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EAN : 9782266322416
576 pages
Pocket (10/03/2022)
3.9/5   167 notes
Résumé :
À Yardam, la folie est sexuellement transmissible.

La population est piégée par la quarantaine dans l'espoir d'endiguer l'épidémie.
Porteur du virus, Kazan se débat avec ses démons au point qu'il ne sait plus s'il les aime ou s'il les hait.
Le salut viendra-t-il de ce couple de médecins étrangers venus s'enfermer volontairement dans la cité pour trouver un remède au terrible mal qui s'étend entre ses murs ?
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Critiques, Analyses et Avis (85) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 167 notes
Autrice prolifique, Aurélie Wellenstein est parvenue depuis 2015 a maintenir le rythme d'un roman par an, chacun consacré à un sujet très différent mais tous mettant en scène le voyage initiatique d'un ou d'une adolescent(e), que ce soit dans un Paris en proie à des bouleversements temporels (« La mort du temps »), sur une île d'inspiration polynésienne (« Le dieu oiseau ») ou à bord d'un bateau pirate naviguant sur des marées fantômes (« Mers mortes »). Cette année, l'autrice revient avec un roman un peu différent et qui s'adresse cette fois clairement à un public adulte. le sujet, lui, est malheureusement d'actualité, et se distingue comme d'habitude par son originalité. Jugez plutôt. Dans la cité de Yardam, une mystérieuse épidémie sévit depuis quelque temps et change les individus contaminés en véritables loques humaines. Privées de leurs souvenirs, de leur intelligence, et même peu à peu de leur apparence, les « coquilles » se multiplient à une telle vitesse depuis plusieurs mois que l'empereur a pris la décision de placer la ville en quarantaine. Personne ne peut plus ni y entrer, ni en sortir, ce qui ne manque pas de provoquer une véritable panique chez les habitants qui s'inquiètent, qui d'un parent momentanément absent, qui du risque de contamination, ou qui encore de la possibilité d'une pénurie alimentaire. le seul espoir de la population repose entre les mains des médecins envoyés sur place pour tenter de juguler l'épidémie et comprendre son origine. Féliks et Nadja sont de ceux là, et ils vont bénéficier de l'assistance d'un allier inattendu, un certain Kazan, voleur accro à la sirène (une drogue locale) qui, dans un premier temps, ne leur inspire pas confiance. Mais l'homme a pour lui plusieurs avantages : un physique imposant, une connaissance parfaite des méandres de la ville, et surtout une farouche détermination à vouloir aider les médecins dans leur quête. Noble initiative ? Pas vraiment, car Kazan le sait, la seule et unique cause de l'épidémie, c'est lui. Enfin, lui et ses semblables : des sortes de vampires psychiques qui avalent l'âme de leur victime, ainsi que leurs souvenirs, leurs aptitudes, leurs talents, pour ensuite les stocker à l'intérieur de leur tête. Un pouvoir grisant, dans un premier temps, mais la contrepartie est de taille : sexuellement transmissible, le virus finit inévitablement par provoquer la mort de son porteur, rendu fou par toutes les personnalités engrangées et qui n'aspirent qu'à la mort de leur bourreau.

Épidémie, quarantaine, virus : « pour oublier l'anxiogène contexte mondial actuel, c'est raté ! », serait-on tenté de penser. Pourtant, en dépit de ces apparentes similitudes, le récit n'a pas grand-chose à voir avec notre situation aujourd'hui. Outre le fait qu'il s'agit d'un virus sexuellement transmissible, les circonstances diffèrent aussi en ce qui concerne le cadre qui s'apparente ici à une ville du XVIII ou XIXe, même si l'autrice donne peu de précisions concernant l'univers en général (on ne rien de cet empire qui est seulement mentionné ni de la place qu'y occupe Yardam). Cela ne nuit en tout cas nullement à l'immersion du lecteur qui arpente avec plaisir les coins et recoins de la cité, du musée à l'institut médical, en passant par une taverne abritant une fumerie clandestine, une grande place de marché, des quartiers résidentiels ou ouvriers, de grandes demeures bourgeoises… le décor est franchement réussi, à la fois parce qu'il change des cités d'inspiration médiévale auxquelles on a habituellement affaire, mais aussi parce qu'il règne une ambiance très particulière dans cette cité confinée en proie aux comportements humains les moins reluisants. Scènes de panique, désignation de bouc-émissaires, lynchages, émeutes, hystérie collective… : l'atmosphère est délétère, et c'est ce côté crépusculaire qui donne une grande partie de son charme au roman. Les coeurs sensibles feraient bien de s'abstenir, car le récit dégage une noirceur clairement identifiable à la fois par les thématiques qui y sont abordées (l'ambivalence de la nature humaine, la dépendance, la monstruosité cachée en chacun de nous…), mais aussi par la présence de passages clairement destinés à un public adulte. Au risque d'en faire parfois un peu trop. Si la plupart des scènes de violence ou de sexe dépeintes dans le roman présentent effectivement un intérêt pour l'intrigue, on a parfois du mal à se départir de l'idée que certains détails glauques ou macabres ne sont là que pour souligner la volonté de l'autrice de s'adresser à des lecteurs plus matures (même s'il faut admettre que tous ses précédents romans étaient eux aussi emprunt d'une certaine noirceur et que celle-ci n'a jamais cherché à épargner à ses lecteurs les détails les plus sanglants).

Outre l'originalité de l'intrigue et la qualité de son décor, le roman dispose d'un autre atout : ses personnages. Et là encore, impossible de ne pas faire la différence avec les précédents romans « young adult » de l'autrice (même si, encore une fois, ses précédents héros n'avaient rien de lisses ou de « gentillets »). Kazan est un personnage complexe et surtout très ambivalent, tour à tour détestable ou sympathique. On compatit de le voir lutter contre sa dépendance et sa maladie, on s'amuse de l'un de ses traits d'humour qui nous le rendent attachant... et puis on le voit se livrer à un acte monstrueux qui nous rappelle à quel genre de personnage on a affaire. Cette ambiguïté favorise l'installation d'un malaise chez le lecteur qui ne sait plus s'il doit être horrifié ou désolé. Par cet aspect, le roman m'a beaucoup fait penser à « Entretien avec un vampire » d'Anne Rice, notamment en ce qui concerne la relation entre Kazan et son « mentor », et celle entre Kazan et son « apprentie ». le thème du vampirisme n'est évidemment pas étranger à cette association car, même s'il s'agit ici d'un vampirisme psychique, le lien entre le prédateur et la proie tel que décrit par Aurélie Wellenstein reste malgré tout très charnel (l'aspiration passe par un baiser, la transmission du virus ou le « déchargement » d'une voix implique une relation sexuelle…). Kazan n'est toutefois pas le seul personnage ambivalent du roman car les habitants de Yardam sont loin d'être des enfants de coeur (surtout dans un contexte tel que celui-ci). On pourrait ainsi être tenté de penser que le sort horrible réservé aux victimes du voleur d'esprits nous inciterait à accorder à ces pauvres gens toute notre sympathie, or il n'en est rien tant certains de ces individus se révèlent franchement détestables. A ce sujet, il est d'ailleurs intéressant de noter que les voleurs d'esprits rencontrés sont loin d'avoir tous les mêmes techniques de chasse, ni les mêmes ambitions. Ainsi, si certains se servent du virus pour éliminer de la société les pires individus possibles (se condamnant ainsi eux-mêmes à vivre avec le souvenir de leurs atrocités), d'autres y voient l'occasion de s'élever dans la société. La folie qui rôde autour de ces ambitieux ne manque évidemment pas de favoriser l'apparition de comportements déviants ou cruels qui viennent renforcer la noirceur du récit et le malaise du lecteur (la scène de la « chasse à courre » est particulièrement marquante). le seul îlot de pureté dans cet océan de tristesse et de cruauté réside finalement dans ce couple de médecins, Féliks et Nadja, dont l'histoire d'amour se révèle d'autant plus touchante qu'elle va se retrouver sacrément malmenée.

Avec « Yardam », Aurélie Wellenstein rompt avec ce à quoi elle nous avait habitué dans ses précédents romans (youn adult, récit initiatique, omniprésence du thème de la relation homme/animal…) pour nous offrir un texte plus adulte, plus sombre, mais aussi plus immersif et plus intense. Grâce à une intrigue bien rythmée et qui ne connaît que peu de temps mort, l'autrice parvient à accrocher efficacement le lecteur qui se prend à lire avec avidité le destin tragique de cette cité, de ce couple, et surtout de ce héros qui séduit autant qu'il dégoûte. Une belle découverte, à réserver toutefois à un public averti.
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À sa sortie, « Yardam » me faisait très envie ! En effet, j'apprécie généralement la plume d'Aurélie Wellenstein qui a toujours beaucoup d'imagination, des univers originaux et sombres, des personnages dérangeants au caractère fort, des thématiques actuelles aussi puissantes que touchantes ainsi des dénouements difficiles avec un effet « coup de poing ». Cet ouvrage rentre dans le moule et ne laissera pas ses lecteurs indifférents !

Le monde obscur de ce nouveau titre rappelle l'actualité, tout en s'en détachant. Pas de Covid-19, mais quelque chose d'aussi dévastateur… Dans la ville de Yardam, une pandémie fait rage : des personnes absorbent les âmes des citoyens d'un simple baiser et transmettent leur maladie via le sexe -souvent via le viol- ou le sang. Ce mal est particulier car, à la fois don et malédiction, il permet de voler les pensées, l'esprit ainsi que les capacités des gens. Imaginez : vous apprenez à peindre en embrassant un artiste talentueux ! À moins que vous ne préfériez savoir cuisiner comme un grand chef, avoir les codes confidentiels d'une banque pour la piller ou que vous préféreriez maîtriser l'art du combat ? Les possibilités sont infinies et on comprend que certains malades souhaitent acquérir le plus de compétences possible… Cependant, cet apprentissage instantané demande un sacrifice chez la victime et le porteur… Une personne embrassée devient une simple coquille vide, qui déambule sans but et dépérit. de son côté, le malade « voleur d'esprits » intègrera la personnalité d'un innocent qui continuera de s'exprimer dans sa tête. Cohabiter avec plusieurs personnalités est difficile, voire chaotique ! Imaginez cinq personnalités hurlant sans arrêt dans votre tête ou vous insultant dès que vous ouvrez les yeux… Les malades se dirigent donc doucement vers la folie ! Pour aller mieux, rien de plus simple : coucher avec quelqu'un et le contaminer. Lorsque l'on a des rapports intimes, on se déleste d'une voix/d'un talent. Puisqu'il est l'un des éléments déclencheurs de la maladie, autant dire que le sexe a énormément de place dans le récit. de ce fait, je ne conseillerais pas ce récit aux jeunes lecteurs, ni aux ados. On est sur un écrit dédié aux adultes, avec des moments obscènes, des actes non consentis, des orgies explicites, etc. Lecteurs non-avertis et âmes sensibles, il vaut peut-être mieux passer votre chemin… Pour les autres, vous savez dorénavant à quoi vous attendre !

En plus d'un contexte sanitaire particulier et d'un virus aussi atypique que révoltant, ce one-shot propose plusieurs personnages peu communs que je ne qualifierais pas de héros. Kazan, Feliks, Nadja, le Maréchal Elijas, Jiri, … Aucun d'entre eux est un citoyen « gentil » et honnête. Il y a un « monstre » en chacun d'eux. Même Feliks et Nadja, pourtant médecins chargés de stopper l'épidémie, auront un caractère et des agissements nuancés, voire souvent toxiques. Cela dit, celui qui divisera le plus les lecteurs sera bien le personnage principal. Pour ma part, j'ai été très intéressée par Kazan qui possède une personnalité complexe, ambiguë, noire, travaillée et originale. Toutefois, je peux parfaitement comprendre que l'on ne s'attache pas à lui ou qu'on fasse un blocage vis-à-vis de son comportement ! Ce qu'il fera tout au long du roman est intolérable ! Bien souvent, il enchaînera les mauvais choix, aura un esprit retors, se droguera et fera preuve d'égoïsme. C'est un anti-héros peu conventionnel qui m'aura souvent surprise, si bien que j'ai été curieuse de suivre son évolution. À plusieurs reprises, Aurélie Wellenstein va mettre en avant le fait que Kazan est une personne à la fois unique et ambivalente. Il ne semble ressembler à personne… Pas même à ses semblables ! En effet, bien qu'il existe d'autres « voleurs d'esprits », chacun a ses ambitions ainsi que sa propre façon de procéder pour devenir plus fort ou contaminer autrui. Découvrir le fonctionnement de chacun fut passionnant.

Malgré l'épaisseur du livre, les chapitres défilent facilement. Avec une curiosité assez malsaine, j'ai désiré savoir où toute cette histoire aller me mener ou ce qu'il allait advenir de Kazan, des deux aimés médecins ainsi que de la pandémie, … La seule chose dont j'étais sûre, c'est que l'on serait loin du happy-end, car l'auteure n'a jamais conclu de façon positive et semble adorer malmener ses protagonistes ! Or, je n'ai pas été déçue par les dernières pages. Bien que l'on ne possède pas toutes les réponses, c'était assez logique, horrible et marquant. Une fois encore, Aurélie Wellenstein aura su explorer les vices et les bas-fonds de l'âme humaine !
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Je dois avouer que j'ai été secouée mais charmée par la plume d'Aurélie Wellenstein, dont je n'avais encore jamais lu de roman.
Yardam est un récit puissant, très puissant, aux confins du brutal et du cru par moments, mais ce n'est pas pour me déplaire! J'ai surtout apprécié la profondeur et l'épaisseur des personnages (ce qui n'est pas toujours d'usage dans ce registre).
Bref une très bonne lecture, plutôt adulte qu'ado cependant.
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Lire un roman d'Aurélie Wellenstein, c'est une aventure en soi. Celui-ci emmène le lecteur dans un univers médiéval où des peurs obsessionnelles suscitées par les plus bas instincts de l'homme vont se réveiller. L'humain combat le fantastique, et de cet équilibre émerge une humanité sensible. Dans un contexte d'épidémie, une ville est plongée en quarantaine. Les portes sont closes, les démons ricanent : enfermés dans les murailles de leur cité, les habitants se retrouvent brutalement pris au piège d'une maladie inconnue et de leurs pairs. La première transforme les êtres, modifie leur substance. Parmi les seconds, des prédateurs insoupçonnés jettent leur dévolu sur la population. Deux étrangers, résolus à découvrir le mystère du mal, parviennent à entrer. Sont-ils des sauveurs providentiels ou simplement deux proies de plus dans une bergerie grouillant de loups déguisés en moutons ? Les gens contaminés traînent leurs carcasses vides à travers les rues, dans l'attente de cette lune vorace qui fascine et apaise. En dehors de leurs rêves désincarnés c'est le chaos. Les rescapés livrés à eux-mêmes sont la proie de leurs propres fantasmes. Intrigue solide, rebondissements qui fusent, personnages originaux dont défauts et qualités fusionnent avec nuances et finesse, à l'instar du principal protagoniste. Héros ? Anti-héros ? Avec sa gueule d'ange et la noirceur de son esprit, ce funambule machiavélique mène la danse et allume des foyers d'incendies.
Le rythme alerte du récit s'adoucit de plages introspectives et libère alors une puissance onirique qui ramène le lecteur à ses cauchemars. Evoluant au fil des mots comme le ferait un tableau selon la lumière, Yardam se décline en couleurs changeantes sous lesquelles l'auteure, au gré de son pinceau, nous transporte dans et à l'extérieur d'un cadre dérangeant et glaçant qui sert fort bien son propos. Prix de la 25ème Heure du livre du Mans en 2021.
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J'ai découvert la plume d'Aurélie Wellenstein l'an passé avec le roi des Fauves et j'ai dévoré une grande partie de sa bibliographie depuis avec parfois de gros coups de coeur et d'autres de légères déceptions. Je sais donc qu'avec elle, ça passe ou ça casse. Cette fois, c'est passé mais ce n'est quand même pas un coup de coeur, juste une très chouette lecture.

L'autrice m'avait habituée dans ses précédents titres à suivre des héros adolescents ou tout juste entrés dans l'âge adulte qui vivaient bien des épreuves dans un monde souvent sombre et suffocant à la limite du supportable. Je m'attendais donc à retrouver cette même teinte ici et ce fut le cas, mais pas tout à fait ^^!

En effet, cette fois, c'est un homme adulte dont nous suivons les aventures, première entorse à ce que j'attendais de l'autrice. Ensuite, oui l'univers sera sombre et dérangeant, mais finalement moins que ce qu'elle a déjà pu proposé et je suis restée un peu sur ma faim à cause de cela.

Cependant, Aurélie Wellenstein offre un univers vraiment intéressant dans Yardam. Dans une sorte de huis clos, elle nous conte comment la folie peut s'emparer collectivement d'une population quand un virus inconnu vient semer le désordre et qu'on arrive pas à le comprendre, le cerner et le maîtriser. Ce virus qui n'a pas de nom se transmet lors de relations sexuelles quand il s'agit de reproduire les "contaminateurs" si je puis dire, mais il peut aussi se transmettre lors d'un simple baiser et faire ainsi encore plus de ravages lorsqu'il s'agit de faire "des victimes" afin que les "contaminateurs" puissent continuer à vivre sans devenir fou. Notre héros est l'un de ces "contaminateurs" mais il est lui aussi une des victimes et c'est cela qui est terrible.

J'ai véritablement été plus fascinée par l'univers mis en scène par l'autrice que par ses personnages qui n'en sont que les dramatiques outils. En effet, cette maladie à l'origine de tout, qui fait des ravages et qui enferme la ville de Yardam dans une quarantaine inextricable, est terrible. Elle frappe aussi bien les victimes des baisers qui deviennent des coquilles vides, que les "contaminateurs" qui deviennent des sortes de vampires pris dans un cercle vicieux, celui de devoir coucher pour partager leur trop plein d'âmes et ainsi répandre le virus, puis celui d'embrasser pour voler des âmes sous peine d'être en manque, répandant à nouveau le virus dans une autre direction. C'est sans fin. En plus, ils doivent vivre avec ce qu'ils font au quotidien, littéralement, puisqu'ils entendent dans leur tête les voix de ceux qu'ils absorbent, et tout le monde n'est pas assez doué pour faire un choix raisonné quant à celle-ci, ça peut donc vite devenir le chaos dans leur tête.

Le héros, Kazan, est à l'image de ceux de l'autrice, un pauvre bougre qui n'a rien demandé, qui subit et est dramatiquement touché par tout ça. Pour une fois, c'est un homme adulte à qui on a affaire, ce que j'ai apprécié. Il a un parcours de vie assez terrible avec ce rejet de la part de sa famille à cause de la façon dont est morte sa mère. Il s'est donc construit de travers et cela va tout faire capoter dans notre histoire. D'un "pouvoir" qui aurait pu le tirer vers le haut, il le ressent lui comme une malédiction et une fois cela posé, tout est dit. L'histoire qu'il va vivre et qu'on va vivre avec lui ne peut être que dramatique.

Tout commence, lorsque la quarantaine est annoncée. Kazan essaie de s'échapper mais se faisant il fait une rencontre qui va tout changer en croisant la route de deux médecins qui souhaitent absolument entrer pour venir en aide à la population de Yardam. Sans trop savoir pourquoi, Kazan va les aider et une fois leur chemin croisé, beaucoup de choses vont être chamboulées dans sa vie.

Ce qui est surprenant dans ce récit, comme souvent dans ceux d'Aurélie Wellenstein, c'est qu'elle ne nous emmène pas forcément là on pouvoir le croire. Tout au long du récit, elle fait rebondir celui-ci dans des directions surprenantes et inattendues, allongeant ses fils narratifs, en créant de nouveaux ou en coupant des non prometteurs, tout cela pour créer au final une histoire dramatique et puissante.

Dans ce récit, beaucoup d'éléments m'ont frappée : l'utilisation de la ville, la vie de misère du héros, la folie de la population quant à ce virus. Mais surprenamment ce que je garde en tête une fois le tome refermé, ce n'est pas tout ça, non, c'est la superbe histoire tragique tissée entre Kazan et les deux médecins : Feliks et Nadja. Il est dur d'en parler sans spoiler un certain événement qui arrive assez tôt, qui surprend et qui fait tout basculer mais je vais essayer. Avec eux, Kazan va former un bien étrange triangle amoureux et c'est dans celui-ci que j'ai retrouvé tout ce que j'aime chez l'autrice. Sa description des sentiments de Kazan, la façon dont il peine tant à les gérer, dont ça le chamboule jusqu'au plus profond de lui-même est juste poignante. Ça prend aux tripes et ça ne nous lâche plus, au point de totalement transformer également la vision que l'on pouvait avoir des personnages et de l'histoire. Les pages qui lui sont consacrées sont magiques !

Cependant, l'autrice se limite par trop dans l'expression finale à celle d'une pandémie. J'ai été frustrée de ne pas retrouver toute la terrible noirceur dont elle avait su faire preuve dans le roi des Fauves et le Dieu Oiseau. Je l'ai trouvé bien soft ici. Alors certes, on parle de relations forcées, de viols, il y a pas mal de violence, on passe un temps fou dans la partie la plus miséreuse de la ville, on assiste à ce qu'il y a de pire dans un hospice, mais l'autrice m'avait habituée à aller plus loin et à être plus dérangeante. Ici, elle s'arrête avant que ça le devienne vraiment, retenant toujours ses coups et cela se sent. Avec un cadre aussi prometteur, elle aurait pu aller bien plus loin dans les sévices et la folie. Je ressors donc un poil déçue, ce qui m'empêche ici d'avoir un coup de coeur.

Faisant le pari d'un titre qui s'adresse à un public plus âgé, avec un héros de leur âge, paradoxalement l'autrice propose au final un titre moins dur. Alors que le roi des Fauves et le Dieu Oiseau s'adresse à un public de jeunes adultes mais conviennent plus à des adultes, selon moi, ici c'est l'inverse, je trouve que Yardam passeraient très bien avec un public plus jeune car il remue moins et va moins dans ce qui pourrait choquer. du coup, même si c'est comme toujours très bien écrit, que j'ai adoré le développement autour du virus, de la ville et du héros, je reste sur ma faim. J'attendais et j'aurais aimé quelque chose de plus rude.
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critiques presse (2)
Syfantasy
28 juin 2022
Yardam est un roman original avec lequel, tout comme avec son personnage principal, on peut avoir une relation surprenante d’amour-haine. Narré avec brio, le récit donne parfois envie de lâcher ce roman empli des erreurs des personnages et d’actes révoltants. Le lecteur a toutefois envie de voir le dénouement, de comprendre les tenants et les aboutissants de cette maladie et de voir si, au bout du tunnel, une lumière attend ou non la ville et ses habitants. Alors, qu’attendez-vous pour le découvrir et plonger dès à présent au cœur de Yardam et de ses rues tortueuses ?
Lire la critique sur le site : Syfantasy
SciFiUniverse
16 juin 2020
Yardam est un roman captivant du début à la fin, porté par des personnages torturés, une écriture fluide et sensible et surtout une mise en scène gérée avec brio. A l’instar des autres romans de l’autrice, Yardam parvient à capter le lecteur et à le faire plonger dans un mélange de folie et de quête de rédemption.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
-Ça fait longtemps que tu es là ? insista Nadja. -Oui. Je crois. Mais un jour, je partirai moi aussi. Je m’enfoncerai dans les vagues et personne ne pourra me retenir. Et alors, je disparaîtrai.
- Mais nous sommes…
-Dans son esprit.
-Vivants ?
-Je ne sais pas.
-Pourquoi une plage ?
-C’est un paysage qu’il a peint quand il était enfant. Puis, plus tard, une fois adulte. Ce lieu a une importance particulière pour lui.
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Les jours passèrent, monotones, et finalement, aucune autre visite ne se révéla aussi dérangeante que la première. Les gens que Feliks interrogeait finissaient toujours par fondre en larmes. Ils s'accrochaient à lui, le retenaient par le bras quand il se levait pour partir, l'abreuvant de vaines supplications et de paroles inutiles. Feliks ne promettait rien. Il n'apportait aucun espoir à ces mères, ces pères, ces familles dans la douleur. Pire, en dépit de nombreux récits qu'il consignait, il ne parvenait à faire aucun lien entre eux et encore moins avec la situation de sa propre femme. Alors parfois, les familles s'emportaient, dévastées par la souffrance. Un homme se jetait sur Feliks, une femme faisait mine de le gifler. Toujours, leur main rencontraient le bras tendu de Karzan.
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Beaucoup de personnes porteuses du virus étaient déjà trop folles ou trop désespérées pour s'encombrer d'explications. La tête farcie de voix, elles devaient à tout prix décharger l'une d'elles à travers une relation sexuelle, se soulager d'un démon dans la tiédeur d'autrui, jusqu'à ce que la pression augmente à nouveau et qu'au bord de l'explosion, elles recherchent un partenaire à contaminer. Poussées par la peur de mourir, ces personnes violaient leurs victimes et en plus du choc, de l'épouvante et de la souffrance, leur offraient un aller simple pour la folie. Et le virus, lui, se diffusait et se multipliait, encore et encore.
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Ses démons étaient comme des serpents qui, les uns après les autres, avaient planté leurs crochets dans son cerveau. Depuis des années, ils tordaient leurs anneaux luisants dans ses entrailles, autour de son coeur et de ses poumons; ils lui remontaient le long de la gorge, lui emplissant la bouche d’un goût de bile, et bavaient leur poison dans tout son corps, dans toute sa tête.
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Accroupi sur la verrière du musée, Kazan prit quelques instants pour souffler . Il venait de traverser une partie de la ville par les toits . La trajectoire en dents de scie l'avait fait sauter de balcon en balustrade , escalader les pentes raides et glissantes des pignons , courir au sommet des toits comme un funambule et louvoyer entre les cheminées jusqu'à rejoindre enfin son objectif : l'immense coupole en verre bleuté du musée . À aucun moment , il n'avait craint d'être repéré ...
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