AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

René L. F. Durand (Autre)
EAN : 9782070377428
213 pages
Gallimard (30/11/-1)
4.02/5   32 notes
Résumé :
Réactualisation de l'épopée homérique, 'La harpe et l'ombre' oscille entre complexité intelligente, érudite et truculence verbale : en 1924, Pie IX se demande si Christophe Colomb doit être canonisé. S'ouvre alors un procès de béatification avec partie civile et témoins auquel nombre de participants prestigieux comme Victor Hugo, Lamartine et Jules Verne se sont invités et débattent.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Jahro
  28 avril 2013
La harpe et l'ombre procure une sensation étrange. Non que sa lecture en soit désagréable ni lassante ; elle pourra même apparaitre fluide à qui survolera ses incessantes allégories. En refermant ses pages, on se dit qu'on s'en est plutôt bien tiré, qu'on a su filtrer l'impalpable et garder le principal, laisser l'obscur pour la lumière, tirer la moelle épinière de ce sac d'os et d'ors.
Puis on reprend le quatrième de couverture, et là stupeur – on découvre qu'on n'a pas saisi grand-chose. On parcourt les différents résumés qui jalonnent le net, et on comprend qu'on n'a pas compris. Que peut-être tel et tel n'étaient pas le même, qu'ici il y avait lui et là c'était un autre.
Oui, c'est la honte. Mais Alejo Carpentier ne nous facilite pas la tâche. Entre érudition crâne et désordre narratif, son écriture réclame attention et surtout connaissances. A moins d'être rompu à la théologie des océans, le lecteur enthousiaste aura tôt fait de calmer ses ardeurs.
Saviez-vous que Caïphe était une insulte ? Que la canonisation d'un homme se jouait dans un tribunal ecclésiastique entre un Protonotaire et un Avocat du Diable ? Connaissez-vous Cypango, Cathay, Chersonèse ? Des évidences pour l'auteur, qui ne s'embarrassera pas à nous les introduire. A nous de les sentir au fil des phrases, quand sans elles plus rien n'aurait de sens.
Alors une fois n'est pas coutume, laissez-vous guider par quelques indices. La harpe, c'est l'espoir, la révélation d'un Pape pour un Saint, l'admiration d'un découvreur de nouveaux mondes par son émule clérical. L'ombre, c'est le héros déchu, le fantôme invisible condamné à l'éternité, l'homme qui reste homme et l'âme qui reste à terre.
Et puis entre les deux, la main. Celle qui agit, celle par qui l'aventure prend tournure. A partir d'archives éparses et voilées, l'écrivain tisse les derniers souvenirs du navigateur, testament imaginaire couché sur papier en attendant la mort. Trouver les fonds, les appuis, les mécènes, les talents ; embarquer, voguer à l'aveugle, chercher les mots pour rester unis, affronter la colère du Très-Haut et les tentations du Démon. Les doutes, et puis les certitudes, et puis les déceptions, et puis la ruine. Cette partie est la meilleure, et Dieu merci la plus longue.
Que penser de ce roman ? Eh bien avant tout qu'il rend humble. Et qu'il est difficile de porter un avis tranché quand on se sait impuissant. S'il m'arrivait d'engager un Masters d'Histoire, promis je lui offrirais une seconde chance.
3/5
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Herve-Lionel
  14 juin 2014

N°207
Juillet 1999

LA HARPE ET L'OMBRE - Alejo CARPENTIER - Éditions Gallimard.

Je dois bien l'avouer à mon improbable lecteur, tout ce qui concerne la papauté m'intéresse. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi. le livre d'Alejo Carpentier ne pouvait donc me laisser indifférent.
De quoi s'agit-il donc sinon d'une parcelle de l'histoire qui n'est peut-être pas restée dans la mémoire collective comme un fait majeur. Au tout début du roman est évoquée la personnalité d'un prélat franciscain : Giovani Maria Mastïa qui avait choisi de servir l'Église autant, nous dit-on par déception amoureuse qu'en raison de la pauvreté de sa famille pourtant de haute lignée. Il se fit pourtant remarquer par ses prêches aussi ardents qu' éloquents mais cela ne pouvait raisonnablement lui laisser espérer une ascension rapide dans la hiérarchie catholique. Il fut cependant désigné pour accompagner un prélat dans une mission apostolique en Argentine et au Chili. Celle-ci ne fut pas couronnée de succès mais il en est revenu avec l'idée que la découverte des Amériques avait été l'événement capital des temps modernes.
Plus tard, devenu pape sous le nom de Pie IX il était toujours possédé par cette idée au point de décider d'ouvrir le procès en béatification, qui est le préalable à la sanctification, de Christophe Colomb!
L'auteur nous propose les portraits croisés de ces deux personnages, le pape et le marin qui finit par convaincre, après moult pérégrinations, Isabelle la Catholique de financer son expédition.. Mais qui était-il donc, ce navigateur, un génie, un aventurier, un imposteur, un mystificateur, un arriviste qui ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins? Alejo Carpentier nous restitue ce qu'il imagine être l'ambiance de cette époque, en plaine reconquista mais aussi pendant l'expulsion des juifs d'Espagne. Il fait du génois l'amant de sa royale protectrice qui finit par lui faire confiance autant par exercice de l'autorité que par la volonté de trouver des richesses pour porter contre les Maures la guerre en Afrique.
A partir de documents d'archives l'auteur nous donne à entendre la voix même de Colomb, en quelque sorte la manière dont il aurait lui-même jugé son entreprise et dont il se serait jugé lui-même. Il nous fait partager ses hésitations, ses doutes. Il se révèle menteur quand il promet de trouver de l'or et des épices aux Indes qu'il recherche, cynique quand il envisage de faire le commerce des esclaves à la place des richesses qu'il n'a pas rapportées... Mais tout ce qu'il avait espéré découvrir reste introuvable et le commerce des esclaves est interdit par ordre du roi. Alors il met en avant les âmes des indigènes qu'il faut sauver et c'est le spirituel qui prend le pas sur le temporel qui pourtant était la vraie raison de son expédition.
En fait Christophe Colomb fut rejoint par son destin, rattrapé par ses forfaitures et dépassé par son exploit. le luxe a pâli ainsi que les ors à l'heure du jugement et c'est un pauvre homme sans richesse, honni par l'Espagne, moqué par les hommes qui s'apprête à rendre des comptes. Lui, le découvreur de l'Amérique a, en fait, apporté à ce continent vierge si semblable au paradis terrestre la cupidité, la luxure, le vice, le péché, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. Il est loin, si loin de sa légende!
Restait le décret pontifical introduit « par voie d'exception » qui ouvrait le procès en béatification. « Disputant doctores »... et pour cela, par la magie de l'imaginaire le romancier convoque pêle-mêle, pour témoigner, Victor Hugo, Lamartine, Jules Vernes; Bartholomé de las Casas...
Il reste un roman qui ou l'humour et le style, sans doute servis par une traduction de qualité, m'ont fait passer un agréable moment de lecture.
©Hervé GAUTIER
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Mermed
  31 mai 2022
Le roman de Carpentier est en trois sections. La première a lieu au Vatican en 1864, le jour où le pape Pie IX signe un document qui, espère-t-il, sera le premier pas vers la canonisation de Christophe Colomb. Les motifs de Pie pour lancer la procédure se révèlent être politiques plutôt que religieux, faisant partie des intrigues constantes de l'Église pour renforcer son pouvoir en Amérique latine. le mythe de Colomb découvreur d'un nouveau monde, peut devenir une métaphore qui favorisera l'illusion d'un colosse à cheval sur les continents : l'Église elle-même. le mythe dépend, bien sûr, d'une connaissance limitée de la vie de Christophe Colomb. Mais le problème est que sa canonisation est peu probable à moins que l'on en sache plus sur lui. Cette section du roman se termine avec Pie imaginant l'excitation d'être le prètre qui avait entendu la confession finale de Colomb.
La seconde partie du roman nous présente donc Colomb, parlant de sa propre voix, sur son lit de mort en 1506. Ce que l'on surprend, c'est tout ce qu'il finit par décider de ne pas dire à son confesseur, la réalité plutôt que le mythe. Ainsi, nous apprenons qu'il est, dans l'ensemble, un escroc, un lubrique, un raciste et un meurtrier. C'est un rêveur ivre, un navigateur indifférent et un marchand d'esclaves vicieux. Comme Pie IX, ses prétentions au pouvoir sont couvertes d'un vernis de religion. La réussite du livre étant de montrer comment de telles stratégies politiques se sont poursuivies longtemps après Christophe Colomb. En fin de compte, cependant, la narration de l'histoire à la fin de la vie de Columbus révèle la chose la plus surprenante à son sujet : que tout était né d'un échec incroyable dont les petites réalisations se sont produites par accident plutôt que par dessein.
La troisième section du roman se déroule à l'approche du tricentenaire du premier voyage de Christophe Colomb. Pie est mort et il y a peu d'enthousiasme pour la cause de Colomb. le fantôme de Colomb lui-même hante le Vatican dans l'attente illusoire de son succès. Il est témoin de l'avocat du diable, un démagogue flagrant, l'exposant comme l'instigateur de l'esclavage dans les Amériques et (comiquement vu comme un délit équivalent) le père d'un bâtard. Ses chances de sainteté anéanties, nous assistons à la disparition de l'ombre de Christophe Colomb dans l'air de la place Saint-Pierre. La richesse verbale et le mordant satirique de ce roman sont tout autant à recommander que la manière dont il raconte un récit familier. le style de Carpentier est souvent décrit comme baroque mais La Harpe et l'Ombre (160 pages) est composé avec une soigneuse économie qui n'est pas suggérée par ce mot. le lecteur a l'impression que Carpentier, décédé peu de temps après avoir terminé le livre, savait tout ce qu'il y avait à savoir sur Colomb, et le savait à l'envers. Mais son érudition est loin d'être voyante et est souvent plus évidente dans des phrases apparemment futiles. Traiter avec humour un chapitre aussi ignoble de l'histoire du monde était à la fois difficile et risqué, mais Carpentier a réussi, peut-être parce qu'il avait lui-même une assise solide sur les deux continents, ayant partagé sa vie principalement entre Cuba et Paris.
Mais La Harpe et l'Ombre n'a pas été écrite pour mettre fin au mythe de Christophe Colomb. En Europe, la coïncidence de l' anniversaire de Christophe Colomb et du marché unique fut délibérément exploitée pour renouveler la foi en l'Europe en tant que berceau de la civilisation mondiale et leader naturel de la culture mondiale.
Un très salutaire et très beau livre d'Alejo Carpentier, un des très grands écrivains du 20° siècle...
Lien : http://holophernes.over-blog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
amartia
  23 juin 2019
Pourquoi donc proposer la canonisation de Christophe Colomb ? La mérite-t-il vraiment ? C'est la question que se pose Alejo Carpentier. Et pour y répondre, il se glisse dans la conscience du navigateur qui, à l'heure de sa mort, attend la venue de son confesseur.
L'auteur retrace, non sans un certain sens de la dérision, les aventures du marin - pas si bon que cela, à ses propres dires -de son obsession à trouver la terre que les Vikings avaient déjà abordée et dont le souvenir traînait encore dans les confins de l'Islande, de sa ténacité à ne jamais dévoiler son secret, de la duplicité de la reine Isabelle et de sa soif de reconnaissance, dut-il pour cela instaurer le commerce d'esclaves.

"Mais le monde était impatient de s'arrondir. Et moi je brûlais d'une impatience pus vive encore, empêtré que j'étais de nouveau dans des imbroglios, des controverses, des cogitations, des démonstrations, des arguties, des discussions - quel merdier ! - des cosmographes, géographes, théologiens, que j'essayais de convaincre du bien-fondé de la haute utilité de mon entreprise : mais, comme toujours, je ne pouvais découvrir mon grand secret celui que m'avait révélé Maître Jacob pendant les nuits blanches de la Terre de Glaces".
Ecrit dans une langue où le rythme des phrases rappelle les ondulations de la joule, ce roman se termine par un pied de nez à la grande Histoire et au mythe qui a permis à une civilisation de se croire supérieure et donc dans son bon droit.
Du grand art littéraire et une lecture jouissive !
Lien : https://meslecturesintantane..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (1) Ajouter une citation
JahroJahro   26 avril 2013
Mais, comme il est évident qu'il n'est pas possible d'évangéliser ces cannibales, à cause de notre ignorance de leurs langues (elles sont très nombreuses et d'une trop grande variété), je crois que la solution de ce grave problème, qui ne peut laisser l’Église indifférente, est de les transporter en Espagne, en qualité d'esclaves. J'ai dit d'esclaves.
Commenter  J’apprécie          20

Video de Alejo Carpentier (2) Voir plusAjouter une vidéo

Un romancier latino-américain Alejo Carpentier
Portrait d'Alejo CARPENTIER, à travers ses interviews, et ceux de Roger CAILLOIS, Wilfredo LAM, Jean-Louis BARRAULT, Jacques PREVERT. L'écrivain cubain, né en 1904, a vécu au Vénézuela, puis à Cuba après la révolution. Il devient en 1966, ambassadeur de Cuba en France, où il résidera jusqu'à sa mort, 1980 . Evocation de son oeuvre, de la création littéraire et artistique en Amérique...
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
autres livres classés : littérature cubaineVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les classiques de la littérature sud-américaine

Quel est l'écrivain colombien associé au "réalisme magique"

Gabriel Garcia Marquez
Luis Sepulveda
Alvaro Mutis
Santiago Gamboa

10 questions
331 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature sud-américaine , latino-américain , amérique du sudCréer un quiz sur ce livre