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ISBN : 9791097515218
Éditeur : Editions la Trace (17/09/2019)

Note moyenne : 4.58/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Entouré de forêts et de brumes, à l’ombre
d’un volcan assoupi et pourtant terriblement
attentif, croupissent quelques bicoques :
Mayacumbra.
C’est un hameau, comme un radeau
d’âmes perdues, d’errants, de vagabonds,
tous magnétiquement attirés par ce coin de
bout du monde.
C’est ici que Théo se retrouve après un long
voyage. Au-dessus, plus haut, à la limite du
néant, il va bâtir son ultime refuge.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
DavidG75
  04 décembre 2019

Il est de ces lieux reculés de tout, reculés de tous, où les grains de poussière qui composent le grand sablier de la vie paraissent se figer, comme maintenus en suspension dans un Au-delà de l'esprit, confessionnal de notre pensée, vestibule de nos doutes et de nos envies, où l'Âme a besoin de se mettre à nu, se laver, se purger, étape nécessaire avant d'en franchir le seuil...
Au détour de votre conscience, dans un pays imaginaire où se dresseront les grands arbres d'une forêt sans nom, au bout d'un chemin fait de pierres basaltiques, d'obsidiennes noires tranchantes comme des rasoirs et de cendres ardentes, qui n'existera sur aucune carte que celle de votre paix intérieure, peut-être découvrirez-vous, comme Théo, votre Mayacumbra...
Le voyage jusqu'à ce petit village perdu au bout du monde se mérite... C'est un pèlerinage qui vous attend, une élévation de soi, un appel au silence et à la beauté de la simplicité du monde qui vous entoure...
Il vous faudra plusieurs jours pour y parvenir... Parce que les mots qu'Alain Cadéo sème sur votre chemin se dégustent en prenant le temps. On les lit, les relit, on les roule sous la langue comme un galet suit le lit de la rivière sous le courant tranquille qui l'emporte...
Les mots s'envolent de la plume d'Alain Cadéo et se déposent en une brise légère sur nos coeurs qui cognent. On se pose. On sent vibrer au loin le volcan somnolent qui berce la vie des habitants de Mayacumbra, comme une bête meurtrie, mémoire des hommes et de la terre, ogre de pierre au coeur flamboyant, purgatoire des âmes errantes...
On se sent petit mais on se sent bien... On se glisse avec Théo, enfant des étoiles, gardien du volcan, sous les couvertures de notre passé, de notre présent et de notre avenir, pour essayer d'en sortir le meilleur de nous-même...
On regarde, par delà les grands arbres, les brumes de notre esprit se déposer dans la vallée jusqu'à ce que le soleil levant fasse apparaître sur l'horizon les premières lueurs du jour, arlequin de couleurs aux mille feux, rouge, orange, mauve... Nos sens ouverts à l'écoute du Monde, à l'écoute de notre Monde, quelque part en nous, quelque part entre ciel et terre, quelque part entre doutes et bonheur.
Plénitude.
Dépaysement total.
Mayacumbra, ce sont les limbes dans lesquels s'aventure tout voyageur de l'âme à la croisée de ses chemins, coincés entre un coin d'enfer et petit bout de paradis. C'est une terre de contrastes, de désolations, de coulées de boues noires, rude, sauvage, mais en même temps si fertile en beaux mots, en joie et bonté pures et en amitié. C'est un chant de loriots au-dessus de la canopée. Ce sont des morceaux d'amour que l'on sème avec Théo pour Lita, sa bien-aimée. C'est un diamant brut qu'Alain Cadéo aura pris le temps d'extraire des entrailles de ce volcan et de polir à l'eau de la source de Mayacumbra. Cette source que seul Théo franchira sur le dos de son âne, son fidèle Ferdinand, pour faire corps avec ce volcan, corne de Dieu qui surplombe Mayacumbra, pour y bâtir un sens à sa vie...
Mayacumbra. Une bien belle pépite, un Eldorado de beaux mots qui se lovent en un filon de gemmes/j'aime et qui se parent de leurs plus beaux habits...
- - -
Cher Alain,

« de vent et d'océan, votre prose se nourrit et nous ramène à l'essentiel », avais-je écrit après avoir savouré Comme un enfant qui joue tout seul et Des mots de contrebande.

Avec Mayacumbra, je peux à présent y rajouter le feu et la terre...

Je me réjouissais de découvrir ce nouveau roman, si gentiment dédicacé et je n'ai pas été déçu !

Quelle joie et quel privilège de partager il y a peu avec vous ce petit déjeuner et cet instant hors du temps...

Merci pour ces quelques confidences éparpillées au gré du vent, cette richesse dans vos mots, cette bonté sincère, cette « transmission » de pensées matinales et ces échos de vie...

Merci pour Rimbaud, Baudelaire, Zweig et tous ces fabuleux auteurs évoqués.

Vous êtes un Passeur de Mots, un vagabond qui sème ses rêves deci delà et nous permet d'en toucher, du bout de votre plume, toute la délicatesse...

Merci à vous d'abreuver de lumière les petits farfadets que nous sommes, à la recherche d'humanité, de quelques gouttes de poésie et de si belles phrases...

Ce fut un réel plaisir de passer ce moment en votre compagnie. Une belle rencontre qui restera gravée en moi comme une trace de poussière d'étoile, sous le ciel de Mayacumbra !
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Nat_85
  17 novembre 2019
Je tiens à remercier Alain et Martine Cadéo pour l'envoi de cet ouvrage. Publié en septembre dernier aux éditions La Trace, " Mayacumbra " est le dernier roman d'Alain Cadéo. J'ai découvert cet auteur par son roman publié au début de cette même année " Comme un enfant qui joue tout seul ".
Théo, âgé seulement de vingt-sept ans, a décidé de tout quitter pour s'installer sur les hauteurs du volcan La Corne de Dieu. Il y a construit sa propre cabane, loin de tout matérialisme. Ses journées sont rythmées par des tâches très pragmatiques et par l'écriture. Son âne Ferdinand ne le quitte jamais. Une douce complicité relie l'homme à l'animal, comme si la vie de l'un dépendait de l'autre et inversement.
p. 12 : " J'ai ainsi un jour quitté les grandes villes lourdes, affairées, grouillantes et puantes, sans vraiment savoir où j'allais. J'ai plaqué mes amis, ma douce et tendre famille, sans but et plein de colère. Sans raison particulière, mais précipitamment. Comme une charge de hussard, comme on fuit l'ombre de ses habitudes. "
Au pied de celui-ci, dans un village isolé de tout, Mayacumbra accueille quelques irréductibles, des écorchés de la vie, des âmes perdues. Tous se retrouvent au Kokinos, le bar-auberge tenu par un couple d'épiciers atypiques. Solstice, le garagiste du coin et meilleur ami de Théo tient néanmoins à le mettre en garde. Ici, tous ont des secrets. Et son petit manège attire l'attention, la suspicion.
p. 38 : " S'ils te foutent la paix c'est qu'ils ont peur du volcan... Tous. Je suis le seul à savoir que tu n'est qu'un pauvre dingue. Je suis le seul à savoir que t'écris et que tu lis tes pages à ton âne. Mais pour les autres, tu cherches de l'or, des diamants, un trésor. Pour eux, t'es un cachottier. C'est ton installation de légende qui te vaut un brin de considération. Mais veille bien petit frère à l'entretenir ta légende... "
Mais Théo vit d'amour et d'eau fraîche. Lita. Mais elle est mariée à Moreno, et bien qu'amoureuse de Théo, elle est bien trop loyale pour quitter son mari. Elle lui doit beaucoup, elle le sait. Alors, comme un accord tacite, elle rejoint son amant là-haut, tout près du volcan, pour quelques heures de passion et de tendresse.
p. 122 : " Lita, c'est tout un corps de charme et de sortilège, c'est un nuage d'ouragan, c'est un frisson de chair, c'est une toison de chèvre rouge se faufilant dans des buissons de jujubiers. C'est aussi une immense volonté, toute une ardeur en mouvement. "
Il souffre parfois de la solitude et se questionne sur sa fuite, sur sa capacité à vivre auprès des siens, dans un monde qui  lui correspond si peu.
p. 66 : " Combien de temps encore allait-il s'imposer cet arrêt forcé si loin de ses racines ? "
Mais ici, loin de tout, c'est le volcan qui domine tel un géant minéral. Il règne ici en maître et rythme chacune des vies de Mayacumbra. Il est à la fois mémoire et destin.
p. 159 : " On ne dure pas si longtemps, sans être imprégné de tout ce qui se passe dans le Monde. Les pierres sont réceptrices et se transmettent entre elles la plus infime information. Elles sont mémoires d'univers. "
L'arrivée d'un étranger muet va insuffler une tension de plus en plus palpable, révélant le meilleur et le pire chez chacun des habitants, au rythme du volcan en éveil.
J'ai retrouvé dans ce roman toute la poésie d'Alain Cadéo. Ce choix des mots, subtil et onirique, permet au lecteur de voguer à  sa guise, sans contrainte, à travers ce roman initiatique. Dépourvu de chapitre, il est dépaysement et refuge, loin de nos quotidiens ultra rythmés. Je reconnais ne pas avoir ressenti le même enchantement à cette lecture que pour son précédent roman. Peut-être des sujets nous touchent-ils tout simplement plus que d'autres... cela n'enlève en rien tout le talent d'Alain Cadéo, que je continuerai de suivre et de lire, car à chacune de ses lectures il se passe quelque chose au fond de soi-même, bien délicat à définir, mais présent.
p. 276 : " Un moment qui n'est pas plein de lui même est un moment perdu. "
Lien : https://missbook85.wordpress..
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Leraut
  26 octobre 2019
Ouvrir « Mayacumbra » pressentir la solennité, bien au-delà d'une première de couverture, plénitude des cimes. « A l'origine dans l'aube mouvante, quelques troncs noirs étranglent encore la lumière fade de la vallée. » L'incipit est un accueil chatoyant. Boucles verdoyantes, poétiques, liturgie du verbe. Alain Cadéo est cette entité universelle. Offrant à l'hôte de ses pages l'opportunité rare d'un voyage initiatique. Les mots rentrent en scène, en alliance avec l'auteur qui, subrepticement, à pas veloutés devient le guide du minéral, du régénérant. Il dépose, habile et sage, les gouttes de cette rosée grammaticale, épiphanie des grandeurs. La beauté est déjà là. Majuscule d'un pictural, révérence pour Giono, Pagnol, Bosco, à ces observateurs du frémissement existentiel. Alain Cadéo est un pèlerin. Délivrant son aura de Babel, posant cette pierre mémorielle, en gestuelle d'humilité. le don d'écriture est salvateur. le lecteur prend son bâton, marche vers le hameau « Mayacumbra » Idiosyncrasie d'une micro société. Les habitants sont des paravents contre les affres du vrai monde consumériste et superficiel. Dans cet espace où se côtoient les fardeaux lourds d'un passé renié, les espérances et les solidarités. La philosophie s'élève cosmopolite, hédoniste, cynique. On aime plus que tout le subtil des noms des protagonistes : Théo, Solstice… qui gravitent dans cette histoire. Des clins d'oeil malicieux, petits cailloux semés, éclats de rire intenses. La tonalité de la trame veloutée, épicurienne est une boîte de crayons de couleurs. « Sa foi est illimitée. Il a même construit une petite chapelle en pierres, table ronde, dans laquelle il se love comme un loir. « Mayacumbra » est un refuge parabolique. Un antre où tous sont une farandole, un feu de St Jean. Un lieu vivifiant où le liant est cet apôtre contrant l'énigmatique volcan « La Corne de Dieu » et ses sauts d'humeur. Les soudés d'un même destin s'observent, s'entraident. « Un seul être suffit à mettre tout en place. Pierre angulaire de ce nouveau monde. Lita justifie tout. » La voici la belle enfant, l'amoureuse de Théo, celle qui déploie son magnétisme, emportant la palme de la pureté jusqu'au plus extrême des chemins. Théo, 27 ans, dont l'âge est un secret, est le fil rouge de cette histoire. Cet homme fuyant ses démons, le mercantilisme, vivant seul, au plus près de « La Corne de Dieu » avec son âne Ferdinand, ses mystères et son amour fou pour Lita. Les pages s'accrochent aux étoiles, à l'authenticité, à la beauté d'un volcan imprévisible. le summum est là. « Celui qui ne connaît pas cette joie de veilleur, caché de tous, retenant sa respiration, identifiant le moindre bruit, dans de très longues nuits d'amour à la lisière des mondes, ne sait rien de la joie cristalline que l'on peut éprouver à rester puissamment attentif, sous l'acupuncture glacée des étoiles. Théo construit sa maison. « Il veut que chaque bloc autonome soit à lui seul une vivifiante architecture. Ce qu'il cherche à obtenir c'est cet assemblage de force… Un point d'orgue, un centre de gravité… » Macrocosme, refuge alloué à l'ex-voto emblématique. Tout est beau dans cet entre monde, dans cet aller-retour entre les personnages que l'on aime de toutes ses forces. « Ainsi chacun avec ses propres mains a le pouvoir de mettre au monde ce qui le hante le plus… le crâne humain est un chantier en friche, un mortier d'alchimiste. » Ce récit est transcendant. Ecoutez l'attentive délicatesse des regards qui se croisent, les bruissements des feuillages sentimentaux. L'éclatante ferveur d'un volcan, symbiose d'un travail à polir pour s'affranchir. L'honnêteté du verbe placé dans son axe le plus juste, aux voix de « Mayacumbra » prières laïques, encre d'une lave qui se donne en oraison. Dire à Alain Cadéo le pouvoir ésotérique de son écriture de lin et de saveurs. Combien cet éclat de lumière est une mappemonde humaniste, sociologique et sentimentale. Les voix de ses seigneurs sont un écho vibrant pour le lecteur qui défie le chimérique et se prend à vouloir atteindre lui aussi ce lieu de transhumance intérieure. Ce récit est un secret à garder pour les jours sans. Son pouvoir de séduction est magistral, tout se passe en invisibilité. « Mayacumbra » est un baume au coeur. Publié par les Editions La Trace qui nous prouvent une nouvelle fois leur haute qualité éditoriale. Edifiant, rare, culte.
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fuji
  06 novembre 2019
L'absence de chapitres voulue par l'auteur, donne d'emblée un rythme particulier, ressemblant à l'horizon qui s'étire devant les yeux de Théo.
Le Capitan, ce vent au nom de personnage fanfaron et pleutre des comédies à l'ancienne en est le Maestro et donne une dimension presque mystique à cette histoire.
C'est dans ce décor que Théo a décidé de s'installer :
« Alors cesser de fuir. le Monde est une partie de cache-cache jouée d'avance. le planqué, retranché, encaverné, immobile, tout comme celui qui sort, qui court, s'évertue à se perdre, seront tous les deux bien vite nus, tétanisés sous l'oeil rond de la Terre et des Lunes qui ne nous lâchent pas. »
Il n'a que 27 ans et il s'invente une vie dans une quête de sens, de cohérence.
Mayacumbra c'est où vous avez décidé quand vous le voulez, nous avons tous un Mayacumbra.
S'éloigner du monde c'est souvent mieux le retrouver.
Il s'est construit une cabane très habitable à flanc de volcan. Il a tout fait lui-même, de ses mains, avec pour aide son fidèle compagnon l'âne Ferdinand.
Plus bas se côtoient le peuple de la forêt et un village fait de bric et de broc autour d'une épicerie générale comme cela se faisait au Canada avec les pionniers.
Ces villageois sont bigarrés, ils ont tous un passé, des secrets…
Raymond un curé déjanté, Giacomino l'errant, Cyrus et la mère Talloche les épiciers, Solstice le garagiste et ami de Théo, Balthazar le manchot et Lita femme de Moreno et maîtresse de Théo.
C'est une peinture haute en couleurs bien incarnée, que nous dessine l'auteur.
Portraits où alterne la caricature et la finesse. Souvent drôles mais surtout attachants.
Tous vivent là, dans un paysage de rêve malgré ou grâce à la rudesse des lieux.
C'est un paysage de tous les possibles, c'est un horizon qui s'ouvre…
Il ne faut pas croire que laisser tomber la pelisse du passé se fait avec simplicité et facilité.
Les angoisses sont là ; la proximité du volcan est comme les battements du coeur, un mystère, un essentiel.
Les petites phrases qui lui signifiaient qu'il n'était jamais au bon endroit, au bon moment sont les antiennes du cauchemar.
Il faut se réinventer.
Ici, dire que la nature est un personnage à part entière n'est pas une métaphore.
J'ai aimé ses couleurs, les sautes d'humeur, ses soubresauts, sa beauté comme sa cruauté, car la vie est tout cela.
L'amour omniprésent, prégnant comme une évidence, simple et compliqué.
Une philosophie ?
Et soudain, la nature change avertit celui qui est attentif.
Lita le sent, elle qui vient de la forêt et vit au village.
L'histoire bascule.
Alain Cadéo joue avec ses mots de contrebande pour notre plaisir de lecteurs.
Car tous font sens qu'ils vous invitent à la poésie ou à la philosophie, vous y trouverez la vie, celle où l'humain a de l'importance.
L'auteur est allé encore plus loin dans sa singularité, faisant de son écriture une empreinte, trace profonde et durable dans l'esprit de ses lecteurs.
Lire sa prose c'est voyager dans un ailleurs aussi lointain que proche car c'est en nous que sont les clefs de l'énigme.
Western à la française, la conquête s'ouvre sur de vastes horizons et creuse les profondeurs de l'âme.
De belles observations sur le langage qui est mouvant, sur la littérature et ce qu'elle a à offrir.
C'est dans ces creux que se bâtit la réflexion vagabonde du lecteur.
Un beau roman d'aventure mâtiné de poésie avec pour destrier JJ Rousseau.
Le but ne serait-il pas de nous faire connaître : « La joie, ce n'est pourtant rien d'autre que de suivre, d'accompagner le Monde, ce maître aquarelliste. Ce n'est rien d'autre que, libres et ivres de couleurs, légers, nous laisser imprégner de toute sa palette. Sans l'ombre d'une défense, sans un soupçon d'a priori, sans l'idée même de profit. C'est être au coeur conscient de la lumière, là où vibre, tremble, bouge, danse, oscille, vit , meurt, apparaît, disparaît. »
©Chantal Lafon-Litteratum Amor 7 novembre 2019.
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MaminouG
  07 novembre 2019
"Mayacumbra", dernière page, dernier mot, clap de fin, livre refermé, silence… Un silence fait de mots, les mots d'Alain Cadéo. Ils continuent de résonner, de courir, de sautiller. Dans ce dernier roman de l'auteur, j'ai retrouvé toute la poésie de ses précédents écrits et plus encore, un roman aux allures de conte initiatique.
Comme dans un conte, en effet, le héros, Théo vingt-sept ans, semble mener une quête. D'où vient-il ? de loin. Où va-t-il ? Très haut. "Ailleurs", "là-bas", étaient mes deux credo, mon moulin à prières, ma grinçante crécelle faisant trembler, grincer les dents de la maisonnée." Que fuit-il ? Que souhaite-t-il ? Sur son chemin semé d'embûches, il rencontre des personnages pour le moins marginaux, aussi originaux que les noms dont ils sont affublés : Solstice,Cyrus, Lorino, Biribine, Rolombus… Il tombe amoureux d'une femme, jolie mais déjà mariée, au prénom qui chante et sent le bonheur : Lita. Tous sont là, près de lui, dans sa recherche d'on ne sait quoi. Et le volcan endormi, à l'abri duquel il a installé sa cabane, veille : "Théo est enfin sûr d'avoir gagné la confiance de la Corne de Dieu. Cette énorme masse minérale vit et respire au même rythme qu'eux… C'est une complicité. Ils n'ont plus de secrets, aucune zone d'ombre. L'homme, l'animal, la pierre, la chair, ne font qu'un. Théo est fier d'être l'ami, le familier, le camarade d'un géant." Et son âne Ferdinand, compagnon de grimpette, est là aussi "… avec ses flancs qui battent comme une cornemuse…"
Lire un roman d'Alain Cadéo, c'est se noyer dans un tourbillon d'expressions finement choisies, s'immerger dans un dédale de phrases ondulantes, se laisser couler au milieu de personnages lunaires, traverser des paysages paradisiaques, écouter un volcan gronder. Ses mots sont une berceuse, ses digressions loin de gêner transcendent le texte et mêmes les quelques grossièretés parfois utilisées ajoutent quelques aspérités vivantes à la poésie de la langue. Lire un roman d'Alain Cadéo c'est accepter de dévaler ses écrits au rythme de sentiers cabossés, de boire à une source d'eau fraîche sur le chemin, c'est tout oublier pour suivre son tempo, c'est côtoyer des êtres blessés qu'il ausculte au plus profond de l'âme, c'est se fondre dans l'irréel d'une histoire aux accents d'authenticité.
"Un livre… c'est comme un dessert… ou mieux une tablette de chocolat… S'il est bon tu peux le goûter n'importe où… il t'emporte… T'es même pas obligé de le finir… Un bon livre, ça se croque tout seul, par petits bouts, le reste se devine… Et toi, tu salives, tu anticipes, tu cours derrière tes images." Mais moi, "Mayacumbra", je l'ai fini. Je l'ai goûté, je l'ai croqué, j'ai salivé. Mais j'ai refusé d'anticiper, j'ai refusé de deviner, je suis allée au bout. Je n'ai pu m'arrêter, emportée par le rythme, le chant des mots, les odeurs du plateau. Et je n'ai pas regretté. Comment imaginer le fabuleux bouquet final de ce feu d'artifice qu'est "Mayacumbra" ?
Un véritable coup de foudre, un bijou préservé dans un écrin aux couleurs d'améthyste – décidément, j'aime beaucoup les couvertures des Editions La Trace – et sublimé par la très belle préface de Sylvie le Bihan.

Lien : https://memo-emoi.fr
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
LadybirdyLadybirdy   10 janvier 2020
C’est pourtant pas très gros la graine de la joie. C’est même minuscule. Ça pousse en en instant, ça fleurit d’un seul coup, c’est un massif de liserons. Et ça fane aussi vite, ça file à la vitesse de l’éclair, comme c’est venu. Il y a sûrement des êtres doués pour cet état de grâce. Il donnerait bien tout ce qu’il possède le Théo pour être comme eux. « Bienheureux les simples d’esprit… » Mais il en est loin, le pauvre diable…
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JazzynewyorkJazzynewyork   12 janvier 2020
Depuis trois ans, lorsque l’envie le prend, il note ce qui lui passe par la tête. Billets du jour ou de la nuit, impressions, reliquats d’énergie, projets, langoureuses tartines d’amour à l’intention de Lita, lettre pour sa famille, prière au volcan, listes de courses. Quoiqu’il écrive, il en fait lecture à Ferdinand. Si ce dernier demeure indifférent, Théo déchire et brûle illico son message. Il ne garde que ce qui capte l’attention de l’âne. C’est son jury, son public, son auditoire. Deux oreilles dressées, un œil rond et inquiet, valent mieux que tous les éloges du monde.
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LadybirdyLadybirdy   10 janvier 2020
Les livres, c’est fait pour respirer, au grand air, dans la tête des fous.
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DavidG75DavidG75   25 novembre 2019
Au fond, la lourdeur issue de toute réflexion, m’est toujours apparue comme une grande erreur. Vouloir à tout prix graver dans le marbre des sentences définitives avec l’air entendu de ceux qui pensent tout comprendre, c’est se brouiller le ciel.

Les mots, aussi maladroits soient-ils, étaient pour moi, sont encore, une substance fluide et lumineuse, un ruisselet, un passage, une trame. Maladroits, sinueux, imparfaits, mais vivants !

Ils ne sont là, pirogues effilées, que pour poser, passer, glisser, traduire, faire circuler la cantilène liquide de l’univers et s’effacer à peine prononcés. Ainsi, les mots qui ne fabriquent pas de la vie sont voués à croupir. Ils ne seront suçotés, comme de vieux berlingots, que par des lèvres mortes et desséchées. Lettres mortes.

Ce qui vit, c’est ma phrase, là, maintenant, dans son rut, en pleine élaboration sous la dictée des vents. Ce n’est que bon plaisir de déchiffrage, de mes jours, de mes nuits, à l’encre grasse qui offre à chaque syllabe un bel habit liquide de ruisseau noir.

Ce qui vit aussi, c’est la fête que j’en retire. De tous ces signes j’en fais un élixir, une pâte qui tache, le sang de mes artères. Je souhaite que ma tête ne soit longtemps qu’une terre vertigineusement vierge, à parcourir librement dans tous les sens.
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DavidG75DavidG75   24 novembre 2019
Aussi perdus et démunis que soient les coins les plus reculés de la terre, il y a toujours quelques hommes qui les dénichent et qui s’en servent de retraite. Le temps de panser une désillusion, de dissimuler un passé, le temps de se donner envie d’aller plus loin.

Il est rare qu’un voyageur dans l’âme reste plus de trois jours au même endroit. Il est rare qu’un homme se supporte longtemps, là où rien ne lui est familier. Ces apparents soiffards de solitude ne font qu’accompagner des cortèges de songes. Ils cherchent désespérément à en retrouver la vivante trace, dans des incarnations de bout du monde.
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