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EAN : 9782358872713
Éditeur : La manufacture de livres (10/01/2019)
  Existe en édition audio
4.13/5   3231 notes
Résumé :
"- Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu'y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose."

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
Franck Bouysse... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (826) Voir plus Ajouter une critique
4,13

sur 3231 notes

Kirzy
  23 janvier 2019
Pourquoi je vis, pourquoi je meurs
Pourquoi je lis, pourquoi je pleure ...
... assurément pour de tels livres, les vibrants, les telluriques, ceux que tu n'oublies pas une fois refermés et achevés, ces mots qui continuent à tournoyer dans ta tête de façon obsédante.
Né d'aucune femme est de ce calibre-là. Sombre mais jamais obscur, profondément romanesque mais si humain. Rose, ma petite Rose, si digne dans l'insoutenable cruauté de la vie, sauvée par les mots.
« Les mots , nous dit-elle dans l'intimité des chapitres qui lui sont consacrés, j'ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je ne comprends pas toujours et que j'aime quand même, juste capable de m'emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu'il sont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. Je les appelle les mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanées, mitre, (... ) et tellement d'autres que j'ai retenus sans effort, pourtant sans connaître leur sens. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s'envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C'est peut-être ce qu'on appelle une âme. »
Edmond et ses épaules émouvantes qui avoue : «  toute ma vie j'ai failli être un homme », qui le deviendra peut-être après le mot «  fin ». Gabriel, le prêtre empathique qui sait porter la souffrance des hommes, et l'entendre pour faire bouger le destin et apporter l'espoir. Tous les personnages sont formidablement campés, c'était comme si je pouvais tous les voir à porter de mots, leur visage, leur âme même.
Franck Bouysse est un grand, un grand conteur qui construit admirablement son roman pour faire naître les émotions dans les révélations qui distillent au moment juste ; un grand styliste, une écriture à l'os. Combien de phrases, de passages j'ai relus, uniquement pour m'en enivrer tellement ils sont beaux, puissants, brillants sans jamais tomber dans la démonstration vide de sens.

Et cette formidable couverture, au diapason de la perfection de ce roman. Cette sublime Madone allaitante, forte et attentive, en écho à Rose, à sa mère et ses «  trois filles arrachées au néant, au motif qu'un homme et une femme se doivent de fabriquer un peu plus qu'eux-mêmes pour échapper au temps, sans penser ni même imaginer qu'un seul instant les malheurs à venir et le cadeau empoisonné que peut devenir une vie. Parce que sortir un petit être du néant d'avant pour lui offrir celui d'après est une immense responsabilité, une pure folie. »
Parce que j'en ai encore les larmes aux yeux, parce que je tremble encore un peu.
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Tostaky61
  05 janvier 2019
Avertissement !
Cette chronique est le fruit de mon ressenti à l'instant où je referme ce livre. Elle n'a pour objectif que de vous...OBLIGER... à le lire....
Comment débuter l'année de plus belle façon.
Première lecture et je suis déjà à genoux.
Que d'émotions.
Quelle écriture.
Né d'aucune femme, LE livre que vous ne pouvez pas manquer cette année.
J'ai déjà vanté l'écriture de Franck Bouysse, ce livre ne fait que confirmer mes impressions.
Gabriel est curé.
Gabriel est appelé à l'asile pour la mise en terre d'une femme qui y est internée depuis des années.
Une femme devenue folle après avoir tué.
Enfin, c'est ce qui se dit....
Gabriel est là pour récupérer quelque chose.
Quelque chose qui va bouleverser sa vie, quelque chose qui va bouleverser des vies...
C'est ainsi que débute ce magnifique roman.
Magnifique, mais noir. Très noir même.
Sortez vos mouchoirs. Mais pas vos vulgaires mouchoirs en papier, non. Les beaux, les brodés. Parce que l'écriture de Mr Bouysse va vous bouleverser et qu'une telle écriture mérite le plus bel écrin pour vos larmes. Parce que des larmes, à moins que d'avoir l'âme aussi noire que certain des protagonistes, vous allez en verser, je vous l'assure.
Le destin d'une jeune femme qui va se jouer devant vos yeux ne pourra que vous émouvoir.
Et puis, Né d'aucune femme, rien que le titre, ça ne vous touche pas déjà  ?
À ceux qui, comme moi, ont découvert l'écriture de Franck Bouysse avec Glaise ou Grossir le ciel, je vous garantis de retrouver ici la même émotion,  si ce n'est plus forte encore.
À ceux qui aiment la littérature noire.
Aux amoureux des belles phrases, aux amoureux des mots.
À ceux que l'émotion transporte.
À tous les insensibles, ceux qui se croient invulnérables.
À tout ceux qui aiment lire.
Ne passez pas à côté de Né d'aucune femme.
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Ladybirdy
  15 juin 2019
Magistral, monumental, stupéfiant, édifiant, prodigieux, et j'en passe... Je reste sans voix, le coeur transi, l'âme déchirée à la fin de ce roman... Quel roman ! Un équilibre parfait entre le fond et la forme. Un vocabulaire de haute voltige, imagé, métaphorique à souhait. Des émotions à vous retourner le coeur, à vous serrer le ventre, à bouleverser l'âme.
Je reprends les mots de Tostaky61 qui comme d'autres a trouvé les mots justes pour ce dernier Franck Bouysse : « aux amoureux des mots, à tous les insensibles qui se croient invulnérables » oui oui oui ce livre est pour vous !
Une force exponentielle se dégage ici dans ce portrait de cet ange qu'est Rose. Ce n'était qu'une enfant encore, quatorze ans, toute la vie devant elle, l'insouciance comme seul habit, lorsque son père la vend pour quelques pièces d'or afin de blanchir la misère sous son toit. Rose est vendue à un homme qui n'est homme que par son nom, Charles. Avec sa mère, ils forment un couple maudit, un monstre à deux têtes.
L'histoire de Rose est déposée dans un carnet qu'une infirmière remet aux mains du prêtre Gabriel. Ainsi s'ouvre ce roman choral qui donnera mots et vie (vie oui car les personnages étaient tous là, juste à côté de moi tant les descriptions sont réalistes et palpables) aux différents personnages qui gravitent autour de Rose. Son père, ravagé par la culpabilité, Edmond le palefrenier, trop bon, trop lâche, le prêtre Gabriel en quête de vérités et de sens. Mais y a-t-il un sens à l'ignominie, au malheur, aux étoiles mortes ?
Je craignais en ouvrant ce roman une vague noire déferlante, j'ai été happée comme jamais à travers une littérature engagée, puissante, élaborée où c'est tout un univers qui nous ait conté ici. L'histoire d'une fille forcée à devenir femme avant l'âge et rejetée et laissée pour rien le jour où elle accueillera sa féminité.
Un roman que je ne suis pas prête d'oublier. Et cette page de couverture... de toute beauté...
Un roman exceptionnel qui a su me toucher en plein coeur...
Sous la plume de Franck Bouysse, le noir a des allures de vastes étendues où les cris se conjuguent avec la force, où les pleures trouvent refuge dans les mots, où l'amour continue et continuera toujours à éclairer tous les possibles.
Magnifique.
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marina53
  11 mars 2019
Maintes fois le père Gabriel, au confessionnal, a entendu les mêmes paroles. Aussi, lorsqu'une voix fluette, à peine voilée, lui demande de bénir le corps d'une femme à l'asile et de récupérer par là même des cahiers cachés sous la robe de la défunte, il est fort étonné. Mais le père Gabriel a promis. Et c'est en compagnie de Charles, le sacristain, que Gabriel se rendra à l'asile, bénira Rose et emportera les cahiers... Des cahiers emplis de confessions...
Des années auparavant, Rose, l'aînée des quatre filles, a 14 ans. C'est elle qui, aujourd'hui, accompagne son père au marché. Un gros type parlemente avec ce dernier, marchande, s'énerve un peu. Rose ne le sait pas encore mais c'est d'elle dont il est question. Vendue pour quelques pièces qui devraient permettre à la famille de sortir de la misère. Avant même qu'elle ait pu dire au revoir à son père, là voilà embarquée dans la carriole. Direction Les Forges où l'attend une nouvelle vie...
D'une puissance rare, d'une profondeur remarquable, d'un souffle renversant, le dernier roman de Franck Bouysse nous emporte et nous émeut. À travers les yeux du père Gabriel qui découvre les confessions de Rose, l'on suit le destin de la jeune fille, dans la campagne française de la fin du XIXème siècle. L'auteur dresse le portrait ô combien touchant et empli d'émotions de celle-ci, vendue à un riche maître et dont la vie va basculer sous l'emprise de ce dernier et de sa mère. Franck Bouysse, après La trilogie des Marches, change de registre et surprend le lecteur, notamment en se mettant dans la peau de Rose lorsqu'elle écrit. Il alterne ces chapitres en donnant la voix à Edmond, le palefrenier, au père Gabriel, dépositaire de ces confessions et à Onésime, le père de Rose, rongé par le remords. Habilement construit et brillamment construit, ce roman, magnifique et déchirant se révèle tout à la fois sombre et lumineux.
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Crossroads
  21 mars 2019
Bouysse is back and beautiful !
J'avoue en avoir un peu soupé du rural noir, thème de prédilection de l'auteur.
Non pas qu'il se soit subitement découvert en humoriste ravageur, faut pas déconner non plus, et puis le grand écart facial, c'est pas donné à tout le monde, mais ce nouveau récit sombre et amer sort gaillardement des sentiers battus pour vous perdre en des contrées maléfiques que l'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi.
Elle s'appelle Rose, sa vie ne sera qu'un long chapelet d'épines.
Quelques cahiers étrangement captés pour en témoigner, parcourus par un homme d'église déconfit, il n'en faudra pas plus à Bouysse pour vous embarquer sur une croisière où s'amuser sera bien la dernière de vos attentes.
Originalité du propos, force des mots, phrasé érudit, musicalité Bouyssienne qui tape direct au coeur, sans préavis, Né d'Aucune Femme est de ces livres qui matraquent crescendo sans véritablement laisser entrevoir la moindre porte de sortie tendance rose fushia. Un blush flamand m'aurait pourtant contenté, c'est dire.
Noir est son parfum, mélancolique et cafardeux sont ses atours.
Une construction impeccable, un tourbillon insondable de maux habilement dépeints, ce récit ne se lit pas, il se vit comme une expérience extrême, un puits sans fond de larmes asséché par la haine et la concupiscence de ceux qui n'ont que la persécution et la détestation à offrir.
M'en vais mater les Calaisiens à Cancun, tiens, histoire de me détendre le neurone un chouïa...
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critiques presse (5)
Liberation   02 octobre 2019
Le dernier roman de Franck Bouysse est écrit avec un langage léger et souple comme le personnage principal de Rose, jeune fille aînée d’une famille pauvre dans la France d’avant l’automobile. [...] Cette histoire intense et touchante a dû être dans ses grandes lignes celle de nombreux et nombreuses petites gens des siècles passés et mériterait une version filmée.
Lire la critique sur le site : Liberation
Culturebox   20 août 2019
Né d'aucune femme est un roman polyphonique où chaque personnage nous livre sa façon de voir les choses. On est souvent terrifié par ce qu'on lit et en même temps impressionné par la capacité de résistance de Rose face à tant d'horreurs.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaLibreBelgique   25 avril 2019
Quelquefois il faut savoir dire la violence. Rares sont ceux qui, comme Franck Bouysse, parviennent à écrire l’indicible, à caresser l’innommable, avec tant de finesse et d’intensité. Malgré la dureté et la noirceur de certaines pages, Né d’aucune femme est un livre bouleversant et lumineux.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   14 janvier 2019
A la fois classique et fantasmagorique, Né d’aucune femme prouve que le romanesque, s’il est chimiquement travaillé dans chacune de ses molécules, peut encore éblouir.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   13 janvier 2019
Pour moi, totalement allergique à l’horreur, c’est une performance remarquable d’écrivain de grande qualité que d’avoir réussi à me la distiller, à me la faire dévorer sans réserve.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (664) Voir plus Ajouter une citation
PillyPilly   18 juin 2021
Ils m'ont toujours fait comprendre que j'étais personne.
Y a rien de pire.
Quand on est personne, on obéit.
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PillyPilly   17 juin 2021
Il faisait déjà noir, et l'obscurité suffisait à repousser les murs. J'ai alors imaginé ce que pouvait être la grande obscurité d'avant ma naissance, une éternité qui avait pris fin au moment où j'étais sortie du ventre de ma mère, et aussi une éternité qui allait naître après ma mort, et qui aurait pas de fin, celle-là. J'étais coincée entre ces deux éternités, à penser à la folie que c'était de sortir quelqu'un d'une éternité paisible pour le rendre conscient de la prochaine, tout ce temps passé à pas comprendre pourquoi on est au monde tous autant qu'on est, pourquoi on tient à la vie, à essayer de toujours repousser le grand mur de la mort, alors qu'il suffirait peut-être bien de l'escalader, ou de passer à travers pour plus se poser de questions. Parce que vivre, c'est précisément être coincé entre deux éternités, la première qu'on n'a jamais eu à choisir et la deuxième qui est l’œuvre de Dieu, à ce qu'on dit.
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PillyPilly   17 juin 2021
Les mots, j'ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j'aime quand même, juste parce qu'ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m'emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu'ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. Je les appelle les mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanées, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, parangon, godelureau, mauresque, jurisprudence, confiteor, et tellement d'autres que j'ai retenus sans effort, pourtant sans connaître leur sens. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s'envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C'est peut-être ce qu'on appelle une âme.
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PillyPilly   17 juin 2021
Homme obstiné, il avait évité au mieux de poser les questions encombrantes tout au long de sa vie, car il pensait depuis toujours que les questions font reculer ; et si par malheur, il s'en invitait quelqu'une dans sa caboche, il lui suffisait de se retourner pour avancer d'une autre façon, vers autre chose que ce qu'il avait prévu et que le sort lui refusait. Surtout marcher droit devant. De toute son existence, il n'avait jamais vu un oiseau reculer. Seuls les animaux terrestres s'y résolvaient en maintes occasions, à croire que le contact avec la terre posait déjà la question de savoir s'il était vain ou non de s'en arracher entre deux pas. Et pourtant, il ravivait chaque matin le feu éteint la veille, tout ce que l'on attendait d'un homme fait, parce qu'il savait au fond de lui que seuls les hommes sont des animaux terrestres, et les femmes et les enfants, des oiseaux.
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PillyPilly   17 juin 2021
On est serrés l'un contre l'autre, comme si on voulait broyer nos cœurs pour qu'il en reste qu'un seul, et on le sait même pas quand ça arrive, on se pose même pas la question tellement c'est l'évidence. Nos bouches réunies pour la première fois, c'est comme le premier vol d'oies sauvages au printemps avant que le ciel se remplisse d'oiseaux qui s'en vont là où ils doivent aller depuis toujours, là où il y a du soleil.
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