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Lise Chapuis (Traducteur)
EAN : 9782882508430
144 pages
Noir sur blanc (04/05/2023)
3.7/5   15 notes
Résumé :
La voilà, suspendue entre nous et l'Afrique, dramatique et suave, inquiétante et très douce, noire de lave et d'obsidienne, verte de raisin de Zibibbo, de câpres et d'olives, bleue de lac, indigo de mer. La voilà, l'île aux multiples noms : Yrnm, Cossyra, Qawsra, Bent el-Rhia, Pantelleria. Pantelleria, la dernière île. Pantelleria est beauté. Exubérante de vents, de mer et d'odeurs. De volcan. Sa nature extrême a, à travers les millénaires, exigé de trouver des solu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
À 70 km des côtes tunisiennes et 110 de celles siciliennes, Pantelleria est l'île italienne la plus éloignée de l'Italie, « …c'est l'île, noire de lave, verte de vignes, or de Zibibbo, jaune de soufre teinté du rouge des coulées volcaniques, bleu et indigo de la mer. » Une île où vie et mort cohabitent, tombeaux et habitations se confondent . A Mursia dans la nécropole même, à la vu de costumes et serviettes de bain étendues, sièges et transats avec vu sur la tombe centrale, on ne sait pas trop si on dérange plus le caractère sacré de la mort ou l'après-midi de repos des vacanciers.

Calaciura a ici une approche nostalgique à cette île unique de la Méditerranée où avec la modernisation , la mondialisation économique et touristique les propriétés intrinsèques à l'île disparaissent . La culture des agrumes abandonnée, le fameux raisin Zibibbo quasi disparu …. les fameux «  jardins » plus que des souvenirs. L'unique culture qui subsiste encore sont celle des câpres, symbole de la résistance à tout ce qui est éradiqué au profit du gain, des limites acceptables de la modernisation et de la dignité du travail manuel. Même le vent a Pantelleria parle sa propre langue qu'il vaut mieux connaître pour ne pas subir ses désastres. L'île a aussi ses personnages, comme Paolo Ponzo , qui devint aussi le protagoniste d'une nouvelle de Gabriel Garcia Marquez qui le visita en 1969 en famille.

Ce livre n'a rien d'un guide. Calaciura qui a grandi dans les îles Egades plus au nord et récemment tomba amoureux de Pantelleria y ouvre son coeur et son âme pour raconter ses ressentis, ses pensées, ses impressions et ses connaissances personnelles sur une île qui fut la muse de tant d'écrivains (« Pantelleria è un'isola per scrittori. ») comme Truman Capote, Cesare Brandi , Gabriel Garcia Marquez . Cette île qui subit l'assaut de peuples très divers et fut l'avant-poste militaire fasciste de Mussolini, sous la plume de Calaciura, devient un lieu d'histoires et de légendes qui ont attiré des pirates féroces comme Dragut ou des écrivains comme Garcia Marquez qui en ont fait un autre Macondo. Les fantômes des fameux ânes de Pantelleria, la floraison miraculeuse des câpres , l'odeur enivrante du zibibbo , les pierres vomies par le volcan qui donnèrent lieu aux célèbres dammusi qui ont enchanté, comme des sirènes, des créateurs de mode et des acteurs achèvent le contexte d'une île ensorcelante que j'ai hâte de découvrir.
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Ce petit livre de 130 pages est une merveille. J'avais apprécié Borgo Vecchio, un roman du même Giosué Calaciura, qui nous immergeait dans une Sicile actuelle loin des touristes. Pantelleria est une île suspendue entre Europe et Afrique. Ce n'est pas Lampedusa. En fait L'île qui n'était pas là et qui a émergé, L'île sans plages (ce sont les titres de deux des chapitres), et là je vais me contredire, n'échappe plus tout à fait au surtourisme, nouvelle plaie de l'art de voyager. C'est vrai, ça, tous ces gens qui sont dans le bus avec moi, ou font la queue devant les Offices en même temps. Y en a même devant moi dans la file. Impudence.

Sting, Madonna et autres Depardieu ont depuis longtemps plus ou moins squatté ici, version cinq étoiles. Là n'est pas l'important. Giosué Calaciura n'aurait-il écrit que cet opuscule sidérant de beauté et de poésie qu'il serait déjà au firmament des grands poètes du Sud. Tellurique et volcanique, mêlant l'histoire inassouvie de cette île aux noms multiples et sa géographie tortueuse et inquiétante, sa prose nous transporte, en format presque guide touristique, dans cette anomalie curieuse et obstinée qu'est Pantelleria. Sa précision n'exclut ni l'humour ni la fantaisie. Mais de cela Calaciura vous parlera mieux que moi.

L'auteur pousse le jeu jusqu'à à peine traduire quelques termes vernaculaires qu'il nous faudra deviner au fil du livre. Et je trouve cela bien joli, dammusi, sesi, garche, buvire, sardara. le livre est de lave et d'obsidienne, de sirocco et de mistral, de figues de câpres. Et vous saurez tout sur le zibibbo, ce raisin très particulier qui donne un liquoreux qui a ses adeptes.

Aux oliviers Biancolilla, rebelles par exubérance chlorophyllienne, revêches et capricieux au point que même les cisailles ne peuvent leur enseigner la règle et la disicipline, les Pantesques imposent, encore une fois, la pierre, attachée à la branche par une corde, comme une bride, afin qu'ils apprennent à baisser la tête jusqu'au sol. Mais c'est par pitié que les paysans imposentce joug aux oliviers, sans quoi les vents arracheraient tous les fruits et toutes les feuilles sur les branches.

Gabriel Garcia Marquez, débarquant dans l'île en 1969, vit dans Pantelleria une réminiscence de son Macondo de Cent ans de solitude, Et Calaciura la raconte ainsi. "Mais où m'ont-ils amené?" Avant même d'atterrir, durant les tournoiements de vautour de l'avion, il avait, à travers le hublot, vu l'île comme un animal préhistorique émergé des marécages de soufre des abysses pour venir prendre une bouffée d'air, recouvert des fossiles des parasites et des sédiments calcaires des millénaires, prêt à retourner dans ses fonds sous-marins bouillonnants. Pantelleria lui sembla sans erreur possible être Macondo, avec le fait aggravant d'être entourée d'eau, isolée de tous les itinéraires reproductibles de la modernité des hommes, égarée entre des océans de volcans dont l'activité laisse des germes d'éruption en forme d'îles mouvantes en longitude et latitude, avec cette faculté propre aux cétacés d'émerger, de replonger et d'émerger encore, selon un projet d'une clarté terrifiante.

La prose de Giosué Calaciura ressemble elle aussi à Pantelleria en toute splendeur. Un peu dantesque sinon pantesque, fantasque et fantastique, Moby Dick littéraire, 130 pages de très haute volée qui laissent un sillage fuégien en Méditerranée. Ulysse aurait pu y séjourner. Moi, je dis que c'est le cas.
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L'auteur italien Giosuè Calaciura nous embarque pour Pantelleria, cette minuscule île de terre volcanique au large de la Sicile, entre Europe et Afrique. Un ouvrage sous forme à la fois de guide, d'anecdotes racontées sous forme de fables, à la fois philosophique et envoutante.

Une lecture pour comprendre Pantelleria, île qui est pratiquement méconnue. Giosuè Calaciura décrit avec nuance les lieux et l'âme de cette île. La sensibilité de l'auteur rend la lecture fluide, agréable, poétique.

L'auteur décrit avec beauté l'amour qu'il porte pour Pantelleria avec passion, curiosité et grandeur pour sublimer cette dernière île avant l'Afrique. Giosuè Calaciura avec sa plume veut nous séduire avec la nature, les couleurs et les parfums de l'île.

Voyager à Pantelleria, c'est partir d'un ferry de Sicile pour arriver au pays du vent et des dammusi, des petites maisons en pierres typiques devenues des lieux de vacances. L'île du vent car Pantelleria est parfois imprévisible, qu'elle empêche les commandants d'avion d'atterrir sur l'un des plus petite piste d'atterrissage.

Pirates, auteurs, acteurs, chanteurs, tous veulent une part de cette île rocheuse, entre vents, agrumes, câpres, soleil, olives, origan et vin. Giosuè Calaciura donne tout son amour à travers ce petit ouvrage "Pantelleria, la dernière île" qui nous donne juste une seule envie : voyager !
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Magnifique et ironique, doux et érudit, le portrait ravageur et sensible d'un havre faussement idyllique, entre Sicile et Tunisie.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2023/08/27/note-de-lecture-pantelleria-la-derniere-ile-giosue-calaciura/

L'île de Pantelleria, avec ses 83 km2, à 100 km de la Sicile et à seulement 70 km de la Tunisie, est le territoire italien le plus proche de la côte africaine (Lampedusa, pourtant située plus au Sud, voit les côtes libyenne et tunisienne se dérober davantage à sa tentative d'avancée, à 130 et 290 km respectivement). Île volcanique nimbée de légendes antiques, sa position stratégique dans le canal de Sicile, comme sa grande voisine Malte, en a longtemps fait, au fil des siècles, un enjeu de guerres de conquête, d'escarmouches décidées et de convoitises politiques. Son allure abrupte et son fréquent isolement du continent (même de nos jours), lorsque mer et vent se liguent pour empêcher toute liaison maritime ou aérienne, en ont fait un curieux refuge à l'écart, qui appelait certainement un carnet de voyage pas tout à fait comme les autres. On peut compter sur l'incisif Giosué Calaciura pour cela.

Publié en 2016 (et traduit en 2023 chez Notabilia par Lise Chapuis), seulement un an avant son roman « Borgo Vecchio », qui devait lui apporter une véritable consécration du côté des grands prix littéraires italiens et étrangers, « Pantelleria », vrai-faux récit de voyage qui n'a rien d'anodin, est curieusement plus proche, dans son esprit et son écriture, de l'ironie mordante qui habitait « Malacarne », le grand premier roman du Palermitain Giosuè Calaciura, en 1998, ou même (en ne poussant pas ici le sens de la farce de manière aussi diabolique) « Urbi et Orbi » en 2006, et du sens minutieux de l'observation empathique (n'excluant certes pas la critique) qui irriguait son « Passes noires » de 2002.

Arc-boutée sur ses vignes (dont le vin connaît désormais une certaine célébrité pour spécialistes) et sur ses câpres (qui prennent ici une dimension ironiquement presque aussi mondialement emblématique que celle de la kalachnikov chez Oliver Rohe), on aurait pu aisément imaginer la petite île figée et immémoriale (on pourra songer un instant, justement, à la différence de traitement par rapport au récit de Paolo Rumiz à propos de la minuscule Palagruža en mer Ionienne). Mais les people (on pourra jouer à reconnaître par exemple Sting, Giorgio Armani ou encore Carole Bouquet derrière les descriptions sans noms propres adoptées par l'auteur) et les migrants (l'île partage avec la Lampedusa de Davide Enia le privilège ambigu de « première terre d'accueil », qui va avec la condition de « dernière île », le sous-titre retenu par Giosuè Calaciura pour cet ouvrage) en ont décidé autrement : Pantelleria, avec cette écriture mordante d'érudition et d'ironie, est devenue un autre genre de symbole, celui d'une mondialisation chaotique et boiteuse, où les abîmes d'inégalité flamboient sous un soleil de plus en plus chaud. le luxe, le calme et la volupté qui plaisent tant aux privilégiés ont encore de quoi voir un peu venir, mais l'auteur sicilien nous rappelle avec brio, en filigrane, le prix réel de tout cela.

Lien : https://charybde2.wordpress...
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Récit surprenant. Sorte de déclaration d'amour et de fascination pour cette île sicilienne. Une errance poétique sur les mystères et curiosités de Pantelleria.
Au troisième chapitre, je me suis demandé si j'allais resté captivé tout le long. Puis, en lisant la dernière page, je regrettais presque de mettre un terme à ce voyage au coeur de cette terre volcanique, battue par les vents et les embruns. Plus qu'un guide touristique, c'est un peu une ode aux traditions de paysans têtus qui arrivent à tirer du raisin de ces vignes, c'est une lamentation sur les zones de pêches perdues, c'est une prière pour la liberté et un souffle d'humanité aux confins de l'Europe, sur cette dernière île avant l'Afrique.
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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critiques presse (2)
LeMonde
17 juillet 2023
Une ode aérienne à une île « suspendue entre l’Afrique et nous », dont le lecteur, lui non plus, ne perd pas une goutte.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix
09 mai 2023
Pantelleria, au large de la Sicile et tutoyant l’Afrique, est une terre à part. L’auteur italien Giosuè Calaciura la célèbre dans un petit volume à la philosophique sensualité.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
L’île de Pantelleria ne sera jamais la proie du tourisme de masse et de ses menaces, ni des foules qui débarquent pour un séjour éclair, ni des ferries rapides et corsaires qui vomissent des visiteurs hébétés et épuisés le temps d’un plongeon, d’un déjeuner de produits typiques et du shopping en bord de mer pour repartir avec quelques obsidiennes et le tee-shirt imprimé d’un profil insulaire évanescent.
La ville de Trapani restaurée, comme les Égades presque voisines – ces îles découvertes à la télévision en 2005 lors de l’America’s Cup, plus caribéennes que les Caraïbes, mais autrefois perçues comme trop rudes par la vulgate vacancière -, voilà des lieux qui ont infléchi leur destin en s’ouvrant au saccage d’août. Et aussi à ce sentiment d’abandon, en septembre, lorsque, avec les premiers nuages ouatés venus du nord, arrive l’amère certitude de ne vivre que le temps d’une saison.
Le centre historique de Trapani est devenu un salon raffiné. À Levanzo, à Favignana, à Marettimo, les habitants ont fait un peu d’argent. La nouvelle richesse des Égades se perçoit même dans un soupçon de redistribution publique, la grand-rue auparavant goudronnée est à présent pavée d’une pierre plus raffinée, le long des quais les réverbères ont été repeints, les voitures et les motos, autrefois inexistantes ou interdites, se fraient aujourd’hui une place jusque dans le bourg de la minuscule île de Levanzo. Et des hélicoptères atterrissent, appartenant aux nouveaux propriétaires qui ont acheté les zones les plus prisées de l’archipel.
Dès l’automne les Égades se figent, elles ont perdu les saisons, désormais aplaties en un mois d’août perpétuel, chimère des tour operators, des vacanciers et des habitants, carte postale définitive d’une illusion sous formol.
À partir de septembre, les îles deviennent une fiction.
Mais, Pantelleria, non, elle n’en deviendra jamais une malgré le cirque des atterrissages et décollages de l’été à l’aéroport de Margana, malgré l’élastique toujours trop lâche entre présences saisonnières et désirs des bookmakers touristiques, malgré le développement de la plongée sous-marine et la découverte du patrimoine gastronomique et viticole : Pantelleria possède encore toutes ses saisons.
La Nature de l’île crie sous l’effort, tiraillée de part et d’autre, fouettée et disputée. Arrivant par la mer ou par le ciel, on sent la tension et le contraste qui font de Pantelleria une île unique dans la Méditerranée, étrangère et pourtant capable de refonder la perception que nous avons de cette mer redevenue limite et frontière, mer tragique, hécatombe pour ceux qui viennent du sud, rassurant grillage liquide pour ceux qui observent depuis le nord.
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Différente de toutes les autres par sa conformation et son âme, Pantelleria est une île de pôles magnétiques qui, se repoussant et s’attirant, font qu’elle continue à flotter. Contradictions palpables, parfois jusqu’au refus. Au môle, durant les après-midi de malura de poisson parce que le courant est contrariuso, ou parce que même les créatures aquatiques sont effrayées par les fonds sous-marins, les pêcheurs à la ligne se racontent des légendes de voyageurs tout juste débarqués qui, pris d’une soudaine sensation de malaise, ont traîné leurs valises à roulettes sur toute la longueur du quai, jusqu’aux bureaux de la Siremar pour y acheter un billet de retour par le même ferry vers l’île mère, vers Trapani, avec l’idée incongrue que la Sicile semble tout à coup plus rassurante. C’est là l’acmé du malaise qui n’a fait que croître depuis que l’île a été en vue, comme un reflet de la fée Morgane au début, limite bleutée du monde connu, car au-delà de l’île s’ouvrent et se ferment les portes d’Hercule de l’Afrique : on en perçoit les odeurs, bouleversantes ; la proximité de ce continent pèse sur la densité de l’air, chaque goutte d’eau transporte l’écho d’une tragédie qui se transmet au jeu des marées, aux vagues qui se creusent.
Depuis les ferries, on devine très vite qu’on n’a pas affaire à la mer apprivoisée de nos archipels à portée d’hydroglisseur, là où les agaves se reflètent tels des Narcisse dans les tranquilles petites anses de baignade estivale, où un cri suffit pour battre le rappel des enfants à l’heure du déjeuner sur la terrasse du restaurant Miramare, construit à même la plage. Ici, il n’y a pas de plages. La mer, entre l’île mère et Pantelleria, fait percevoir en peu de mots, à la sicilienne, qu’elle est capable de fureurs océaniques parce que les aventures qu’elle vit sont à la mesure des deux continents dont elle est la sentinelle.
Le malaise ressenti à l’approche de l’île croît à la vue de la matérialité absurde des huit cent trente-six mètres du volcan de la Montagna Grande qui apparaît et disparaît dans la chevauchée des nuages libres, dont la migration heureuse n’est freinée par aucun poste de douane. Et puis, en approchant encore, viennent les frissons provoqués par la découverte du Monte Gibele et de toutes les cuddìe, brûlées ou non, les collines de Pantelleria, excroissances tumorales d’une Création indécise qui semblent éclater encore dans l’ébullition des temps primordiaux.
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Enfin, lorsqu’on arrive au port en évitant les vestiges à fleur d’eau de la jetée carthaginoise qui semblent rappeler que tout accostage à Pantelleria doit être fortement désiré, avec le choc annonciateur du noir d’obsidienne et du vert phosphorescent du zibibbo – nommé ailleurs muscat d’Alexandrie – s’impose ‘langoisse inexprimable d’avoir posé le pied sur les limites ultimes de la Création et dans l’atelier où la Nature expérimente son acte définitif tout en se mettant elle-même à l’épreuve. Alors, pour certains, le malaise se transforme en véritable panique.
À la jetée, malgré quelques touches, le poisson reste au loin. La bonace est chose rare à Pantelleria, elle est annoncée par des fantômes brumeux qui ondoient au coeur de la mer, fluctuent à la limite de l’horizon sans suivre aucun cap, sans loi, poussés par de soudains caprices, jeux de la physique en équilibre entre densité, température et humidité.
La bonace est l’ennemie des pêcheurs de jetée. Le poisson sédentaire du port s’aventure, par curiosité ou pour la chasse, dans des environs plus frais. C’est seulement au premier souffle du mistral ou du libeccio, au premier clapot à la surface de l’eau que le poisson rentre chez lui au port et que le vent nouveau efface les mauvaises pensées météorologiques des ectoplasmes de brume.
La Méditerranée étire ses vents et ses courants au gré de ses propres routes maritimes.
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Dans les années soixante-dix, les ventes et achats de dammusi ont commencé, entre les Pantesques, des paysans de la diaspora qui avaient cherché sur le continent des emplois et un futur pour leurs enfants, et la bourgeoisie cultivée qui découvrait la Sicile en regardant plus loin que les cartes postales de Taormine et Cefalù. C'était encore l'époque du tourisme ethnologique des lieux et des choses. Pour quelques millions de lires, les dammusi qui conservaient les histoires des familles changeaient de mains, changeaient de signe anthropologique. Ce n'était pas encore un "projet touristique", car l'île mère elle-même n'avait pas encore compris que le boom économique avait pour corollaires les vacances estivales et le séjour à la mer.
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Et il en meurt, des paysans, sans autre relève que les mille Roumains (sur moins de huit mille habitants) embauchés dans les plus grandes et renommées entreprises vinicoles pour s'occuper de la racìna, le muscat d'Alexandrie, le zibibbo d'autrefois, taillé "en gobelet", dont la culture est extrêmement difficile, car il n'y a pas de véhicules ni d'instruments adaptés au terrain de Pantelleria, tout en ravines, cuddìe et terrasses. Une agriculture travaillée avec les seules mains, lesquelles jour après jour renoncent, se soustraient au labeur. Souvent pour rester au fond des poches, ou prendre un billet d'avion, l'aller seulement.
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Payot - Marque Page - Giosuè Calaciura - Pantelleria
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