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EAN : 9782266298469
368 pages
Éditeur : Pocket (06/02/2020)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l'histoire de France commence.
Fraîchement débarqué de l'île d'Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône.
" Son " trône ? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. Le roi et l'Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la liberté, la paix et la légitimité.
Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux fidèles de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  26 février 2019
Imaginez un roman qui raconterait les soubresauts politiques d'un pays qui en un an verrait passer trois régimes différents, enregistrerait l'une des plus humiliantes défaite militaire de son histoire, verrait un roi remplacé par un ex-Empereur, puis ce même roi revenir au pouvoir sans vraiment avoir pour autant l'adhésion de son peuple. Peut-être vous direz-vous alors que l'imagination doit avoir des limites et que le vraisemblable doit toujours présider le romanesque.
Seulement voilà Sylvie Yvert apporte la preuve qu'une fois de plus la réalité dépasse la fiction. Même si la formule peut paraître éculée, elle est tout ce qu'il y a de plus juste. Quand, le premier mars 1815 Napoléon débarque à Golfe-Juan, la France est dirigée par Louis XVIII. Un Monarque qui entend faire respecter son pouvoir et, en apprenant la nouvelle, envoie le Maréchal Ney qui s'était rallié à lui, arrêter ce petit caporal fauteur de troubles. Mais on sait aussi que le retournement de veste va devenir une habitude, non seulement pour lui mais pour de nombreux militaires et politiques. Parmi ceux qui rejoignent Napoléon, on trouve notamment Charles Angélique François Huchet de la Bédoyère et Antoine Marie Chamans de Lavalette.
La belle idée de Sylvie Yvert est de nous raconter cette année si particulière à travers le destin de ces deux hommes qui, s'ils n'ont pas joué les premiers rôles, symbolisent à la fois le tragique et le romanesque de la situation.
Lorsque s'ouvre le roman, la fête est finie. Nous sommes à l'heure du procès de ces aristocrates qui ont accueilli l'ex-empereur à bras ouverts. Charles dirigeait alors un régiment à Grenoble et fera allégeance à l'Empereur lorsque ce dernier croisera son chemin en remontant vers Paris.
Antoine se distingue quant à lui par son rôle d'agent double, en aidant notamment les fidèles à Napoléon à gagner l'étranger, en signant de faux passeports. Ont-ils été des fidèle sou des traîtres. Les chefs d'accusation de conspiration contre l'état et d'usurpation de fonctions sont-ils légitimes?
La suite de l'histoire a beau être connue, elle n'en demeure pas moins passionnante à lire. On y voit deux destinées, deux hommes bien nés se mettant au service de l'État et se retrouvant condamnés à mort pour cela. Des Cent-Jours à Waterloo, du retour de Louis XVIII à l'exil à Saint-Hélène, des compromis aux compromissions, il y a dans cette année des rebondissements extraordinaires, des drames déchirants, de la comédie la plus désopilante. On y voit Chateaubriand, Benjamin Constant ou encore le grand Hugo commenter la tempête et avec eux la presse se déchaîner dans un sens puis dans l'autre.
Nous voilà finalement en résonnance avec l'actualité. Car l'autre grande vertu de ce roman est de nous apprendre à la prudence et à la modération plutôt qu'aux emballements trop intempestifs. 1815 nous apprend aussi à être un peu plus lucides face au tourbillon médiatique. Ce n'est pas là la moindre de ses vertus.
Lien : https://collectiondelivres.w..
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sandrinetcompagnie67
  12 octobre 2019
#machronique
Une année folle
Sylvie Yvert
Éditions Héloïse d'Ormesson
Mon avis
Je viens de finir Une année folle en reconnaissant de suite l'écriture moderne, dynamique, pleine d'humour que j'adore.
Le rythme est souvent celui d'une pièce de théâtre (le récit est régulièrement coupé d'entractes courts et illustré de citations), faite de virevoltes, d'actions, de contre actions, de surprises et de suspense... D'ailleurs, les chapitres sont des actes.
L'un des chapitres est totalement ubuesque et digne de péripéties à la Marivaux...
Sylvie Yvert nous décrit là une danse de Cent-Jours peu commune et à laquelle il est bien agréable d'assister. Lecture délectation !
Quel Plaisir cela a été de retrouver (entre autres) Chateaubriand, Mme de Staël, Mme Récamier, Stendhal, et ... Mousseline La Sérieuse
J'ai été aux premières loges de cette course poursuite passionnante au pouvoir. Les incertitudes et les peurs d'un peuple qui ne sait plus comment se positionner, le soutien et aussi l'hypocrisie des nobles et de l'armée qui, pour la plupart, changent de danse comme de personne au pouvoir : que d'émotions et de suspense.
Charles et Antoine, sont les deux protagonistes principaux de cet ouvrage. Ils sont les jouets et les héros d'une période de notre Histoire et nous passons Cent-Jours avec eux. Ils ont pour points communs leur fidélité à Napoléon et leurs belles qualités humaines. Cette loyauté envers l'Empereur scellera leur sort.
Géorgine, épouse de Charles et Émilie, épouse d'Antoine sont des héroïnes malgré elles. Quelles belles preuves d'amour elles ont donné à leur mari !
Ce que j'aime chez Sylvie Yvert, ce sont ses récits non romancés, ses exactitudes, son écriture si caractéristique, la façon dont elle nous narre les faits en se mettant à notre niveau. Son amour pour les personnages insolites et / ou peu connus du grand public est contagieux.
Cet ouvrage contient des anecdotes intéressantes à foison comme l'instauration de l'ancêtre de notre système postal, la surveillance des courriers par Napoléon, les changements de Régimes constants durant ces Cent-Jours. Une belle révision de mes leçons d'Histoire !
J'ai éprouvé tellement de sentiment d'injustice parce que j'ai l'impression qu'Antoine et Charles ont connu le sort qu'ils ont connu POUR L'EXEMPLE. Ils n'ont jamais « dansé », eux... Comme disait Gabrielle : « Ah ! Quels temps horribles que les temps de Révolution ! (...) Comme ils faussent l'esprit ! Comme ils dénaturent le coeur et le rendent barbare ! »
J'ai beaucoup aimé ce livre, mais autant j'ai trouvé Mousseline la Sérieuse plus « grand public », autant Une année folle me paraît un peu plus soutenu et destiné à des lecteurs plus avertis et férus d'Histoire.
Rien ne résume mieux la tragi-comédie qu'ont été ces Cent-Jours que le chapitre final. « Rien dans l'histoire ne ressemble à ce quart d'heure. » MERCI SYLVIE.
Citations
« Je vous fais voir l'envers des événements que l'histoire ne montre pas ; l'histoire n'étale que l'endroit. » Chateaubriand
« Débute alors un ballet du pouvoir unique dans l'histoire, où la France, ne sachant plus à quel saint se vouer, change fréquemment de cavalier, porte tantôt l'aigle ou l'abeille à la boutonnière, tantôt le lys ou le ruban blanc. »
« Un partisan de Napoléon rappelle que les Français ont, depuis la Révolution, soutenu successivement la royauté, la Convention, la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Restauration : seule la volonté nationale compte ! Comment trancher ? » puis le Second Empire ...
« (...) au milieu de ces vicissitudes, de ces vingt jours de courte joie, de ces cent jours de tristesse mortelle, il y eut un acteur de ces grandes scènes qui n'eut pas un jour de contentement, pas un seul, ce fut la France ! »
#uneanneefolle #sylvieyvert #heloisedormesson #editionsheloisedormesson
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RAPHIKI
  09 avril 2020
Le confinement a malgré tout ses bons côtés. Comme pour beaucoup d'entre vous, ma PAL prend un sacré coup dans l'aile, du moins, lorsque je trouve l'occasion de m'éclipser en douce, loin des sollicitations de la maison.
Et aujourd'hui, petite rasade d'Histoire au programme avec Une année folle.
Conte historique ? Fable ? Documentaire ? Un savant mélange des trois si vous voulez mon avis.
L'auteure nous projette au coeur du procès de deux bons hommes - dont l'identité ne nous sera révélée qu'en fin de course - que l'on accuse de tous les maux de leur époque. Procès qui, à la manière d'une parenthèse, ne semble servir, aussi bien que les intéressés, qu'à nous transporter aux côtés du Bandit corse, Napoléon Bonaparte. L'histoire de deux hommes, aux origines sociales différentes, qui par amour de leur Nation, vont se révéler et s'élever aux côtés d'un Empereur déjà au crépuscule de sa Gloire conquérante. Mais voilà qu'insultée par le triste tour que leur a joué l'Ambitieux, l'Europe, encore terriblement vexée, compte bien arrêter la cavalcade effrénée du despote en lui jetant en pâture un Louis XVIII bien mollasson et apathique. Là se concentre toute l'intrigue, ce court intervalle où la France verra les simulacres de règnes se succéder et la guéguerre de pouvoirs faire se retourner les vestes plus rapidement les langues.
L'entreprise est louable et parfois pathétique, nous assistons à une pièce tragicomique qui pourrait faire rougir le gaulois que nous sommes, si peu intéressé par la chose politique et bien en peine de cerner les enjeux qu'elle renferme. Les monarques sont moqués et apparentés à de vulgaires pantins, les plus honorables, sacrifiés sur l'autel de l'hypocrisie des plus vils. Bref, un régal !
Le style surprend au premier abord par son vieux parler et sa narration presque paraphrasée (sur ce point, on notera un travail de documentation assez remarquable), mais se révèle finalement agréable. On ne peut s'empêcher d'y entrevoir un peu de cynisme et de raillerie, sous couvert d'un Chateaubriand bien acerbe, avec l'emploi, notamment, d'un vocabulaire outrepassant la simple déférence quand il s'agit de Napoléon : un vrai traité de ses meilleurs sobriquets en somme ! En passant de "son maître", "le soleil", " le Revenant", "l'Enchanteur", 'l'Ogre" ou encore "le nouvel Alexandre", le Petit Caporal a son compte !
Une fable donc, sur une hypocrisie hors-norme et savoureuse !
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BALABLABLA
  04 juin 2020
Ou l'incroyable jeux de chaises musicales
« Une année folle » est un roman passionnant, extraordinaire, captivant et plein de rebondissements s'enchaînant à un rythme endiablé. C'est un livre qui se dévore… avec délectation. C'est la ronde, la danse ou la valse du pouvoir ou des pouvoirs, la danse aux idées, des partis. Ce sont deux mondes qui s'affrontent, deux tendances, héritage de la Révolution française de 1789.
1815, une folle année ? Napoléon est exilé sur l'île d'Elbe au large de la Corse et de l'Italie tandis que Louis XVIII restaure la monarchie des Bourbons et promet la liberté et la paix (le pardon) à travers la Charte constitutionnelle, pour beaucoup empruntée au régime britannique. Mais, Paris est envahie par les alliés européens. Si, beaucoup sont heureux de retrouver le roi, d'autres regrettent, déjà, Bonaparte. Qu'à cela ne tienne, celui-ci débarque de son île et en trois semaine, « le vol de l'Aigle » rallie l'armée (oubliée, réduite, dévalorisée). Louis XVIII s'enfuit et retrouve sa terre d'exilé qui l'avait accueilli durant la Terreur et le Directoire. Napoléon instaure les 100 jours (3 mois) durant lesquels, il va tenter de reconquérir son trône. Depuis 18 mois, les idées ont changé, la politique, aussi. La France est usée et épuisée par « L'Ogre ». La coalition européenne ne veut pas de lui et craint de nouveau, une reconquête du continent. Mais Wilson arrêtera sa course dans la plaine de Waterloo, en Belgique. Ni le maréchal Ney, ni le colonel Charles de Labédoyère ou encore Grouchy n'y pourront rien changer. L'empereur, plus que l'ombre de lui-même est escorté via la Rochelle, sur l'île d'Aix avant de rejoindre l'île de Sainte-Hélène. Alors ? Louis XVIII, frère de Louis XVI, guillotiné en place royale, le 21 janvier 1793, revient d'exil et réinstaure la monarchie. La « Terreur Blanche » s'installe. Les ultras veulent faire tomber des têtes. On cherche les coupables et des exemples pour calmer les tensions et les pulsions.
Ici, c'est la danse des ministres, des fonctionnaires ou le bal des courtisans : des vestes se retournent, les trahisons perdurent, les uns et les autres espèrent des promotions, des postes à la mesures de leurs ambitions que le chef suprême soit monarchiste ou bonapartiste. On manipule, on triche, on pactise : Talleyrand, ministre des affaires étrangères sous le règne de Napoléon, en tête. Il y a aussi Fouché, Carnot et tant d'autres. "Les fidèles sont évincés, les traîtres avancés."
Dans cette France divisée où deux camps s'opposent et s'affrontent implacablement, deux personnages, les protagonistes du roman : Antoine de la Vallette et Charles de Labédoyère se distinguent par leur courage, leur mérite (contre la naissance), et l'honneur par-dessus tout. Ces deux amis, l'un militaire, l'autre fonctionnaire aux Postes, tous deux admirés et aimés de l'empereur se trouvent dans une terrible tourmente. Leur loyauté est mise à mal. Loyales et fidèles ? Envers qui ? Loyales et fidèles envers la France, la mère patrie qu'ils chérissent, qu'ils désirent grande : indépendante et glorieuse au sein de l'Europe. Comment s'en sortiront-ils ? Si l'un devient martyr car fusillé pour calmer les appétits sanglants, l'autre devra son salut à une évasion rocambolesque et inattendue. A quel prix ?
« le vice et le crime, la fameuse ligne courbe, le cynisme et la trahison sont non seulement impunis mais encore récompensés, tandis que la pureté et la droiture sont pénalisés, écartées, proscrites"
Le lecteur côtoie des personnages illustres, chacun défendant son camp entre ultras et bonapartistes : Chateaubriand, Benjamin Constant, Talleyrand, Fourché, Carnot, Ney, Lamartine, Madame de Staël, Decazes, la duchesse d'Angoulême ou Hortense de Beauharnais, devenue reine de Hollande, mère du futur Napoléon III
« Une année folle » ? Un roman richement documenté dans un style vulgarisé rendant l'Histoire à portée de tous, une pièce de théâtre (politique) en 5 actes scandés d'entractes comme une introduction à la partie et aux événements arrivant par des extraits de poèmes empruntés à Stendhal, Balzac, Chateaubriand et Lamartine. Une richesse culturelle littéraire ponctue cet ouvrage sensationnel : Rousseau, Hugo,
Sylvie YVERT par sa verbe unique (belle et simple) nous plonge dans un univers qui nous fait découvrir un pan de notre Histoire et deux personnes hors du commun, oubliés de celle-ci.

Lien : https://www.france.tv/france..
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lagrandeval
  09 mars 2019
Durant la période des Cent jours, deux hommes, l'un militaire, Charles, l'autre homme politique, Antoine, ont connu le retour de l'Empereur de l'île d'Elbe. Au retour de Louis XVIII ces deux hommes sont inculpés pour complot. Ils auraient aidé l'Empereur à revenir. Est-ce la réalité ? Pourquoi s'acharner sur deux destinés ?
J'avais adoré le précédent roman Mousseline la sérieuse, bouleversant, plein d'émotions. En attendais-je trop ? Je suis un peu déçue par ma lecture car je n'ai pas retrouvé les sensations de ma précédente lecture. Pourquoi ? :
Car ce roman historique n'est pas écrit à la première personne ;
Car le récit se situe sur une période de l'histoire de France que je connais peu ;
Car le parcours des deux protagonistes, Charles et Antoine m'a intéressé qu'au moment de leur procès ;
Car avant, j'avais l'impression de lire un livre sur Bonaparte ou sur les propos De Chateaubriand, très souvent cité (va falloir que je lise ses mémoires d'Outre-tombe, ouvrage faisant partie de ma bibliothèque)
Mais même si j'ai aimé le dernier tiers quelle histoire !
Quel jeu de dupe, de pouvoir ; que ne faut-il pas pour asseoir sa politique, expliquer le retour d'un homme à grande vitesse
Un complot serait-il la solution ?
Mais aussi quelles forces que ces femmes, les épouses qui jusqu'au bout soutiennent leurs maris, se battent pour leurs époux. Elles sont aussi les héroïnes de ce roman.
Deux parcours, deux histoires d'amour, un complot pour finir…. A vous de lire.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   26 février 2019
S’il y a eu un soleil à Austerlitz, c’est aussi parce que, en rentrant de l’expédition d’Égypte, Antoine a aidé Bonaparte à devenir Napoléon. Peu après son mariage de raison, il a quitté provisoirement Émilie pour rejoindre son maître au Caire. La ville poussiéreuse aux étroites ruelles encombrées de chameaux surchargés de ballots, la lumière dorée et la chaleur étouffante le surprennent, comme tout voyageur plongé dans ce mirage oriental qui inspire les poètes. Du bas des pyramides, il contemple ces quarante siècles qui ont précédé le nouvel Alexandre. Sa faveur naissante se confirme lorsque ce dernier lui offre le sabre recourbé du chef ennemi – Mourad Bey – qui vient d’être défait. Antoine se révèle bientôt un compagnon plein de franchise, de gaieté, lyrique à ses heures. C’est ainsi qu’il devient un intime du jeune prodige, tantôt pour suppléer son secrétaire – sa plume et sa subtilité ont été remarquées en sus de ses talents militaires –, tantôt, quand il cesse de parler politique, pour lui faire la lecture, privilégiant les histoires de fantômes dont il est paraît-il friand : « Voyons, monsieur l’enthousiaste, lisez-moi cette fameuse lettre de Lameillerie », demande Bonaparte abrité sous une mousseline pour se protéger des insectes.
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hcdahlemhcdahlem   26 février 2019
INCIPIT
La parole est à l’accusé.
« Messieurs », commence Charles avec résolution.
Son regard droit et ardent s’adresse, tout comme sa voix, aux jurés qui l’écoutent avec sévérité, visages fermés, sourcils froncés.
« Si dans cette journée importante ma vie seule était en cause, j’espère avec raison que celui qui, quelquefois, a su conduire de braves gens à la mort saura s’y conduire lui-même en brave homme. Je ne vous retiendrai pas longtemps… Mais ce n’est point devant vous, messieurs, que je dois appuyer sur le sentiment. Elle passera dans vos cœurs, messieurs, cette conviction intérieure que j’ai, que je proclame hautement, dans ma pensée, dans mon action : l’honneur est intact. »
Ses yeux clairs et francs se perdent maintenant vers les murs de cette salle comble, dont le grain se floute. Puis fixent de nouveau avec gravité ceux qui lui font face, assis sur une estrade semi-circulaire : « Je n’ai ni l’intention, ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n’ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Bonaparte ; je suis même convaincu qu’il n’a point existé de conspiration pour ramener Bonaparte de l’île d’Elbe. »
L’infortuné jeune homme de vingt-neuf ans, à la tournure élégante, est doté d’une physionomie fine et agréable. À peine plus pâle qu’à l’accoutumée, il est vêtu d’une longue redingote verte, conforme à sa haute taille, celle qu’il portait le jour de son arrestation. Belle allure, cheveux blonds implantés à la Chateaubriand, favoris, front haut, petite bouche finement ourlée, nez long et fin, yeux bleus, teint clair, il apparaît dépouillé de ses décorations puisqu’on vient de lui retirer sa Légion d’honneur. Celui qui déclamait naguère sur scène des vers avec fougue veut cette fois donner avec le calme de l’honnêteté les raisons qui ont déterminé sa conduite. Mais à peine a-t-il commencé son plaidoyer qu’il se voit déjà interrompu par un juré redoutant, à juste titre, une défense propre – qui sait ? – à prétendre le sauver. Voici donc ce colonel (ou bien est-il général ?) traduit au conseil de guerre. Il s’est rendu coupable, dit-on, de rébellion et de trahison, après avoir succombé à des sentiments mal éteints. Comprenant qu’il est condamné par avance, Charles ignore les feuillets volants qu’il tient à la main pour passer aux dernières lignes de son exposé, sans se départir de son attitude mêlant douceur et fermeté : « Une grande erreur que je reconnais, que j’avoue avec douleur, a été commise par l’ignorance des intentions du roi ; aujourd’hui les promesses royales sont exécutées, un peuple, se pressant à l’envi autour de son souverain, reconnaît que lui seul est digne de régner et peut faire son bonheur… Peut-être ne suis-je pas appelé à jouir de ce spectacle, ajoute-t-il avec noblesse, mais j’ai versé mon sang pour la patrie, et j’aime à me persuader que ma mort, précédée de l’abjuration de mes erreurs, sera de quelque utilité. »
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hcdahlemhcdahlem   26 février 2019
Baptisé à l’église Saint-Sulpice, Charles est né trois ans avant la Révolution. Ce Breton fier de ses ancêtres venus d’Irlande quatre siècles plus tôt tient-il d’eux son sang bouillonnant? En tout cas, la devise de sa famille lui va comme un gant: Honneur et bienfaisance. Son père était capitaine des dragons auprès de Monsieur, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. Le jeune Charles est élevé entre la rue de la Planche à Paris, le château de Nogent-l ’Artaud dans l’Aisne et le château de Raray dans le Valois, posé près de Senlis, où sera tourné La Belle et la Bête de Cocteau. Ses balustrades offrent de spectaculaires sculptures cynégétiques du XVIIe siècle, uniques au monde, évoquant la chasse au cerf par le truchement de quarante-quatre chiens représentés dans des positions différentes. Souffrant, son père renonce à émigrer mais quitte Raray pour se retrancher à Nogent, château fort sécurisant malgré sa vétusté. De solides principes sont inculqués à l’enfant, dont l’apparente froideur cache mal une vive sensibilité, presque farouche, encore exaltée par ses lectures sur Rome ou la Grèce antique dans lesquelles il puise son culte des héros et le goût de la gloire. Ses auteurs favoris ? Boileau et surtout Racine. Comment ce caractère né entier ne pourrait-il vibrer avec Achille qui accepte la mort par sacrifice pour la patrie dans Iphigénie ?
Charles n’a que six ans lorsque Louis XVI est décapité et ne se souvient pas, adulte, du « jour affreux de sa mort ». Il ajoute cependant qu’il n’a pas éprouvé d’envie de vengeance, que le joug de Robespierre n’a pas pesé sur lui – sa jeunesse l’ayant tenu ignorant "pendant longtemps des crimes de la France".
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talou61talou61   07 mars 2019
Comme son ami Flahaut, futur amant et père du duc de Morny, il tombe amoureux d'elle (la reine Hortense), de ses grands yeux doux, de ses cheveux châtain clair, et lui adresse une déclaration aussi délicate que bien tournée :
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BALABLABLABALABLABLA   04 juin 2020
"Le vice et le crime, la fameuse ligne courbe, le cynisme et la trahison sont non seulement impunis mais encore récompensés, tandis que la pureté et la droiture sont pénalisés, écartées, proscrites"
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E. Couly reçoit Sylvie Yvert pour son roman "Une Année folle" Edition Héloïse d'Ormesson, au Clos de Villeroy, à Mennecy en Essonne (http://www.leclosdevilleroy.com/) Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l?histoire de France commence. Fraîchement débarqué de l?île d?Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône. « Son » trône ? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. le roi et l?Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la liberté, la paix et la légitimité. Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux fidèles de « l?Aigle » sont dans la tourmente. Deux héros oubliés liés par un sens de l?honneur et une loyauté hors du commun qu?ils vont payer cher? Au bal du pouvoir la valse des courtisans bat la mesure face à un peuple médusé. Chorégraphe d?une tragi-comédie en cinq actes, Sylvie Yvert tisse avec une savoureuse habileté ces destins contrariés. Une fable intemporelle, enjouée et amorale.
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