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Note moyenne 4.28 /5 (sur 584 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Reims , 1978
Biographie :

Joseph Ponthus-Le Gurun est un écrivain français.

Après des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne où il a notamment dirigé et publié "Nous... La Cité" (Éditions Zones, 2012).

Il chroniquait également, jusqu’en 2015, le quotidien de sa vie "d’éducateur de rue" dans le journal libertaire Article 11.

Ancien ouvrier dans le secteur alimentaire, Joseph Ponthus a écrit son premier roman, un livre sans ponctuation qui se lit comme un long poème témoignant du quotidien à l'usine, de la pénibilité du travail et des divagations induites, intitulé "À la ligne" (2019).

Joseph Ponthus-Le Gurun remporte le Grand Prix RTL-Lire 2019 pour "À la ligne" (Éditions La Table Ronde).

Il vit et travaille en Bretagne.

page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100005186282546
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Source : Editions la Table ronde
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Entretien avec Joseph Ponthus, à propos de son ouvrage À la ligne


27/02/2019

À la ligne raconte en profondeur votre expérience d’intérimaire en usine, à traiter du bulot et autres fruits de mer, puis à l’abattoir. Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler à l’usine malgré des années d’études supérieures ?

« Omnia vincit amor » disait déjà Virgile dans ses Bucoliques. L`amour triomphe de tout. J`ai tout quitté par amour pour me marier en Bretagne. Je n`ai pas trouvé de travail. J`ai poussé la porte des agences d`intérim et ça a commencé comme ça...



Vous écrivez donc la fatigue de l’ouvrier, l’incertitude de l’intérimaire, mais aussi la drôlerie absurde de certaines situations (ah, le tofu !), les moments de petites joies à l’usine (quand on peut griller une clope de plus ou faire durer une pause au soleil) et les nombreuses références littéraires et musicales qui vous permettent de tenir le choc. Avez-vous écrit ce texte avant tout pour vous soulager de ce que vous viviez alors, ou bien pour rappeler aux lecteurs ce qu’est le travail en usine ?

Il faut toujours savoir d`où l`on parle. J`ai écrit en tant qu`intérimaire, ne sachant si j`allais être reconduit dans mes missions, pour consigner cette immense étrangeté ouvrière que je découvrais. J`ai écrit pour que mon épouse comprenne, un peu, ce que mes mots peinaient tant à lui dire le week-end. J`ai écrit sur Facebook après chaque journée quand je n`étais pas trop ravagé de fatigue. J`ai écrit quand, ravagé de fatigue, il fallait quand même écrire. J`ai écrit en étant sûr d`être renouvelé dans mes longues missions d`intérim. J`ai écrit et Jérôme Leroy, un camarade et ami publié à la Table Ronde, a proposé d`envoyer mes textes à sa maison d`édition qui est devenue la mienne.


Ce premier roman peut se lire comme un pont jeté entre le monde ouvrier et la sphère intellectuelle : est-ce que votre identité se nourrit de ces deux univers ? Selon vous, est-ce que les ouvriers lisent de la littérature prolétarienne, ou même se considèrent comme prolétariens, aujourd’hui ?

Il peut se lire ainsi ou autrement, ce roman comporte autant de portes d`entrées que de retours de lectrices et de lecteurs : ouvriers, psychanalystes, poètes, chômeurs, professeurs, autres. Tous sont lecteurs et y raccrochent leur sensibilité. Ce livre ne m`appartient plus et c`est une dépossession bienheureuse.


Vous citez une de vos tantes dans le livre, qui vous dit : « Mais tout ça en fait on ne peut pas le raconter. » Comment avez-vous trouvé malgré tout la forme, en vers libre et sans ponctuation, et les mots pour dire l’usine ? En le lisant on a l’impression qu’il a été écrit dans un ordre chronologique, à des dates rapprochées, mais peut-être n’est-ce pas le cas ?

On ne peut effectivement pas raconter l`usine. C`est elle l`héroïne de l`histoire, c`est un personnage à part entière qui a imposé son rythme à la forme du roman. Je ne suis pas de taille à lutter avec ses machines, ses chefs, ses bruits et ses cadences, aussi ai-je dû la prendre de biais, par la bande, en douce, dans le secret de la fatigue et de mon écriture pour tâcher de raconter un peu de ma vérité d`ouvrier. Et c`est en écrivant que je me suis affranchi d`elle et que j`ai compris que je n`étais plus un simple ouvrier mais bien un écrivain dont l`usine était devenue l`objet.


Votre éditeur présente ce livre comme votre « premier roman ». Mais vous, considérez-vous ce livre comme un récit, ou bien une fiction ? L’invention paraît plus présente dans la forme que sur le fond, attaché à décrire le réel – même si la fantaisie est parfois bien présente.

L`industrie du livre est autant une industrie que celles des fruits de mer ou de la viande. Peu m`importe l`étiquette. À la ligne est un livre et là est la seule chose qui vaille.


Au fond, ce livre est bien plus poétique que politique, et sans doute d’autant plus efficace pour faire comprendre cette détresse de l’ouvrier, à travers des colères mais aussi des joies. L’avez-vous conçu comme tel au départ, ou bien est-ce simplement votre personnalité qui transparaît ?

Je n`en sais, à vrai dire, fichtrement rien. « Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu`à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser. » C`est de Michel de Montaigne, évidemment, qui ne faisait que répéter ce que disait déjà Homère. L`amour, la politique au temps d`Henri III, la poésie de Virgile qui aide à penser le monde. Pénélope qui attend et mes bulots comme autant de cyclopes.


Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces missions à l’usine ? A-t-il changé depuis la parution du livre, depuis que ces semaines de labeur sont devenues matière plus intellectuelle et partagée ?

Ces missions à l`usine sont, pour aujourd`hui, du passé. La direction de l`abattoir à qui j`avais envoyé un exemplaire avant publication n`a pas renouvelé mon contrat. J`ai donc le privilège d`être au chômage pour assurer la promotion du livre un peu partout en France à l`initiative de libraires.



Joseph Ponthus à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Je pense que c`est grâce à Mme Véronique Collard, ma professeure de lettres en première et terminale littéraire, qui avait proposé un groupement de textes autour des romans épistolaires. J`étais jeune, boutonneux, déjà bigleux, je n`avais pas de mobylette et je n`ai jamais su jouer de la guitare. Je n`avais rien pour plaire aux filles. Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos et Les Jeunes Filles d`Henry de Montherlant m`ont appris que je pouvais, parfois, réussir à séduire en écrivant des lettres d`amour.



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Madame Bovary, évidemment.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Ce sont les Vies minuscules, de Pierre Michon, découvertes quand j`avais 21 ans – en 1999, donc. J`ai eu l`impression d`être le roi du monde à la lecture de ces pages drues et foisonnantes et d`être l`unique détenteur d`un trésor. Quand je me suis rendu compte que ce livre était paru en 1984 et que je n`étais qu`un de ses lointains adorateurs, j`en ai été flatté. De voir qu`il était encore possible d`écrire comme ça aujourd`hui et d`être aimé pour ça. Et même si je leur préfère depuis Vie de Joseph Roulin, elles furent un tremblement.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne. La trilogie d`Alexandre Dumas dans son plus grand génie. Car si tout le monde a lu, lit ou lira Les Trois Mousquetaires, ce chef-d`œuvre absolu de style, de panache et d`amitié, c`est en vieillissant que nos amis D`Artagnan, Porthos, Aramis – que je n`ai jamais pu blairer sauf justement dans ce génial passage de Bragelonne où il devient Général des Jésuites – et Athos – ah mon Athos, si tu savais comment je rêve d`être à ta hauteur de bouteilles vidées dans le premier tome puis de classe, de sagesse, de pureté, de noblesse – acquièrent ce qui fonde l`esprit du roman. La douceur de la nostalgie, des amis perdus, de la vieillesse qui arrive pas à pas, et qu`on éloigne encore une fois à coup d`épée.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Il ne s`agit pas d`une honte mais d`un défi. Un jour, je parviendrai à lire et apprécier La Recherche de Marcel Proust. Elle me résiste encore. J`ai beau essayer comme tous les 5 ans de m`y atteler, je ne suis pas encore mûr. J`abandonne au bout de 20 pages tant il m`emmerde, le Marcel. Et pourtant que j`ai connu de Proustiennes et Proustiens frénétiques et enthousiastes qui me conseillaient même de commencer par Albertine disparue, de loin le meilleur, paraît-il... Rien n`y fait. Mais un jour viendra, j`en suis certain.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans aucune hésitation, Le Journal d`un manœuvre de Thierry Metz, ainsi que je l`explique au chapitre 19 d`À la ligne.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Pierre Corneille a tout faux au regard de Jean Racine. Et qu`on ne me sorte pas qu`il peint les hommes tels qu`ils devraient être alors que Racine tels qu`ils sont. Corneille est une hérésie littéraire et stylistique.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je parlais de la Bovary et elle est fatalement dedans, si connue et si parfaite : « (…) comme si la plénitude de l’âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »



Et en ce moment que lisez-vous ?

J`ai la chance de lire les services de presse des auteurs avec lesquels je suis invité en rencontres, signatures et débats. Ce sont mes « devoirs » auxquels je m`astreins avec joie. J`ai la chance de lire aussi des livres que m`offrent des libraires suite à nos rencontres. Sinon, je relis mes classiques et mes amis, Jérôme Leroy donc, dans ses magnifiques poèmes Un dernier verre en Atlantide et Sauf dans les chansons (en attendant Nager vers la Norvège à paraître en mars à La Table Ronde), ma chère Jane Sautière chez Verticales et La Société du spectacle de Guy Debord, pour me prémunir en ces périodes d`interview...



Découvrez À la ligne de Joseph Ponthus aux éditions la Table Ronde :




Entretien réalisé par Nicolas Hecht.






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LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ ! Nous étions heureux d'accueillir Joseph Ponthus en partenariat avec le CipM et la bibliothèque l'Alcazar. Alors que le confinement nous offrait l'occasion idéale de relire tout Proust, il s'est contenté plus modestement de répondre à son célèbre questionnaire… À lire : Joseph Ponthus, À la ligne, Feuillets d'usine, La Table ronde , 2019. http://www.ohlesbeauxjours.fr
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Citations et extraits (283) Voir plus Ajouter une citation
Sebthocal   10 juin 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
L'autre jour à la pause j'entends une ouvrière dire à un de ses collègues

Tu te rends compte aujourd'hui c'est tellement speed que j'ai même pas le temps de chanter » Je crois que c'est une des phrases les plus belles les plus vraies et les plus dures qui aient jamais été dites sur la condition ouvrière

Ces moments où c'est tellement indicible que l'on n'a même pas le temps de chanter

Juste voir la chaîne qui avance sans fin l'angoisse qui monte l'inéluctable de la machine et devoir continuer coûte que coûte la production alors que

Même pas le temps de chanter



Page 193, La Table ronde, 2019.
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Harioutz   18 janvier 2020
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Maman



Je sais comme à toutes les époques de ta vie que

tu te fais du souci pour moi



Que ça te retourne le ventre et a des conséquences

sur ta santé



Je sais que ma situation à l'usine t'inquiète même

si tu ne m'en parles pas de ne pas trouver de

«  vrai » boulot d'avoir bientôt quarante ans d'avoir

fait des études tout ça pour ça



Je sais que tu as travaillé dur toute ta vie

notamment pour me payer l'école que tu as fait

énormément de sacrifices pour me permettre

d'avoir une bonne éducation ce qui est je crois le

cas

Peut-être penses-tu que c'est du gâchis d'en arriver

là à l'usine

Franchement je ne crois pas bien au contraire

Ce que tu ne sais sans doute pas ce que c'est

grâce à ces études que je tiens le coup et que j'écris



Sois-en en remerciée du fond du cœur
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Sebthocal   27 mai 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
À l'usine

L'attaque est directe

C'est comme s'il n'y avait pas de transition avec le monde de la nuit

Tu re-rentres dans un rêve

Ou un cauchemar

La lumière des néons

Les gestes automatiques

Les pensées qui vagabondent

Dans un demi-sommeil de réveil

Tirer tracter trier porter soulever peser ranger Comme lorsque l'on s'endort Ne même pas chercher à savoir pourquoi ces gestes et ces pensées s'entremêlent

À la ligne



Page 16, La Table ronde, 2019.
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Sebthocal   31 mai 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
On dit que l'usine compte deux tiers d'intérimaires pour un tiers d'embauchés

Pourquoi au vu des salaires respectifs

Les patrons doivent savoir

Eux

Pourquoi ce chef aux cheveux poivre et sel ne salue-t-il jamais personne alors que d'autres sont plutôt humains dans ce monde machinal

Quelle part de machine intégrons-nous inconsciemment dans l'usine



Page 22, La Table ronde, 2019.
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Sebthocal   05 juin 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Certains ayant vécu une expérience de mort imminente assurent avoir traversé un long tunnel inondé de lumière blanche

Je peux assurer que le purgatoire est juste avant le tunnel de cuisson d'une ligne de bulots

Pourquoi donc continuer

Pour maintenir une production dont je n'ai rien à foutre

Pour tester mes limites

Pour me dire que le bulot n'aura pas ma peau mes bras mes reins mon dos et surtout mon crâne C'est la viande verte de mon cerveau qui tient

Qui tiendra



Page 105, La Table ronde, 2019.
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Sebthocal   11 juin 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Le matin

Entre mes deux nuits

Je suis là sans y être

Comme si

J'étais en transition

La vraie vie sera à la débauche

Je veux croire que l'usine

J'y suis en transition

En attendant de trouver mieux

Même si ça fait un an et demi quand même que je ne trouve pas

Je veux croire

Que je suis là sans y être



Page 202, La Table ronde, 2019.
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Sebthocal   02 juin 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
La pause

Cette foutue pause

Espérée rêvée attendue dès la prise de poste Et même si elle sera de toute façon trop courte

Si elle vient trop tôt

Que d’heures encore à tirer

Si elle vient trop tard

N’en plus pouvoir n’en plus pouvoir



Pages 55-56, La Table ronde, 2019.
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Harioutz   16 janvier 2020
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Mon chien Pok Pok



Si tu savais en rentrant chaque jour

Comme ça me coûte d'aller te promener



Je suis au bord de l'épuisement

Même pas au bord d'ailleurs

Complètement épuisé

Ravagé de fatigue

Prêt à m'endormir sur place dès mon retour



Mais en rentrant à chaque fois

La joie et même plus que la joie de te savoir

derrière la porte

Vivant

A frétiller de la queue et du popotin

A faire cette fête des retrouvailles



Tu dois aimer cette odeur d'abattoir que je

transpire

Mes mains que tu lèches comme des bonbons

Mes habits que tu renifles



A peine le temps de me poser

Faire descendre la pression

Boire une bière

Il faut aller se balader

Même si je n'en peux plus

Même si parfois je pleure littéralement de fatigue



Mais tu n'y es pour rien

Jeune chiot de six mois

Dans ces histoires de tueries d'humains

Tu veux juste courir

Jouer

Agripper l'océan sur la plage où nous avons

coutume d'aller

Rameuter les oiseaux

Creuser le sable encore et encore

Ramener des bouts de bois des algues et encore

courir et jouer



Tu es vivant mon Pok Pok

Et moi accablé de fatigue

Mais si heureux de te voir vivant et heureux

Ça me change des animaux morts sur lesquels je

bosse à longueur de journée



Je ne te parle pas trop de mes journées

Je préfère te raconter que je suis fatigué mais

joyeux de bosser

De te retrouver

Et que viens

On va en balade

On est à la plage

Que si je bosse c'est parce qu'il faut bien pouvoir te

payer tes croquettes

Des histoires d'humains



Qu'y comprendras-tu si je te racontais exactement

l'abattoir

Ton regard changerait-il sur moi

Me considérait me considérerais-tu comme un agent de la banalité

du mal

Un salaud ordinaire

Celui qui accomplit sa tâche de maillon de la

chaîne dégueulasse et qui s'en dédouane pour plein de

bonnes raisons



C'est peut-être atroce à dire mais

Les chefs me demanderaient de tuer les bêtes

Que je le ferais

Il faut bien bosser

J'entends parfois à la pause les gars qui sont à la

tuerie

Leur serre la main

Discute un peu

Ils n'ont l'air ni pires ni meilleurs que moi

Ont les yeux aussi lointains et fatigués

Non ceux de barbares sanguinaires

Peut-être

Sans doute

Certains ont-ils un chien qu'ils chérissent

Je ne sais pas



L'usine bouleverse mon corps

Mes certitudes

Ce que je croyais savoir du travail et du repos

De la fatigue

De la joie

De l'humanité



Comment peut-on être aussi joyeux de fatigue et de

métier inhumain

Je l'ignore encore

Je croyais n'y aller

Que pour pouvoir te payer tes croquettes

Le véto à l'occase

Pas pour cette fatigue ni cette joie



Allez Pok Pok

Encore quelques minutes de balade

Je suis fatigué

Je n'en peux plus



Demain

Il faut aller bosser

Et quand je rentrerai

Demain

On ira faire une balade plus longue j'espère

Là je n'en peux plus



Demain ça ira mieux

Juste me reposer d'ici-là

Bien dormir

Demain mon Pok Pok je te jure

Si tu savais

Demain
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Sebthocal   25 mai 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
En entrant à l'usine

Bien sûr j'imaginais

L'odeur

Le froid

Le transport de charges lourdes

La pénibilité

Les conditions de travail

La chaîne

L'esclavage moderne

Je n'y allais pas pour faire un reportage

Encore moins préparer la révolution

Non

L'usine c'est pour les sous

Un boulot alimentaire



Page 11, La Table ronde, 2019.
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Sebthocal   29 mai 2019
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Demain

En tant qu'intérimaire

L'embauche n'est jamais sûre

Les contrats courent sur deux jours une semaine tout au plus

Ce n'est pas du Zola mais on pourrait y croire On aimerait l'écrire le et l'époque des ouvriers héroïques

On est au xxre siècle

J'espère l'embauche

J'attends la débauche

J'attends l'embauche

J'espère



Page 18, La Table ronde, 2019.
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