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EAN : 9782264079596
336 pages
10-18 (03/03/2022)
3.67/5   323 notes
Résumé :
Le 1er janvier 1898, un chiffonnier découvre le corps d’un enfant sur les pentes de la Croix Rousse. Très vite, on identifie un gamin des quartiers populaires que ses parents recherchaient depuis plusieurs semaines en vain.
Le commissaire Jules Soubielle est chargé de l’enquête dans ce Lyon soumis à de fortes tensions à la veille des élections. S’élèvent les voix d’un nationalisme déchainé, d’un antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus et d’un socialisme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (81) Voir plus Ajouter une critique
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Le roman s'ouvre sur la découverte du corps supplicié d'un enfant, puis le démarrage de l'enquête s'ensuit. L'intrigue est parfaitement maîtrisée, avec un scénario tentaculaire aux nombreux embranchements, rempli de nombreux personnages tous complexes à l'image d'un des flics, à prime abord détestable, qui révèle progressivement un autre visage lorsque son identité profonde apparaît. Les personnages féminins sont particulièrement intéressants dans leurs multiples facettes qui floutent les frontières entre le Bien et le Mal, loin de tout manichéisme.

Polar donc. Polar historique surtout puisqu'il se situe en janvier 1898, à un moment charnière de la IIIème République, en pleine affaire Dreyfus. le 10 janvier le commandant Esterhazy, le « vrai » traître, comparaît devant un tribunal militaire. le conseil de guerre prononce à l'unanimité son acquittement.  Le 13, retentit le célèbre J'accuse de Zola, un électrochoc qui secoue la République au point de la faire sombrer dans une quasi guerre civile. le nationalisme se déchaîne, l'antisémitisme se décomplexe et sévit dans toutes les sphères de la société, y compris dans les rangs de la police.

Le risque avec les polars historiques, c'est souvent de plaquer une reconstitution ripolinée et lourdaude. Gwenaël Bulteau est lui parvenu à reconstituer le Lyon de
la Belle époque sans clichés et avec qualité. Dans La République des faibles, les belles moustaches sont pleines de boue et de sueur. le récit colle au plancher, au plus près des personnages, bourgeois, prolo ou flics. L'écriture, précise et très visuelle lorsqu'il s'agit de décrire les avancées de l'enquête, se fait crue pour dénoncer l'injustice des inégalités sociales. Peut-être aurai-je apprécié que l'arrière-plan socio-politique soit encore plus utilisé pour encore plus l'ancrer dans cette passionnante période.

Ce que décrit le roman est terrible : enfance martyrisée, femmes maltraités, ouvriers rabaissés. le titre résonne de façon presque ironique tant la IIIème République, qui a pourtant érigée fin XIXème siècle de le concept de « République des faibles » censé protéger les invisibilisés, s'est dévoyée : les faibles boivent en fait le calice jusqu'à la lie, les autorités cherchant avant tout à préserver l'ordre établi de la société bourgeoise et à arrêter les agitateurs socialistes. Les faibles ne peuvent compter que sur quelques individualités prêtes à se dresser pour que la machine judiciaire se mette en branle pour le meurtre d'un enfant, ce qui n'était pas le cas à cette époque lorsque l'enfant était de basse extraction sociale. Ses accents naturalistes à la Zola sont vraiment pertinents.

Un premier roman très prometteur, sur les traces d'un Hervé le Corre, la référence absolue en matière de polar historique à vocation sociale.
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Polar social historique.
Lyon 1898.Le cadavre mutilé d'un enfant vient d'être découvert. L'enquête commence, et plonge dans les entrailles d'une société française écartelée. L'affaire Dreyfus bat son plein. La publication du J'accuse de Zola va bientôt rebattre toutes les cartes.
Un premier roman naturaliste et social à ne pas manquer.  

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Quel monde !!! Attention , chers amis et amies qui pensez que " c'était mieux avant " , vous risquez de revoir votre jugement et ce , de la première à la dernière ligne .L'auteur vous convie à pénétrer dans la " cour des miracles " , dans les bas - fonds de la société prolétaire lyonnaise de la fin du XIXème siècle. La République ? Plutôt une effervescence confuse à l'approche d'une élection où les haines se déchaînent , où l'affaire Dreyfus nourrit un antisémitisme aussi primaire que sauvage , où le nationalisme éclate....
C'est dans cette atmosphère de violence que vous allez évoluer, parmi les faibles , les opprimés, dans l'injustice , la misère sociale et intellectuelle , dans une société pour le moins " virile "dans laquelle se meuvent des alcooliques violents et où femmes et enfants de basse couche essaient tant bien que mal de survivre .
Les couleurs ? sombres . Les sons ? plutôt des cris . le toucher ? glauque , gluant , comme ces tas d'immondices dans lequel les mains calleuses d'un chiffonnier vont , un matin , trouver le cadavre privé de tête d'un enfant dont le corps est rongé par la décomposition...L'enquête commence et va donner lieu à bien des découvertes , évidemment ...Mais à partir de là , c'est à vous de faire votre parcours , moi , je viens de tourner la dernière page et , je l'avoue , j'ai reçu une remarquable leçon d'histoire .C'est qu'il est bon , voire excellent , le professeur . Non seulement Gwenael Bulteau a travaillé son sujet et s'est bien documenté mais il a aussi le don d'enfoncer les événements dans une trame passionnante qui nous réserve son lot de surprises .
Je me suis cru revenu au temps de ma jeunesse avec Dickens , dans les bas - fonds londoniens . Heureusement , la police , vous le verrez , veillait au grain pour .....protéger les misérables ? Oui , c'était l'idée mais ...la police ...en ce temps - là... comment dire ....euh ....ah , voilà , voilà, elle avait aussi ses ....problèmes.
Que de choses à lire , à dire , à imaginer dans ce roman qui fut pour moi " palpitant " , écrit d'une plume alerte , utilisant même , pour donner , s'il en était besoin , encore plus de crédibilité au récit, un vocabulaire particulièrement adapté au contexte , un vocabulaire " populaire " mais jamais vulgaire . Les ramifications du " fil rouge " , loin de détourner notre attention , permettent à nos sens de toujours rester en éveil et , croyez - moi , c'est d'une indiscutable nécessité.... Partout , " ça craint ".
Amateurs de romans noirs et d'Histoire , ce roman est pour vous .Mais je préviens les âmes trop sensibles , ça " décoiffe "...Quant à vous , gentes dames , sachez que vous aller partager des destins plutôt ....durs .
Mais oui , comme disent certains , " c'était mieux avant " ....
On en reparle après ? Juste après, hein ?
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Ce polar historique qui fleure bon le roman noir, nous parle de la France d'en bas, celle qui se lève tôt, celle des sans-dents.

En un seul mot : des prolétaires de tous bords. Ceux qui triment comme des bêtes, tirent le diable par la queue, où les hommes boivent, traitent les femmes comme des moins que rien, ont la haine des Juifs, des étrangers, des Prussiens, des flics…

En commençant son histoire par la découverte du corps supplicié d'un enfant, déposé dans une décharge, l'auteur nous balance directement dans la fosse à purin avant même que l'on ait pu tester la température du bouillon de culture.

La misère noire, on va en bouffer, mais sans jamais jouer au voyeur, car l'auteur a évité le pathos et le larmoyant. Oui, c'est brut de décoffrage, oui, c'est glauque, oui, c'est violent et c'est à se demander si on en a un pour relever l'autre, dans ce petit monde qui est aux antipodes de la petite maison dans la prairie.

L'enquête aura plusieurs ramifications, elle servira de fil conducteur à l'auteur pour nous montrer la ville de Lyon en 1898, en pleine affaire Dreyfus, à une époque où Zola et son « j'accuse » fit l'effet d'une bombe et où les gens se transformèrent en bêtes sauvages dans le but d'aller casser du juif.

Le travail historique et documentaire est énorme, mais jamais nous n'aurons l'impression que l'auteur nous déclame une leçon apprise en cours d'histoire, car tous les éléments historiques s'emboîtent parfaitement dans le récit, sans jamais l'alourdir, l'appesantir ou ralentir le rythme.

Mesdames, ne cherchez pas vos droits dans ces pages, nous n'en avons pas, ou si peu : celui de fermer notre gueule, d'écarter les cuisses et de rester à notre place, devant les fourneaux. Je préviens les petits esprits que cela pourrait choquer et qui voudrait ensuite porter plainte contre l'auteur pour maltraitance féminine.

L'Histoire ne fut pas tendre avec nous les femmes (nous le charme), comme elle fut violente aussi pour bien d'autres personnes ! On ne va pas renier le passé ou le passer sous silence sous prétexte que certains ne veulent pas en entendre parler ou veulent nous imposer la "cancel culture".

Ce que ce roman décrit et met en lumière est terrible, car à cette époque, on a de la maltraitance enfantine, féminine, ouvrière, c'est bourré d'injustices, d'inégalités sociales, d'antisémitisme, de misère crasse, de mauvaises foi et de type qui ont des relations inadéquates avec des enfants.

La République (IIIᵉ) avait promis de protéger les faibles, mais ce sont eux qui morflent en premier. La société est bourgeoise, l'ordre est bien établit dans les classes et ceux d'en haut n'ont pas trop envie que les trublions socialistes d'en bas viennent foutre en l'air cet ordre. S'il le faut, la police et le rouleau compresseur de la Justice viendront y mettre bon ordre, dans ces agitateurs.

Un roman noir puissant, violent, sans concession, brut de décoffrage. Une belle écriture, sans fioritures et une plume trempée dans l'acide des injustices sociales. Un très bon premier roman noir.

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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Lyon, 1898 : le commissaire Soubielle et son équipe sont à pied d'oeuvre pour retrouver le meurtrier d'un enfant décapité, dont le corps violenté a été abandonné dans une décharge.
Misère, alcoolisme, stigmates de la guerre franco-prussienne, affaire Dreyfus, nationalisme & antisémitisme dans ce quartier des pentes de la Croix-Rousse * ... voilà le cadre de l'intrigue.
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Sur le bandeau de l'édition poche 10/18 :
• "La force d'une enquête aux mutliples rebondissements."
> Beaucoup trop de rebondissements, de noms à mémoriser, on s'y perd, et c'est d'autant plus difficile quand on connaît mal le contexte socio-historique (la Commune, l'affaire Dreyfus).
• "Epoustouflant".
> Je dirais 'écoeurant' : glauque, violent, vulgaire. Je comparais l'ambiance à celle du 'Parfum' (P. Süskind), chef-d'oeuvre qui mérite ce qualificatif 'époustouflant', et ce roman n'en a vraiment pas l'envergure.
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Je me suis quand même laissée captiver à mon rythme actuel - lent : une semaine pour 330 pages.
J'ai aimé ce voyage dans le temps (124 ans en arrière), et dans l'espace, à Lyon, même si j'ai lu cet ouvrage en partie dans cette ville que j'ai découverte in situ et avec cette histoire.
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Mes lectures des Rougon-Macquart remontent à 25 ans, je me suis demandé si c'était aussi misérabiliste & trash (je crois que oui), et si l'auteur, Gwenaël Bulteau dont le ton cru rappelle le langage fleuri de Jean Teulé n'en fait pas des tonnes.
Même perplexité ici qu'avec la série 'L'amie prodigieuse' d'Elena Ferrante : mais ils sont tous comme ça, "là-bas" ? les hommes possessifs et prompts à cogner, les femmes 'hystériques' (pardon pour le terme) ? Mes ancêtres vendéens de la même époque, des 'prolétaires' eux aussi, me semblent moins dingues, au vu de ce que m'en ont raconté mes parents et leurs aînés.
On peut s'étonner aussi que les forces de l'ordre s'émeuvent ici des moeurs dépravées de quelques citoyens. Dans 'La petite danseuse de quatorze ans' (Camille Laurens), l'attirance d'adultes pour les jeunes enfants/adolescents apparaît ouvertement, et les parents savent parfois en profiter pour arrondir les fins de mois.
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Avis mitigé, too much.
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* pensée pour la grande auteure Virginie ♥ qui a emprunté son pseudonyme à ces lieux
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critiques presse (1)
Actualitte
17 mars 2021
Tout cela se lit d’une traite, sans temps mort, et montre que pour un premier essai, ce roman est un coup de maître.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Le commissaire Jules Soubielle observa les trois officiers en face de lui. Le premier, Fernand Grimbert, revenait des lieux du crime. Encore plus blafard qu'au petit matin, il se tassait sur sa chaise, les yeux vitreux de fatigue. Des agents étaient allés chercher les deux autres chez eux en leur montrant le document de réquisition immédiate. Ils s'étaient alors tous retrouvés au commissariat, réunis dans la même salle alors qu'ils appartenaient à des services différents et en faisant une sale gueule à l'idée que leur premier de l'an passait à l'as.
- Un chiffonnier a trouvé un cadavre d'enfant dans la décharge de la Croix-Rousse, commença Soubielle. L'information est remontée au commissariat alors que le lieutenant Grimbert prenait son service.
Gabriel Silent et Aurélien Caron tournèrent la tête pour regarder leur collègue. Une odeur tenace de pourriture émanait de ses vêtements. Il avait passé la matinée à patauger dans les ordures où ses bottes s'enfonçaient avec un bruit de succion. Le commissaire, arrivé sur les lieux peu après, avait jeté un œil à la civière tenue par les ambulanciers. Une couverture dégueulasse tombait bizarrement à l'endroit supposé de la tête. En la relevant, il avait dégagé un corps en robe de fillette, au cou scié à la base, grouillant de vers. Les bras et les jambes présentaient des marbrures et le ventre gonflé démesurément semblait sur le point d'éclater.
- Vous connaissez comme moi le fonctionnement de notre administration. Les priorités sont claires : l'ordre social, la tranquillité publique, la sécurité des commerces. On ne fait pas grand cas de la mort d'un enfant. Deux ou trois jours d'investigation et on passe à autre chose ! Or, la rapidité et la coordination des forces de police sont souvent les facteurs essentiels de la résolution d'un crime. C'est pour cette raison que je vous ai réunis ici.
Les trois flics acquiescèrent. Lors de son arrivée à la Croix-Rousse, le commissaire Soubielle n'avait pas fait mystère de sa volonté de rénover les procédures de l'enquête policière. La création de brigades judiciaires réunissant des hommes de divers horizons faisait partie de ses projets. C'était une chance à saisir. Aucun des officiers présents dans la salle n'avait envie de patrouiller dans la rue pour s'enquérir de la santé des commerçants.
- D'après le rapport préliminaire, la victime est un garçon âgé de neuf ou dix ans, dont les vertèbres cervicales ont été sciées à l'aide d'un outil tranchant. Plusieurs entailles visibles à la base du cou indiquent des gestes maladroits, ou au moins hésitants, de la part de l'auteur des faits. Le décès remonterait à cinq jours, peut-être une semaine, mais la présence du corps dans la décharge date de cette nuit même. Où était le cadavre pendant ce temps-là ? Pourquoi autant de temps avant de s'en débarrasser ? Même si le froid hivernal retarde le processus de décomposition, cela laisse songeur.
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Pierre Demange se réveilla dans son lit bien avant l’aube de ce premier jour de l’an 1898. Comme chaque nuit, il avait rêvé de montagnes de vieux journaux, d’affiches de campagnes électorales et de tracts syndicaux, de tous les papiers, en fin de compte, que l’on jetait au rebut. Les nouvelles se périmaient en un rien de temps et c’était une bonne chose, car on fabriquait la pâte à partir des imprimés de la veille dont il remplissait sa charrette de chiffonnier pour la revente.
En se mettant à sonner, les cloches de Fourvière lui rappelèrent le passage inexorable du temps. Le carillon enfonçait les clous un peu plus loin dans son cercueil. Dans ses jeunes années, il avait creusé des tombes, un peu partout, en plein champ lors de la guerre, ou dans des cimetières en place de concessions expirées. Les morts prenaient la place des morts. Les occupants précédents avaient disparu. Il ne restait ni cercueil, ni ossement, rien à part de la poussière et l’idée de retourner à la poussière le fit frissonner. Il avait beau être croyant, l’espoir de résurrection s’amenuisait avec l’âge. Il flairait la supercherie et cette idée d’anéantissement était pénible.
Les enfants et le chien dormaient au pied du lit, enroulés dans une couverture. Sa femme tournée sur le côté lui opposait son dos massif et hostile qu’il n’osait plus escalader. Madame refusait qu’il la touche. Ça le prenait, parfois, d’engueuler toute la smala avant de partir au boulot mais, prompte à répliquer, elle prenait le premier objet qui lui tombait sous la main et le lui balançait au visage. Les enfants ricanaient dans leur demi-sommeil et ce n’était rien en comparaison du chien qui, arraché à ses rêves, lui adressait des regards pleins de reproches. La bestiole ne perdait rien pour attendre. Il règlerait ses comptes avec elle, en temps et en heure.
Seulement, en cette nuit de l’an nouveau, ni sa femme, ni ses gosses, ni le chien ne se réveillèrent. Ce n’est pas qu’ils avaient fait de belles ripailles car les festivités ne faisaient plus partie depuis longtemps des habitudes de la maison, mais ils ronflaient tous du profond sommeil de l’innocence. Il avala un bol de soupe en regardant, affichées au mur, les images des grands hommes qui avaient toujours été une source d’inspiration pour lui. Il lui fallait des idoles, fussent-elles républicaines. Il imagina son portrait fixé au mur en cette bonne compagnie quand soudain sa femme ouvrit un œil morne et terrible qu’elle posa sur lui comme une accusation : pourquoi n’était-il pas déjà parti gagner sa croûte ?
Dehors, sous un temps glacial, il cracha dans ses mains et saisit les bras de sa charrette. Il était tout, homme et bête de somme à la fois, et l’attelage s’enfonça dans cette nuit de goudron. L’éclairage public n’avait pas encore conquis les quais de la Saône. Autant le cours d’Herbouville et la Grande-Rue fleurissaient de réverbères depuis un demi-siècle, autant certains quartiers restaient dans la pénombre, quoi que fissent les habitants. Le sort, ou les édiles, les maintenaient loin de la lumière. Au fond, peut-être ne la méritaient-ils pas.
Malgré les ténèbres, les rues connaissaient une affluence de passants fêtant la nouvelle année. Certains lui lançaient des quolibets parce qu’il était le seul con à travailler cette nuit-là. Mais il n’avait pas le choix. Le repos du dimanche et les jours chômés étaient une fantaisie qui ne le concernait pas. Les débouchés se raréfiaient. Les presses utilisaient de plus en plus la cellulose de bois. Seul Le Salut public lui achetait encore sa marchandise et de la part d’une entreprise de presse, on pouvait être sûr que ce n’était pas par charité. Alors il ramassait, il piquait les papiers ou les chiffons, il entassait les journaux de la veille et il décollait les réclames pour en remplir ses gros sacs de toile.
À ses yeux, la décharge de la Croix-Rousse constituait un véritable filon qu’il n’était pas le seul à exploiter car parfois, lorsqu’il grattait dans la pourriture, il dérangeait les rats qui s’écartaient de mauvaise grâce, contrariés par cet homme empiétant sur leur territoire.
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[ fin du XIXe siècle ]
Avant d'entamer les démarches, Soubielle ignorait que la lutte contre l'infertilité fût un tel chemin de croix. Leur intimité exposée sous une lumière crue, décortiquée, disséquée. Marie-Thérèse avait tenté tous les traitements, la pauvre : le repos absolu dans la position horizontale, les bains de siège, les cataplasmes vaginaux, le quinquina, le fer et la manipulation la plus traumatisante, une tentative de remise en place des ovaires par des moyens dont elle refusait encore de parler. (...) Soubielle aussi était passé au crible médical. Un spécialiste lui avait demandé s'il avait des habitudes de paresse ou de gloutonnerie car les excès de nourriture empâtaient les animalcules spermatiques. Si la situation n'avait pas été aussi humiliante, il lui aurait ri au nez.
(p. 24)
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- Savez-vous qui est le père de son enfant ?
La bonne sourit, convaincue à juste titre que Soubielle connaissait déjà la réponse.
- Il faut vraiment se boucher les yeux pour ne pas le voir, admit-elle, heureuse de cancaner. Mais une seule chose compte, dans ce monde : sauver les apparences. Monsieur entretenait une relation avec [elle], dont le secret espoir était qu'un jour il la demande en mariage et reconnaisse l'enfant comme le sien, mais il ne l'a jamais fait. Tant pis pour lui car peut-être en ce cas ne serait-elle jamais partie. Monsieur est tombé dans le piège qu'il avait lui-même mis en place, celui de profiter de la situation.
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- Ton père se livre-t-il à des activités illégales ?
Le gamin était intelligent. Il saisit aussitôt.
- Vous voulez parler d'avortements ? Mon père a toujours exprimé une haine viscérale à cette idée. Il a fait de la natalité son credo, preuve en est ma ribambelle de frangins. Il faut faire plus de gosses que les Allemands, un point c'est tout. Et quand bien même, dans une perspective d'enrichissement personnel, il serait beaucoup trop lâche pour ce genre de commerce !
[ en 1900 ]
(p. 211)
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