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EAN : 9782070268023
608 pages
Gallimard (23/01/1970)
3.84/5   44 notes
Résumé :

Les vieillards sont-ils des hommes ? À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Elle admet qu'ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes droits que les autres membres de la collectivité puisqu'elle leur refuse le minimum que ceux-ci jugent nécessaire ; elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir.

Pour apaiser sa conscience, ses idéologues ont forgé d... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Gwen21
  19 avril 2020
En 1970, Simone de Beauvoir publie cet essai consacré à l'étude de la vieillesse. Elle le fait avec la conscience de briser un tabou, c'est bien dans sa nature. Coïncidence, Gallimard republie ce texte dense dans sa collection Folio en janvier 2020, quelques semaines seulement avant le Grand Confinement dû à l'épidémie de COVID-19. Une crise sanitaire qui met en évidence plusieurs défaillances de notre système de prise en charge des personnes âgées, premières victimes du fléau.
Avec une minutie d'universitaire, s'appuyant sur une documentation solide qui peut parfois cohabiter avec une approche plus empirique, l'auteure engagée brosse un tableau assez effrayant de la condition humaine des "vieux". En 1970, on ne parle pas encore pudiquement de seniors ou d'aînés mais seulement de vieux. Un terme lourd de sens - je vous invite d'ailleurs à (re)découvrir la chanson éponyme de Brel, quoiqu'en plein confinement ce ne soit pas forcément une bonne idée ! - à la fois péjoratif et franc.
D'après l'analyse de Simone de Beauvoir, les vieux sont démunis, dépouillés et laissés pour compte par une société qui les ignore et nie leur existence, sans même évoquer une quelconque utilité. Biologie, ethnologie, sexualité, histoire, activités, moyens de subsistance ou encore vie quotidienne... la structure académique de son essai ne nuit pas à l'expression de ses opinions propres. En plus de 750 pages, Simone de Beauvoir peint à grands traits agressifs le portrait d'une déchéance universelle afin de faire émerger des prises de conscience.
Très critiquée pour son étude et sa publication, l'auteur du "Deuxième sexe" et de "La force de l'âge" défend son sujet avec un militantisme d'activiste, ce qui donne parfois à son développement des allures de pamphlet... légitimé par la recherche sociologique. L'écriture est facile à lire, le style donne parfois du fil à retordre mais l'ensemble reste très digeste.

Challenge PAVES 2020
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
Challenge XXème siècle 2020
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awaloo
  20 octobre 2010
On ne naît pas vieux, on le devient...
C'est tout le malheur. Simone de Beauvoir a le mérite bien avant d'autres, d'évoquer cet âge difficile. Sans euphémisme ni idéalisation. Nous ne sommes alors (1970) pas encore à l'âge des "seniors" ces vieux qui ne veulent pas se voir tels.
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Valnoise
  01 septembre 2022

CHANGER LA VIE
Alors qu'elle vient d'avoir soixante ans, Simone de Beauvoir, dans un effort de lucidité anticipatrice, veut considérer la femme vieille qu'elle va devenir. Elle a cette formule : « Nous ne savons pas qui nous sommes, si nous ignorons qui nous serons. » D'emblée elle le précise : « J'appellerai vieux, vieillards, âgés, les gens de 65 ans et au-delà. »
Avant tout, elle veut briser la conspiration du silence, mettre en évidence les mensonges au sujet de la vieillesse, les mythes, les clichés de la culture bourgeoise, et son humanisme de façade. À l'égard des personnes âgées, la société n'est pas seulement coupable, elle est criminelle. Il y a plus de cinquante ans, Beauvoir dénonce déjà l'exploitation des vieillards dans des établissements « où on fait payer le plus cher possible aux personnes âgées qui en ont les moyens un confort et des soins qui laissent souvent beaucoup à désirer. » (page 311)
Dans une approche holistique, à la fois historique et géographique, diachronique et synchronique, l'auteure aborde la question de la vieillesse sur tous les plans : physiologique, psychologique, psychiatrique, sociologique, économique, culturel, et bien entendu politique. Car à l'évidence c'est tout le système qui est en jeu : « La revendication ne peut être que radicale : changer la vie. »
Cette somme ambitieuse, alternant la description objective des faits et l'évocation du vécu subjectif de la vieillesse, se propose d'en effectuer une phénoménologie exhaustive, avec pour ambition de parvenir à une claire conceptualisation de ce qu'elle est véritablement. Nombreuses sont ses références littéraires, de Montaigne à Proust, tout comme les vignettes consacrées à la vieillesse d'hommes illustres (Clémenceau, Churchill, etc.).
Très informé quant à l'involution de la sexualité masculine (quand la sauterelle devient pesante), le livre se montre peu disert sur la sexualité féminine. Écrit à une époque où les médias ne parlaient pas encore de la maladie d'Alzheimer, la plupart des nombreuses data citées sont obsolètes et ne présentent plus qu'un caractère historique.
Avec La Vieillesse, Simone de Beauvoir a voulu « arracher des énoncés à l'opacité du non-dit ». Souvent accusateur, sans nuance (« pour la société le vieillard n'est qu'un mort en sursis »), l'ouvrage synthétise ainsi l'angoisse du vieillissement : l'individu est condamné à se périmer.
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Felina
  08 avril 2020
Encore une plume française que je découvre. Étrangement, je commence par la fin avec ce titre "La vieillesse", mais il est fort probable que le prochain roman que je lirai de Simone de Beauvoir soit "Mémoires d'une jeune fille rangée", récit autobiographique dont j'ai entendu beaucoup de bien, et qui fait partie d'une tétralogie.
A part lorsque l'on commence à s'en approcher, la vieillesse - à moins de s'appeler Dorian Gray ^^ - n'est pas une chose dont on se préoccupe beaucoup. Avec cet essai, Simone de Beauvoir attire l'attention du lecteur sur cet état physique, qui met irrévocablement l'individu "vieux" au banc de la société. Soit il est considéré comme un grand sage que l'on respecte et que l'on écoute de loin; soit comme un vieux fou.
L'autrice a écrit ce livre en 1970, en plein boum consumériste. Cette décennie va voir l'explosion du plastique et de la production en série. Les personnes âgées sont une classe à part, dans une société où le pouvoir d'achat est le principal marqueur social. de nos jours, la vision des seniors a évolué - ce sont les baby-boomers de la seconde guerre mondiale - leur nombre est plus important qu'à l'époque dont parle Simone de Beauvoir, de plus ils sont beaucoup plus actifs et indépendants qu'alors. Étant partie prenante dans la consommation, la société s'adapte à eux, avec des croisières pour seniors, de résidences, etc.
Il est intéressant et instructif de découvrir les pensées que partage Simone de Beauvoir ici. Même s'il est vrai que commun des mortels évite de penser à cette étape de décrépitude, qu'il associe à la mort et à la tristesse. L'individu vit avec l'idée de la mort toute sa vie, même de façon inconsciente, tandis que la vieillesse on a le temps de la voir venir. Et plus elle approche plus on la renie et on lui tourne le dos. Jusqu'au jour où ça y est: on est vieux. Simone de Beauvoir dans son essai étudie toutes les facettes de cet état en soulignant que la déchéance physique est liée à la classe sociale à laquelle on appartient. Dans cette société intéressée seuls les actifs comptent, les autres ne sont que des bouches à nourrir.

Je remercie Babelio ainsi que les Éditions Folio de leur confiance. A travers ce copieux essai, Simone de Beauvoir attire le regard sur les personnes âgées et leur place dans la société des années 70. Laissés pour compte, ils deviennent des poids morts. La philosophe propose de modifier le regard que la société a sur les seniors et de les considérer comme des hommes et non comme les morts en suspens. C'est très déstabilisant de lire un essai de ce type alors que nous vivons nous-même une situation si particulière avec cette pandémie. L'angle avec lequel on regarde la vie est totalement faussé, on est en retrait peut-être comme ces ancêtres qui regardent passer la vie des autres en attendant leur mort...
Lien : http://lillyterrature.canalb..
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AntoineTuileries
  12 avril 2020
Lorsqu'elle publie cet essai sur la vieillesse en 1970, le sujet est encore mal défini. L'objet de l'étude est insaisissable et toute définition définitive est compliquée tant elle est fluctuante selon les pays.
Pour tenter de mieux appréhender les contours de la vieillesse, Simone de Beauvoir divise son essai en deux grandes parties : la vieillesse comme un fait biologique d'une part, et la vieillesse comme un fait culturel d'autre part. Autrement dit, la vieillesse repose sur une donnée biologique objective et incontestable, l'âge. Mais l'idée même de vieillesse dépend également de la considération qu'une société a pour ses ainés. Dans cet essai, Simone de Beauvoir s'applique avec méthodologie à convoquer L Histoire, la philosophie, la sociologie, la littérature, l'économie ou encore la médecine pour tenter de dessiner les contours de ce que serait la vieillesse.
L'essai est dense, souvent compliqué mais d'une précision et d'une rigueur intellectuelle absolument parfaits. Les chapitres purement économiques sont parfois compliqués à lire en raison du grand nombre de chiffres, de pourcentages et de statistiques évoqués.
Mais qu'on se rassure, elle puise dans L Histoire – de l'Antiquité à la Seconde Guerre mondiale – des exemples beaucoup moins abstraits.
Un essai lumineux qui me prouve, encore une fois, combien Simone de Beauvoir est une femme brillante trop longtemps – à tort – restée dans l'ombre de Sartre.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   20 avril 2020
C'est pourquoi tous les remèdes qu'on propose pour pallier la détresse des vieillards sont si dérisoires : aucun d'eux ne saurait réparer la systématique destruction dont les hommes ont été victimes pendant toute leur existence. Même si on les soigne, on ne leur rendra pas la santé. Si on leur bâtit des résidences décentes, on ne leur inventera pas la culture, les intérêts, les responsabilités qui donneraient un sens à leur vie. Je ne dis pas qu'il soit tout à fait vain d'améliorer, au présent, leur condition : mais cela n'apporte aucune solution au véritable problème du dernier âge : que devrait être une société pour que dans sa vieillesse un homme demeure un homme ?
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Gwen21Gwen21   19 avril 2020
[...] à la fin du XIXème siècle, le vieux travailleur chassé de son emploi avait été dramatiquement abandonné à lui-même. Les collectivités se virent obligées de prendre en main le problème. Elles ne le firent pas sans résistance.
La pension fut d'abord conçue comme une récompense. Dès 1796, Tom Paine suggérait de récompenser par une pension les travailleurs de 50 ans. En Belgique, en Hollande, des pensions furent accordées dans le secteur public à partir de 1844. En France, au XIXème siècle, les militaires et les fonctionnaires furent aussi les premiers à recevoir des pensions ; le second Empire en attribua ensuite aux mineurs, aux marins, aux ouvriers des arsenaux, aux cheminots. On considérait qu'elles récompensaient, dans des professions dangereuses, une longue période de loyaux services. L'attribution en devint organisée et habituelle, sous deux conditions : de longues années de travail et un âge déterminé.
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DanieljeanDanieljean   08 juin 2018
Toutes les civilisations connues se caractérisent par l’opposition d’une classe exploitante et des classes exploitées.

Aux époques où la propriété a été institutionnalisée, la classe dominante a respecté les propriétaires ; l’âge n’était pas une disqualification ; accumulant au cours de leur vie des biens immobiliers, des marchandises, de la monnaie, les vieillards, en tant qu’ils étaient riches, pesaient d’un grand poids dans la vie publique et dans la vie privée.

L’idéologie de la classe dominante vise à justifier ses conduites. Quand elle est gouvernée ou influencée par des gens âgés, elle accorde de la valeur au grand âge… La vieillesse serait l’achèvement de la vie au double sens du mot ; elle la termine et elle en est le suprême accomplissement…

Cependant, même lorsque le bon ordre social oblige les générations plus jeunes à reconnaître à la plus ancienne une autorité politique ou économique, elles la subissent souvent avec impatience.

Quant aux vieux exploités, inutiles, encombrants, leur sort ressemblait à celui qui est le leur dans les sociétés primitives. Il dépendait essentiellement de leur famille. Par affection ou par souci de l’opinion, certaines leur manifestaient de la sollicitude ou du moins les traitaient correctement. Mais le plus souvent on les négligeait, on les abandonnait dans un hospice, on les chassait et même on les abattait clandestinement.

La classe dominante assistait avec indifférence à ces drames : ses efforts pour secourir les vieux pauvres ont toujours été dérisoires.
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Gwen21Gwen21   19 avril 2020
La déchéance sénile n'est pas seulement en soi pénible à supporter, mais elle met l'homme âgé en danger dans le monde. On l'a vu : il végète au bord de la maladie, au bord de la misère. Il éprouve un sentiment angoissant d'insécurité qu'exaspère son impuissance.
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Myrtille88Myrtille88   15 août 2017
Parmi les facteurs contribuant le plus au développement affectif chez nos concitoyens âgés, il faut ranger l'ostracisme social dont il sont l'objet, la réduction du cercle de leurs amis, l'intense solitude, la diminution et la perte du respect humain et le sentiment de dégoût à l'égard d'eux-mêmes. (p. 262)
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Vidéo de Simone de Beauvoir
« J'avais été amené quand j'avais seize ans, par un ami un peu plus vieux que moi, comme j'étais un peu littéraire, au cocktail Gallimard qui avait lieu dans le jardin Gallimard et qui rassemblait en juin, le Tout-Paris et, pour la première fois, un garçon littéraire comme je l'étais, mais quand même très jeune, voyait tous les auteurs qu'il lisait. Il y avait Simone de Beauvoir, il y avait, je me souviens, Malraux et il y avait Queneau, bien sûr. Et vraiment, il y avait quelque chose de magique et j'étais enchanté. Il faisait beau, je voyais mes héros. Et je me suis dit que c'était là qu'il fallait vivre et mourir. »
***
Résumé : Dans le second volet de ses mémoires, “Une étrange obstination”, l'historien Pierre Nora revient sur son parcours foisonnant. Il y mêle détails sur ses travaux, anecdotes et évocations des figures marquantes de la vie intellectuelle française qu'il a pu côtoyer.
Les mots de l'auteur : « Cinquante-sept ans chez Gallimard et trente-cinq ans d'enseignement et de recherche, plus de mille livres édités, sept volumes des “Lieux de mémoire”, quarante ans à la tête du “Débat”, en faut-il davantage pour justifier mon titre ?Je me suis souvent défini comme marginal central. Marginal, parce que je n'ai pas été un universitaire classique, ni un éditeur professionnel, ni un historien typique, ni un écrivain authentique. Encore qu'un peu tout cela.Central cependant, parce que beaucoup des auteurs, beaucoup des idées d'une des époques les plus effervescentes et créatrices de la France contemporaine sont passés par mon petit bureau du premier étage de la rue Sébastien-Bottin, devenue Gaston-Gallimard.C'est ce vu et vécu dont, avant de disparaître, j'ai voulu laisser la trace. Les auteurs, les idées, l'époque. En mémorialiste et en historien. »
Découvrez le livre https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Une-etrange-obstination Lisez un extrait https://bit.ly/3VEPTRC
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