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ISBN : 2743623799
Éditeur : Payot et Rivages (22/08/2012)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 92 notes)
Résumé :
C'est l'histoire de Lilia, enlevée à 7 ans par son père, et de la longue cavale qui dura toute son adolescence.C'est l'histoire de Christopher, le détective engagé par la mère de Lilia pour la retrouver, et de sa fille Michaela, qui rêvait d'être funambule avant de finir dans une boite minable de Montréal.Michaela sait ce que Lilia a toujours ignoré : la raison de sa cavale.C'est enfin l'histoire d'Eli,étudiant passionné par les langues et la fragilité des sentiment... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  26 août 2018
Avec Emily St.John Mandel, j'avais commencé par la lecture du formidable « Station Eleven », c'est-à-dire dans le désordre, mais peu importe car aujourd'hui je voudrais dire quelques mots sur « Dernière nuit à Montréal », d'un genre tout à fait différent et qui est son premier roman.
C'est un véritable road movie (ou road trip ? Ou les deux?). Cela démontre donc que cette jeune auteure canadienne a de multiples facettes à son talent.
L'histoire est écrite en quatre parties où les personnages principaux sont décrits et comporte de nombreux flashbacks.
On trouve Lilia sortant de chez elle et disant à son compagnon, Eli, qu'elle va acheter le journal. Mais elle ne revient pas. D'ailleurs, le livre commence ainsi : « Personne ne reste pour toujours. le matin de sa disparition, Lilia se réveilla de bonne heure et demeura un moment immobile dans son lit. C'était le dernier jour d'octobre. » (p.11). Pourtant, « Ç'avait été une matinée comme les autres, délicieusement ordinaire à tous égards. » (p.12)
Finalement inquiet, Eli va partir à sa recherche. Ce faisant, au fil de la lecture, on apprend que toute jeune (à 7 ans) Lilia avait disparu de chez sa mère et emmenée par son père, emmenée de son plein gré car elle n'aimait pas sa mère qui ne ressentait, d'ailleurs, pas une grande affection pour elle. Elle lui préférait son frère Simon.
Les chapitres vont donc alterner entre la quête d'Eli pour retrouver Lilia – ce qu'a vécu celle-ci lors de sa cavale avec son père en traversant les États-Unis, passant d'une chambre d'hôtel à une autre. Elle sert de copilote à son père car c'est elle qui a la carte routière.
Pendant qu'Eli la recherche, on voit que quatorze ans, plus tard Lilia continue de fuir. C'est plus fort qu'elle.
Mais outre ces personnages, on va aussi rencontrer Christopher, un détective privé engagé par sa mère.
Il y a aussi Michaela, une ancienne amie de Lilia qui, un jour, envoie un message à Eli : « Elle est ici. Venez au Club Electrolite, rue Sainte-Catherine, et hissez un drapeau blanc sur la piste de danse. Je vous verrai. Ne tardez pas. Michaela. » (p.58).
On suit donc Eli à la recherche de sa compagne.
On suit Lilia, dans ses souvenirs. Quand son père lui a proposé de se « poser un peu », elle a répondu : « Je ne veux pas m'arrêter.
C'était vrai, et cela faisait maintenant plus d'un an qu'elle écrivait des messages en ce sens dans des bibles de motel. Lilia considérait les bibles de motel comme une sorte de tableau d'affichage où l'on pouvait laisser des petits mots à l'intention des voyageurs qui venaient ensuite. » (p.53). Dans ses messages, elle écrivait : « Je ne veux pas qu'on me retrouve. »
« Ce que voulait Lilia, c'était voyager, mais pas seulement cela : elle voulait être une citoyenne de partout, insouciante et capable de s'envoler instantanément. » (p.81)
On assiste avec Christopher à son enquête, après avoir quitté sa femme qui s'en moque un peu mais également sa fille, Michaela qui va s'avérer être celle qui connaît Lilia….
Embrouillaminis pensez-vous ? Non, pas du tout.
Le tout est fort bien construit, émouvant très souvent.
Et pourquoi Michaela hésite-t-elle autant à révéler la planque de Lilia ? Elle ne le fera qu'à une seule condition : celle de tout savoir sur un certain accident de voiture. Chose qu'Eli ne désire pas dévoiler mais c'est la condition sine qua non. Alors les jours passent sans résultat et pas de Lilia.
On trouve dans cet ouvrage de nombreux destins parallèles mais qui, parfois, se croisent – des illusions perdues – de la solitude et du chagrin…
Je peux dire que la vie de Michaela ne tient qu'à un fil car pour se changer les idées, elle est funambule (on le verra dans le livre).
Eli va-t-il enfin retrouver Lilia ?
Le dénouement est assez inattendu et au lieu de dire que ça prend aux tripes, je dirai aussi que ça donne un très gros pincement au coeur.
Il y a également un problème de mémoire et à ce sujet, lors d''une interview au Festival du Polar en 2017, Emily St.John Mandel avait répondu : « Ne pas se souvenir, c'est se préserver. »
Comme j'aime bien noter quelques critiques au sujet des livres, cette fois j'ai relevé celle du Journal « Le Monde « (en 2016) : « L'écrivaine canadienne est née sur une île au large de Vancouver. Elle vit aujourd'hui à Brooklyn, New York – sur Long Island. Et ses livres déploient des archipels. »
Pour ma part, c'est une fiction bien écrite et qui ne fait que confirmer mon admiration pour Emily St. John Mandel.
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caro64
  14 janvier 2013
Dernière nuit à Montréal est le premier roman de l'auteure canadienne Emily St. John Mandel. Et quel roman ! Un roman noir vraiment atypique qui réussit la gageure de vous tenir en haleine de bout en bout tout en vous bouleversant.
Pourquoi Lilia s'est-t-elle brusquement volatilisée ce matin d'octobre de l'appartement new-yorkais qu'elle partage avec son petit ami Eli ?
 Assommé par cette absence inexplicable et aiguillonné par son amour pour la belle jeune fille, Eli va se lancer sur ses traces sans se douter que cette disparition fait écho au secret de Lilia enlevée à l'âge de 7 ans par son père et que sa recherche croise à quelques années de distance celle du détective privé Graydon, engagé par la mère de la fillette afin de retrouver les fugitifs. le roman va adopter alternativement dans chaque chapitre ce double point de vue : ces récits de fuite et de poursuite se répondent pour se rejoindre finalement au gré d'un "road-story" entre les États-Unis et le Canada. Mais plus Eli et le privé semblent se rapprocher de la résolution de l'énigme, plus le mystère s'épaissit autour de l'insaisissable Lilia qui écrit intentionnellement des messages laissés dans les bibles des motels où elle échoue provisoirement avec son père, comme autant de bouteilles jetées, d'indices semés et adressés à Graydon troublé par leur étonnant contenu : "Arrêtez de me chercher. Je n'ai pas disparu ; je ne veux pas qu'on me retrouve. Je désire rester volatilisée. Je ne veux pas rentrer à la maison." D'autres personnages s'avèrent emportés malgré eux dans cette quête obsessionnelle qui va gagner le lecteur, suspendu comme Eli aux lèvres de la fille du détective, la fragile Michaela qui va incarner une sorte de Schéhérazade, retardant toutes les nuits le dévoilement d'un mystère dont elle seule est la gardienne.
On va donc suivre avec le plus vif intérêt ces quatre personnages troublants. La singulière héroïne, qui traverse la vie en surface, envoûte les hommes et les femmes qui croisent sa route chaotique. Hélas, comme une malédiction, ceux qui approchent trop près de son mystère finissent par s'y blesser. Ce roman offre une belle réflexion sur la manière dont la langue nous permet de percevoir le monde et sur l'importance des souvenirs et la faculté de la mémoire d'occulter certains évènements pour permettre à l'homme de grandir. L'intrigue du récit se porte alors, non pas sur les raisons qui ont porté le père de Lilia à enlever sa fille, on le pressentira dès les premières pages, mais sur la découverte par la jeune fille d'une vérité à laquelle il n'est pas toujours facile de faire face ! le tout repose sur une belle écriture. Emily St. John Mandel adopte un style sensible et poétique, inédit dans l'univers âpre du polar. Impeccablement bien construit, ce surprenant et fascinant roman distille une atmosphère de mélancolie et de déréliction qui vous gardera longtemps sous son emprise. Une excellente surprise, et bien évidemment un auteur prometteur à suivre !
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elodiekretz
  13 février 2019
Station Eleven, mon premier coup de coeur de 2019, m'a réconciliée avec le genre du post-apocalyptique que je pensais ne pas aimer. Il m'a surtout ouvert les portes d'une auteure sensible et qui sait camper ses personnages avec une profondeur rare. Je me suis donc empressée de poursuivre ma découverte de son univers avec Dernière nuit à Montréal.
Habituellement, je lis les livres dans leur ordre de parution et là ce n'est pas le cas. Premier roman de l'auteure, Dernière nuit à Montréal est moins abouti selon moi, moins immersif immédiatement aussi. Mais quel premier roman. Il m'a fallu une cinquantaine de pages pour rentrer dans le livre mais ensuite la magie a opéré a plein.
Ce livre est un objet polymorphe. Il commence par nous raconter une histoire simple : une jeune femme, Lilia, quitte un homme, Eli. Ou plutôt elle disparaît. "Personne ne reste pour toujours. le matin de sa disparition, Lilia se réveilla de bonne heure et demeura un moment immobile dans son lit. C'était le dernier jour d'octobre. Elle dormait nue." Eli aime Lilia et ne peut se résoudre à son départ sans un mot, il part donc à sa recherche. La situation est plus complexe qu'il n'y paraît : enlevée par son père en pleine nuit lorsqu'elle avait 7 ans, Lilia a sillonné les routes des États-Unis avec lui pour échapper à la police. Elle a contracté le virus du voyage. Elle ne parvient plus à poser ses valises, elle collectionne destinations et amants et part parce qu'elle ne sait plus faire autrement.
Ce livre alterne les points de vue de Lilia, d'Eli mais aussi de Christopher, le détective privé que la mère de Lilia avait engagé pour retrouver sa fille et de Michaëla, la fille de ce dernier, meurtrie et à jamais traumatisée car l'enquête a accaparé son père et atomisé sa famille. Dernière nuit à Montréal passe aussi d'une époque à l'autre, d'aujourd'hui où Eli recherche Lilia à plusieurs moments de la longue errance du père et de la fille et d'un lieu à l'autre avec cette ville de Montréal dans laquelle semble s'être réfugiée Lilia qui fascine et effraie le lecteur. Ah cette description du froid implacable à travers le regard d'Eli, new yorkais pourtant qui découvre ce que le froid implique...Les genres sont multiples : road trip, roman d'amour, roman sur les liens familiaux, réflexion sur l'inéluctabilité du voyage pour certains humains et roman noir aussi car l'enlèvement de Lilia cache un secret que seule Michaëla connaît... alors que Lilia connaît les coulisses d'un accident arrivé au père de Michaëla.
Cette multiplicité de personnages, d'époques et de genres est déroutante au départ car Emily St John Mendel nous livre des bribes d'informations dans des chapitres courts voire très courts. Elle ne nous perd pas mais on se demande quand même quel est le but du voyage qu'elle nous propose. Et ensuite, le fil se met en place et elle nous embarque totalement. Elle écrit vraiment sublimement et sait nous capter et nous faire réfléchir. Elle excelle aussi à peindre des personnages, en profondeur, avec un talent incroyable pour les faire exister et les rendre vivants our nous. Un grand bravo au traducteur de ce livre Gérard de Chergé de savoir faire ainsi résonner les mots. Si je ne devais employer qu'un seul mot pour parler de ce livre, je dirais ENVOÛTANT.
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Rebus
  22 octobre 2013
Lilia est enlevée une nuit d'hiver par son père. Pendant des années, ils mènent une vie de fugitifs, changeant de prénoms, de couleur de cheveux, de voitures, de motels, et de passé…
Lilia ne sait pas pourquoi son père l'a kidnappée, et c'est la réponse à cette question qui la fait partir à chaque fois. Elle ne sait pas comment rester, Lilia, elle qui a laissé pendant des années, dans les bibles des motels, des messages demandant à ce qu'on arrête de la chercher…
A chaque chapitre, on change de personnages et d'époque : dans le présent avec Eli, le dernier amoureux de Lilia, abandonné et voulant la retrouver. Puis dans le passé et aussi dans le présent avec Michaela, qui est elle-même en quête d'une réponse concernant son propre père. Enfin, avec le récit de Lilia elle-même, on retourne dans le passé, où on la croise à des âges différents.
Pas de meurtre ni d'enquête classique dans ce roman. Ici, on parle de disparition, de fuite en avant, de souvenirs, d'absence de souvenirs .On s'interroge sur la vie, sur le pourquoi et le comment.
J'ai cependant trouvé que le récit s'enlisait parfois, notamment pendant les rencontres entre Eli et Michaela, j'aurais aimé un peu plus de rythme.
L'auteur a toutefois su traduire la solitude de l'âme humaine et cette quête de l'existence, le fait de trouver sa place et de vivre sa vie, ou non.
Un livre original et mélancolique.
Merci à Babelio et sa Masse Critique pour m'avoir fait découvrir ce roman et cet auteur.
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tchouk-tchouk-nougat
  10 octobre 2013
Quand j'ai ouvert les premières pages de "Dernière nuit à Montréal" j'ai tout de suite été intriguée. Intriguée et un peu déroutée aussi par ce roman atypique qui raconte l'errance d'une petite fille enlevée par son père, qui , elle, ne quitte jamais la route. Un road movie palpitant qui nous tient en haleine par des personnages attachants avec leur part d'ombre plus importante que leur part de lumière. Un road movie qui nous entraine toujours plus loin dans le sillage des héros, toujours plus loin dans les pages, jusqu'à en avoir le coeur en guise de marque page.
J'ai été un peu perturbée par ces nombreux paragraphes qui se rient de l'ordre chronologique. On repart en arrière : 1 mois, 1ans, présent, 5 ans, enfance, présent, 2 semaines, 4 ans, 7 ans , enfance, présent, présent,... Tellement qu'on a parfois du mal à savoir quel âge à le personngae à ce moment, où est-ce qu'il en ait de son parcours.
Mais après plusieurs chapitre j'ai senti la logique. L'évolution n'est pas chronologique elle suit la prise de conscience des différents héros. C'est à la fois beau, touchant et triste. Profondément triste de découvrir ses existences marquée à vie par une absence envahissante, jusqu'à la névrose la plus ancrée. L'absence d'une vie stable, l'absence de parents, l'absence d'action, l'absence d'un être aimé,... Et à la fin du livre, pendant cette dernière nuit dans le froid polaire de Montréal, quand toutes les explications et les souvenirs trouvent leurs places dans leurs esprit, les héros s'en releveront plus fort, grandis. Ou pas...
Quand on referme la dernière page une impression étrange étreint le coeur. de la tristesse? Pas vraiment. c'est autre chose mais c'est pas facile à décrire. Une émotion poignante en tout cas. Un beau roman. Triste et noir. surtout noir. Mais non dénué d'espoir de dépasser ses névroses et de repartir dans une nouvelle vie, plus adaptée à ce que l'on aspire.
Merci aux éditions RIVAGES/NOIR et à Babelio qui m'ont fait découvrir ce livre grace à la masse critique.
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critiques presse (1)
Telerama   03 octobre 2012
Pour son premier roman, la Canadienne Emily St. John Mandel réussit une fiction qui se déploie et se referme sans cesse, une oeuvre originale et bouleversante sur le thème de la perte et ses répercussions sur tous ceux qui n'en guériront jamais.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
elodiekretzelodiekretz   14 février 2019
Je voulais être son étoile polaire. Je voulais être sa carte routière. Je voulais boire du café avec elle le matin et réaliser des choses, comme toi, comme elle, au lieu de juste philosopher sur ces choses et de décortiquer leurs innombrables niveaux de signification, comme autant de poupée russes. J'étais seul avant de la rencontrer. Je voulais disparaître avec elle, l'incorporer dans ma vie. Je voulais être sa boussole. Je voulais être son dernier locuteur, son interprète, sa langue. Je voulais être son traducteur, Red, mais aucune des langues que nous connaissions ne nous était commune.
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elodiekretzelodiekretz   11 février 2019
Personne ne reste pour toujours. le matin de sa disparition, Lilia se réveilla de bonne heure et demeura un moment immobile dans son lit. C'était le dernier jour d'octobre.
Commenter  J’apprécie          10
elodiekretzelodiekretz   11 février 2019
Ce que voulait Lilia, c'était voyager, mais pas seulement cela : elle voulait être une citoyenne de partout, insouciante et capable de s'envoler instantanément
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Charybde2Charybde2   27 juillet 2016
Le lapin connut une brève renommée sur le plan local : deux journaux régionaux publièrent des photos de lui, ses yeux ronds tournés vers le ciel. Ce fut Simon qui le récupéra, cet après-midi là, une fois que les photographes eurent terminé leur travail. Il le déposa dans la baignoire et resta un moment assis sur le bord à observer la petite flaque d’eau bleutée qui se formait tout autour, après quoi il le mit dans le sèche-linge. Assis sur une caisse de lait retournée, il regarda par le hublot le pain tournoyer dans tous les sens. Lorsque Simon le sortit de la machine, le lapin était tout chaud mais encore humide, alors il le remit dans le sèche-linge et le regarda encore tourbillonner jusqu’au moment où, la vue brouillée, il dut détourner les yeux. Sa mère pleurait à gros sanglots dans la cuisine, parlant de Lilia et du père de la fillette, expliquant qu’il avait toujours su qu’il ferait une chose de ce genre et que c’était pour cette raison, au départ, qu’elle avait obtenu l’ordonnance restrictive du tribunal. Il y avait des agents de police partout, et certains d’entre eux voulurent parler à Simon. Il répondit aux questions d’une voix polie, monocorde, proférant essentiellement des mensonges ; quand ils eurent fini avec lui, il emporta le lapin dans sa chambre et le posa sur une serviette pliée, dans le coin du lit. Le lapin n’était pas encore complètement sec, mais Simon n’avait pas envie de rester plus longtemps en bas.
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Charybde2Charybde2   27 juillet 2016
La majorité des langues, lui annonça-t-il solennellement, sont appelées à disparaître. Voyant qu’elle semblait toujours aussi intéressée, Eli dégaina ses statistiques favorites, comme il l’eût fait d’une Rolex : sur les six mille langues actuellement parlées sur terre, quatre-vingt-dix pour cent sont en danger et la moitié n’existeront plus d’ici la fin du siècle prochain. Quelques rares optimistes nourrissent l’espoir d’en sauver une poignée ; la plupart se contentent d’espérer qu’on pourra garder la trace d’une fraction de ce qui aura été perdu. Son travail, lui expliqua-t-il, était en partie une reconstitution, en partie une thèse, en partie un requiem. Elle écoutait en silence, apparemment captivée, en posant des questions intelligentes juste au moment où il se disait que son intérêt ne pouvait en aucun cas être sincère. Elle lui dit d’un ton badin qu’elle était habituée à des escamotages beaucoup plus localisés : individus, chambres de motel, voitures. Elle n’avait pas l’habitude des disparitions à plus grande échelle. Imaginez, lui dit-il, qu’on perde la moitié des mots utilisés sur terre. Mais ce qu’il essayait d’imaginer, en réalité, à cet instant, c’était l’effet que ça ferait de l’embrasser dans le cou. Elle hocha la tête sans le quitter des yeux.
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Entretien avec Emily ST. John Mandel.
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