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EAN : 9782020920926
1460 pages
Seuil (01/01/2007)
4.13/5   177 notes
Résumé :
Sous la direction de Pierre Bourdieu, une équipe de chercheurs s'est consacrée pendant trois ans à comprendre les conditions d'apparition des formes contemporaines de la misère sociale. La Cité, l'École, la famille, le monde ouvrier, le sous-prolétariat, l'univers des employés, celui des paysans et des artisans, etc. : autant d'espaces où se nouent des conflits générateurs d'une souffrance dont la vérité est dite, ici, par ceux qui la vivent.
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Quand on achète ce bouquin, on ne sait pas trop si on a été attiré par le format (presque 1500 pages dans a collection « Point »), ou par nécessité professionnelle ou universitaire, ou par envie de découvrir un monde, un travail, voire notre société.

Et on se retrouve avec une masse d'informations, facile à lire, agréable qui présente des histoires de vie simples, quotidiennes, et souvent passionnantes.
Le travail réalisé par Pierre Bourdieu et son équipe d'enquêteurs, de sociologues, consiste à livrer un grand nombre d'interviews réalisées dans les cités dont on parle aux infos, ou dans des milieux plutôt défavorisés et toutes susceptibles de nous faire réfléchir, de nous conduire à voir différemment le monde qui nous entoure.

On y rencontre des gens qui vivent des situations souvent sans-issues.
Certains qui ont baissé les bras, d'autres qui se battent, ou qui n'ont pas conscience de leur situation.
Et puis, il y a aussi de nombreux acteurs sociaux, tour à tour enthousiastes, découragés, utopistes puis réalistes.
Cette étude réalisée au début des années 90 est finalement toujours très actuelle. Nous en avons pourtant entendu des discours magnifiques, et exploré des plans sur le sujet. Et on s'aperçoit qu'à part quelques emplâtres posés sur une jambe de bois, les choses n'ont pas vraiment évolué. Pour ne pas dire que rien n'a changé. Ce bouquin est donc encore très actuel.

Un seul défaut à cet ouvrage : Son côté un peu politiquement partisan, dû au choix des interviewés, au sujet lui-même, etc.
Mais comment faire autrement ? On peut toujours lire avec un peu de recul.

Pour finir avec une sorte de sourire, j'ai failli inscrire ce livre dans ma liste pour une île déserte, tant il est passionnant à lire, feuilleter, reprendre… Et j'ai fini par me dire que la sociologie des banlieues ou de la pauvreté sur une île déserte, ça n'avait pas beaucoup de sens.
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Si je ne devais garder qu'un seul livre de mes études de sociologie, ce serait celui-là, parce qu'il contient une mine d'informations sur l'exclusion et parce qu'il est facile à lire (ce qui n'est pas toujours le cas avec Bourdieu) et donc acessible à tous les publics pourvu qu'ils soient un peu curieux de la société dans laquelle ils vivent.
La « misère du monde » cesse ici d'être un concept abstrait : elle s'incarne dans des visages, des noms, des parcours de vie. C'est un des grands mérites de cette enquête : on y lit en filigrane des parcours de vie et des événements-pivots qui font basculer des vies (décès, séparation des couples, chômage, maladies graves, accidents du travail, échecs scolaires et professionnels à des moments où on ne peut plus se le permettre). On y ressent surtout la complexité de l'être humain, les contradictions qui le traversent (quand les idéaux politiques anti-racistes se heurtent par exemple aux difficultés de la cohabitation avec des populations ayant une culture très différentes) et la volonté de s'en sortir malgré tout, de ne pas baisser les bras, même quand le sort semble s'acharner. On comprend aussi que l'exclusion c'est souvent le résultat à un moment donné de la conjonction de plusieurs facteurs et qu'une personne exclue doit être prise en compte dans toutes ses dimensions (situation familiale, santé - les jeunes aidés par le JAP quand il était éducateur de rue sont tous porteurs du HIV - etc.).
Comme en contre-point aux témoignages des exclus, des interviews ont été réalisé avec ceux qui sont a priori du bon côté de la barrière, comme des travailleurs sociaux ou un juge d'application des peines : on voit les difficultés de ceux qui ont pour mission d'aider les plus démunis tout en incarnant l'ordre social. Il y a notamment un très beau portrait d'une jeune femme inspecteur de police, que sa famille aurait préféré voir en infirmière ou assistante sociale, très idéaliste et investie dans son métier et qui compatit souvent plus avec l'ancien taulard paumé ou la fille qui est à deux doigts de se prostituer qu'avec les commissaires qu'elle juge corrompus ou englués dans leurs vieilles habitudes et peu concernés par ce qui se passe dans leur commissariat.
En le relisant aujourd'hui, je me rends compte que ce livre est un des chef d'oeuvre de la sociologie française par ce qu'il apporte comme connaissance sur la société et sur ceux auxquels on ne s'intéresse pas en général et sur l'attitude scientifique et déontologique du chercheur en sciences sociales. On peut aussi faire le constat que les problèmes n'ont pas été résolus (on y parlait déjà de « malaise judiciaire » et on pouvait y deviner les émeutes de 2006) et que ce sentiment de fatalité et ce poids de l'échec d'autant plus lourd qu'on s'en attribue la responsabilité est encore présent et peut-être même qu'il s'est diffusé dans les strates de la société jadis épargnées, comme les fonctionnaires. Ce qui a peut-être changé par rapport au début des années 90 où Bourdieu a enquêté c'est qu'il y a de moins en moins de place pour l'utopie alors que beaucoup de gens interviewés dans le livre étaient des militants communistes ou d'anciens maoïstes.
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La pauvreté c'est manquer du superflu, la misère manquer du nécessaire.
Au début des années 90, le très célèbre Pierre Bourdieu a effectué un travail de sociologie appliquée à la rencontre de tous ceux qui souffrent de la misère. Pas au bout du monde, mais ici, en France, dans la quatrième puissance économique du monde (à l'époque).
L'étude porte bien au-delà des niches bien connues du mal être (clochardisation, banlieues poubelles, travailleurs précaires) : des commerçants, des professeurs, un directeur de collège, bref des personnes insérées socialement dans des postes à responsabilité y parlent de leurs difficultés. On se rend compte très vite que la sécurité financière ne peut être un mètre étalon et que ce fameux seuil de pauvreté ne veut rien dire en lui-même. La misère peut s'afficher partout dans une société qui a perdu ses repères sans en avoir trouvé d'autres. Ce travail en profondeur, à la rencontre de ceux qui souffrent, peu importe leur position sociale finalement, date de 30 ans, à une époque où l'URSS venait juste d'exploser, où Mitterrand était reconduit pour un second mandat, où le monde du travail, durement touché par les crises économiques des années 70, du moins dans ce qu'elle avait de plus industriel, n'avait pas encore été contaminé par cette exigence de rentabilité exacerbée, où ce libéralisme destructeur n'était incarné que par les années Reagan dans une amérique qui tentait de redorer son blason des années 50, lourdement saboté par les coups de boutoirs sans pitié du Japon ou par une Angleterre Thatcherisée à l'extrême avec toutes les conséquences sociales qui s'en suivirent.
Il serait intéressant de retrouver les acteurs de cette étude 30 ans après. Quelle a été leur vie ? Ont-ils pu s'en sortir ? Et rencontrer de nouveaux candidats à cette précarisation de la vie à tous ses niveaux : travail, éducation, santé, place dans la société, reconnaissance…
Cette somme (quasiment 1500 pages) se parcourt comme un recueil de nouvelles. Articulée autour de thèmes primordiaux : travail, éducation, violence, santé, rapports humains, chaque interview peut être lue indépendamment. Chaque parole est précédée d'une brève introduction du sociologue qui a mené l'enquête. On a donc droit à une glose universitaire parfois indigeste (je retrouve « mon » Bourdieu : au secours, un traducteur, vite !), mais, paradoxalement, ce n'est pas cette prose intellectuelle qui pose problème. Il suffit de se concentrer un brin et puis, le témoignage des personnes qui souffrent va être une récréation, une respiration.
Grave erreur.
A part deux ou trois exceptions, notamment Antoine, videur de boite, heu pardon, physionomiste ou portier de discothèque, qui nous livre une vraie réflexion sur la violence, les propos retranscrits in extenso sont illisibles. Une vraie torture.
J'appartiens à un milieu modeste, ma famille est essentiellement constituée jusqu'à ma génération de petits paysans, d'ouvriers, d'employés, aucun n'a fait d'études supérieures. Pourtant pas un ne s'exprime avec autant d'hésitation, dans un français malmené de la sorte, des phrases interrompues, des répétitions, une syntaxe inexistante qui rend souvent le propos incompréhensible. Quand cela vient d'un adolescent qui n'a eu que peu de rapports avec l'école, d'un employé à qui l'on ne demande aucune réflexion, j'arrive à comprendre. Mais où ont-ils dénichés ces gens ?
Je comprends la volonté de rendre vivant une étude qui aurait été, sans ces témoignages, quasiment réservée à des étudiants en sociologie, sans grand intérêt pour le grand public. Mais était-ce trahir celui qui parle de gommer ces imperfections dues, peut-être, à une appréhension (présence d'un micro, devoir se raconteur devant « quelqu'un », difficulté d'organiser ses pensées – ont-ils été prévenus du projet ? leur a-t-on permis de réfléchir à ce qu'ils allaient dire ?).
J'en suis même venu à penser que tout cela était peut-être voulu, comme lors de reportages télévisés sur la banlieue, d'articles sur la précarité et ceux qui en souffrent. On force le trait. On interviewe ceux qui s'expriment le plus mal. On encore ces candidats aux jeux télévisés, apparemment plus bêtes que les questions posées. Montrer une France des démunis en laissant croire que c'est bien de leur faute. Mais je dois être de mauvaise foi.
Le dernier chapitre (comprendre) explique en partie ce résultat : la volonté d'interférer le moins possible avec le témoin. Soit.
Autre douleur, psychologique celle-là. 30 ans avant que les thèses de l'extrême droite n'aient pignon sur rue, on y sent cette xénophobie, ce racisme de concierge qui avait déjà permis à le Pen de siéger au parlement Européen. Et l'on sent bien toute la responsabilité des médias et l'effort pédagogique à fournir pour éradiquer ces réponses trop simples à des questions compliquées.
Quoi qu'il en soit et même si la langue parlée ici est rendue difficile par sa transposition directe par l'écrit, ce volume est d'une rare intensité. On y croise des hommes et des femmes d'une grande valeur : on ne les rencontre pourtant pas dans les couloirs des grandes entreprises ou les salons des ministères (ou si… mais juste pour vider les poubelles).
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Ce gros ouvrage paru en 1993 est passionnant et, je pense, unique dans le domaine de la sociologie. C'est le résultat d'une grande enquête au sein des classes populaires, menée sous la direction de Pierre Bourdieu. C'est avant tout un recueil d'interviews de personnes engluées dans de multiples difficultés, matérielles, professionnelles, financières et/ou personnelles. Elles nous livrent quelques clés de leur vie, souvent médiocre, parfois misérable. Avec leurs mots bien à elles, elles nous donnent leur point de vue sur notre société. Pour n'importe quel lecteur ayant trouvé toute sa place dans la "ruche sociale", c'est une plongée dans un milieu méconnu et presque effrayant. Chacun des interviewés, personnellement, suscite notre intérêt, notre esprit de solidarité et notre compassion. Mais il y en a tant qui sont dans la m… et qui y resteront jusqu'à la fin de leur pauvre vie ! On se sent vite attristé, éprouvé, voire écoeuré. Il faut souligner que cette "misère" ne procède pas uniquement des inégalités socio-économiques, mais ces facteurs pèsent souvent très lourd sur les individus. A moins d'avoir une vision plus large et d'être engagé politiquement, le lecteur achève ce livre avec un sentiment d'impuissance qui parait difficile à supporter. Pour ma part, je me suis senti obligé de le lire seulement par petits morceaux, pour éviter la saturation.
Bien entendu, les conditions de vie des classes défavorisées ne se sont pas arrangées en vingt ans, et même ça s'est probablement aggravé…
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17 juil. 2014 à 16:32
J'ai de saines lectures.... "La misère du monde" ouvrage collectif sous la direction de Pierre Bourdieu, bouquin de près de 1500 pages (ah oui, quand même!) traitant de la misère par des exemples concrets de gens qui vivent des épreuves très difficiles, de tous les milieux (ouvriers, juges, flics, assistantes sociales, immigres...) Partout ou se cache la misère, en fait. Relu donc cette phrase que TOUS nos politiques feraient bien de méditer, à la lumière de certaines prises de positions démagogiques ou partisanes (je laisse à chacun le soin de choisir la catégorie à laquelle il - ou elle - appartient.) qu'ils viennent de prendre. "Le monde politique s'est fermé peu à peu sur soi, sur ses rivalités internes, ses problèmes et ses enjeux propres. Comme les grands tribuns, les hommes politiques capables de comprendre et d'exprimer les attentes et les revendications de leurs électeurs se font de plus en plus rares, et ils sont loin d'être au premier plan dans leurs formations. Les futurs dirigeants se désignent dans les débats de télévision ou les conclaves d'appareil. Les gouvernants sont prisonniers d'un entourage rassurant de jeunes technocrates qui souvent ignorent à peu près tout de la vie quotidienne de leurs concitoyens et à qui rien ne vient rappeler leur ignorance. Les journalistes, soumis aux contraintes que font peser sur eux les pressions ou les censures des pouvoirs internes et externes, et surtout la concurrence, donc l'urgence, qui n'a jamais favorisé la réflexion, proposent souvent, sur les sujets , des descriptions et des analyses hâtives, et souvent imprudentes; et l'effet qu'ils produisent, dans l'univers intellectuel autant que dans l'univers politique, est d'autant plus pernicieux, parfois, qu'ils sont en mesure de se faire valoir mutuellement et de contrôler la circulation des discours concurrents comme ceux de la science sociale. Restent les intellectuels dont on déplore le silence." Écrit en 1993, on ne saurait mieux dire...
Bourdieu nous montrait des gilets et exposait leurs difficultés quotidiennes, il reste indispensable de le lire, ne serait-ce que pour comprendre que les politiques divers et variés qui nous dirigent n'ont rien fait pour enrayer la machine à broyer. Qu'ils soient de droite (Chirac, Sarko) ou de droite(Hollande, Manu premier)
Mis à jour : 17 juil. 2019 à 08:18
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Post-scriptum

Le monde politique s'est fermé peu à peu sur soi, sur ses rivalités internes, ses problèmes et ses enjeux propres. Comme les grands tribuns, les hommes politiques capables de comprendre et d'exprimer les attentes et les revendications de leurs électeurs se font de plus en plus rares, et ils sont loin d'être au premier plan dans leurs formations. Les futurs dirigeants se désignent dans les débats de télévision ou les conclaves d'appareil. Les gouvernants sont prisonniers d'un entourage rassurant de jeunes technocrates qui souvent ignorent à peu près tout de la vie quotidienne de leurs concitoyens et à qui rie ne vient rappeler leur ignorance. Les journalistes, soumis aux contraintes que font peser sur eux les pressions ou les censures des pouvoirs internes et externes, et surtout la concurrence, donc l'urgence, qui n'a jamais favorisé la réflexion, proposent souvent, sur les sujets , des descriptions et des analyses hâtives, et souvent imprudentes; et l'effet qu'ils produisent, dans l'univers intellectuel autant que dans l'univers politique, est d'autant plus pernicieux, parfois, qu'ils sont en mesure de se faire valoir mutuellement et de contrôler la circulation des discours concurrents comme ceux de la science sociale. Reste les intellectuels dont on déplore le silence.(...)
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La France n'est pas l'Amérique. Les cités des banlieues en déclin ne sont pas des ghettos au sens que revêt cette notion dans le contexte américain. La décomposition des territoires ouvriers de l'hexagone obéit à une logique qui leur est propre, conforme à leur histoire et aux contraintes d'un cadre institutionnel et étatique différent. La discrimination, la violence, la pauvreté et l'isolement social sont très loin d'y connaître la même intensité et la même étendue que dans "l'inner city" américaine. Il n'en reste pas moins qu'au delà des différences flagrantes de niveaux et de structure, la pente de l'évolution des inégalités urbaines en France durant la dernière décennie tend à créer les conditions propices, à terme, à un rapprochement. Et si, dans leur myopie technocratique et leur fixation fascinée sur la performance financière à court terme, les élites dirigeantes hexagonales, de gauche comme de droite, devaient persister dans la politique néo-libérale d'abaissement du secteur public et de la "mercantilisation" rampante des rapports sociaux qui a été la leur depuis le milieu des années 1970, on ne doit pas exclure le pire : l'utopie négative, lointaine et effrayante, pourrait devenir réalité.
(Pour rappel, texte publié en 1993...)
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Tout en se gardant d'y voir une chaîne mécanique de responsabilités, il n'est pas inutile de porter au jour le lien entre une politique néo-libérale visant à arracher la petite bourgeoisie à l'habitat collectif et, par là, au "collectivisme", [...] et la ségrégation spatiale, favorisée et renforcée par le retrait de l'État ; et aussi le lien plus évident entre cette ségrégation [...] et la place que tient aujourd'hui en politique et ailleurs l'opposition entre les "nationaux" et les "immigrés", qui est venue supplanter l'opposition, jusque-là de premier plan, entre les dominants et les dominés.
Cela, à la faveur du déclin des instances de mobilisation et de leur aptitude à surmonter, tant théoriquement que pratiquement, les difficultés que font surgir au sein même du monde ouvrier [...] les conflits liés à la cohabitation.
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Et que ce système d'enseignement largement ouvert à tous et pourtant strictement réservé à quelques-uns réussit le tour de force de réunir les apparences de la "démocratisation" et la réalité de la reproduction, qui s'accomplit à un degré supérieur de dissimulation, donc avec un effet accru de légitimation sociale.
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Le rêve positiviste d'une parfaite innocence épistémologique masque en effet que la différence n'est pas entre la science qui opère une construction et celle qui ne le fait pas, mais entre celle qui le fait sans le savoir et celle qui, s'efforce de connaître et de maîtriser aussi complètement que possible ses actes, inévitables, de construction et les effets qu'ils produisent tout aussi inévitablement.
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Vidéo de Pierre Bourdieu
Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Introduction
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 3 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
Le cours de cette année répond à celui de 2014 qui portait sur la « guerre littéraire » de 1914-1918, c'est-à-dire sur l'inscription de la réalité de la guerre dans les oeuvres, et sur les différentes postures, souvent paradoxalement pacifiques, que l'expérience de la guerre a prescrites aux écrivains. Il s'agira cette année au contraire d'envisager la production littéraire comme lieu d'une conflictualité sui generis, tantôt sur le mode d'une détermination au combat d'idées, tantôt sur le mode d'une compétition pour la survie au sein de ce que Pierre Bourdieu, dans Les Règles de l'art, a décrit comme le « champ » littéraire. Il s'agit aussi de faire un sort à une figure rencontrée dans le cours de 2016 : celle du crochet de l'écrivain chiffonnier, mise en place par Baudelaire, et qui pouvait toujours se retourner en arme. À partir de Baudelaire et en remontant dans la modernité littéraire, on découvre une généalogie d'images : la plume-épée des Dialogues et entretiens philosophiques De Voltaire, ou la plume de fer par laquelle, bien avant l'apparition de l'objet industriel lui-même, Ronsard décrit son ambition de défense d'une France royale et catholique, dans la Continuation du Discours des misères de ce temps (1563).
La création littéraire se définit régulièrement par comparaison avec les sports de combat, et même plus généralement avec le sport, en tant que le sport a rapport au combat, c'est-à-dire à la compétition. Il y a, chez elle aussi, des championnats, des prix, la possibilité d'un dopage. Tout jeune écrivain, avertit Fontenelle, doit se préparer à entrer en lice ; Maurice Barrès lui-même, qui s'est beaucoup tenu à distance des accidents de la camaraderie littéraire, a l'impression de rejoindre un « match professionnel » au moment de rendre compte de son exploration de l'Égypte. Tous les grands écrivains du XIXe siècle, à peu d'exceptions près, se sont battus en duel, comme si ce moment de duel révélait la valeur agonistique latente de la littérature. La littérature, plutôt ou autant qu'au loisir (otium), n'aurait-elle pas rapport au negotium, au remue-ménage ? La pacification, la consolation comptent parmi ses opérations possibles, mais leur inverse paraît une tendance constitutive de la création et de l'existence littéraire.
L'abbé Irail, dans ses Querelles littéraires (1761), s'intéressait à la figure d'Archiloque, tout à la fois premier poète lyrique et premier poète satirique, qui fait de la poésie avec sa colère et son désir de vengeance. le génie et la querelle sont liés : il n'y a pas eu de siècle de grand talent, observe-t-il, qui ne fût un siècle de grande agitation et de grande jalousie entre les écrivains. Comme dans la théorie économique de Bernard Mandeville, il semble que, dans les arts, les vices privés servent le bien général et que le florissement d'une culture repose sur la querelle permanente de ses représentants.
Notre rapport à la littérature reconnaît implicitement une telle dimension pugilistique, proprement romantique ; c'est la règle du winner takes all. Pierre Bourdieu et Harold Bloom ont été les théoriciens de cette difficulté de survivre en littérature, et de cette dynamique réelle de la littérature, bien différente d'un glissement naturel d'âges, qui fait se heurter d'une part les gloires littéraires acquises, pour qui l'urgence est de durer, d'autre part les aspirants à la gloire, qui savent qu'ils n'acquerront le droit de durer qu'en rejetant leurs prédécesseurs dans le passé.
Sportifs, escrimeurs, prisonniers : ce sont plusieurs figures, au sens de Roland Barthes, de cette agonistique motrice de la vie littéraire entre la Restauration et le Second Empire, qui seront envisagées tout au long du cours.
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