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EAN : 9782072559440
133 pages
Éditeur : Gallimard (13/10/2016)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 1113 notes)
Résumé :
Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la directio... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (252) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  17 octobre 2016
Épigraphe :
Je vais sortir. Il faut oublier aujourd'hui les vieux chagrins, car l'air est frais et les montagnes sont élevées. Les forêts sont tranquilles comme le cimetière. Cela va m'ôter ma fièvre et je ne serai plus malheureux dorénavant. (Thomas de Quincey, Confessions d'un mangeur d'opium.)
Ce livre de Thomas de Quincey qui l'accompagne sur les chemins noirs, Sylvain Tesson en fera cadeau à l'une de ces rencontres, Lucien l'ermite qui s'est établi en retrait près de la Chapelle Notre-Dame de Lure.
C'est en regardant la télé allongé sur son lit d'hôpital, où son plus fidèle compagnon est un arbre qui, "par la fenêtre lui insuffle sa joie vibrante", qu'il va entendre parler d'un rapport sur les départements hyper-ruraux restés à l'écart que n'atteint pas le réseau internet, "une France protégée de "l'aménagement" qui est la pollution du mystère". Il se fait une promesse "Si je m'en sors, je traverse la France à pied".
A partir de ce rapport qu'il se procure, il va établir un plan de fuite qui lui fera prendre, en diagonale, des chemins non balisés partant de l'extrême sud, la vallée de la Roya proche de la frontière italienne d'où il partira un 24 août pour atteindre un 8 novembre "le bord de la Carte et la fin du territoire", le sémaphore de la Hague, le point le plus septentrional du Cotentin. Il va fuir les médecins qui "dans leur vocabulaire d'agents du Politburo recommandent de se rééduquer ". Sa rééducation, il choisit de la poursuivre lui-même en s'en allant par "les chemins cachés bordés de haies, par les sous-bois et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés."
Il y souffrira mais s'il fait allusion à ses souffrances c'est en passant, sans s'y arrêter. Ces notes sont aussi pleines de belles rencontres inattendues et d'amitié, celle de Cédric Gras, Arnaud Humann, Thomas Goisque, sa soeur qui l'accompagneront momentanément ainsi que des écrivains aimés : Giono, Karen Blixen, Jean Henri Fabre, René Fregni qui a écrit un roman intitulé "Les chemins noirs" qui raconte sa cavale, et d'autres...
Ce petit livre est une bouffée d'air dans notre monde de plus en plus formaté et uniformisé. Il nous montre que nous pouvons exercer notre liberté de dire non et faire un pas de côté pour rejoindre la "Confrérie des chemins noirs". Et ces chemins "dessinés sur la carte et serpentant au sol, ils se prolongeraient en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l'esquive".
On sait en lisant les mots qui suivent que Sylvain Tesson a pleinement réussi sa rééducation, même si des douleurs persistent ainsi que les nuits d'insomnies :
"Tout corps après sa chute -- pour peu qu'il s'en relève -- devrait entreprendre une randonnée forcée. L'effort, depuis le Mercantour, faisait son office de rabot, ponçait mes échardes intérieures. Je demeurai ce soir-là assis sur un banc de pierre contre le mur d'une maison, devant les prés salés. En face, la ligne de côte de Cancale. Au nord, la brume gazeuse de la mer et du ciel. Au sud, une lumière de tableau italien. C'étaient le moment de faire mes dévotions à la marche, à ma mue, à ma chance."
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joedi
  31 octobre 2016
Après les ravages causés par sa chute, plutôt que marcher sur un tapis roulant dans un Centre de rééducation, il a choisi la marche, un exercice qui lui est familier.
Après avoir baroudé dans les pays étrangers, sa remise en forme, sa renaissance, il la réalise sur les chemins de France, les chemins noirs, sentiers parfois devenus inexistants. Son voyage salvateur débute le
24 août à la frontière italienne et s'achève le 8 novembre à l'extrémité du Cotentin. S'il a démarré seul, quelques parcours se font en compagnie de son ami Cédric Gras et d'une de ses soeurs ; le voyage s'achève avec ses deux amis, Goisque et Humann. Les chemins noirs, plus qu'un récit de voyage, est une ode au courage et à l'amitié. Sylvain Tesson, un grand écrivain que j'admire. À lire !
Challenge Petits plaisirs - 142 pages
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Renod
  03 novembre 2016
Si vous rêvez de longues journées de marche, perclus de douleurs aux pieds, perdus dans un massif, ce livre est fait pour vous. Le projet de Sylvain Tesson est de traverser la France des Alpes-Maritimes à la Manche en empruntant des petits sentiers. Il souhaite suivre la diagonale du vide, éviter au maximum le territoire urbanisé, aménagé et organisé. En clair, contourner les parkings d'Intermarché, les zones d'activité et les lotissements pavillonnaires pour découvrir le « vrai » pays. Sylvain Tesson va donc traverser le désert français. Pour ce faire, il récupère une carte de l'« Hyper-ruralité » issue d'un rapport gouvernemental sur l'aménagement des campagnes. Il va aussi se munir de cartes IGN qui vont lui permettre d'éviter les itinéraires balisés. En route !
« C'était un voyage né d'une chute ». C'est un homme au coeur et au corps meurtris qui se lance dans cette longue pérégrination sur les chemins noirs. L'auteur a été hospitalisé plusieurs mois après un accident grave. Son corps est désormais diminué, déformé et blessé. La marche est appréhendée comme un exercice salutaire qui doit permettre la rémission. Elle doit aussi l'aider à faire le deuil de sa mère. Il reconnaitra parfois son visage dans les paysages majestueux. Il poursuit également un objectif de fuite. Il s'agit d'éviter le "dispositif", de se cacher du regard d'une société omnisciente et bruyante.
L'aventurier est diminué et l'écrivain a gardé ses raideurs . Ce texte a à mes yeux les mêmes défauts que « Dans les forêts de Sibérie ». Cela manque de naturel et de naïveté. Sylvain Tesson a une lecture trop intellectuelle de son aventure. Il s'agit plus d'un carnet de réflexions que d'un véritable récit de voyage. Son constat sur la France est pourtant juste et argumenté. Il emprunte à de nombreux domaines : littérature, géographie, histoire. Le résultat est un texte sentencieux qu'agrémentent parfois des envolées poétiques ou des fulgurances.
Si les terroirs de l'« Hyper-ruralité » sont un terrain de jeu pour l'aventurier convalescent, il ne faut pas oublier que ceux qui y naissent sont démangés par l'envie de gagner une métropole. Ces territoires ont échappé bien malgré eux à la modernisation et à l'aménagement et sont victimes de leur faible attractivité. L'auteur est-il si différent dans sa quête d'authenticité que les touristes américains venus visiter une Provence "fantasmée" ?
Ce que je retiens de ce livre, c'est qu'il est une invitation au voyage. Il y a une autre France en marge, dépassée, anachronique, « ombreuse protégée du vacarme ». Ces contrées sauvages peuvent être reconquises le temps d'une randonnée et permettre ainsi au marcheur de s'éloigner d'une civilisation bruyante et agitée. Pour ma part, j'ai les pieds qui me démangent et j'ai bien l'intention d'emprunter à mon tour les chemins noirs pour trouver dans les paysages ce que ce livre n'a pas su m'offrir.
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Jeanfrancoislemoine
  01 mai 2019
Je venais de terminer " changer l'eau des fleurs" lorsque j'ai choisi de lire un plus " petit " livre ( 170 pages ) Et ce petit livre ( 170 pages ) , ce fut " sur les chemins noirs " de Sylvain Tesson .
Bon , soyons honnêtes , tout le monde ne se " casse pas la gueule " d'un toit , après avoir bu un coup de trop . Boire un petit coup , oui , mais monter sur un toit après ... Ceci étant, personne n'a à juger , c'est arrivé , point. Le corps médical a d'ailleurs été très professionnel en soignant sans jamais porter le moindre jugement , donc......Et puis , quand ça donne lieu à un bon livre....
La rééducation, aprés des mois d'hospitalisation, il la choisit lui - même : traverser la France à pieds , sur les " chemins noirs " , ces chemins ruraux où , normalement , on ne rencontre personne ...Il est vrai que cette " gueule cassée " effraie même ....les chiens , c'est vous dire . Le voilà en route , parlant très sommairement de ses très rares rencontres , relatant quelques anecdotes , analysant la politique mondiale qui , en transformant les paysages , modifie les rapports humains , critiquant les attitudes de ceux qui , aujourd'hui , choisissent les" chemins de lumière" pour briller à titre personnel . La leçon est brutale mais sage et de plus en plus d'actualité .Seule la nature peut nous guérir , nous sauver d'une destruction annoncée de notre civilisation .....
Prés de lui , pour un temps , ses amis , sa soeur Daphnée, dont la seule soirée commune déclenchera chez le lecteur le " fou - rire " qui manquait à ce récit, un " fou- rire " qu'on aura tout de même déjà pu vivre lorsque à La Courtine , en Creuse , les gendarmes arrêteront notre marcheur solitaire pour lui éviter d'être haché menu par les tirs d'une armée à l'entraînement...La Courtine , je connais , je suis creusois et j'y ai fait mon service militaire , on ne passe pas n'importe où, n'importe quand , ça " arrose ".... seuls les animaux savent " passer à l'ombre".
Et notre homme , parti en boitant , parviendra en marchant normalement dans le Contentin...comme quoi la nature....La leçon est claire , quand tout va bien , c est normal , non ? Et quand arrive la " tuile " (oui, vous savez , notre ami est tombé du toit....), il faut se réfugier , trouver la solution , et , d'après l'auteur , se ressourcer parmi les arbres ,dans les forêts, dans la nature , fuir ce monde dit " moderne "....marcher , observer , réfléchir pour rebondir...
Le beau récit d'une expérience personnelle , un récit sans pathos et sans morale, un récit à découvrir pour affiner sa propre conception des choses , ses propes idées , une simple image à creuser ,ou pas....J'ai aimé....
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fanfanouche24
  15 novembre 2016
"Dans les années 1980, René Frégni, écrivain de Provence, avait publié un roman où il décrivait la traque d'un conscrit réfractaire que l'autorité militaire poursuivait sur les routes d'Europe. Un livre électrique, frappé de ce titre :-Les Chemins noirs- (...)
Un rêve m'obsédait. J'imaginais la naissance d'un mouvement baptisé -confrérie des chemins noirs- Non contents de tracer un réseau de traverse, les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l'époque." (p.34-35)
Une lecture touchante et toute différente, d'un aventurier "casse-cou"..qui nous a abreuvés de ses grands périples aux quatre coins du monde, en passant par une équipée inoubliable en Sibérie;cette fois, rescapé, nous revenant après une très grave chute de huit mètres...Dans ce nouveau récit , en guise de "rééducation" et de Renaissance , le grand voyageur , Sylvain Tesson, a dû se contenter d'arpenter en profondeur la France profonde...en faisant comme un bilan de vie !.
Assisté tout récemment à deux interviews de cet auteur "avant et après" cet accident: écouté un face à face entre Philippe et Sylvain Tesson, le père et fils , dans l'émission de Ruquier ( très significatif...de la difficulté
d'être "le fils de" ... ou le "Père de " !!!) et tout dernièrement, l'émission matinale présentée par Catherine Ceylac, "Thé ou café"...où l'une de ses soeurs , interrogée, remarquait que depuis cet accident, Sylvain Tesson avait gagné en humanité et accessibilité...Ce que l'on trouve en effet , comme nouveau ton, dans "ses chemins noirs" !
Nous retrouvons, l'éloge de la nature, des chemins buissonniers, différents et la Marche, comme outil de reconquête de soi....
"(...) Une cartographie mentale de l'esquive. Il ne s'agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l'outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L'évitement me paraissait le mariage de la force avec l'élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. (p. 35)"
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critiques presse (3)
LePoint   28 juillet 2017
Dans "Sur les chemins noirs", écrit après la chute qui a failli lui coûter la vie, l'écrivain raconte comment sa marche en France l'a remis d'aplomb.
Lire la critique sur le site : LePoint
Bibliobs   28 novembre 2016
Un petit best-seller assez naïf.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro   07 octobre 2016
Après avoir parcouru le monde, SylvainTesson s'en est allé par les vieux sentiers, retrouver le rythme lent du pas à pas, explorer la France et une nouvelle façon d'être libre.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (496) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   16 octobre 2016
A Barjac, une plaque sur le mur du cimetière :
"Passant, arrête -toi et prie, c'est ici la tombe des morts. Aujourd'hui pour moi, demain pour toi."
(...) Pendant quelques mois j'avais porté une bague à tête de mort qu'on m'avait retiré après ma chute. L'inscription latine gravée au revers du crâne disait la même chose que la plaque de Barjac : "Je fus ce que tu es, tu seras ce que je suis". J'avais tardé à me pénétrer de cette évidence que les Romains inscrivaient à l'entrée de leurs cimetières
(...) Voilà longtemps que je ne m'étais pas trouvé exactement tel que je le désirais : en mouvement. Je jouissais de me tenir debout dans la campagne et d'avancer sur ces chemins choisis. Noirs, lumineux, éclaircis. C'était la noble leçon de Mme Blixen devant le paysage de sa ferme africaine : "Je suis bien là, où je me dois d'être". C'était la question cruciale de la vie. La plus simple et la plus négligée.
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jmlire92jmlire92   18 novembre 2016
On m'avait ramassé.J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots? ...

A l'hôpital, tout m'avait souri...La médecine de fine pointe , la sollicitude des infirmières, l'amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m'avait soigné. Il y avait eu surtout la sainteté d'un être venu chaque jour à mon chevet, comme si les hommes de mon espèce méritaient des fidélités de bête. Un arbre par la fenêtre m'avait insufflé sa joie vibrante. Quatre mois plus tard j'étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d'un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme. La vie allait moins swinguer.

Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit, je m'étais dit à voix presque haute : "Si je m'en sors, je traverse la France à pied." Je m'étais vu sur les chemins de pierre ! J'avais rêvé aux bivouacs, je m'étais imaginé fendre les herbes d'un pas de chemineau. Le rêve s'évanouissait toujours quand la porte s'ouvrait : c'était l'heure de la compote.

Un médecin m'avait dit : " L'été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation." Je préférais demander aux chemins ce que les tapis roulants étaient sensés me rendre : des forces.

L'été prochain était venu, il était temps de régler mes comptes avec la chance. En marchant, en rêvassant, j'allais convoquer le souvenir de ma mère. Son fantôme apparaîtrait si je martelais les routes buissonnières pendant des mois. Pas n'importe quelle route : je voulais m'en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu'on lise les cartes, que l'on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Les médecins, dans leur vocabulaire d'agents du Politburo, recommandaient de se "rééduquer". Se rééduquer ? Cela commençait par ficher le camp.

Des motifs pour battre la campagne, j'aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j'avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso et qu'il était absurde de connaître Samarcande alors qu'il y avait l'Indre-et-Loire. Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé au fond de mon sac
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fanfanouche24fanfanouche24   14 novembre 2016
Mauvais début

Dans le train

(...) A quoi servait-il de voyager si vite ? (...) Pendant que la vitesse chassait le paysage, je pensais aux gens que j'aimais et j'y pensais bien mieux que je savais leur exprimer mon affection. En réalité je préférais penser à eux que de les côtoyer. Ces proches voulaient toujours que "l'on se voie", comme s'il s'agissait d'un impératif, alors que la pensée offrait une si belle proximité. (p. 19)
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RebkaRebka   27 décembre 2016
Un rêve m'obsédait. J'imaginais la naissance d'un mouvement baptisé confrérie des chemins noirs. Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous empruntions pour nous soustraire à l'époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-même, composeraient une cartographie mentale de l'esquive. Il ne s'agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l'outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de rien avoir de commun avec lui. L'évitement me paraissait le mariage de la force avec l'élégance.
Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l'actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d'armes, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d'amis, se souvenir des morts chéris, s'entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l'existence statistique. En somme, se détourner. Mieux encore ! disparaître. “Dissimule ta vie”, disait Épicure dans l'une de ses maximes (en l’occurrence c'était peu réussi car on se souvenait de lui deux millénaires après sa mort). Il avait donné là une devise pour les chemins noirs.
Nous serions de grandes troupes sur ces contre-allées car nous étions nombreux à développer une allergie aux illusions virtuelles. Les sommations de l'époque nous fatiguaient : Enjoy ! Take care ! Be safe ! Be connected ! Nous étions dégoûtés du clignotement des villes. Tout cela ne faisait pas un programme politique. C'était un carton d'invitation à ficher le camp.
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PartempsPartemps   05 mai 2020
Ce que vous appelez, dans Les Chemins noirs, le dispositif (divertissement, performance, commerce, consommation) s’est éteint comme dans un roman de Barjavel. Que vous inspire ce moment?
L’ultra-mondialisation cyber-mercantile sera considérée par les historiens futurs comme un épisode éphémère. Résumons. Le mur de Berlin tombe. Le règne du matérialisme global commence. L’Histoire est finie annonce un penseur. Le Commerce est grand, tout dirigeant politique sera son prophète, le globe son souk. L’humanité se connecte. Huit milliards d’êtres humains reçoivent le même signal. Le Moldovalaque et le Berrichon peuvent désirer et acquérir la même chose. Le digital parachève l’uniformisation. La Terre, ancien vitrail, reçoit un nouveau nom maintenant que les rubans de plomb ont fondu entre les facettes: « la planète ». Elle fusionne, devient une entreprise, lieu d’articulations des flux systémiques. La politique devient un management et le management gère le déplacement pour parler l’infra-langage de l’époque. Un nouveau dogme s’institue : tout doit fluctuer, se mêler sans répit, sans entraves, donc sans frontières. Dieu est mouvement. Circuler est bon. Demeurer est mal. Plus rien ne doit se prétendre de quelque part puisque tout peut-être de partout. Qui s’opposera intellectuellement à la religion du flux est un chien. Le mur devient la forme du mal. Haro sur le muret ! Dans le monde de l’entreprise il disparaît (règne de l’openspace). En l’homme il s’efface (règne de la transparence). Dans la nature il est mal vu (règne alchimique de la transmutation des genres). Les masses décloisonnées s’ébranlent. Le baril de pétrole coûte le prix de quatre paquets de cigarettes. La circulation permanente du genre humain est tantôt une farce : le tourisme global (je m’inclus dans l’armée des pitres). Et tantôt une tragédie (les mouvements de réfugiés). Une OPA dans l’ordre de la charité est réalisée : si vous ne considérez pas le déplacé comme l’incarnation absolue de la détresse humaine vous êtes un salaud. Et puis soudain, grain de sable dans le rouage. Ce grain s’appelle virus. Il n’est pas très puissant, mais comme les portes sont ouvertes, il circule, tirant sa force du courant d’air. Le danger de sa propagation est supérieur à sa nocivité. Dans une brousse oubliée, on n’en parlerait pas. Dans une Europe des quatre vents, c’est le cataclysme sociopolitique. Comme le touriste, le containeur, les informations, le globish ou les idées, il se répand. Il est comme le tweet : toxique et rapide. La mondialisation devait être heureuse.Elle est une dame au camélia : infectée.
L’humanité réagit très vite. Marche arrière toute ! Il faut se confiner ! Un nouveau mot d’ordre vient conclure brutalement le cycle global. C’est une injonction stupéfiante car sa simple énonciation incarne ce que l’époque combattait jusqu’alors, et le fait de prononcer ces mots avant leur édiction officielle faisait de vous un infréquentable : « restez chez vous ! ». La mondialisation aura été le mouvement d’organisation planétaire menant en trois décennies des confins au confinement. Du « no borders » au « restez chez vous ». Il est probable que la « globalisation absolue » n’était pas une bonne option. L’événement majeur de cette crise de la quarantaine, sera la manière dont les hommes reconsidérerons l’option choisie, une fois calmé le pangolingate.
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