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EAN : 9782226452276
400 pages
Éditeur : Albin Michel (19/08/2020)
3.73/5   696 notes
Résumé :
Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Mathieu, qui entend penser les arbres.
Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (239) Voir plus Ajouter une critique
3,73

sur 696 notes

ODP31
  08 septembre 2020
Bol d'air impur au Gour Noir.
Le dernier roman de Franck Bouysse est un pendule irrésistible qui oscille entre le conte et le western.
On n'est pas dans le Grand Ouest, mais dans un bled paumé placé sous la coupe d'un propriétaire tyrannique épaulé par des hommes de mains sales aux mines patibulaires. le casting des sbires rappelle des phénomènes de foire, monstrueuse parade avec un nain reptilien, Snake, une brute gigantesque, le Double, et une sorte de shérif aussi vicieux que véreux, Lynch.
La mégalomanie de ce dictateur provincial va jusqu'à baptiser toutes les rues de son seul nom, Joyce. Pas très pratique pour distribuer le courrier. Tout lui appartient. le barrage, la centrale électrique, la carrière et… les habitants, employés serviles et apeurés, n'osant mordre la main qui ne les nourrit que de misère et d'humiliations. Aucun cavalier solitaire ne va venir à la rescousse, Clint Eastwood n'a jamais trouvé le chemin de cette vallée perdue sur son GPS, campagne des Bermudes repliée sur elle-même, comme un petit animal blessé. Il faut dire que, comme à son habitude, l'auteur ne renseigne ni les lieux ni l'époque de son roman. A croire que Franck Bouysse ne veut pas partager ses coins à champignon. Ou bien, souhaite-il, c'est plus probable, se laisser la liberté d'inventer un monde qui autorise la légende.
Dans cette contrée, plus unis que les 4 mousquetaires, aussi emprisonnés que les Dalton, vivent trois frères et une soeur, soudés par le sang, dans le sang. Leur père, à défaut d'avoir les mots, a la main lourde et la mère est cloitrée dans sa bigoterie. Elle a trouvé Dieu et perdu sa famille. Seul le grand-père, Elie, veille discrètement sur eux. Ce quatuor, qui s'amuse à se suspendre à des cordes du haut d'un viaduc, illumine ce texte sombre. Il y a Marc, avide lecteur battu par son père dès qu'il le surprend en train de bouquiner, Mathieu, plus amoureux de la nature qu'un cycliste grenoblois (je ne sais pas pourquoi je dis ça, enfin si un peu), Mabel, créature de rêve assoiffée de liberté et Luc, esprit lunaire labellisé « idiot du village » qui se réfugie dans l'île au Trésor de Stevenson pour fuir sa différence. Quand la fiction sert de cachette.
Séduit par la Rose de « Né d'aucune femme », j'ai été tout autant conquis par la Mabel(le) de « Buveurs de vent », âpre roman d'émancipation. L'insoumission d'une femme contre ses parents et les ardeurs d'une brute épaisse va allumer la mèche de la révolte de toute une vallée. La soif de liberté de Mabel, contagieuse, va inspirer tous ses cas contacts. le sens de la justice de ses frères et de Gobbo, un marin aux gênes shakespearien va renverser la montagne.
Côté chafouinades, j'ai trouvé le démarrage un peu poussif malgré une réelle qualité d'écriture. L'installation prend plus de temps que le déménagement d'un piano. le récit avance au diesel avant de passer heureusement à l'essence (avec plombs) après le premier tiers du roman.
J'aurai aussi aimé que l'extraordinaire personnage de Joyce, ogre narcissique, soit plus présent dans le roman même si son ombre plane en permanence sur le récit. Que serait James Bond sans ses méchants charismatiques ?
Le dénouement, enfin, digne d'une scène biblique, aurait mérité un récit plus explicite et un ou deux chapitres de plus.
Bon, c'est vraiment râler pour râler, on est en France, mais ces quelques réserves n'ôtent rien au plaisir de lecture et à la puissance de cette histoire.
Je ne partirai pas visiter le Gour noir pour mes vacances mais ce roman bien noir, serré et sans sucre, mérite la lumière de vos lampes de chevet.
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Kirzy
  25 décembre 2020

Né d'aucune femme est un miracle. Qu'écrire après un tel chef d'oeuvre ? Avec une droiture littéraire remarquable, Franck Bouysse se renouvelle tout en traçant son sillon avec ce roman dense qui emprunte aussi bien au conte qu'au western contemporain ou à la tragédie biblique. Il s'écarte de son minimalisme habituel pour créer en paysagiste des mots tout un univers géographiquement cohérent, dans lequel il déploie une multitude de personnages.
Cette vallée du Gour est incroyablement vivante et créatrice de romanesque. Une enclave hors du temps figée par l'emprise d'un incroyable despote qui va être traversée par le souffle de la liberté et de l'insoumission d'une de ces héroïnes inoubliables qui est née pour faire bouger les lignes et fissurer les ordres établis jusqu'à leur implosions.
Si j'aime autant Franck Bouysse, c'est pour son talent à caractériser en quelques mots, ces personnages, pour les faire vivre, pour les faire surgir des pages. Je retiens tout particulièrement le magnifique grand-père Elie, Gobbo le marin énigmatique aux milles vies ainsi que le tyran, Joyce, l'entité maléfique qui a piégé les habitants du Gour dans sa toile tissée de paranoïa. Et puis il y a Mabel. Elle pourrait être la petite soeur de Rose ( Né d'aucune femme ), une rebelle qui n'abdique jamais, mais elle, elle n'est pas seule. Elle a ses trois frères, quatuor soudé par des liens d'amour indéfectibles.
Le récit est très sombre, mais c'est un noir à la Soulages. Les pages sont saturées de noir, de drames qui couvent, de tragédies déjà révélées ou prêtes à l'être, mais ce qui intéresse Franck Bouysse, c'est la réflexion de la lumière sur cette obscurité qui agit comme révélateur de l'âme, c'est l'incidence de la lumière sur la surface. le noir peut être lumineux et il l'est sous la plume éblouissante de l'auteur. Son écriture, à la fois onirique et tellurique, vibre de partout. le choix d'un seul mot ou de son agencement dans la phrase décale cette dernière et apporte poésie, étrangeté ou émotion immédiate. A l'image de ce titre, somptueux. A l'image de ce premier chapitre qui crée une image qui reste gravée dans les pupilles durant toute la lecture : le rituel après l'école de ces quatre frères et soeur qui se suspendent à un viaduc au bout d'une corde, attendant l'arrivée du train pour sentir les vibrations, pour percuter leurs rêves et sonder l'horizon. Les phrases de Franck Bouysse se savourent et je m'en suis délectée durant toute ma lecture.
Alors, c'est vrai que le scénario, admirablement mis en place durant la première moitié du roman, m'a moins convaincue sur la fin, trop abrupte là où l'auteur avait pris le temps pour faire vivre son récit. C'est vrai que je n'y ai peut être pas retrouvée l'intensité solennelle de Né d'aucune femme. Pour autant, j'ai été très sensible à ce cri d'amour pour la littérature. Shakespeare, Whitman, Faulkner, Stevenson, London, Verne, autant de références disséminées très clairement dans le récit, à travers notamment le personnage de Marc, le frère lecteur. Tout comme j'ai été embarquée dans ce récit parabolique sur la quête de liberté au-delà de l'emprise des adultes ( qu'il s'agisse de la famille ou de la société ) par l'énergie de l'écriture.
Franck Bouysse confirme sa voix très singulière, celle d'un de nos tout meilleurs auteurs français. Merci.
« Ils s'assirent sous la vaste paupière maçonnée, serrés les uns contre les autres, dessinant à eux quatre l'iris de l'oeil d'un cyclope inscrit dans la pupille laiteuse du ciel, toujours en leur royaume, échappant ainsi à une destinée cartographiée de longue date par les adultes. Ils inspiraient fort buvaient le vent qui montait de la vallée, le recrachant en relents de tempête sous leurs crânes d'enfants. »
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marina53
  26 octobre 2020
Ils sont quatre frères et soeur. Marc, le féru de littérature qui doit se cacher des yeux de son père pour assouvir sa passion ; Matthieu, l'amoureux et défendeur de la nature ; Mabel, magnifique jeune fille à la beauté sauvage assoiffée de liberté et enfin Luc, le petit dernier, l'idiot du village. Tous les quatre unis et plus que jamais soudés. Élevés auprès d'un père à la main parfois lourde et d'une mère bigote qui ne jure que par ses bondieuseries, c'est auprès de leur grand-père, discret mais persuasif et qui a élu domicile chez eux depuis la mort de sa femme, qu'ils peuvent trouver du réconfort. Et ils en ont besoin car, au Gour Noir, l'avenir semble bien sombre. En effet, pas d'autre perspective ici si ce n'est travailler à la centrale qui alimente toute la ville, aux carrières ou pour Joyce, véritable tyran qui possède tout et a même le shérif à sa botte. Et les quatre frères et soeur veulent vivre plus grand et plus fort...
Western contemporain, roman noir, chronique rurale, drame, le dernier Franck Bouysse mélange habilement les genres. L'on suit, durant quelques années, le destin de la fratrie Volny éprise d'amour et de liberté. Si le vent souffle et fait chavirer leur vie et leur coeur, il ne leur sera néanmoins pas facile de s'élever et de s'envoler. Franck Bouysse nous offre (encore) ici un roman remarquable, vertigineux et d'une formidable richesse, aussi bien sur le fond que sur la forme. Si l'histoire des quatre frères et soeur, auxquels s'ajoutent le tyrannique Joyce, le sage Élie ou encore Gobbo, le marin aux mille vies, se révèle tout à la fois passionnante et originale, la plume de l'auteur est tout simplement magnifique, à la fois envoûtante, dense et poétique. L'auteur tisse une intrigue captivante, époustouflante, illuminée par cet amour fraternel si puissant. À la fois sombre et lumineux, un très beau roman d'une rare intensité...
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Cannetille
  16 octobre 2020
Dans cette vallée coupée du monde, la vie tourne autour du barrage, de la centrale hydroélectrique et de la carrière, propriétés du puissant et tyrannique Joyce. Pourtant, par une sorte d'effet papillon, une suite d'évènements va peu à peu lézarder l'ordre établi, sous l'involontaire impulsion d'une fratrie de quatre jeunes gens, loin d'imaginer ce que leur insoumission va déclencher.

Buveurs de vent confirme la règle : lire Franck Bouysse, c'est toujours plonger dans l'ineffable plaisir d'une écriture dotée d'un vrai style, ciselé, éblouissant, comme il en existe bien peu. A elle seule, cette plume vaut déjà le détour. Quand elle s'allie à une histoire qui sait si bien transcender le registre du rural noir déjà magistralement exploré dans les précédents romans de l'auteur, tout est réuni pour porter l'admiration du lecteur à son comble et pour souhaiter à ce livre les plus grandes récompenses.

Car, tout en restant fidèle à ses sombres drames de la campagne, campés autour de personnages qui cachent leurs cicatrices sous un silence de plomb, dans une nature aussi âpre que splendide, Franck Bouysse réussit ici à se renouveler, sous la forme d'un roman métaphorique qui nous emmène dans un monde imaginaire à l'ambiance travaillée et très particulière. le résultat est un hymne au miracle de la vie et des forces de la nature, une réflexion sur notre façon de mener ou de subir notre existence, une évocation de la puissance du langage et de la littérature, le tout traversé de fulgurants moments d'amour et de constantes références au divin et à la religion.

Combat entre l'ombre et la lumière, ce drame singulier, parfois déroutant, aux multiples miroitements poétiques et métaphoriques, pousse un cran plus loin le talent de Franck Bouysse, plus que jamais maître dans l'art de tenir ses lecteurs sous le sortilège de sa manière de conter et de son inimitable écriture. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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LaBiblidOnee
  12 octobre 2020
Un titre intriguant et une plume aussi poétique qu'imagée, parcourue de métaphores dont la principale est filée sur tout le livre : la centrale électrique comme araignée géante, monstre qui tue à petit feu les habitants de la ville, en les capturant dans sa toile, les enserrant, les privant de liberté jusqu'à les étouffer, puis les faire mourir - Il y a du Germinal dans cette entame charbonneuse, les mots de l'auteur faisant écho à certains passages de Zola puisqu'il annonce qu'un événement « 𝘴𝘦𝘮𝘢 𝘥𝘦 𝘥𝘳ô𝘭𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘨𝘳𝘢𝘪𝘯𝘦𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘵ê𝘵𝘦𝘴, 𝘦𝘵 𝘪𝘭𝘴 𝘯𝘦 𝘵𝘢𝘳𝘥𝘦𝘳𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘱𝘢𝘴 à 𝘵𝘳𝘰𝘶𝘷𝘦𝘳 𝘥𝘦 𝘲𝘶𝘰𝘪 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘨𝘦𝘳𝘮𝘦𝘳 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘵𝘦𝘳𝘳𝘦𝘢𝘶 𝘥'𝘶𝘯𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘳𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘭è𝘳𝘦. » D'expérience, on sent poindre la révolte… C'est d'ailleurs par un cadavre que tout commence. Alors nous remontons le temps « 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘤𝘢𝘥𝘳𝘢𝘯 𝘭𝘪𝘲𝘶𝘪𝘥𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘪𝘷𝘪è𝘳𝘦 », pour comprendre ce qui s'est passé. A l'aide de courts chapitres, comme les fenêtres d'un calendrier de l'avent s'ouvrant et se refermant sur un bout de vie de chaque habitant, nous remontons le fil de chaque micro-évènement du quotidien, qui tissent ensemble cette toile meurtrière. Un tricotage méticuleux du suspense, où chaque personnage fait un pas de plus vers le point de non retour.

« 𝘓𝘦𝘴 𝘪𝘭𝘭𝘶𝘴𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘯'𝘢𝘷𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘤𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘦𝘯 𝘷𝘪𝘭𝘭𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘢𝘪𝘭𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘢 𝘷𝘢𝘭𝘭é𝘦. 𝘊𝘩𝘢𝘲𝘶𝘦 𝘨é𝘯é𝘳𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘴𝘢𝘤𝘳𝘪𝘧𝘪𝘢𝘪𝘵 𝘭𝘢 𝘴𝘶𝘪𝘷𝘢𝘯𝘵𝘦 𝘴𝘶𝘳 𝘭'𝘢𝘶𝘵𝘦𝘭 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘥é𝘦𝘴𝘴𝘦 𝘧𝘪𝘭𝘦𝘶𝘴𝘦, 𝘤𝘢𝘳 𝘱𝘳𝘰𝘱𝘰𝘴𝘦𝘳 𝘶𝘯𝘦 𝘷𝘪𝘦 𝘮𝘦𝘪𝘭𝘭𝘦𝘶𝘳𝘦 𝘢𝘶𝘳𝘢𝘪𝘵 é𝘵é 𝘤𝘰𝘯𝘴𝘪𝘥é𝘳é 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘶𝘯 𝘢𝘤𝘵𝘦 𝘥𝘦 𝘩𝘢𝘶𝘵𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘩𝘪𝘴𝘰𝘯 𝘦𝘯𝘷𝘦𝘳𝘴 𝘭𝘢 𝘣ê𝘵𝘦. 𝘊𝘰𝘯𝘵𝘪𝘯𝘶𝘦𝘳, 𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘮𝘦𝘵𝘵𝘳𝘦 𝘭𝘢 𝘴𝘰𝘶𝘮𝘪𝘴𝘴𝘪𝘰𝘯 𝘦𝘵 𝘭𝘢 𝘱𝘦𝘶𝘳, 𝘥é𝘮𝘦𝘮𝘣𝘳𝘦𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘳ê𝘷𝘦𝘴 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘷𝘶𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭'𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘤𝘦, 𝘳𝘦𝘱𝘳é𝘴𝘦𝘯𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘭𝘦 𝘴𝘦𝘶𝘭 𝘱𝘳𝘰𝘫𝘦𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘢𝘥𝘶𝘭𝘵𝘦𝘴. 𝘴𝘶𝘳𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘯𝘦 𝘫𝘢𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘤𝘳𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘢𝘶𝘹 𝘳ê𝘷𝘦𝘴, 𝘯𝘦 𝘱𝘢𝘴 𝘮ê𝘮𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘳𝘦𝘴𝘱𝘦𝘤𝘵𝘦𝘳, 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭𝘦 𝘴𝘦𝘯𝘵𝘪𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘤𝘩𝘦𝘷𝘪𝘭𝘭é 𝘲𝘶𝘦, 𝘴𝘪𝘯𝘰𝘯, 𝘤𝘦 𝘴𝘦𝘳𝘢𝘪𝘵 𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥𝘦 𝘥é𝘧𝘢𝘪𝘵𝘦. 𝘈𝘤𝘤𝘦𝘱𝘵𝘦𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘥é𝘧𝘢𝘪𝘵𝘦𝘴 𝘴𝘢𝘯𝘴 𝘮𝘦𝘯𝘦𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦𝘴. 𝘌𝘯 𝘳𝘦𝘧𝘶𝘴𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘤𝘰𝘮𝘣𝘢𝘵, 𝘳𝘪𝘦𝘯 𝘥𝘦 𝘨𝘳𝘢𝘷𝘦 𝘯𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘢𝘳𝘳𝘪𝘷𝘦𝘳. »

Mais plus que la centrale, le monstre n'est-il pas son dirigeant, à peine humain surveillant tout et contrôlant tout le monde, s'entourant de sbires, d'espions et de gardes du corps, soudoyant ou menaçant la moindre parcelle d'autorité, instaurant des shérifs véreux et des couvre-feu, séquestrant jusqu'à son substitut de famille - un mariage arrangé, un fils désiré puis renié…?
Dans ce décor, le cadavre retrouvé est le déclencheur… de la bombe humaine qui se prépare. Etouffant dans cette vie dont ils ne veulent plus, faite de trop peu d'instants magiquement suspendus, des gilets jaunes façon Zola vont désormais « 𝘳é𝘴𝘰𝘭𝘶𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘤𝘩𝘢𝘤𝘶𝘯 𝘴𝘰𝘶𝘵𝘦𝘯𝘶 𝘱𝘢𝘳 𝘵𝘰𝘶𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦𝘴, 𝘦𝘯 𝘶𝘯𝘦 𝘧𝘰𝘳𝘮𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘶𝘳𝘢𝘨𝘦 𝘨𝘳é𝘨𝘢𝘪𝘳𝘦, 𝘲𝘶𝘪 𝘷𝘦𝘶𝘵 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦 𝘯𝘰𝘮𝘣𝘳𝘦 𝘧𝘢𝘪𝘵 𝘤𝘳𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘭'𝘰𝘯 𝘢𝘶𝘳𝘢 𝘵𝘰𝘶𝘫𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘲𝘶𝘦𝘭𝘲𝘶'𝘶𝘯 𝘴𝘶𝘳 𝘲𝘶𝘪 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘵𝘦𝘳, 𝘴𝘢𝘯𝘴 𝘴𝘦 𝘥𝘰𝘶𝘵𝘦𝘳 𝘶𝘯 𝘴𝘦𝘶𝘭 𝘪𝘯𝘴𝘵𝘢𝘯𝘵 𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦𝘭𝘲𝘶'𝘶𝘯, 𝘤'𝘦𝘴𝘵 𝘴𝘦𝘶𝘭𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘴𝘰𝘪-𝘮ê𝘮𝘦 ». Et même si, selon l'araignée, « 𝘪𝘭𝘴 𝘯𝘦 𝘧𝘰𝘯𝘵 𝘤𝘢𝘶𝘴𝘦 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘶𝘯𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘮𝘢𝘴𝘲𝘶𝘦𝘳 𝘭𝘢 𝘴𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘥é𝘧𝘢𝘪𝘭𝘭𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘪𝘯𝘥𝘪𝘷𝘪𝘥𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘮𝘢𝘯𝘲𝘶𝘦 𝘥'𝘢𝘮𝘣𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘦𝘵 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘶𝘳𝘢𝘨𝘦 », la tension monte au fil des pages, des injustices, silences et maltraitances. Et la question demeure : Qui est mort, et pourquoi ? Est-ce celui qui suscite tant de haine ? Un sbire, ou au contraire une victime rebelle ?

La couverture d'Albin Michel sert de décor à cet univers dans lequel, petit à petit, la vie ressort du lit dans laquelle on avait, trop longtemps, tenté de l'enfermer. C'est le barrage qui cède, la rivière qui déborde. Elle servira d'appui à de très belles descriptions, des épiphanies sur toile de jute ; comme ces quatre enfants suspendus au viaduc, dont les vies ne tiendront, littéralement, qu'à un fil… Déroulant sa soie noire mais puissante, l'écriture chuchote et puis elle crie. Comme sur la couverture, on se demande si la nuit tombe ou bien se lève, sur ce village où le monstre veille et où la révolte sommeille depuis trop longtemps. Est-ce un début ou bien une fin, ce qui ce joue sous nos yeux ? Un décor plongé dans l'obscurité, mais au milieu duquel coule une lumière. Qui ruisselle, coule, enfle puis déborde ; Eclate. Brûle, aussi ?

« 𝘖𝘯 𝘴𝘦 𝘥𝘦𝘮𝘢𝘯𝘥𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘷𝘦𝘯𝘵 𝘢𝘱𝘳è𝘴 𝘤𝘰𝘶𝘱 à 𝘲𝘶𝘦𝘭 𝘮𝘰𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘦 𝘴'𝘦𝘴𝘵 𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘧𝘰𝘳𝘮é𝘦 𝘦𝘯 𝘥𝘦𝘴𝘵𝘪𝘯 𝘪𝘯𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳ô𝘭𝘢𝘣𝘭𝘦, 𝘲𝘶𝘢𝘯𝘥 𝘭𝘢 𝘮𝘢𝘤𝘩𝘪𝘯𝘦 𝘴'𝘦𝘴𝘵 𝘦𝘮𝘣𝘢𝘭𝘭é𝘦, 𝘴𝘪 𝘤'𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯 𝘦𝘯𝘤𝘩𝘢î𝘯𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘥'é𝘷é𝘯𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘱𝘢𝘴𝘴é𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘱𝘳é𝘴𝘪𝘥𝘦 𝘢𝘶 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘨𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘰𝘶 𝘴𝘪 𝘭𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘯𝘨𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘶𝘪-𝘮ê𝘮𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘪𝘯𝘴𝘤𝘳𝘪𝘵 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭'𝘢𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳. »

Beaucoup d'habitués de cet auteur ont trouvé que ce n'était pas son meilleur livre. Alors je suis contente de le découvrir avec cette oeuvre-là, afin de l'apprécier à sa juste valeur sans comparaison : Un très beau roman.

« 𝘐𝘭𝘴 𝘪𝘯𝘴𝘱𝘪𝘳𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘧𝘰𝘳𝘵 𝘦𝘵 𝘣𝘶𝘷𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘷𝘦𝘯𝘵 𝘲𝘶𝘪 𝘮𝘰𝘯𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘢 𝘷𝘢𝘭𝘭é𝘦, 𝘭𝘦 𝘳𝘦𝘤𝘳𝘢𝘤𝘩𝘢𝘯𝘵 𝘦𝘯 𝘳𝘦𝘭𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘥𝘦 𝘵𝘦𝘮𝘱ê𝘵𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘴 𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘤𝘳â𝘯𝘦 𝘥'𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘵𝘴 ».
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critiques presse (5)
LeFigaro   07 décembre 2020
Un roman à l'américaine dans lequel, une famille tente de survivre à la tyrannie d'un propriétaire.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaLibreBelgique   13 novembre 2020
Comme sur les plages où, en pleine nuit, l'océan s'illumine par la magie rare du plancton phosphorescent, les pages écrites par Franck Bouysse (1965) ont ceci de particulier que de leur noirceur émerge une lueur mystérieuse et envoûtante.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
FocusLeVif   19 octobre 2020
Un an après Né d'aucune femme, Franck Bouysse revient avec un ensorcelant Buveurs de vent transcendé par une plume trempée dans de la lave en fusion où l'auteur imagine la légende du Gour Noir, au coeur du Massif central.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LeFigaro   24 septembre 2020
Un roman à l'américaine. Magique.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   16 septembre 2020
Empruntant, comme les précédents romans de Franck Bouysse, à plusieurs genres (drame familial, western contemporain, chronique paysanne), Buveurs de vent est d’abord le récit lumineux des liens indéfectibles unissant une fratrie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (293) Voir plus Ajouter une citation
TheWindTheWind   12 juin 2021
Le cœur est un vieux sage ennuyeux. La chair est un dieu endiablé.
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SerenaDavisAuteureSerenaDavisAuteure   12 juin 2021
La vie, il faut la laisser déborder tant qu'il y en a
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SerenaDavisAuteureSerenaDavisAuteure   12 juin 2021
On a besoin du large à un moment ou à un autre. Dieu n'aurait pas créé les mers et les océans, sinon
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pierrelionelpierrelionel   11 juin 2021
Les doigts de Matthieu s'immobilisèrent. Il tenta de parler, mais les mots restèrent accrochés dans sa gorge, comme de la limaille sur un aimant. Il lui fallut quelques secondes pour inverser les pôles.
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SeraphitaSeraphita   02 juin 2021
Le temps est un tourbillon dans lequel on entre, sans jamais vraiment s’éloigner du cœur qu’est l’enfance, et quand les illusions disparaissent, que les muscles viennent à faiblir, que les os se fragilisent, il n’y a plus de raison de ne pas se laisser emporter en ce lieu où les souvenirs apparaissent comme les ombres portées d’une réalité évanouie, car seules ces ombres nous guident sur cette terre. (p. 264.)
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