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EAN : 9782070143009
224 pages
Gallimard (05/05/2014)
3.94/5   8 notes
Résumé :
Cette nuit-là, Robespierre frappe à la porte de Marie, une céroplasticienne à laquelle il va ordonner de modeler dans la cire le visage d?un vieillard arraché aux cachots de la Bastille. C?est en vérité un mort-vivant qu?il confie à une artiste dont les pouvoirs lui sont inconnus. Comment imaginerait-il qu?une aussi jeune femme sache capter l?essence physique, morale et psychologique des êtres auxquels, par son toucher, elle donne un "autre visage"? Stupéfait de voi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Légendes urbaines…

Ce livre m'attendais depuis fort longtemps dans ma bibliothèque…

L'auteur, Alain Absire, nous propulse à Paris durant la Révolution française.

On suit les pas de Maximilien Robespierre et de Marie Tussaud, la célèbre céroplasticienne.

Original, car les évènements ne sont pas dits, presque pas décrits, mais on devine lesquels nous sont narrés, ainsi on passe de la prise de la Bastille, à la nouvelle Constitution Monarchique, la fuite du roi, l'invention de la guillotine, la prise des Tuileries, les massacres de septembre, le procès du roi, l'assassinat de Marat, l'exécution des Indulgents, puis à Thermidor an II.

J'ai aimé le style de l'auteur, très fluide, emprunt de poésie.

Mais je n'ai pas adhéré aux légendes urbaines qu'il trimballe (le comte de Lorges, prisonnier de la Bastille libéré le 14 juillet 1789 n'a jamais existé (voir les historiens comme Hervé Leuwers, Philippe de Carbonnières…) ; la rencontre de Mme Tussaud et de Robespierre à la Bastille qui est issue des "mémoires" de cette femme, complètement farfelues… Cette femme qu'il affuble de savoir encyclopédique, de pertinentes réparties ce que je ne crois pas un seul instant…


Quelques anachronismes et autres erreurs m'ont un peu choquée comme Barnave qui apparaît page 36, alors que rien n'avait précédé sur sa venue… La présence de Saint-Just à Paris en 1789 (?), même s'il faisait partie de la garde nationale de sa région, il y est retourné juste après… David, grand ordonnateur des fêtes révolutionnaires en 1791 (?)…. le tutoiement adopté dès 1789 et Robespierre l'employant (il détestait cela disant que cela allait contre la politesse…)

Des passages sordides auraient pû être évités comme l'autopsie de Mirabeau ou les fouilles des tombes à la recherche de la tête de Manon Roland

L'auteur révèle pourtant une excellence connaissance de cette période historique en reprenant notamment certains discours de Robespierre, des paroles de Danton ou de Saint-Just.
La solitude de Robespierre dans la nuit du 9 au 10 thermidor est vraiment très bien décrite et donne des frissons…


Mais j'aurais aimé qu'Alain Absire nous montre aussi les innovations de la Révolution comme le suffrage universel, l'école gratuite et obligatoire…


J'ai pensé qu'à travers les mots de Mme Tussaud,, c'est l'auteur qui parle à Robespierre et lui adresse des reproches… Comme si une femme pouvait être la solution à la rigueur de l'Incorruptible !...

Un roman surprenant, bien rédigé.
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Etonnant roman, qui brosse un portrait de Robespierre en ses dernières années.
Chacun connaît plus ou moins l'homme des manuels scolaires : l'implacable révolutionnaire qui envoya sans ciller les ennemis de la République se faire guillotiner à tour de bras; l'exact opposé de Danton, cet être paillard et débraillé qui mordait la vie à pleines dents, tandis que Robespierre, d'une inquiétante froideur, ne goûtait aucun des plaisirs terrestres et ne semblait s'animer d'une flamme humaine que lorsqu'il montait à la tribune pour déployer son éloquence...

C'est bien ce personnage que l'on retrouve sous la plume d Alain Absire : un être privé de toute forme de sentiment, gouverné par ses seules préoccupations politiques. Cependant, on y découvre un homme plus complexe qu'il n'y paraît, un homme qui, orphelin dès son plus jeune âge, ne sait reconnaître ni encore moins exprimer ce qui s'apparente à de l'émotion, de la tendresse, de l'attirance.
Tandis qu'il fait la connaissance de Marie, céroplasticienne de son état, à qui il amène le plus ancien prisonnier de la forteresse de la Bastille afin qu'elle en immortalise les traits en symbole de l'iniquité du régime en train de tomber, il perçoit un trouble qui le met profondément mal à l'aise. Bien qu'il s'en défende, il ne cessera dès lors de rechercher la compagnie de cette femme, allant jusqu'à la seconder lorsqu'elle modèlera toutes les personnalités, vivantes ou mortes, de cette Révolution en train de s'accomplir.

Incapable de tout contact physique, Robespierre répugne autant qu'il aspire à sentir les mains de cette femme se poser sur son propre visage pour en mouler les contours. Sa mort seule lui permettrait de connaître enfin la satisfaction de son inavouable désir.

Mais sa mort signifierait aussi l'échec du seul combat qui importe, l'avènement de la République, le triomphe du peuple et l'abolition de la tyrannie, combat qui justifie toutes les actions, y compris la condamnation à mort, contre laquelle il s'était pourtant vigoureusement élevé - ce que l'on a aujourd'hui oublié.
Car Robespierre se sent investi d'une mission suprême, qui le dépasse, comme elle dépasse toutes les passions humaines. Tel un prophète, il conduit le peuple vers son émancipation. le texte d'Absire, à cet égard, est d'une stupéfiante clarté : émaillé d'images et de références religieuses, il transforme peu à peu le glaçant Robespierre en un Christ acceptant le sacrifice suprême de sa propre vie pour la rédemption du peuple régicide.
Mais loin d'en faire un simple illuminé totalement étranger à toute forme d'attachement à la vie, Absire suggère la répulsion qu'il éprouve face à la mort. Jamais Robespierre n'assista à la moindre exécution, et ce n'est pas sans effroi qu'il envisage sa propre mise à mort, qu'il devine inéluctable et que Danton lui avait prédite lorsqu'il passa sous ses fenêtres, dans la charrette qui le menait à l'échafaud.

Sans doute Robespierre devait-il, pour accepter de faire cette ultime offrande, acquérir la certitude d'accéder enfin en mourant à l'inaccessible amour. Non pas celui intellectualisé de l'Humanité - par lequel il était sans doute d'une certaine manière habité, aussi paradoxal que cela puisse paraître -, mais par celui qui nous le rendrait plus humain: l'amour incarné par une femme.

Ainsi Alain Absire nous offre-t-il, dans une écriture absolument magnifique, une nouvelle lecture de cette figure fondatrice de notre République, dont la plupart d'entre nous ne retient plus que le rôle de grand ordonnateur de la Terreur. Mais auquel nous devons aussi les valeurs constitutives de notre identité nationale et qu'il nous appartient, encore et toujours, de défendre avec détermination : Liberté Egalité Fraternité. Existe-t-il en effet plus belle devise et plus noble programme ?

Lien : http://delphine-olympe.blogs..
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« Mon sommeil sera paisible » est un roman éblouissant de perspicacité et affiche une grande originalité. Il égrène, heure par heure, les grandes étapes de la Révolution Française, évoquant cette mise en place d'une réaction en chaîne vers l'horreur absolue. L'auteur choisit le prisme d'une haute figure de cet évènement historique, et non des moindres : Robespierre. Ici, loin de toute imagerie d'Epinal, Alain Asbire nous place au coeur d'âme de ce révolutionnaire à la sinistre réputation. Il lui redonne vie en explorant ce qui est l'essence de son existence : la nation vertueuse. Cet idéal en étendard, Robespierre, homme de droit intransigeant, se veut le guide de tout un peuple. Fort de son raisonnement, sa vision de la société idéale s'imposera quelque soit le ou les sacrifices à faire. Victime de son idéologie, il s'inscrit dans le schéma classique du dirigeant totalitaire, aveuglé, paranoïaque et desséché de tous sentiments. Les scènes s'enchainent, du détail de la vie quotidienne, aux houles de l'assemblée, la Révolution Française apparaît comme une espèce de purgatoire d'idées plus contradictoires les unes que les autres, et on sait que le paradis escompté,(la stabilité politique) n'arrivera que quelques décennies après…. de cette nation opprimée, brimée jaillit une envie, un voeu pieu… la liberté du peuple, dont Marie la céroplasticienne, avec toute sa candeur et son pragmatisme, est une digne représentante. Elle veut le contre poids à cette machine infernale qui s'est mise en marche.
Mais Asbire ne se contente pas d'un récit biographique du politique Robespierre, il cerne surtout l'homme, au destin funeste comparable à celui de Jésus christ. Il avance cote que coute, prononçant la bonne parole et agissant pour son idéal. Sa fin est inéluctable et déjà programmée, il en a conscience. Ses failles, ses atouts, sa force de caractère et ses lâchetés sont autant de facteurs qui font de lui un humain faillible, qu'il se doit de cacher. Et le roman prend alors une dimension universelle dans la description de cette mise en abime d'un être humain. Bien plus que le sang, la violence et l'horreur décrits, le plus effrayant dans « Mon sommeil sera paisible » est cette folie morbide et consciente qui traverse cet homme. Il pourrait refreiner à tous instants mais qui dans ce cas elle est inéluctable, puisque le sacrifice est le but d'une vie, d'une cause...
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Extraordinaire roman inclassable. Historique puisque le personnage central est Robespierre mais inclassable tant l'écriture est riche, furieuse, charnelle (pas dans le sens sensuel ). Les descriptions des corps pendant la Terreur qu'on récupère pour le charnier sont tout simplement hallucinante. Je me suis surprise à lire à voix haute certains passages pour entendre la musicalité des phrases.
Eté 1789, Robespierre se rend chez Marie , une céroplasticienne à qui il va demander de modeler le visage d'un vieillard mourant sorti du cachot de la Bastille. A travers la relation à la fois chaste, conflictuelle mais amoureuse qu'il entretient avec Marie, nous suivons l'ascension de Robespierre entre l'amour de la République et la folie meurtrière que sera la Terreur.
Parfois un peu ardu à lire , ce roman reste un grand moment de littérature. Amis des belles langues, vous pouvez vous précipiter sur cet opuscule!
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Robespierre, tyran qui sème la mort par procuration car ne veut s'approcher des suppliciés, mais aussi terrorisé par son devenir; faire don de sa personne mais en retirer les lauriers se plaçant au sommet de la pyramide des décideurs, se nommant l'être suprême à l'égal de Dieu; sa fin choisie (se suicider mais se rater) mais aussi subie ( raccourci par la guillotine), il n'aspire plus qu'à la postérité entre les mains de Marie.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
C'est exact, je ne suis pas le seul à travailler pour le fossoyeur, soupira Maximilien. Les naïfs remercient Danton et son Tribunal criminel extraordinaire car ils aiment les têtes qui dodelinent en l'air et ils ne se doutent pas que pour atténuer l'effet de ses propres décisions, ce faux derche projette d'instituer un Comité de clémence.
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Maximilien se redresse d'un coup. Péremptoire, le bras tendu et l'index braqué vers son visiteur, il lance: "Citoyen Guillotin! Tu vas recoller sur-le-champs la tête de ta figurine et, demain à midi, des sans-culottes viendront te chercher pour te conduire dans l'atelier de céroplastie à quelques pas d'ici; Là, tu demanderas à une certaine Marie de prendre l'empreinte de ta propre figure et tu lui laisseras toute ta mécanique, y compris ton condamné, pour qu'elle fasse ce que bon lui semble de ce nouvel Autel et de ceux dont la destinée est d'y être sacrifiés....
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- [...] Ne ferme pas ton cœur à une amitié qui ressent ta peine. Tôt ou tard, nous serons tous morts. Un an, six mois ou deux semaines ..., il nous reste peu de temps pour nous entraider. Et pourtant, notre victoire et notre bonheur sont dans l'avenir.
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- Je te parle du bonheur de rester vivante. Marie ! Ne préfères-tu pas, chaque matin, constater que ta tête est à sa place sur ces épaules qu'il m'est agréable de caresser?
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Je dois avouer, mon amie, que tu es née dotée d'une imagination vive au point de sous-entendre que je pourrais arrêter le bras de la Révolution…

Crois-tu que je pourrais arrêter le flux de la Révolution ? Mais comment un homme seul suffirait-il à enrayer l'élan d'un peuple qui rêve de purger la Nation ?
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Alain Absire, Président de la SOFIA (Société française des intérêts des auteurs de l'écrit).
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