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ISBN : 2072836751
Éditeur : Gallimard (07/02/2019)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 332 notes)
Résumé :
« En Sibérie, dans les glens écossais, les criques de l’Égée ou les montagnes de Géorgie, les héros de ces quinze nouvelles ne devraient jamais oublier que les lois du destin et les forces de la nature sont plus puissantes que les désirs et les espérances. Rien ne sert à l’homme de trop s’agiter dans la toile de l’existence, car la vie, même quand elle ne commence pas très bien, finit toujours mal. Et puis une mauvaise chute vaut mieux qu’une fin insignifiante. » Sy... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
meyeleb
  31 mai 2012
Avant d'entrer Dans les forêts de Sibérie, j'ai voulu emprunter les sentiers détournés des nouvelles de Sylvain Tesson, un très bon moyen de tâter le style de l'auteur.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que les paysages y sont rugueux et sauvages! Phare offert à l'assaut des tempêtes, îlot de survie au milieu du Pacifique, cabane au coeur de la Sibérie hivernale, autant de lieux de solitude qui placent l'homme face à lui-même.
Car la question que pose Tesson dans ses nouvelles est bien celle du bonheur des hommes dans la société moderne. J'ai beaucoup aimé la distance qu'il adopte à cet égard. Cette distance met en lumière les tréfonds d'une âme asservie par le matérialisme (voir à ce propos la nouvelle "le sapin", explicite), Ainsi de cet éleveur de porc en batterie qui ne supporte plus de voir souffrir ses bêtes, de ces marins qui s'entretuent pour un trésor, de ces lettres d'insultes ou de rupture échouées lors d'un naufrage ; autant d'exemples de cette dépendance qui rend fou, haineux, fragile...
Et puis au coeur de ces nouvelles, souveraine, généreuse ou indifférente, c'est selon, dame Nature, qui subit, endure, juge et lave les maux des hommes. L'esprit de l'arpenteur des grands espaces nous parle, le wanderer que nul lien n'attache.
Au final, cette vision assez pessimiste de l'homme donne à réfléchir. Vite, un grand bol d'air frais, la Sibérie m'attend!
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LesPetitesAnalyses
  24 novembre 2019
En novembre, le vent ne doit pas forcer son talent pour déshabiller les arbres et fournir, aux entrées des librairies, une offrande de feuilles brunes. le propriétaire peut s'évertuer à refuser ce cadeau de saison, ses quelques coups de brosse ne font pas le poids contre la technique du « Je t'apporte un nouvel arrivage de feuilles mortes dès que tu auras le dos tourné ». C'est seulement au bout de quelques jours que l'homme s'avouera vaincu par la nature et admettra que ce nouveau tapis de sol va de pair avec l'automne.
En poussant la porte de la librairie, le client se retrouve à shooter dans les feuilles de l'entrée tout en posant son regard sur d'autres objets de saison: Les bandeaux écarlates des prix littéraires fraîchement décernés. Mis bien en évidence sur les étagères, ils sont là pour nous rappeler que l'on ne parle plus que d'eux dans le milieu littéraire. Leurs auteurs sont de tous les médias. Radio, télévision, internet, presse écrite, il faut être sourd et aveugle pour ne pas savoir que Sylvain Tesson est le dernier prix Renaudot.
Depuis son ascension médiatique il catalyse des réactions opposées, les uns saluant sa plume littéraire et les autres trouvant son aura surestimée. Les références qu'il égrène dans certains de ses ouvrages peuvent en rebuter plus d'un, tout comme son style élégant peut vous emporter dans des contrées lointaines en l'espace d'un aphorisme. Au delà de ces considérations subjectives, Sylvain est le fils d'un homme influent en la personne de Philippe Tesson (journaliste, chroniqueur, propriétaire d'un théâtre et d'une maison d'édition). Il est donc raisonnable de penser que le phénomène Sylvain Tesson est autant dû à un indéniable talent qu'à une excellente situation. Tout ce battage médiatique autour de l'auteur français aura finalement produit, pour ma part, un effet de bord: Détourner mon attention de son dernier ouvrage — La panthère des neiges — et remonter dans sa bibliographie pour tomber sur ce recueil de nouvelles: Une vie à coucher dehors. Analyse.
Dès les premières page, on se rend compte que l'on ne va pas voyager dans des paysages de cartes postales mais dans quelques contrées rugueuses où l'Homme est remis à sa juste place, c'est à dire un infime détail égocentré dans l'immensité du monde. L'auteur français, géographe de formation nous emporte dans son sac à dos sur l'immense territoire de l'ex-URSS, dans l'Écosse traditionnelle, au bord des Cyclades ou encore au coeur du Moyen-Orient, pour nous conter des histoires où nos travers d'humains et nos croyances tournent au ridicule quand on prend un peu de hauteur:
“Ce chantier fut montré en exemple dans le pays comme un modèle de sécurité. Pour cent kilomètres d'asphaltage, on ne déplora que trois incidents. Un ouvrier à court de vodka s'était perforé l'intestin en avalant de l'antigel pour fêter le premier kilomètre. Un autre avait parié qu'il garderait son pied le plus longtemps possible sur la chaussée au passage du compresseur et gagna son pari. Enfin on retrouva le cadavre d'un contremaître à bord d'une pelleteuse retournée dans la rivière: il l'avait empruntée une nuit de cuite “pour chercher des provisions”. Il y a toujours sur la route de Tsalka un petit monument votif construit en sa mémoire".
Les quinze nouvelles touchent à des sujets aussi divers que sont le féminisme, l'animalisme, l'écologie et l'Histoire. Il n'est pas rare que le propos soit appuyé avec vigueur, comme dans la nouvelle le bug où l'on suit la soudaine apparition d'un soulèvement féministe aux quatre coins de la planète. Les femmes prennent leur revanche sur les hommes à coup de meurtres symboliques. Dans cet exemple précis, Sylvain Tesson use de grandiloquence et pare les situations de ridicule pour mieux souligner la bêtise humaine — celles des hommes en l'occurrence.
Au niveau stylistique, l'écrivain, qui a reçu le prix Goncourt de la nouvelle en 2009 pour ce recueil, diversifie ses structures narratives. On y retrouve tantôt un genre épistolaire (Les porcs), tantôt purement descriptif, sans oublier des constructions hybrides qui mêlent plusieurs genres (le courrier). Au delà du style, les quinze nouvelles partagent un même effet de surprise. L'épilogue de chaque texte est un coup de théâtre moral qui nous invite à questionner le monde dans lequel nous vivons.
Quant aux critiques, on pourrait reprocher à Sylvain Tesson d'utiliser sa connaissance de l'Histoire pour afficher ses références sans que cela ne s'insère avec une nécessaire lisibilité. Je pense notamment à la première partie de la nouvelle le naufrage qui nous plonge au coeur d'une bataille dans la Grèce antique et qui semble s'adresser à des spécialistes de cette période particulière de l'Histoire. On pourrait aussi noter, toujours pour cette nouvelle, quelques relents de la fiction de Tarass Boulba mais est-ce critiquable que de faire des emprunts à un auteur tel que Nicolas Gogol pour donner du corps à un écrit?
En conclusion, ce recueil de nouvelles a véritablement lancé la carrière d'écrivain de Sylvain Tesson. Il n'a pas volé son prix littéraire tant il arrive à installer un souffle différent dans chacune de ses quinze nouvelles. Son amour du vivant y côtoie une certaine misanthropie mais je pense qu'il s'agit là d'une manière de mettre en relief notre travers d'être humain souvent trop centré sur lui-même. Et le moins que l'on puisse dire c'est que cela fonctionne puisque j'ai avalé d'une traite les deux cent pages d'Une vie à coucher dehors.
Lien : https://lespetitesanalyses.c..
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raton-liseur
  01 octobre 2013
J'ai hésité avant d'acheter ce livre, me disant que l'on en faisait trop des gorges chaudes pour qu'il soit bien, mais la curiosité l'a emportée, je voulais découvrir cet écrivain voyageur, ou ce voyageur écrivain, et je voulais me laisser convaincre et emporter sur les routes.
Hélas, ce fut une déception. Ces nouvelles sont convenues et prévisibles. L'absence de suspens ou de tension ne me déplaît pas nécessairement lorsque le texte est servi par une plume personnelle. Mais là aussi, le style est convenu et prévisible. Je dois donc avouer que, malgré les paysages que l'on traverse et qui devraient couper le souffle, je me suis ennuyée, et n'ai persévéré que bercée par l'illusion que la prochaine nouvelle serait mieux.
Certains diront peut-être que je suis blasée, cynique, mais je n'ai pas aimé les sentences dont Sylvain Tesson parsème ses nouvelles, dans des phrases qui se veulent lapidaires mais qui sont des lieux communs cent fois entendus (« Dans les pays pauvres, les pauvres sont maigres, mais dans les pays riches, ils sont gros. », p. 116, “Le naufrage”) ou que l'auteur répète lui-même, comme cette formule utilisée deux fois à à peine vingt pages d'intervalles : « L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est quand ils vivent trop près. » (p. 159, “L'île”) puis « L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'éventualité qu'ils arrivent. » (p. 181, “La crique”).
Alors certes, les nouvelles “Le lac” et peut-être “Le phare” (avec une des rares formules qui m'ont arraché un sourire, « En Bretagne, même la mer fait de la crème. », p. 198) ne sont pas désagréables, mais elles ne compensent pas à elles seules les faiblesses du reste du livre, qui manque tout autant d'imagination que de style. Je retourne donc de ce pas vers tous ces autres écrivains voyageurs que nous a donné le XIXème siècle ou d'autres plus récents, pour y retrouver cette plume qui me fait voyager et voir les paysages et les gens que je ne rencontrerai jamais.
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folivier
  06 décembre 2012
Quinze nouvelles nous contant le tragique de l'homme. Sylvain Tesson nous fait voyager dans le temps et dans l'espace avec un fil conducteur au-travers de ses textes : la fatalité, le destin, la nature au-dessus des hommes. Il nous propose une vision assez pessimiste et tragique de la vie et de nos sociétés. Des textes très bien écrits, avec de magnifiques passages pour décrire l'hiver sibérien notamment.
J'ai particulièrement apprécié la très courte nouvelle intitulée "La particule" qui nous décrit la vie éternelle d'un atome, illustrant d'une manière très original le précepte de Lavoisier "rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme", ainsi que "Le bug", nouvelle futuriste imaginant la révolte des femmes mettant fin à une période dite de l'âge sombre ayant débutée "le jour où quelques prophètes étourdis de soleil avaient décrété que la femme était un os surnuméraire sorti du flanc de l'homme", ainsi que la discussion sur les bienfaits de la société de consommation par deux déportés soviétiques en pleine hiver sibérien.
Un très bon et beau recueuil de nouvelles qui se dévore d'une traite
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LN
  05 janvier 2011
Ces nouvelles sont toutes admirablement bien construites, entrainant allègrement le lecteur dans des univers très différents pour finalement le surprendre par une chute brutale inoubliable.
Sylvain Tesson, écrivain-voyageur nous offre un pan de son expérience de voyageur en plantant le décor de ses nouvelles dans des régions diverses du monde : L'asphalte se passe en Géorgie dans un petit village, le personnage principal Edolfius se battant pour qu'une véritable route desserve son village, et non plus une simple piste de cailloux, Les porcs aborde le sujet de l'élevage intensif au pays de Galles, La statuette est celle trouvée près d'une mine par un démineur en Afghanistan…
Il nous permet ainsi non seulement de découvrir des paysages variés mais aussi de nous familiariser avec des modes de vie et de pensée autres. Par exemple dans le bug, il nous livre en quelques lignes plusieurs révoltes de femmes à travers le monde, femmes qui un jour se sont révoltées contre leur condition, au même moment « de Sao Paulo à Libreville et d'Anvers à Johannesburg, au même moment, sans prodromes, des milliards de femmes, dans un élan commun, s'avancèrent vers l'inconnu, affranchies. » (p. 78)
Les thèmes abordés le sont toujours intelligemment et subtilement, servant un dessein plus large que la simple mission de raconter une histoire. Une morale se dessine souvent en filigrane derrière ces nouvelles, morales qui font la part belle au destin et aux forces de la nature auxquelles sont soumis les hommes…
La particule est peut-être la plus originale de ces nouvelles au charme bigarré : on y suit les pérégrinations d'une particule :
« Je roulai jusqu'au Gange dans un flot indistinct d'alluvions et d'ordures. A peine dans les eaux du fleuve, je fus filtrée par les ouïes d'une perche. (…) Je m'infiltrai dans les granules de sable et les cristaux d'argile. La radicelle d'un arbuste m'aspira et me propulsa dans la tige. La succion de la sève m'injecta dans la nervure d'une feuille. (…) Je coulai dans la trachée d'un jeune anglais et m'épanouis dans sa viande. (…) Et moi, misérable particule, cellule anonyme, pauvre poussière d'atome, je vous supplie, ô dieux du ciel, de me donner le repos, de me délivrer du cycle et de me laisser gagner le néant… » (p. 151)

Des nouvelles qui sont comme de petites pépites glaciales… A découvrir absolument...
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
ochristianochristian   05 décembre 2019
Une lettre, c'est un petit peu de compagnie, la preuve qu'on a pensé à vous.
Cette attention, née du passé, écrite au présent et destinée à l'avenir survit, voyage, s'achemine lentement vers vous, triomphe des kilomètres et soudain lorsqu'on ouvre l'enveloppe, vous saute au coup, vous salue et vous fête comme un petit chien heureux.
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ochristianochristian   05 décembre 2019
La pureté l'obsédait. La vertu avait sur lui des effets que le vice provoque sur les gens ordinaires: elle l'excitait.
Il pensait qu'il en allait de la morale comme de la météo: certaines régions sont soumises à une atmosphère délétère, d'autres baignent dans la limpide lumière du Bien et du Vrai.
La solution était de faire souffler les vents purificateurs pour chasser les masses dépressionnaires.
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ochristianochristian   05 décembre 2019
Nous vivons dans l'imminence du pire. Vos histoires signifient que, parfois, un grain de sable fausse la mécanique et reporte la chute à plus tard.
Convertissez vous au pessimisme ! Cela aide à vivre.
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LesPetitesAnalysesLesPetitesAnalyses   24 novembre 2019
Ils se familiarisèrent avec la tonte du gazon, qui est à l'art des jardins anglais ce que la taille du buis est à la science du jardin français.
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NadaelNadael   04 janvier 2014
«  Une lettre, c'est un petit peu de compagnie, la preuve qu'on a pensé à vous. Cette attention, née du passé, écrite au présent et destinée à l'avenir survit, voyage, s'achemine lentement vers vous, triomphe des kilomètres et soudain, lorsqu'on ouvre l'enveloppe, vous saute au cou, vous salue et vous fête comme un petit chien heureux. »
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