ISBN : 226613437X
Éditeur : Pocket (2003)


Note moyenne : 4.37/5 (sur 201 notes) Ajouter à mes livres
"Les manuscrits ne brûlent pas", dit le diable... Phrase prémonitoire pour un auteur découvert puis adulé dans son pays comme à l'étranger près d'un quart de siècle après sa mort. Le Maître et Marguerite fit l'effet d'un... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    Titre original : Мастер и Маргарита
    Traduction : Claude Ligny
    "Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.
    Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.
    La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.
    Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.
    Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."
    Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.
    Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"
    A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.
    Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.
    L'accompagnent et le servent deux démons familiers, l'inénarrable rouquin Béhemoth-Koroviev et le non moins extraordinaire Azazello, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.
    Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.
    Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.
    Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.
    Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par jcnb68, le 15 septembre 2011

    jcnb68
    C'est une bien bizarre chose que la façon dont les livres vous tombent entre les mains.
    Pas tous évidemment !
    Mais il y a livres et livres.
    Je sors de la lecture de ce dernier décontenancé, pour le moins.
    Sonné, en tous les cas.
    Et dire qu'il y a une semaine je ne connaissais rien de l'existence de l'auteur.
    Heureusement que l'ignorance ne tue pas !
    Ce serait même plutôt le contraire, à mon humble avis.
    Qu'est ce que ce récit ?
    Une bouffonnerie diabolique ?
    Un plaidoyer de l'absurde ?
    Une critique amère et désespérée de la tartufferie bolchevik, et de toute machinerie de la gouvernance en général ?

    Tout à la fois, et bien plus encore, serai-je tenté d'écrire.
    Galimatias !
    C'est un mot qui revient souvent dans le récit.
    En tous les cas, moi, je suis au regret de vous dire que je n'ai rien capito.
    Et ce malgré les innombrables annotations au bas de page qui dans bien des cas en occupaient la moitié.
    Cela ne m'a pas empêché de jouir comme un nain tout au long de ma lecture.
    Le style est précieux et quelque peu désuet, théâtral, mais c'est voulu.
    Burlesque, ironique, précis et tranchant comme la lame d'un sabre japonais.
    À travers les tribulations du diable descendu sur Moscou, histoire de prendre un peu l'air, accompagné d'une bande de 4 acolytes, rivalisant de bouffonnerie et de cruauté, Boulgakov nous prophétise une Russie qui n'a rien de drôle. L'histoire se chargera de lui donner raison.
    Mais Dieu que cet homme a du souffrir et s'ingénier pour créer un tel récit dans lequel les écrivains, les dirigeants politique et administratifs, Pilate, Jésus et le diable lui-même, s'entrecroisent entre réalité et 5ème dimension et dans lequel Woland, le démon, nous est décrit presque comme un être cool, sympa, droit, triste, solitaire, sage et même, si j'ose : juste.
    Jésus est faible, un peu abruti, craintif tout en faisant preuve d'une témérité candide et innocente.
    Entre deux, Pilate, le coupable. Se trouvant là où il n'aurait jamais voulu être. Prenant des décisions injustes bien malgré lui et avec très peu de capacités pour les assumer. Un peu comme tous ces membres de l'intelligentsia russe, vaquant à leurs responsabilités de façon machinale sans se soucier des conséquences de leurs décisions.
    C'est un livre qu'il faut relire car sous ses atours burlesques, une profonde réflexion sur la société ainsi que sur les forces occultes qui la gouvernent y est décrétée.
    Pour l'instant, je reste encore sous le choc, et il n'est pas impossible que je revienne sur ma critique après une lecture renouvelée car s'il est un bouquin qui mérite d'être lu et relu, c'est bien celui-là.
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    Critique de qualité ? (18 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par annie, le 15 janvier 2009

    annie
    Les débuts littéraires

    En 1920, installé à Vladikavkaz, Boulgakov décide d'abandonner la médecine pour se consacrer à l'écriture.
    Il publie plusieurs récits (Au café le 5 janvier, un récit sous-titré « Tribut d'admiration » le 6 ou le 7 février) et collabore à un éphémère journal blanc.
    Atteint du typhus lors de l'installation des bolcheviks, il ne peut s'enfuir et demeure donc à Vladikavkaz.
    Fin mars, il se fait engager à la sous-section des Arts de la ville, dirigé par Iouri Sliozkine, un romancier à succès avant la Révolution, qui s'associe Boulgakov comme directeur du « Lito » (département « Littérature » de cet organisme).
    Le 1er mai, un Théâtre soviétique est inauguré; Boulgakov y présente des spectacles, organise des soirées culturelles, anime des débats, assure la critique littéraire et théâtrale dans la presse locale. Fin mai, il prend la direction du Téo (département « Théâtre ») et organise aussitôt un studio d'art dramatique.
    Le 6 juin est jouée sa première pièce, Autodéfense (dont nous n'avons aucune trace), une « humoresque en un acte ». Durant l'été, il écrit un drame en quatre actes, Les frères Tourbine, sous-titrée « L'heure a sonné », qui remporte un grand succès en octobre, mais dont il n'est pas content, ayant dû bâcler pour des raisons alimentaires un sujet qui lui tenait à cœur.
    À la même époque a lieu une polémique avec le quotidien local Kommounist (« le Communiste »), dont il n'a pas supporté que le directeur attaque Pouchkine lors d'un débat, et il est traité de « bourgeois ».
    Le 25 novembre, qualifié de « blanc », Boulgakov est expulsé de la sous-section des Arts. Ne pouvant faire publier les récits qu'il écrit ni jouer sa comédie bouffe, Les Prétendants d'argile, il quitte Vladikavkaz en mai 1921 et pérégrine entre Bakou, Tiflis et Batoum, hésitant un moment à s'embarquer vers Constantinople, avant de partir sur les conseils du poète Ossip Mandelstam pour Moscou, à la fin de septembre 1921.
    Engagé le 1er octobre au Lito de Moscou, il s'installe avec sa femme au 10, rue Bolchaïa-sadovaïa et écrit plusieurs articles, qu'il a le plus grand mal à placer, à cause notamment de la censure. Après la dissolution du Lito, le 1er décembre 1921, il obtient un emploi modeste au Torgovo-promychlenny Vestnik (« le Courrier du Commerce et de l'Industrie »), journal indépendant qui vient de se fonder dans le cadre de la NEP.
    Ce n'est qu'en 1922 qu'il entre dans le monde littéraire. Après la disparition du Vestnik, en janvier (au bout de six numéros), il trouve un emploi dans les services éditoriaux d'un comité scientifique et technique dépendant de l'armée de l'air (début février), puis est engagé comme journaliste dans un organe officiel du parti communiste, Rabotchi (« L'Ouvrier »), dirigé par Nadejda Kroupskaïa, la femme de Lénine.
    De même, en avril, il entre en relation avec Nakanounié (« À la veille »), organe de l'émigration russe de la tendance « Changement de jalons », installé à Berlin, dont le supplément littéraire hebdomadaire est dirigé par Alexeï Tolstoï, et se fait embaucher comme rédacteur-réviseur au Goudok (« le Sifflet »)[13].
    En mai 1922 paraît Aventures extraordinaires du docteur N. dans le deuxième numéro du mensuel Roupor (« le Porte-voix »).
    De même, Nakanounié publie la première partie de Notes sur des manchettes le 18 juin, La Ville de pierres rouges le 30 juillet, les Aventures de Tchitchikov le 24 septembre (histoire fantastique qui renvoie au roman Les âmes mortes de Gogol), La Couronne rouge le 22 octobre, La Nuit du 2 au 3 le 10 décembre, le premier chapitre de La Capitale en bloc-notes le 21 décembre et La coupe de la vie le 31 décembre.
    De même, dans le numéro 2 de décembre de Krasny journal dlia vsekh (« La Revue Rouge pour tous ») paraît le 13, Immeuble Elpit - Commune ouvrière.
    Par ailleurs, dans son numéro 4 de décembre, la revue Rossia (« Russie ») fait figurer Boulgakov dans la liste de ses collaborateurs et, par lettre datée du 29 décembre, la rédaction de Nakanounié l'invite à collaborer régulièrement au journal.
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    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake, le 07 janvier 2012

    Kittiwake
    Lu il y a fort longtemps, j'avais juste conservé de cette première approche un souvenir positif.
    Grand bien m'a pris de prendre quelques notes en cours de lecture : la complexité de l'histoire m'aurait laissée sur la berge pour tenter d'en faire une synthèse. Nous sommes à Moscou à l'époque où le communisme compliquait grandement la gestion du quotidien des moscovites (logement, nourriture...) et où une administration tentaculaire alourdissait toute organisation. le roman commence avec la conversation d'un poète et de son éditeur à propos de l'existence du Christ. Pour trancher ce débat, surgit un personnage pour qui la question ne se pose pas, puisqu'il prétend avoir été présent lors de la condamnation de Jésus le Nazaréen par Pilate. S' en suit l'internement du poète lorsqu'il prétend que le curieux personnage avait prédit la mort de l'éditeur, décapité par un tramway. C'est le début d'un déferlement de situations rocambolesques qui vont mettre Moscou à feu et à sang, et peupler l'asile psychiatrique d'un grand nombre de personnages qui ont croisés le diable (Woland) ou l'un de ses 4 acolytes (Azazello, Béhémot, Koroviev et Hella). Parmi ces supposés malades mentaux, le Maître, un écrivain aigri dont l'oeuvre inachevée traite des dernières heures de Jésus...Sa maitresse Marguerite, après avoir pactisé avec le diable en subissant l'épreuve d'un grand bal maudit, pourra exaucer son voeu le plus cher, vivre avec son amant dans la misère. Leur empoisonnement par Azazello les conduit à suivre Woland dans la mort.
    Par l'intermédiaire du roman du maitre, le lecteur suit une deuxième intrigue, qui se déroule à Jérusalem et décrit avec précision la condamnation et la crucifixion de Jésus, et les états d'âme de Pilate et de Mathieu Lévi, dont Woland se fera le confident
    C'est donc trois scénarios que l'on parcourt, entremêlés, et qui convergent vers la fin du récit avec la libération de Mathieu Lévi
    C'est donc un roman complexe, foisonnant, très animé. L'auteur se situe en témoin narrateur, et bouscule sans cesse le lecteur, en revendiquant occasionnellement son honnêteté de rapporteur. Les situations sont souvent hautement burlesques et ont du faire hurler de rire les lecteurs russes de l'époque (la version complète n'est parue en Union soviétique qu'en 1973). La longueur ne se ressent pas car l'action est sans cesse relancée par les nombreuses facéties de cette association de malfaiteurs sataniques.
    Histoire d'amour, satire politique, conte fantastique et comédie se mêlent pour la plus grande joie du lecteur


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.com/2012/01/le-maitre-et-marguerite.h..
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    • Livres 5.00/5
    Par Pchabannes, le 15 janvier 2009

    Pchabannes
    Tout cela ne constituerait rien de plus qu'une scène de comédie adventice si le passage n'était assorti d'une de ces annotations pertinentes qui font la réputation de la collection (Pleiade) en même temps que les délices des chercheurs. Cette note, la voici :
    Le prénom latin, parfaitement inusité en russe, est déjà porté par un personnage antipathique dans Mémoires d'un défunt (Roman théâtral), Aloysius Rvatski ; il contraste ici avec un nom de famille (ou un prénom patronymique) de pure fantaisie : mogarytch (ou magarytch) désigne le fait d'offrir à boire pour conclure une affaire ou hâter sa conclusion. le modèle de ce personnage pourrait être le dramaturge Sergueï Ermolinski, avec qui Boulgakov se lia en 1929 et à qui il accorda sa confiance presque jusqu'à la fin de sa vie. Un long développement du chapitre XIII, figurant sur le dernier manuscrit dactylographié du roman mais auquel l'auteur finit par renoncer, introduisait Aloysius Mogarytch comme un ami du maître qui devait par la suite donner la preuve de sa félonie. On reconnaît dans ce passage, qui fut imprimé par erreur dans l'édition de 1973, maints détails sur les relations amicales de Boulgakov et d'Ermolinski. D'autres témoignages, qui paraissent probants, ont convaincu des boulgakovistes comme Lidia Ianovskaïa ou Boris Sokolov qu'Ermolinski - ami de confiance de Boulgakov et l'un de ses premiers mémorialistes - remplit bien, auprès de lui, la mission d'information de l'Oguépéou, et que Boulgakov s'en rendit compte dans les tout derniers mois de sa vie.
    Ainsi, coup de théâtre, le tableau initialement pastel s'éclaire d'une lumière crue, tout le récit n'était qu'imposture. Ermolinski n'a pas emménagé dans l'appartement des Boulgakov, il n'a pas couché dans la chambre du petit Serioja, il n'a pas non plus veillé le malade ni acheté ses médicaments, il n'a tenu aucune conversation, édifiante ou non, avec Fadéiev, n'a reçu aucun appel en provenance de Staline, pas plus n'a-t-il suivi le cortège funéraire, il n'était simplement pas là. Tout ce qu'il raconte est obtenu par ouï-dire, extrapolation, imagination ou pure invention. Quant à ses papiers perdus, gageons qu'ils ne le sont pas pour tout le monde et qu'ils dorment du sommeil de l'injuste, soigneusementrangés et répertoriés, dans les archives du K.G.B..

    Etonnant, non ?
    Merci à Claude Ballade, mon cher cousin pour cet article et cet éclairage.

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Citations et extraits

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  • Par Pchabannes, le 15 janvier 2009

    Chapitre XXIV du Maître et Marguerite (je cite in extenso) :

    A l'instant même, quelqu'un tomba du plafond et s'écroula à terre, un citoyen tout décontenancé, dans un état proche du délire, sans rien sur lui que ses sous-vêtements, mais ayant, chose curieuse, une valise dans les bras et une casquette. Cet homme grelottait de peur et n'arrivait pas à se mettre debout.

    "Mogarytch ?" demanda Azazello à l'individu tombé du ciel.

    "Aloysius Mogarytch", répondit l'autre tout tremblant.

    "C'est bien vous qui, après avoir lu l'article de Latounski sur le roman de cet homme, avez porté plainte contre lui en déclarant qu'il détenait des écrits subversifs ?"

    Le citoyen fraîchement débarqué bleuit et fondit en larmes de repentir.

    "Vous vouliez vous installer dans son deux-pièces ?" nasilla Azazello aussi cordialement qu'il le put.

    Un feulement de chat enragé se fit entendre dans la pièce et Marguerite, hurlant à pleine gorge :"Hou, gare à la sorcière, hou !", se jeta, toutes griffes dehors, sur la figure d'Aloysius Mogarytch. Dans le remue-ménage qui s'ensuivit, la voix du maître s'éleva, pathétique :

    "Que fais-tu ? Margot, ne te déshonore pas !

    -Je proteste, il n'y a pas déshonneur !" brailla le chat.

    Koroviev tira Marguerite en arrière. "J'ai installé une baignoire..." criait Mogarytch, claquant des dents, le visage en sang ; et dans sa terreur, il se mit à débiter des idioties : "rien que de refaire la peinture... au sulfate de chaux...

    -Bonne idée, ça, d'avoir installé une baignoire, approuva Azazello, il lui faut des bains...". Puis il cria : "Hors d'ici !" Alors une force invisible retourna Mogarytch les pieds en l'air et l'expulsa de la chambre de Woland par la fenêtre ouverte. L'incident se conclut à la page suivante. "De toute façon, à la clinique, ils vont s'apercevoir de mon absence", ajouta-t-il [le maître] timidement à l'adresse de Woland. "Allons donc, comment voulez-vous qu'ils s'en apercoive
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  • Par annie, le 15 janvier 2009

    Certes, l'homme est mortel, dit-il, mais il n'y aurait encore là que demi-mal. Le malheur, c'est que l'homme meurt parfois inopinément.
    *

    Il faut reconnaître que, parmi les intellectuels, on rencontre parfois, à titre exceptionnel, des gens intelligents.
    *

    Qui prend son temps n'en manque jamais.
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  • Par kathel, le 19 septembre 2010

    Il y avait encore dans la chambre, assis sur un haut tabouret devant l'échiquier, un énorme chat noir qui tenait dans sa patte de devant un cavalier du jeu d'échecs. Hella se leva et s'inclina devant Marguerite. Le chat sauta à bas de son tabouret et en fit autant. Pendant qu'il ramenait derrière lui sa patte arrière droite pour achever sa révérence, il lâcha le cavalier qui roula sous le lit. Le chat alla l'y rechercher aussitôt. Tout cela, Marguerite, à demi-morte de peur, ne le discernait qu'à grand-peine, dans les ombres perfides que jetaient les chandeliers. Son regard s'arrêta sur le lit, où était assis celui à qui, récemment encore, à l'étang du Patriarche, le pauvre Ivan avait affirmé que le diable n'existait pas. C'était lui, cet être inexistant, qui se trouvait sur le lit.
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  • Par Kittiwake, le 07 janvier 2012

    Sur l'échiquier, cependant , régnait la confusion. Le roi en manteau blanc, qui avait perdu toute contenance, piétinait sur sa case en levant les bras avec désespoir. Trois pions blancs en costume de lansquenets, armés de hallebardes, regardaient d'un air éperdu un officier qui, agitant son épée, leur montrait devant eux deux cases contigües, une noire et une blanche, où l'on voyait deux cavaliers noirs de Woland dont les chevaux fougueux raclaient du sabot la surface de l'échiquier
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  • Par Fiona-thoustra, le 10 avril 2010

    Aucune force au monde ne peut obliger une foule à se taire tant qu'elle n'a pas exhalé tout ce qui s'est accumulé en elle et qu'elle ne se tait pas d'elle-même.
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