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Pierre Moreau (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070370178
Éditeur : Gallimard (03/04/1978)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 265 notes)
Résumé :
Chateaubriand a toujours estimé qu’il appartenait à une « génération perdue » : celle qui a vu le rationalisme optimiste des Lumières se compromettre dans la faillite sanglante de la Terreur. Adam a voulu goûter du fruit défendu : au lieu de devenir semblable à Dieu, il s’aperçoit qu’il est nu. Œdipe croyait régner dans la clarté paisible des énigmes résolues : il ne découvre plus, au cœur de sa destinée, qu’inceste et parricide. Il ne reste plus à Prométhée qu’à no... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Under_the_Moon
  13 février 2013
La découverte du Romantisme en littérature a été une vraie révélation pour moi. D'abord timidement à la fin du collège, puis au lycée : l'apothéose !
Les premières oeuvres emblématiques que j'ai lu étaient celles, comme beaucoup je pense, de Victor Hugo, Alfred de Musset et Lamartine.
(il y en a eu d'autres bien sûr, mais ceux-là ont été les premiers)
Prise par cette nouvelle passion, j'ai décidé par moi-même d'en connaître plus. J'avais croisé le nom De Chateaubriand dans le livre de français. C'était un extrait des Mémoires d'Outre-tombe. Mais l'autobiographie n'a jamais été un genre qui m'a beaucoup attirée. Alors direction le CDI, et là je tombe sur Atala et René : qu'à cela ne tienne je commence à le feuilleter.
(et puis j'ai été tellement emballée que j'ai été l'acheter rien que pour la satisfaction de dire qu'il était à moi! et oui,...)
Lire Chateaubriand, c'est une expérience particulière. Avec son écriture - à l'inverse d'autres auteurs de ce courant - j'avais l'impression quasi permanente d'être dans un tableau. Un tableau comme ceux de C. D. Friedrich, où l'homme se retrouve bien petit devant l'oeuvre du Temps et de la Nature. Beaucoup de nostalgie, de mélancolie et de sentiments exacerbés.
Avec, une petite touche en plus qui là par contre m'a un peu gênée, c'est le côté "Catho superstar" de l'auteur qui transparaît très clairement dans ces deux courts récits.
Avec Atala, il revisite, à sa façon, le mythe du bon sauvage et du fameux fardeau de l'homme blanc dont parlait Kipling - et Rousseau. Et dans René, ... autre histoire ! Ici, il semble qu'il est voulu ré-écrire un épisode biblique en parlant d'un amour interdit : celui d'un frère et d'une soeur....
En refermant ce livre je suis restée assez perplexe. Convaincue d'avoir lu quelque chose de poétique certes, mais pour le reste ...
Mon avis sera peut-être plus tranché une fois que j'aurai trouvé le courage de me plonger dans les Mémoires d'Outre -tombe qui sait ? !
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ahasverus
  06 juillet 2013
Ahasverus Cornelius n'était encore qu'un tout petit bonhomme rieur et facétieux lorsqu'il ressentit les premiers frissons du romantisme. Sa maîtresse Madame C. venait de donner lecture aux élèves de 4ème B d'un extrait du René de Chateaubriand dans lequel le héros était surpris au milieu de ses incertitudes et rêvait d'accompagner les oiseaux de passage.
Ahasverus dit à Madame C. que lui aussi aurait bien voulu monter sur leurs ailes. Il avait même essayé deux ou trois fois avec deux poulets d'élevage et un canard. Mais ses échecs cinglants et la menace de poursuites d'une correspondante locale de la SPA lui confirmèrent ce qu'il pensait à priori : il était trop gros pour ce genre d'acrobaties et n'arriverait de toutes façons pas à faire comprendre ses intentions aux volatiles. Il décida de laisser tomber les oiseaux et tenta de se spécialiser dans la course aux filles.
Bien des années après qu'Ahasverus ait abandonné ce second projet sur les conseils de son conseiller d'insertion et de probation, ses doigts arthritiques trembleraient encore en découvrant intacte l'émotion que lui procurait le rythme des phrases du romantique auteur d'Atala, de René et du dernier Abencerage dans un volume ou les trois se trouvaient réunis.
Ahasverus nota ceci de cette nouvelle lecture :
"""Dans Atala, Chatcas fait le récit de sa fuite du camp des Indiens Muscogugles grâce à la belle Atala, qui se tue peu après.
Dans René, ce dernier explique à Chatcas les origines de sa mélancolie et les circonstances de la mort de sa soeur.
Dans le dernier des Abencerages, Aben-Ahmet , à l'occasion d'un pèlerinage à Grenade, tombe amoureux de la fille de son ennemi et choisit de disparaître à tout jamais."""
Ahasverus comprit qu'il était peu probable qu'il retrouve ces sujets dans un prochain On Ne Demande qu'A en Rire, même par Arnaud Tsamère. Bien qu'il le déplora, il songea qu'avec une si jolie plume, il était bien naturel que François-René de Chateaubriand eût accompagné des oiseaux aussi loin, et cette jolie association d'idées le consola.
D'ailleurs, en parlant d'oiseaux, il se souvint que le philosophe roumain et pessimiste Emil Cioran pensait de la mélancolie qu'elle empêchait les rossignols de se mettre à roter.
N. B. pour les obstinés méritants seulement : Admirable romantisme : Chateaubriand est inhumé en Bretagne sur l'îlot du Grand Bé, face à la mer, afin qu'il puisse prolonger son dialogue avec elle... Sur sa tombe ne figure aucun nom, juste une plaque : "Un grand écrivain français a voulu reposer ici pour n'y entendre que le vent et la mer. Passant respecte sa dernière volonté."
Comme dirait justement James Hetfield : Respect for François-René !
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ibon
  06 janvier 2013
La poésie en prose, le lyrisme et le spleen De Chateaubriand sont, encore aujourd'hui, les grandes qualités de ces nouvelles qui ont initié la vague romantique du 19ème.
Sur les bords du Mississippi, vers 17.., un vieil indien, Chictas, raconte à René, un Européen, son aventure amoureuse de jeunesse avec la belle Atala. Chateaubriand en profite pour décrire la nature qu'il a réellement explorée.
Ces écrits parlent de passions amoureuses dont l'issue est tragique mais Chateaubriand se réfère à chaque fois à la religion pour les raisonner et brider ces tourments.
Dans Atala, l'auteur pointe les dangers de l'ignorance et de l'enthousiasme religieux qu'il oppose au véritable esprit de l'Évangile. Il se distingue aussi de l'idée du bon sauvage de Rousseau quand il décrit des scènes de tortures et il oppose ce sauvage à l'homme civilisé qui est, pour lui, chrétien...
Dans René, Chateaubriand évoque la tristesse joyeuse de son héros face à ses tourments concernant sa soeur.
Bien des passages paraissent aujourd'hui bien naïfs, d'autres dérangent quant à l'homme civilisé mais je me suis volontiers laissé guider par la prose de ce génie du romantisme.
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Xialyd
  30 juillet 2015
Bon, pour commencer, j'ai redécouvert cette œuvre culte du Romantisme en la piochant dans ma bibliothèque. Œuvre que je n'avais plus ressortie depuis le lycée au moins et dont je ne me rappelais rien malgré nombreuse annotations inscrites probablement par mes soins il y a environ dix ans.
C'est donc avec une curiosité nouvelle et plus de maturité (je l'espère) que je m'y suis replongée.
Tout d'abord je suis juste enchantée par le style de Chateaubriand. Sa poésie est vraiment magnifique. Je ne suis pas une fervente admiratrice des descriptions sans fin mais les siennes sont très bien dosées et magnifiques. Il nous fait naviguer à travers différents tableaux tout le long du récit.
Dans le fond, l'auteur nous dépeint ce fameux " mal du siècle", la solitude et la passion soufflée par le tragique. Soufflée car mauvaise et pour "punir".
Atala morte pensant qu'elle ne pouvait pas survivre en brisant ses vœux de chasteté promis à sa mère pour l'amour de Chactas, au point de se suicider ayant recourt à l'ultime pêché si je puis dire. Amélie prenant le voile pour s'éloigner de son frère qu'elle semble aimer d'un amour ambiguë et qui la plonge elle-même dans la mélancolie dont elle était venue le sortir. René qui semble châtié par la mort de cette sœur qui avait tout donné de sa bonté pour aidée ses paires malades au couvent.
Ce sont de belles histoires tristes et touchantes mais hélas, je n'ai pas toujours adhéré. Pourquoi ? Je vais être franche : je ne suis pas du tout portée sur la religion. Et le fil porteur de cette œuvre c'est la foi en Dieu et Jésus-Christ. Je me remets dans le contexte de l'histoire et dans l"époque où elle a été écrite. Je prends du recul. Je sais que je pense en femme du 21ème siècle occidentale mais c'est dur.
Ces personnages sont tellement religieux et au final ils ne sont pas heureux. Attention, je ne veux pas lancer de polémique ou de débat. J'essaie juste d'établir une observation. Seul Chactas en bon sage, a pu vivre avec son passé en se tournant vers la religion comme promos à sa bien-aimée Atala. Atala que j'ai d'ailleurs trouvé extrêmement intéressante, m'attendant à une jeune fille très passive cantonnée à son rôle de femme de l'époque. A sa façon, elle était très...présente, forte et courageuse. Plusieurs fois elle a aidé Chactas, restant maîtresse d'elle-même, le guidant, soignant ses blessures. J'ai été attristée qu'elle ne parle pas de son histoire plus tôt.
René est totalement blasé de ce qui l'entoure alors que le feu de la jeunesse devrait le consumer. C'est le mal de son époque du moins pour un jeune homme de sa condition qui n'est certainement pas celle de la paysannerie, de plus inspirée par celle de l'auteur. Je trouve intéressant de pouvoir faire un pendant de notre époque. Ce genre de mal n'a pas si disparu que cela. J'en reviens à lui : son histoire avec sa soeur, son amour sororal est... étrange. Est-il question d'une forme d'inceste ? Suis-je tellement "dérangée" par toute cette "vertu religieuse" que j'y cherche autre chose dans ce récit ? lol Bref. Du coup cela me rend ce duo/couple très attachant et peut-être un peu moins niais que celui de Chactas/Atala.
J'ai été frappée par la description de la prise du voile d'Amélie. On y voit presque une cérémonie funèbre. Le renoncement d'Amélie, la mort de sa vie de "pécheresse" (enfin moi je la trouve parfaitement pure cette jeune fille, malgré tout ça), le désespoir palpable de Renée. Moi j'y vois aussi une cérémonie nuptiale. Amélie prend Dieu comme époux . Et la façon dont René s'effondre pourrait presque s'apparenter à l'amant brisé face à une union dont il n'est pas le marié et ne le sera jamais. Je me serais presque attendue à entendre le célèbre " si quelqu'un s'oppose à ce mariage, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais".
Bref, comme vous l'aurez remarqué c'est la suite d'Atala qui m'a le plus marquée sans doute pour son petit parfum de scandale qui n'y est peut-être pas ? Et pour cette torture psychologique qui tourmentent les personnages. (Comme je l'ai déjà dit ailleurs, je ne suis pas fan des personnages TROP torturés, on tombe facilement dans le cliché, mais ici j'ai bien aimé ). Et qui du coup me rend les personnages plus humains à leur manière de l'époque. Chactas et Atala sont trop proche de saints. Atala est d'ailleurs souvent qualifiée de la sorte dans le roman.
Pour finir, bien qu'il soit trop religieux pour moi, je recommande ce livre pour la culture générale et pour le style de l'auteur qui est un joli trésor.
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rabanne
  03 avril 2016
Encore une lecture datant du lycée.
Elle avait été un peu gâchée par la place omniprésente de la religion chrétienne, par la condescendance envers les tribus "sauvages" (éducation, conversion au christianisme) et la direction tragique du récit, bien que typiques de la littérature de cette époque (romantisme).
Chactas, un vieil Indien de la tribu du même nom, entreprend de raconter à René les aventures de sa jeunesse.
Adopté par un chrétien, nommé Lopez, il est fait prisonnier à l'âge de 20 ans par une tribu ennemie. Atala, une jeune Indienne d'éducation chrétienne, va le sauver...
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BibaliceBibalice   10 juillet 2013
Je ne sais ce que le ciel me réserve, et s'il a voulu m'avertir que les orages accompagneraient partout mes pas. L'ordre était donné pour le départ de la flotte ; déjà plusieurs vaisseaux avaient appareillé au baisser du soleil ; je m'étais arrangé pour passer la dernière nuit à terre, afin d'écrire ma lettre d'adieux à Amélie. Vers minuit, tandis que je m'occupe de ce soin et que je mouille mon papier de mes larmes, le bruit des vents vient frapper mon oreille. J'écoute, et au milieu de la tempête je distingue les coups de canon d'alarme mêlés au glas de la cloche monastique. Je vole sur le rivage où tout était désert et où l'on n'entendait que le rugissement des flots. Je m'assieds sur un rocher. D'un côté s'étendent les vagues étincelantes, de l'autre les murs sombres du monastère se perdent confusément dans les cieux. Une petite lumière paraissait à la fenêtre grillée. Etait-ce toi, ô mon Amélie ! qui, prosternée au pied du crucifix, priais le Dieu des orages d'épargner ton malheureux frère ? la tempête sur les flots, le calme dans ta retraite ; des hommes brisés sur des écueils, au pied de l'asile que rien ne peut troubler ; l'infini de l'autre côté du mur d'une cellule ; les fanaux agités des vaisseaux, le phare immobile du couvent ; l'incertitude des destinées du navigateur, la vestale connaissant dans un seul jour tous les jours futurs de sa vie ; d'une autre part, une âme telle que la tienne, ô Amélie, orageuse comme l'Océan ; un naufrage plus affreux que celui du marinier : tout ce tableau est encore profondément gravé dans ma mémoire. Soleil de ce ciel nouveau, maintenant témoin de mes larmes, échos du rivage américain qui répétez les accents de René, ce fut le lendemain de cette nuit terrible qu'appuyé sur le gaillard de mon vaisseau je vis s'éloigner pour jamais ma terre natale ! Je contemplai longtemps sur la côte les derniers balancements des arbres de la patrie et les faites du monastère qui s'abaissaient à l'horizon. " (René)
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LydiaBLydiaB   16 mai 2010
Depuis la chasse du castor, où le Sachem aveugle raconta ses aventures à René, celui-ci n'avait jamais voulu parler des siennes. Cependant Chactas et le missionnaire désiraient vivement connaître par quel malheur un Européen bien né avait été conduit à l'étrange résolution de s'ensevelir dans les déserts de la Louisiane. René avait toujours donné pour motif de ses refus le peu d'intérêt de son histoire, qui se bornait, disait-il, à celles de ses pensées et de ses sentiments. " Quant à l'événement qui m'a déterminé à passer en Amérique, ajoutait-il je le dois ensevelir dans un éternel oubli. "

Quelques années s'écoulèrent de la sorte, sans que les deux vieillards lui pussent arracher son secret. Une lettre qu'il reçut d'Europe, par le bureau des Missions étrangères, redoubla tellement sa tristesse, qu'il fuyait jusqu'à ses vieux amis. Ils n'en furent que plus ardents à le presser de leur ouvrir son cœur ; ils y mirent tant de discrétion, de douceur et d'autorité, qu'il fut enfin obligé de les satisfaire. Il prit donc jour avec eux pour leur raconter, non les aventures de sa vie, puisqu'il n'en avait point éprouvé, mais les sentiments secrets de son âme.

Le 21 de ce mois que les sauvages appellent la lune des fleurs, René se rendit à la cabane de Chactas. Il donna le bras au Sachem, et le conduisit sous un sassafras, au bord du Meschacebé. Le père Souël ne tarda pas à arriver au rendez-vous. L'aurore se levait : à quelque distance dans la plaine, on apercevait le village des Natchez, avec son bocage de mûriers et ses cabanes qui ressemblent à des ruches d'abeilles. La colonie française et le fort Rosalie se montraient sur la droite, au bord du fleuve. (René)
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LydiaBLydiaB   16 mai 2010
Dans cette ville, nouvellement bâtie par les Espagnols, je courais le risque d’être enlevé pour les mines de Mexico, lorsqu’un vieux Castillan, nommé Lopez, touché de ma jeunesse et de ma simplicité, m’offrit un asile, et me présenta à une sœur avec laquelle il vivait sans épouse.

Tous les deux prirent pour moi les sentiments les plus tendres. On m’éleva avec beaucoup de soin, on me donna toutes sortes de maîtres. Mais après avoir passé trente lunes à Saint-Augustin, je fus saisi du dégoût de la vie des cités. Je dépérissais à vue d’œil : tantôt je demeurais immobile pendant des heures, à contempler la cime des lointaines forêts ; tantôt on me trouvait assis au bord d’un fleuve, que je regardais tristement couler. Je me peignais les bois à travers lesquels cette onde avait passé, et mon âme était tout entière à la solitude.

Ne pouvant plus résister à l’envie de retourner au désert, un matin je me présentai à Lopez, vêtu de mes habits de Sauvage, tenant d’une main mon arc et mes flèches, et de l’autre mes vêtements européens. Je les remis à mon généreux protecteur, aux pieds duquel je tombai, en versant des torrents de larmes. Je me donnai des noms odieux, je m’accusai d’ingratitude : Mais enfin, lui dis-je, ô mon père, tu le vois toi-même : je meurs, si je ne reprends la vie de l’Indien.

Lopez, frappé d’étonnement, voulut me détourner de mon dessein. Il me représenta les dangers que j’allais courir, en m’exposant à tomber de nouveau entre les mains des Muscogulges. Mais voyant que j’étais résolu à tout entreprendre, fondant en pleurs, et me serrant dans ses bras : Va, s’écria-t-il, enfant de la nature ! reprends cette indépendance de l’homme, que Lopez ne te veut point ravir. Si j’étais plus jeune moi-même, je t’accompagnerais au désert (où j’ai aussi de doux souvenirs !) et je te remettrais dans les bras de ta mère. Quand tu seras dans tes forêts, songe quelquefois à ce vieil Espagnol qui te donna l’hospitalité, et rappelle-toi, pour te porter à l’amour de tes semblables, que la première expérience que tu as faite du cœur humain, a été toute en sa faveur. Lopez finit par une prière au Dieu des chrétiens, dont j’avais refusé d’embrasser le culte, et nous nous quittâmes avec des sanglots. (Atala)
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LydiaBLydiaB   16 mai 2010
Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit : " Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme ! " Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.

Les Maures d'Espagne qui partagèrent le sort de leur roi se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Goméles s'établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiraient leur origine. Les Vanégas et les Alabès s'arrêtèrent sur la côte, depuis Oran jusqu'à Alger ; enfin les Abencerages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent, à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l'on distingue encore aujourd'hui des Maures d'Afrique par l'élégance de ses mœurs et la douceur de ses lois.

Ces familles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paradis de Grenade vivait toujours dans leur mémoire ; les mères en redisaient le nom aux enfants qui suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient avec les romances des Zégris et des Abencerages. Tous les cinq jours on priait dans la mosquée, en se tournant vers Grenade. On invoquait Allah, afin qu'il rendit à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, son brillant soleil : loin des Tours vermeilles, il n'y avait ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure, ni soleil digne d'être regardé. Si l'on montrait à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouait la tête, et s'écriait en soupirant : " Grenade ! " (Le Dernier Abencerage)
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CielvariableCielvariable   11 mai 2013
(...) Dans ce moment même, les crocodiles, aux approches du coucher du soleil, commençaient à faire entendre leurs rugissements. Atala me dit : " Quittons ces lieux. " J’entraînai la fille de Simaghan au pied des coteaux qui formaient des golfes de verdure en avançant leurs promontoires dans la savane. Tout était calme et superbe au désert. La cigogne criait sur son nid ; les bois retentissaient du chant monotone des cailles, du sifflement des perruches, du mugissement des bisons et du hennissement des cavales siminoles.

Notre promenade fut presque muette. Je marchais à côté d’Atala ; elle tenait le bout de la corde que je l’avais forcée de reprendre. Quelquefois nous versions des pleurs, quelquefois nous essayions de sourire. Un regard tantôt levé vers le ciel, tantôt attaché à la terre, une oreille attentive au chant de l’oiseau, un geste vers le soleil couchant, une main tendrement serrée, un sein tour à tour palpitant, tour à tour tranquille, les noms de Chactas et d’Atala doucement répétés par intervalles.... O première promenade de l’amour ! il faut que votre souvenir soit bien puissant, puisque après tant d’années d’infortune vous remuez encore le coeur du vieux Chactas !

Qu’ils sont incompréhensibles les mortels agités par des passions ! Je venais d’abandonner le généreux Lopez, je venais de m’exposer à tous les dangers pour être libre : dans un instant le regard d’une femme avait changé mes goûts, mes résolutions, mes pensées ! Oubliant mon pays, ma mère, ma cabane et la mort affreuse qui m’attendait, j’étais devenu indifférent à tout ce qui n’était pas Atala. Sans force pour m’élever à la raison de l’homme, j’étais retombé tout à coup dans une espèce d’enfance ; et loin de pouvoir rien faire pour me soustraire aux maux qui m’attendaient, j’aurais eu presque besoin qu’on s’occupât de mon sommeil et de ma nourriture. Ce fut donc vainement qu’après nos courses dans la savane, Atala, se jetant à mes genoux, m’invita de nouveau à la quitter. Je lui protestai que je retournerais seul au camp si elle refusait de me rattacher au pied de mon arbre. Elle fut obligée de me satisfaire, espérant me convaincre une autre fois.

Le lendemain de cette journée, qui décida du destin de ma vie, on s’arrêta dans une vallée, non loin de Cuscowilla, capitale des Siminoles. Ces Indiens, unis aux Muscogulges, forment avec eux la confédération des Creeks. La fille du pays des palmiers vint me trouver au milieu de la nuit. Elle me conduisit dans une grande forêt de pins, et renouvela ses prières pour m’engager à la fuite. Sans lui répondre, je pris sa main dans ma main, et je forçai cette biche altérée d’errer avec moi dans la forêt. La nuit était délicieuse. Le Génie des airs secouait sa chevelure bleue, embaumée de la senteur des pins, et l’on respirait la faible odeur d’ambre qu’exhalaient les crocodiles couchés sous les tamarins des fleuves. La lune brillait au milieu d’un azur sans tache, et sa lumière gris de perle descendait sur la cime indéterminée des forêts. Aucun bruit ne se faisait entendre, hors je ne sais quelle harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des bois : on eût dit que l’âme de la solitude soupirait dans toute l’étendue du désert.
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Videos de François-René de Chateaubriand (49) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François-René de Chateaubriand
L'émission intégrale : https://www.web-tv-culture.com/emission/jerome-attal-la-petite-sonneuse-de-cloches-51577.html
A la fois dandy et Pierrot lunaire, Jérôme Attal avance tel un funambule, entre tendresse, humour et sensibilité. Depuis son premier livre, « L?amour en lambeaux », en 2007, il a su fidéliser son lectorat et prouver un réel sens de l?écriture. Romancier, il a aussi imposé son nom dans le monde de la musique en écrivant pour de nombreux artistes, tels Florent Pagny, Jennifer ou Johnny Hallyday. Si l?exercice est différent, Jérôme Attal voit tout de même de nombreux points communs entre ces deux activités et surtout une même finalité, jouer avec les mots pour transmettre des émotions. Les sujets et les personnages de ses romans sont très diversifiés. On y décèle toutefois des fils rouges comme l?attachement aux souvenirs d?enfance, la fragilité du lien amoureux et puis la langue, belle et présente, avec un vrai travail sur le choix des mots et la construction des phrases. « Les jonquilles de Green Park », « 37, étoiles filantes », les plus récents titres de Jérôme Attal, ont séduit les librairies comme les lecteurs. Nul doute que ce nouveau livre trouvera aussi son public. Nous voici à Londres en 1793, où le jeune Chateaubriand a fui la Révolution. Sans un sou en poche, il dort une nuit dans l?abbaye de Westminster, le baiser d?une jeune fille, la sonneuse de cloches, le tirera de son rêve. Mais ce baiser a-t-il réellement existé ou n?est ce qu?une affabulation que Chabteaubriand, devenu l?auteur que l?on sait, racontera dans ses « Mémoires d?outre-tombe». 220 ans plus tard, Joachim, un jeune français, en mémoire à son père, part à Londres, lui aussi sur les traces de la petite sonneuse de cloches, cherchant à savoir si elle a réellement existé. Dans une déclaration d?amour à la capitale britannique, du Londres de la fin du XVIIIème siècle à celui d?aujourd?hui, Jérôme Attal n?a pas son pareil pour nous inviter à larguer les amarres. Avec son écriture toute en finesse et en élégance, il nous embarque dans cette drôle d?aventures, sur les traces De Chateaubriand. Et tel un enquêteur, nous voilà dans les bibliothèques londoniennes où l?amour peut se cacher derrière chaque porte. Voilà un joli roman, plein de fraicheur. Mais au-delà de cette intrigue amoureuse, Jérôme Attal aborde aussi d?autres thèmes essentiels comme la filiation, la transmission, et l?importance du lien charnel qui nous unit aux livres. Il écrit d?ailleurs « il s?agit d?un roman sur mon amour des livres ». Vous aussi, partez à la rencontre de « La petite sonneuse de cloches ». le nouveau roman de Jérôme Attal est publié aux éditions Robert Laffont.
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