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EAN : 9782879296777
276 pages
Editions de l'Olivier (04/02/2010)
  Existe en édition audio
3.74/5   1357 notes
Résumé :
"La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une vieille ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée.
Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent: j'avais ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (180) Voir plus Ajouter une critique
3,74

sur 1357 notes

YvesParis
  01 octobre 2011
Il est délicat d'émettre une note dissonante dans le flot de critiques laudatives que s'est attiré ce beau témoignage humaniste de la France d'en bas, qui souffre de la crise et de la précarité.
Je le concède volontiers : cette chronique de la misère sociale est émouvante. La démarche de cette grande journaliste est noble.
Pour autant j'avoue deux réticences
La première est littéraire. le livre a un problème de rythme. Constitué d'une multiplicité de petites saynètes, certes attachantes et bien troussées, il n'avance pas.
La deuxième est méthodologique. Pour écrire son livre, Florence Aubenas est entrée dans la peau d'une chômeuse de longue durée en quête de petits boulots. L'embedment est au journalisme ce que l'Actor's studio est aux acteurs de cinéma. Pour autant il a ses limites. Même en se grimant, même en bidonnant son CV, même en s'installant pendant des mois dans une cité HLM sans charme, même en nettoyant les WC conchiés du ferry d'Ouistreham, Florence Aubenas ne sera jamais de la France d'en bas. Elle en partagera peut-être les affres, l'espace de quelques semaines ; mais elle n'en éprouvera jamais l'intime désespérance, l'absence entêtante de perspective.
Sa démarche du coup ne peut pas ne pas être artificielle. Comme Fabrizio Gatti, ce journaliste italien qui avait partagé le sort de réfugiés africains en route vers l'Eldorado européen, Florence Aubenas touche vite les limites de l'exercice. Quand elle postule à un emploi de femme de fin de ménage, elle n'est pas, elle ne peut pas être une chômeuse en fin de droit cherchant à décrocher un petit boulot pour remplir son frigo. Elle ne peut qu'être une journaliste - certes courageuse - qui aligne les expériences pour enrichir son livre de plusieurs épisodes pittoresques.
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Eric75
  23 septembre 2012
Tout le monde connaît Florence Aubenas, journaliste d'investigation, ex-otage en Irak, baroudeuse intervenant sur tous les points chauds de la planète : Rwanda, Kosovo, Algérie, Afghanistan, Irak, et dernièrement, Syrie. On l'imagine comme une sorte de Lara Croft au regard vif et aux nerfs d'acier, traquant le scoop au péril de sa vie, dans les endroits les plus improbables et le plus dangereux du globe. Ce livre relate une enquête de Florence Aubenas. Sa méthode : l'infiltration. Sa mission : devenir « invisible ». Son point de largage : Ouistreham. Ses armes : le balai télescopique, la serpillière de la mort, la cireuse-shampooineuse à trois vitesses. Florence – Lara Croft – Aubenas, ses pschitt-pschitt lave-vitres solidement fixés au ceinturon, est prête pour sa nouvelle aventure !
Le débarquement de notre héroïne a lieu non loin des plages de Normandie, à Cabourg, où nous affrontons d'emblée M. et Mme Museau, deux monstres du premier niveau. La menace est sérieuse, mais Florence-Lara s'en sort plutôt bien : « Je n'ai jamais eu l'intention de travailler chez M. et Mme Museau. Je ne veux pas entrer au service de particuliers… ». Un premier combat gagné par abandon face à l'ennemi. Pas très glorieux pour un début ! Mais rapidement, les niveaux suivants vont s'enchaîner : investir une agence d'intérim à Caen, et, il y a de quoi refroidir, partir à la conquête du Pôle (du Pôle Emploi, bien sûr).
Vous l'avez compris, on suit Tomb Raider Florence dans son parcours de combattante à tomber raide… de fatigue (et j'arrête là la métaphore) en immersion dans le monde des « invisibles ». Vous savez, ces gens que vous croisez le soir au bureau, passant l'aspirateur, donnant un dernier coup de chiffon en essayant de ne pas trop déplacer les dossiers éparpillés autour de votre PC. Après avoir lu ce livre, peut-être ne regarderez-vous plus ces invisibles de la même façon.
Florence Aubenas la journaliste médiatique dans le rôle de d'Aubenas Florence, l'invisible, la précaire, la travailleuse pauvre, même nom, même prénom, même date de naissance (car elle a conservé ses papiers), il est inconcevable qu'elle n'ait pas été démasquée, c'est dire à quel point les invisibles échappent au regard.
Florence Aubenas – la journaliste – parvient à éviter les principaux écueils de l'exercice. Elle témoigne et son récit reste factuel, littéraire, sensible et parfois même poétique. Elle évacue toute analyse pesante et froide, courbe du chômage, débat sociétal, conclusion macroéconomique, toute tentative d'explication de la « crise » et de ses conséquences. Elle a voulu parler de la crise d'une façon différente. Elle évite la condescendance et le militantisme. Sans moquerie ni flatterie, avec beaucoup de pudeur, juste ce qu'il faut d'humour et d'autodérision, elle assume son rôle à fond et jusqu'au bout (elle s'est fixé comme objectif d'obtenir un CDI, qui mettra fin à son reportage).
Bien sûr, on pourra toujours lui reprocher que tout ça n'est pas vécu « pour de vrai », qu'elle n'appartient pas à cette « France d'en bas », à ces « Français qui se lèvent tôt », qu'elle ne peut donc ressentir comme eux les affres du chômage et l'incertitude de la vie précaire. Mais elle ne veut que mettre en lumière, sur le devant de la scène, cette population invisible, et sa sincérité et sa lucidité sur les limites de l'exercice ne font aucun doute.
Lorsqu'elle dévoilera son identité et son double jeu, la relation intime qu'elle aura pu nouer avec ses « collègues » et « amis » volera en éclat. Elle retarde et redoute ce moment. Ceux-ci se sentiront-ils trahis et trompés ? Il semble que non, le livre a été parfaitement accepté, et avec fierté, par les protagonistes du récit, et le succès remporté (250.000 exemplaires vendus et, parmi les lecteurs, beaucoup de non-lecteurs) est sans doute la meilleure démonstration de la légitimité et de la pertinence de sa démarche.
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colka
  17 avril 2022
On les appelle les travailleurs précaires, les premiers de cordée ou de corvée, c'est selon..., les "sans-dents", expression qui a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux. En tout cas, ils sont dans une invisibilité sociale sur laquelle le mouvement des "gilets jaunes" a permis de lever le voile. Une dizaine d'années avant, Florence Aubenas, dans le quai de Ouistreham, leur a donné la parole, à travers un récit témoignage plein de vie et de rires mais aussi de bruit et de fureur.
Pour ce faire, elle a partagé l'existence d'agents de nettoyage dans la région de Caen, région sinistrée sur le plan économique depuis la crise de 2008 et durement éprouvée par le chômage. Elle s'est fait passer pour une bachelière sans qualification professionnelle et sans ressources depuis qu'elle s'est fait plaquer par son compagnon.
Outre le fait que son récit est extrêmement bien documenté sur le plan des fermetures d'usines et des luttes sociales de cette région, sa plume gouailleuse s'en donne à coeur joie dès qu'il s'agit d'épingler l"usine à gaz" qu'est devenu Pôle Emploi, avec quelques épisodes désopilants ou tragi-comiques qui laissent pourtant percevoir, sans pathos ni misérabilisme, l'état d'exaspération et/ou de désespoir de femmes ou d'hommes à bout de souffle et de ressources.
Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce livre, c'est la galerie de personnages que Florence Aubenas nous donne l'occasion d'approcher au gré des contrats intérimaires qu'elle va décrocher, après avoir affronté comme tous les autres le parcours du combattant, depuis Pôle Emploi jusqu'à l'agence de nettoyage qui va leur permettre de décrocher non pas un emploi mais de "faire des heures". On va la suivre elle et ses compagnes d'infortune dans le nettoyage du ferry qui vient d'Angleterre, sous la houlette de Mauricette qui mène ses troupes avec la dureté d'un contremaître dans les champs de coton de Louisiane ! Car ne pas perdre une seconde est le maître-mot dans ce genre de travail. Et tant pis si le temps imparti au départ est dépassé : il ne sera pas payé... C'est ce qui arrivera à Florence et ses colistières au camping du Cheval Blanc, où elles seront régulièrement en dépassement d'horaires d'une ou deux heures. C'est à prendre ou à laisser comme l'explique avec résignation Mme Tourlaville avec laquelle Florence va travailler un certain temps. Il vaut mieux également ravaler son amour-propre et accepter de s'entendre dire qu'on est là "pour nettoyer la merde" ! Certaines comme Marilou se résignent et se réfugient dans un avenir fantasmatique avec une belle voiture, un emploi stable et des enfants... Des rêves bien modestes qui les aident à tenir le coup jusqu'au jour où elles craquent, démissionnent ou se suicident...
Deux portraits de femmes sont pourtant en rupture avec ce schéma. Celui de Victoria qui a créé sur le plan syndical la section des travailleurs précaires mais qui a finalement abdiqué devant le sexisme et le rejet qu'elle a senti dans ceux que l'on considère comme "l'aristocratie ouvrière". Celui de Françoise aussi qui "fait carrière" dans le ménage sans honte comme d'autres font carrière dans la finance !
Ce récit a été pour moi captivant car il donne chair à des données statistiques que l'on connaît sans appréhender vraiment ce que c'est que de "finir la semaine avec 8 euros" ou d'attendre de pouvoir se faire arracher toutes les dents à l'hôpital pour pouvoir se faire placer un appareil intégral complètement remboursé...
Florence Aubenas a cessé son enquête le jour où son objectif a été atteint : obtenir un CDI. Elle a écrit en avant-propos "A Caen j'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver pour écrire ce livre".
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Malaura
  28 septembre 2011
Grand reporter au Nouvel Observateur, la journaliste Florence Aubenas a toujours, dans les nombreuses affaires qu'elle a couvertes, revendiqué d'un engagement citoyen, d'une volonté de faire entendre les voix de ceux que l'on n'entend jamais.
Reportages en Afghanistan ou au Rwanda, otage en Irak en 2005, procès d'Outreau, conditions de détention dans les prisons….elle a été de tous les combats sociaux, sur tous les fronts, et est devenue l'une des figures majeures du journalisme d'investigation en France.
Parce que ces derniers temps on a beaucoup parlé de la crise, elle a décidé de mener sa propre enquête pour témoigner de ce qu'est, aujourd'hui, le marché du travail dans la France d'en bas.
Comme en son temps le journaliste indépendant Marc Boulet avec « Dans la peau d'un Intouchable » ou l'allemand Gunther Wallraff avec « Tête de turc », c'est un travail en immersion qu'a réalisé Florence Aubenas, au plus près de la « basse humanité », à savoir la cohorte des anonymes qui se démènent sans compter pour moins de 700 € par mois.
Elle est donc partie dans une ville française, rechercher anonymement du travail.
C'est dans la ville de Caen qu'elle a posé ses valises et s'est inscrite au chômage avec pour mission d'arrêter son enquête le jour où elle trouverait un CDI.
Sa quête a duré 6 mois, de février à juillet 2009. Ce récit raconte son parcours.

Propos pertinents, observations justes et subtiles des aberrations du système, portraits plein de finesse, de sensibilité et de drôlerie de ses compagnons d'infortune, Florence Aubenas s'est très consciencieusement immergée dans son rôle de femme sans qualification en recherche d'emploi.
Des rendez-vous à Pôle-Emploi en passant par les réunions de formation ou les salons de l'emploi, c'est le long chemin de croix du chômeur que l'auteur nous raconte, un véritable parcours du combattant, une quête chaotique et bancale pour trouver ce qui, aujourd'hui, fait de plus en plus défaut : un travail sûr et stable, un CDI.
A la clé, c'est bien souvent un emploi des plus précaires, tout au plus quelques heures de ménage où il faudra avaler plusieurs dizaines de kilomètres de bitume, que les plus chanceux arriveront à dégoter sans se plaindre, avec cette incroyable énergie dont savent faire preuve les plus démunis.
Qu'on ne se méprenne pas, « le quai de Ouistreham » n'est pas un livre triste destiné à faire pleurer dans les chaumières.
Bien au contraire, ce récit profondément sensible et humain, qui se lit avec la facilité d'un roman, est un récit de vie dans lequel Florence Aubenas, avec une grande empathie, sait montrer les petites joies, les faiblesses, les déterminations, le sens de la débrouille et du partage.
Un témoignage social que l'amitié et la solidarité viennent alléger…en pied-de-nez.
Un livre authentique que beaucoup devraient lire….
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milado
  30 octobre 2012
La journaliste Florence Aubenas débarque à Caen avec un CV indiquant un baccalauréat et 20 ans de femme au foyer. Elle sera disponible et acceptera n'importe quelle offre ( hors particuliers), l'expérience se terminera le jour où elle obtiendra un C.D.I.
Initiative courageuse mais visiblement , vu le nombre et la teneur des critiques, discutable. Ce livre, très facile à lire, jamais ennuyeux est le journal de bord de l'aventure : pas de plan défini donc mais des scènes, des journées... Pas trop de "moi je ", Florence Aubenas laisse une place importante aux expériences de ses "camarades" d'infortune. Par contre, je suis comme vous, un peu perplexe...j'aurais été curieux de voir le CV de Florence Aubenas, difficile pour elle de masquer une éducation d'un autre milieu, une certaine prestance, une culture... Gêné aussi parce que son expérience, même si les conditions de travail sont déplorables, démontre une certaine facilité à décrocher le fameux sésame. Est-ce que ça se passe vraiment comme ça pour quelqu'un issu d'un milieu "défavorisé", avec des enfants ?
Autre chose : Florence Aubenas ne signera pas le C.D.I. pour ne pas en priver quelqu'un qui en aurait plus besoin qu'elle, bien, mais toutes ces heures qu'elle a faîtes ?
Allez, un dernier reproche, j'aurais aimé connaître l'après révélation...beaucoup trop succinct !! Pressée de boucler le livre ?
À côté de ça, ce livre démontre qu'il existe encore une certaine solidarité parmi ces gens, Florence Aubenas empruntera une voiture du jour au lendemain à des "amis d"amis", que malgré un dénuement extrême ils savent encore partager, que le syndicalisme ne signifie plus rien pour eux, ils semblent assez désabusés...
Malgré mes réserves, je ne regrette absolument pas cette lecture, ce livre à au moins le mérite de pousser à la réflexion sur un grave problème de société. Merci madame Aubenas.
3,5/5
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critiques presse (2)
LeFigaro   05 septembre 2011
C'est un témoignage à la fois simple et extraordinaire. [...] Un magnifique «roman-reportage», qui a d'ailleurs obtenu le Prix Joseph-Kessel.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro   02 septembre 2011
Un magnifique «roman-reportage», qui a d'ailleurs obtenu le Prix Joseph-Kessel.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (114) Voir plus Ajouter une citation
Srhbb8Srhbb8   29 septembre 2022
Sur la passerelle, serrées contre la rambarde, nous attendons que les passagers descendent pour investir les lieux. Bientôt, je ne ferai plus attention à eux, happée bien plus sûrement par le monde qui va devenir le mien. Mais c'est mon premier jour et je ne peux m'empêcher de dévisager tous ces gens avec leurs valises, à qui je lance consciencieusement des « bienvenue » retentissants. Personne ne répond. Parfois, l'un d'eux me regarde aussi étonné que si le paquet de cordage enroulé sur le pont lui avait adressé la parole. Je suis devenue invisible.
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miladomilado   23 octobre 2012
- Je sais que je n'ai pas de rendez-vous, mais je voudrais juste vous demander de supprimer mon numéro de téléphone sur mon dossier. J'ai peur qu'un employeur se décourage, s'il essaye d'appeler et que ça ne répond pas.
- Pourquoi ? demande l'employée, qui est aujourd'hui une blonde de petite taille.
- il ne marche plus.
- Qu'est-ve qui ne marche plus ?
- mon téléphone.
- Pourquoi il ne marche plus ?
- On me l'a coupé pour des raisons économiques.
- mais vous ne pouvez pas venir comme ça. Il faut un rendez-vous.
- bon, on va se calmer. Je recommence tout : je voudrais un rendez-vous, s'il vous plaît, madame.
La jeune femme blonde paraît sincèrement ennuyée. "je suis désolée, monsieur. On ne peut plus fixer de rendez-vous en direct. Ce n'est pas notre faute, ce sont les nouvelles mesures, nous sommes obligés de les appliquer. Essayez de nous comprendre. Désormais, les rendez-vous ne se prennent plus que par téléphone.
- mais je n'ai plus le téléphone.
- il y a des postes à votre disposition au fond de l'agence, mais je vous préviens : il faut appeler un numéro unique, le 39 49, relié à un central qui vient d'être mis en place. Il est pris d'assaut. L'attente peut-être longue.
- Longue ?
- Parfois plusieurs heures.
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AmbagesAmbages   29 août 2015
Au bout d'un moment, on ne cavale plus du tout. On n'a même plus la force de se faire des clins d’œil, hébétées, affolées par notre propre impuissance et la certitude de voir le retard s'aggraver.
J'aperçois Françoise, près du bungalow 21, une autre collègue. Elle a tout posé devant elle, le vinaigre blanc, le détergent bio, le tampon Jex, le liquide vaisselle, le désinfectant toilettes, les balais, les serpillères, les torchons, le chiffon en jersey et un tas d'autres choses que j'oublie. Tranquille, elle sort son paquet de cigarettes sous la pluie, d'un geste ample. J'entends cliqueter la molette du briquet, je vois la petite flamme lutter contre le vent et l'averse, puis le tabac, finalement, qui s'allume. Françoise a dû être cow-boy dans une vie antérieure. Un des dragons passe à bicyclette et crie, sans arrêter de pédaler : "Le rouleau de papier hygiénique qui a roulé devant la porte, c'est normal ? " Françoise ne tressaille pas, elle garde les yeux fixés sur un troupeau de nuages noirs qui filent à toute vitesse le long de la ligne d'horizon. Elle annonce : "Je m'en fume une, allez." Et, comme si elle était au paradis, l'éternité devant elle, elle souffle, au-dessus de sa tête, une volute avec un courage que nous lui envierons à jamais.
On termine vers 15h30, péniblement. On n'a rien mangé depuis le matin, on n'arrive plus à porter nos seaux, on n'a même pas eu le temps d'aller aux toilettes, on sent monter une rage éperdue et désordonnée. C'est la seule fois où nous verrons les deux dragons rigoler. "Quand M. Mathieu a dit que vous auriez fini à 13H30, on savait que vous n'y arriveriez pas."

p 104-105 (Points)
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SycoraxSycorax   10 octobre 2010
Marilou a mal aux dents, elle a toujours eu mal aux dents. Dans ces cas-là, le dentiste lui semble la plus périlleuse des solutions. Trop compliqué, trop douloureux, trop cher, une idée d'un autre monde en somme. Elle se tient la joue et la contrariété rend son visage rond encore plus enfantin : "De toute façon, si un dentiste m'approche, je le frappe."
L'autre soir, en rentrant du ferry, elle a appelé SOS Médecins, on lui a donné des calmants, pour patienter. Elle attend que toutes ses dents soient pourries pour les faire arracher à l'hôpital, d'un coup, sous anesthésie générale. "Tout le monde fait ça, maintenant." Elle me regarde comme si je débarquais de la Lune. Son homme y est déjà passé. On se réveille après l'opération, tout est parti sans qu'on se rende compte de rien, on rentre chez soi très vite, on mange de la purée pendant un mois, puis on commande un appareil intégral, que la Sécurité sociale rembourse. On est tranquille pour la vie.
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RChrisRChris   11 décembre 2017
les autres employés arrivent...Personne n'a assez dormi , chacun garde le nez dans son reste de sommeil, le visage sans couleurs et encore froissé de la nuit, les cheveux alourdis. Peu de mots, même pour demander une cigarette. Quand l'un sort un paquet, les regards quêtent, les mains se tendent, des hochements de tête miment un merci, parfois un reniflement. Les gestes ressemblent à des frissons , tremblants et raides, tendus contre l'humidité qu'on sent prête à se faufiler entre les couches de vêtements, à chaque mouvement, comme des doigts glacés jusqu'à la peau tiède.
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Vidéo de Florence Aubenas
Bienvenue à Magnapole, dans la zone 3. le quartier le plus pauvre de cette ville tentaculaire. Une parmi tant d'autres dans ce qui était autrefois la Grèce. Depuis plusieurs années, et malgré l'insurrection d'une partie de sa population, le pays d'Aristote, d'Homère et des dieux de l'Olympe est désormais propriété de GoldTex, un grand groupe international.
C'est ici que vit Zem Spaak, un flic. Un “chien” comme on les appelle. Lui qui, autrefois, manifestait pour sa belle Athènes est désormais de l'autre côté de la barrière. Et en charge d'élucider une sombre histoire de meurtre.
Voici le décor dans lequel Laurent Gaudé nous plonge pour son 11ème roman "Chien 51" paru cet été aux éditions Actes Sud. Dans ce nouvel épisode du podcast l'Infusion, l'auteur se confie à la journaliste Agathe le Taillandier sur son processus d'écriture.
Il revient notamment sur l'impact des confinements successifs dans la création de son univers fictif et sur le choix de la Grèce, pays mystique, comme point d'ancrage de son intrigue. le lauréat du prix Goncourt 2004 partage également sa vision de l'écriture et de son processus, des différences entre les supports, lui qui écrit également pour le théâtre, et livre ses impressions et difficultés rencontrées lors de la rédaction de Chien 51. le premier de ces ouvrages s'inspirant non seulement du polar, mais également de la dystopie, deux genres nouveaux et pleins de défis. Enfin, lui et Agathe reviennent sur des notions au coeur de son livre : le passé, le futur, la nostalgie et le respect de ses valeurs.
Une infusion riche en questionnements et en enseignements à dévorer sans plus attendre.
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