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Arlette Pierrot (Traducteur)
ISBN : 202068019X
Éditeur : Seuil (03/09/2004)

Note moyenne : 4/5 (sur 14 notes)
Résumé :
En Autriche, juste avant la Seconde Guerre Mondiale, un écrivain juif, ami de Stefan Zweig et disciple de Kafka, subit les attaques et les calomnies antisémites de la presse. Témoin des errements de son père, son fils Bruno porte un regard aigu sur la lente régression de la société qui l'entoure et les signes précurseurs du drame et des persécutions à venir.
Aharon Apelfeld rend visible la montée du nazisme avec une extraordinaire sobriété. Écrivain du silenc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
bdelhausse
  26 septembre 2019
Aharon Appelfeld brosse en deux tableaux le portrait d'une famille face à l'antismétisme. Tableau 1, nous sommes en Autriche dans les années 30. Tableau 2, le petit garçon de la famille revient dans son village natal dans les années 60.
Il se dégage du roman d'Appelfeld une sourde douleur, un spleen, une mélancolie. Pour le peu que je connais des auteurs israéliens/juifs, c'est assez fréquent. Amos Oz, Shalom Auslander... pour n'en citer que 2, développent aussi cette atmosphère triste, résignée.
Le tour de force d'Appelfeld est de se focaliser sur la famille, sur les rapports humains, en mettant "en creux" la montée du nazisme. La famille connaît des difficultés, des problèmes, mais ce n'est pas montré, cela arrive au lecteur par ricochet. Par exemple, par une jeune fille recueillie, par le manque de nourriture, par le refus des éditeurs... bref par une série de petites situations qui percolent peu à peu dans le quotidien.
De ce point de vue, le début dans le train est impressionnant. L'express est arrêté parce que l'on va procéder à une vérification des identités. rien de plus. Juste une vérification "administrative". Et quand quelques personnes s'en indignent... cela suscite la colère de personnes bien-pensantes qui trouvent qu'il faut que tout le monde se soumette pour ne pas mettre l'express en retard. Nous vivons cela en ce moment. Cela fait froid dans le dos.
Le ressort dramatique vient du père qui refuse son origine juive. Il est assimilé, autrichien, écrivain... comme le père d'Appelfeld était assimilé aussi en Roumanie. le caractère (fortement) autobiographique du roman n'échappera à personne. Aharon Appelfeld terminera dans un camp de concentration dont il s'évadera en 1942. le père va s'aveugler jusqu'au bout et le mariage n'y survivra pas. Ensuite vient la scène de la synagogue où le rabbin convie toute la communauté... qui sera emmenée dans une rafle.
Le retour de Bruno dans son village natal ne se passera pas son mal. Il va se retrouver face à des Autrichiens ayant mauvaise conscience et préférant oublier. Face à d'autres juifs qui ne veulent plus qu'on leur rappelle leurs origines. Il croise un Japonais qui ne peut s'intégrer. Cette partie est étrange. Kafkaïenne, à mon sens. Kafka est d'ailleurs abondamment cité dans le premier tableau, ainsi que Zweig, pour des raisons évidentes. Bruno ainsi que le Japonais s'en vont. On pense aussi à des situations décrites par Beckett dans ses pièces, ou à Kertesz pour certains rouages de la société qui choisit de s'aveugler elle-même.
La grande force d'Appelfed est de ne pas juger, de ne pas poser de jugement de valeur. Il raconte avec des mots simples. Les faits sont bien suffisants. Il déroule lentement le tapis de l'exclusion et de l'intolérance, de l'indifférence, de l'obéissance aveugle, de la soumission qui conduit à l'horreur... le lecteur connaît cette horreur. Appelfeld lui montre son lent cheminement. A nous de ne pas la laisser progresser.
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Bellonzo
  30 janvier 2014

le grand écrivain israélien Aharon Appelfeld a scindé son roman en deux.En Autriche peu avant l'Anschluss,puis 25 ans après le conflit.Un auteur juif,ami de Zweig et admirateur de Kafka,subit les attaques de la presse, insidieuses puis directes.Le plus curieux est qu'il est lui-même presque antisémite.C'est un cas de figure pas si rare dans cette Autriche corsetée qui depuis qu'elle n'est plus la légendaire Autriche-Hongrie s'apprête à accueillir triomphalement son enfant le plus célèbre,tristement cela va sans dire et encore mieux en le disant.L'écrivain a des rapports difficiles avec sa femme et son fils de douze ans,et plus encore avec la communauté juive.Le temps des prodiges n'est pas une ample machine littéraire sur les débuts de l'apocalypse.Non,c'est plus que ça.Une ballade des errements d'un intellectuel qui finit par flotter en son identité, aussi éloigné des rabbins en caftans que des sirènes aryennes.Espérance réduite quoiqu'il en soit.
La seconde partie c'est le retour du fils Bruno,en 1965,dans la paisible bourgade provinciale qui vit la fin de son enfance.Les murs ont changé bien sûr,et les hommes.Pourtant il croit reconnaître une silhouette,parmi les survivants.Mais c'est essentiellement son fardeau de culpabilité,ses années d'enfance chaotique,qu'il tente d'assumer revenant sur les lieux,comme lui-même en déshérence de l'auberge à la rivière.A peine y croise-t-il des fantômes,et bien réels une cousine à peine juive,un Japonais qui noie sa nostalgie dans la bière.On n'est pas tellement sûr,à la lecture de ce beau roman du vieux continent,que l'après,ambigu,exonère l'humanité de l'avant,assassin.
Né comme Gregor von Rezzori à Czernowitz,actuelle Roumanie,Aharon Appelfeld fut déporté à huit ans,fuyard en Ukraine,incorporé à treize ans dans l'Armée Rouge.Juste après-guerre il se retrouve brièvement en Italie et rejoint le tout jeune état d'Israel où il vit à Jerusalem.C'est la première fois que je le lis,pas la dernière je l'espère.
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Romain28
  14 février 2019
Fortement inspiré de la vie de son auteur le livre dans une première partie esquisse en creux le portrait d'une famille juive autrichienne appartenant à la bourgeoisie intellectuelle à l'aube de la seconde guerre mondiale et dans le contexte d'une montée graduelle de l'antisémitisme.
Le parti pris de confier à un enfant d'une dizaine d'années le rôle du narrateur confère au regard porté sur les personnages et à l'analyse des événements , une dimension parcellaire, d'incomplétude qui donne sa beauté au récit ,dont une bonne partie , comme un funeste présage se déroule dans des trains. Tout autant que pour la seconde partie du livre ou le narrateur reviens 20 ans après dans sa ville natale, Aharon Appelfeld évoque avec acuité ce que l'antisémitisme provoque de questionnements identitaire pour les juifs eux-même, du déni à la haine de soi.
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Groucho
  29 décembre 2014
Une histoire très poignante de Aharon Appelfeld.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
GrouchoGroucho   07 novembre 2014
- Après la grande rafle, votre oncle Salo est arrivé, ivre, et m'a demandé de le cacher chez moi, mais j'avais très peur et je redoutais de le faire entrer dans ma maison. Que Dieu me pardonne. J'aurais dû le faire entrer, mais j'avais très peur.

Étrange pensa Bruno, voila ce qui l'accable.

Elle poursuivit.
- De tous les hommes, c'est votre oncle Salo, que j'ai le plus aimé. Elle souriait comme au souvenir d'un vieux pêché. Il m'apportait de Vienne des bas fins et de l'eau de Cologne la plus chère. Je me rappelle très bien de votre maison. On avait de la bienveillance pour les femmes.
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Romain28Romain28   14 février 2019
Papa critiqua vivement la petite bourgeoisie juive qui n'avait d'autre univers que l'argent,des maisons de campagne et un vernis de religion.Oncle Lumpel ne fut pas de reste. Il s'attaqua à l'art moderne qui faisait surgir de son sein des fantômes, des cauchemars et des perversions sexuelles. Mon père clama qu'on devrait exterminer les commerçants juifs qui flétrissaient tout ce qui existait de bon. Le lendemain sous le coup de l’exaspération, ils partirent de la maison comme si elle était en flammes ( p 78)
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Videos de Aharon Appelfeld (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Aharon Appelfeld
Lecture en musique composée à partir du livre d?Aharon Appelfeld [L?Olivier, 2011 ; rééd. Points, 2019]. Extraits lus en français et en hébreu. avec : Laurent Natrella (de la Comédie Française), Valérie Zenatti (voix en hébreu), Eric Slabiak (violon), Franck Anastasio (guitare).
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