut, dans la montagne, Müller fait contre mauvaise fortune bon coeur et finit par se lier, à sa manière froide et hautaine, à ses nouveaux voisins.
Malheureusement, quand, au tout début du livre, le "San Cristobal" s'amène pour déposer dans ce demi-paradis une certaine comtesse von Kléber, ses deux amants, Nic Arenson et le jeune Kraus (lui aussi tuberculeux et à un très fort degré), sans oublier caisses de whisky, de cigarettes, de conserves, etc, etc ... ainsi que la prétention de bâtir un hôtel ("L'Hôtel du Retour à la Nature"), destiné aux touristes très riches, avec yachts, mondanités et qui ne considèrent en fait la Nature que comme un nouveau jouet à leur seul usage, Müller, en homme intelligent, comprend tout de suite que le Diable vient de s'introduire chez lui. Impérieuse, narcissique au possible, probablement nymphomane, la comtesse, qui prétend avoir des relations, se serait fait accorder la concession de Floréana par le gouvernement de l'Equateur et entend devenir l'impératrice (sic) de l'île.
Tout d'abord prête à faire ami-amie avec Müller, elle aussi saisit vite que ce personnage frêle, sec et hautement intellectuel, est d'une toute autre trempe que les hommes qu'elle est habituée à fréquenter et / ou pour lesquels elle se prend d'une tocade. le raisonnement de Simenon, là encore suggéré, est à la fois simple et logique : l'impuissance masculine et la nymphomanie féminine sont les deux revers d'une même pièce. Par conséquent, rien, absolument rien, ne peut aimanter le docteur vers la beauté et l'entregent de la comtesse. Il y a même pire : chacun pourrait s'apercevoir de ce qu'est l'autre et le raconter à qui il ne faut pas ...
Alors, tout se déglingue ... et évidemment, comme toujours chez l'auteur belge (et dans la réalité, comme vous pourrez le constater sur l'article Web que je vous ai déniché), tout va très, très mal finir. Seule Rita, recueillie par le yacht de lord Baimbridge, pourra revenir sur le continent. Mais elle y reviendra, laissant derrière elle beaucoup de cadavres et de questions.
Précisons qu'elle ne semble n'avoir jamais été suspectée, en tous cas par Simenon, d'avoir une quelconque responsabilité dans cette mini-hécatombe. Dans la réalité, il n'en fut pas tout à fait de même, loin de là.
Ce qui change justement ici, chez le Liégeois, ce sont ces soupçons qu'il laisse montrer le bout de leur nez pointu ici et là, ces indices dont on se demande s'ils en sont vraiment et qu'il dispose là où nous les attendrions le moins. Assurément, l'histoire l'a intriguée mais il ne paraît pas en avoir trouvé la clef. de même, son lecteur en vient-il à suspecter à peu près tout le monde, par exemple de l'étrange disparition de la comtesse et de Nic. Est-ce bien Kraus, lassé de se voir traiter en domestique, qui est responsable de ce double meurtre - car il est impossible que le couple infernal, alcoolique et partouzeur ait pu embarquer sur un voilier quelconque sans que les autres le sachent ? Si oui, qu'a-t-il fait des corps ? Et lui-même, qui veut "mourir en Allemagne", quand il s'embarque avec Larsen pour une ville plus fréquentée, est-il le meurtrier ou la victime du Norvégien ? Car Larsen a été, lui aussi, un temps, l'amant de l'insatiable comtesse ...
Dans le roman, Müller meurt d'une apoplexie que peut expliquer son âge mais qu'il semble avoir prévue. Dans la réalité, il serait décédé après avoir consommé une boîte de conserves avariée. Témoin unique : Rita. Alors, empoisonnement ou pas ? ...
Sous l'étouffant et indifférent soleil de Floréana, les ténèbres, si chères au père de Maigret, s'installent peu à peu et se prélassent. Mais le fil rouge est difficile à trouver - j'avoue que je reste personnellement dans l'expectative. L'angoisse, le suspens montent par degré et avec cette innocence qu'ils savent tous deux si bien feindre - dans les romans comme dans la vie. Bref, "Ceux de la Soif" est un grand livre que je vous conseille de lire au moins deux fois, pour bien enregistrer ce qui y est ... et ce qui n'y est pas alors que cela devrait y être. C'est du grand, du très grand Simenon. Et du plus subtil. Dans la tradition de "Long Cours" ou du binôme Donadieu : "45° A L'Ombre" et "Le Testament Donadieu."
Seulement, pour une fois, l'auteur vous laisse vous faire votre opinion personnelle.
Enfin, si vous y parvenez ;o) car vous pourrez vous endormir en pensant fermement blanc et vous réveiller le lendemain en vous traitant d'imbécile et en pensant noir. ;o)
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LauraLesmotsdesautres
  24 décembre 2020
Ce roman de Georges Simenon, Ceux de la soif est inspiré d'un fait divers assez fou découvert dans l'Atlas des îles abandonnées. Au large de l'Equateur, Floreana est une île où se joue dans les années 30 une fresque rocambolesque. Dore Strauch et le Dr Friedrich Ritter quittent leurs époux respectifs pour s'y installer, créer une petite ferme et vivre au plus près de la nature dans le plus simple appareil. En 1932, une soi-disante baronne, Eloïse Wagner de Bousquet débarque sur l'île avec deux acolytes : Lorenz et Philippson. Son objectif, créer une hacienda et développer le potentiel économique et touristique de l'île. Tout ce petit monde a bien du mal à cohabiter. En 1934, la baronne et Philippson disparaissent, le squelette de Lorenz est retrouvé sur la plage d'une île voisine et le Dr Ritter meurt des suites d'une intoxication. Seule Dore réussit à en sortir indemne. George Simenon s'est librement adapté de ce fait divers. Il a changé le nom des personnages et en a ajouté d'autres. Mais sur le fond, il réussit parfaitement à révéler le caractère angoissant d'une telle vie coupé de tout avec pour seuls compagnons des individus qui ne peuvent pas se voir en peinture. Mention spéciale à la baronne d'ailleurs qui est totalement insupportable ! À plusieurs reprises, on se demande très justement si tout ceci ne va pas se terminer en meurtre ... Un roman assez fort quand on sait qu'il y a eu une réalité
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tristantristan
  06 décembre 2017
Ailleurs l'herbe n'est pas plus verte, car les problèmes vous suivent ou vous attendent au retour.
belle démonstration, toujours glaciale par le Maître.
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nicoel
  14 septembre 2019
Un chef d'oeuvre de Simenon
À l'origine, un fait divers étonnant que Simenon pétrit et remodèle à sa façon.
À l'arrivée, un roman sur les illusions de la vie sous les tropiques.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   02 mai 2016
[...] ... C'était l'heure de la visite d'Herrmann et quand celui-ci arriva, il trouva le professeur agité.

- "Que se passe-t-il là-haut ?" lui demanda Müller à brûle-pourpoint.

- Que voulez-vous dire ?

- Qui est-ce qui a tripoté cette nuit avec l'eau ? Ne mentez pas. La source ne peut pas s'être tarie du jour au lendemain ...

- J'allais justement vous en parler ... Cette nuit, j'ai entendu du bruit et je me suis levé ... Vous savez, n'est-ce pas ? que la comtesse avait très peu de réserve d'eau de pluie ? ... Ma femme lui a dit l'autre jour que le ruisseau ne tarderait pas à être à sec ... Cette nuit, avec Nic, elle a travaillé à remplir ses barriques ...

- Venez avec moi."

Ce n'était plus Mülller le philosophe. Il avait le même air buté qu'un paysan qui va faire une réclamation au châtelain du village. Chemin faisant, il ne desserra pas les dents et il passa près de Jef sans le remarquer.

Il n'entra pas chez la comtesse, mais se dirigea vers la source qui recommençait à produire un peu d'eau.

On devait l'observer de la véranda. Herrmann le suivait, balourd. Lui allait et venait comme un enquêteur et il pénétra dans le jardin pour s'assurer du contenu des barils.

Alors seulement il gravit les quelques marches de la maison et se trouva devant la comtesse, qui venait au-devant de lui, souriante.

- "Quelle bonne surprise, professeur ! ... Excusez-moi de vous recevoir en ce négligé ..."

Nic se rasait dans la pièce suivante, où on le voyait debout devant un miroir.

- "Il n'y a pas de surprise et il ne s'agit pas de me recevoir. Il s'agit de l'eau.

- Quelle eau ?" s'étonna-t-elle, surprise.

- De l'eau que vous nous avez prise cette nuit."

Elle essaya de rire.

- "Vous m'accusez d'avoir volé de l'eau ?

- Exactement. La source nous appartient à tous. Son débit diminue de jour en jour et il est injuste qu'une seule personne en profite pour faire des provisions.

- C'est Herrmann qui nous a espionnés ?"

On en était là ! Les mots vol, propriété, espionnage à propos d'un peu d'eau ! ... [...]
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WolandWoland   02 mai 2016
[...] ... - "Professeur Müller ?"

Sans doute l'humble Herrmann ne fut-il jamais si gêné, ni si fier de sa vie. Les cinq habitant de l'île étaient réunis sur la plage à regarder la baleinière s'approcher. L'inconnue se dressait à l'avant, toujours dans une attitude de figure de proue et, au moment où le canot raclait le sable noir, elle bondissait, étreignait les deux mains d'Herrmann.

- "Ce n'est pas moi ..." balbutia-t-il en désignant Müller qui tournait exprès le dos avec un air grognon.

- Oh ! pardon ... professeur ... Il faut que je vous dise ma joie de vous embrasser ... J'ai lu tous vos ouvrages ... Je suis l'une de vos disciples passionnées comme vous en avez dans toutes les parties du monde ..."

Müller faisait de tout petits yeux et la femme, apercevant les seins nus de Rita, s'exclamait avec un faux entrain, comme une femme du monde qui entre dans un salon :

- "C'est là votre charmante compagne ?"

Elle embrassait Rita à son tour. Rien ne pouvait l'arrêter. Seule elle parlait, seule elle s'agitait dans le soleil et des demi-cercles de sueur se dessinaient sous ses bras.

- "Pardon, mais j'oublie de me présenter ! ... Comtesse von Kleber. Nic ! ... Approchez, que je vous présente ... Nic Arenson, un de mes maris et mon aide de camp ... A votre tour, Kraus ... Un jeune homme qui a quitté papa et maman pour me suivre ..."

Rien ne la démontait, ni le silence de Müller, ni le va-et-vient des matelots équatoriens qui commençaient à entasser des colis sur la plage.

Faute d'une autre inspiration, elle prit Rita par les épaules, tendrement.

- "J'espère que nous serons amies et que vous aurez les mêmes idées que moi. Demain je serai nue aussi. Je ne suis pas jalouse. Et vous ?" ... [...]
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Faire littérature à partir de faits divers constitue un genre en soi, popularisé notamment par Capote, Carrère ou Jablonka. Lien entre travail journalistique et écriture au long cours, dimension romanesque, importance des aspects sociologiques : on brûle d'entendre Florence Aubenas, autrice du grand succès le Quai de Ouistreham (2010, L'Olivier) et Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du Prix Première 2021, sur ces sujets. Née à Bruxelles, Florence Aubenas adore Simenon. de permanence au Monde, journal où elle écrit aujourd'hui, un coup de fil lui inspire le sujet de L'inconnu de la poste (L'Olivier). Qui a sauvagement assassiné Catherine Burgod, employée de la poste à Montréal-la-Cluse, dans l'Ain ? On soupçonne Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1990, marginal qui n'a jamais coupé les ponts avec le milieu du cinéma. Aubenas refait l'enquête, rencontre l'acteur qui finit par disparaître subitement et livre cet ouvrage captivant, tendu, construit comme un roman, bel exemple de littérature du réel. Journaliste et chroniqueur judiciaire, Dimitri Rouchon-Borie, a fait sensation en janvier avec le démon de la colline aux loups (Le Tripode). Dans ce texte très fort, qui semble avoir été écrit comme en apnée, à la ponctuation presque absente, il donne la parole à Duke, enfant sacrifié devenu adulte violent. de façon très troublante, son éveil à la conscience nous fait le considérer tour à tour en victime ou en coupable.
Une rencontre diffusée dans le cadre de la Foire du Livre de Bruxelles 2021.
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