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Michel Desforges (Éditeur scientifique)
EAN : 9782869307025
152 pages
Éditeur : Payot et Rivages (02/10/1993)
4.05/5   55 notes
Résumé :

Cette affaire absurde allait ruiner sa réputation de jeune officier sensé, bien élevé et plein d'avenir. Elle nuirait en tout cas à son avancement immédiat, et lui coûterait la bienveillance de son général. Ces préoccupations d'ordre matériel étaient sans aucun doute déplacées étant donné la solennité de l'instant. Un duel, considéré comme une cérémoni... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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ODP31
  27 mars 2020
En garde !
Les nouvelles sont tellement mauvaises qu'il est important d'en lire quelques-unes de bonnes en ce moment.
Bonnes nouvelles pour le lecteur mais pas forcément pour les deux belligérants du récit, les officiers hussards Féraud et D Hubert qui occupent les quelques permissions accordées pendant les guerres Napoléoniennes à se défier dans des duels. Leurs escarmouches vont même aller au-delà puisqu'elles vont durer presque vingt ans. Pas de Restauration dans les relations.
L'origine futile de la querelle relève presque du vol de goûter dans une cour d'école mais elle va participer à la construction de la légende des deux militaires. Féraud, rude et rustre gascon se vexe d'être dérangé dans un salon par l'élégant bourgeois D'Hubert, mandaté par sa hiérarchie pour le consigner chez lui suite à un duel trop sanglant contre un fils de famille. Il ne s'agit donc pas de laver sans adoucissant l'honneur d'un mari trompé et on est bien loin d'une vengeance à la Edmond Dantès. Mais rien ne peut plus arrêter l'engrenage de ces multiples confrontations.
Les carrières prestigieuses des deux hommes évoluent grâce à leur bravoure sur les champs de bataille mais leur animosité ne faiblit pas et chaque rencontre constitue une occasion pour s'affronter à l'épée, au pistolet, au sabre laser (non, là je m'emballe), enfin tout ce qui leur tombe sous la main, à pied ou à cheval.
Conrad s'inspira à priori d'une histoire vraie pour décrire cette histoire d'honneur, d'amour- propre et de testostérone dont D Hubert mesure l'absurdité mais qu'il ne peut faire cesser de peur de ruiner ses ambitions et sa réputation. Féraud, aux origines populaires, trouve dans le duel un prestige qui lui permet de s'en prendre aux « bien nés ». Il s'agit aussi d'un duel de classe et Féraud chasse les galons pour se tenir au niveau de son adversaire car les duels n'étaient tolérés qu'à grade égal.
Duel et littérature font bon ménage puisque nos plus grands auteurs s'y sont risqués : Victor Hugo et Alexandre Dumas par exemple. Certains poètes y ont même laissé la vie comme Alexandre Pouchkine. Pas étonnant donc que tant de romans célèbres intègrent de ces moments si romanesques et inoubliables. Valmont, Rodrigue, Hamlet, D'Artagnan, Dantès, Georges Duroy, Eugène Onéguine et tant d'autres nous ont joué le coup du face à face à potron minet à l'orée d'un bois, dans le brouillard et en jaquette blanche. Et à chaque fois, je marche, je compte les pas avec les témoins et j'attends fébrilement le verdict des armes. Un vrai gamin.
La pratique est heureusement passée de mode (le dernier duel connu opposa Gaston Deferre à René Ribière en 1967) mais avouons que cela nécessitait quand même un peu plus de courage que les tweets injurieux et anonyme.
Il y a autant de panache dans cette histoire publiée en 1908 que dans l'écriture de Conrad. Il ne masque en rien le côté absurde de cette aventure mais on se prend peu à peu d'affectation pour des personnages aux premiers abords pourtant bornés et arrogants.
Je n'avais par contre pas gardé un souvenir impérissable du film « les duellistes » de Ridley Scott tiré de cette nouvelle, en dehors de la performance d'Harvey Keitel.
Ce n'est pas l'oeuvre la plus connue de Joseph Conrad mais elle mérite de faire sonner le réveil à l'aube pour assister à ces duels.
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pdemweb1
  02 novembre 2014
La postface est intéressante, Joseph Conrad explique comment il a eu l'idée de cette nouvelle. Bien que les personnages principaux soient des hussard de Napoleon, Joseph Konrad est très peu loquasses sur la techniques du sabre ou des conquêtes Napoléonienne. C'est une nouvelle virile où seul l'honneur compte, Joseph Konrad a réussi un pamphlet contre les militaires.
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Arakasi
  07 février 2018
Il y a quelque chose de fêlé sous le crâne de tout militaire qui se respecte, une forme très particulière de démence, parfois douce parfois féroce, qui pousse des hommes – par ailleurs très raisonnables – à risquer leur vie pour des sottises. Bon, raisonnable, le lieutenant Feraud ne l'est guère. Ce petit gascon colérique accumule les duels comme d'autres les poux et il ne se passe guère un mois sans qu'il ait une nouvelle querelle sur les bras. En revanche, le lieutenant D Hubert, aristocrate picard de vieille souche, devrait être capable de se montrer plus mesuré… Mais voyez comme ces gens-là ont l'honneur chatouilleux ! Sur un malentendu stupide et alors qu'ils résident tous deux dans la même garnison, les deux hommes se brouillent mortellement. Leur mésentente donnera lieu à une longue suite de combats qui deviendront rapidement légendaires au sein de la grande armée impériale. L'Europe tremble sur ses bases, les monarchies s'effondrent et se redressent, mais les lieutenants D Hubert et Feraud n'en ont cure. de Strasbourg à Paris, des déserts de Russie aux forêts de Picardie, ils se croisent, s'affrontent, se séparent pour mieux se retrouver et se battre encore. On a beau dire, une bonne haine, ça vous remplace efficacement les plus belles histoires d'amour !
Le signe distinctif des grands écrivains, c'est leur capacité à faire leur beurre avec n'importe quel aliment. A partir d'un fait divers amusant mais anecdotique de l'épopée impériale, Conrad forge avec « le Duel » une fable fascinante sur la haine, l'orgueil et les extravagances auxquelles ces deux sentiments peuvent pousser un homme. Dans son adaptation filmique de 1977, Ridley Scott a eu le tort d'héroïser le personnage D Hubert, en faisant un parangon de vertus aristocrates face à un Feraud dangereux et à la limite de la démence. le roman de Conrad est plus subtil que cela : il y a de aussi de la rage chez le lieutenant D Hubert, une soif de sang certes plus policée que chez Feraud mais bien présente tout de même, le second servant de révélateur à la violence du premier. Pour Conrad, cette soif de sang est de toute évidence intrinsèque à l'état de militaire. Tout l'enjeu du « Duel » réside donc dans la capacité D Hubert à dépasser cette violence et à devenir ainsi un homme civilisé. Mais les vieux ennemis sont un peu comme les vieux amis : quand vient l'heure de les quitter, on se surprendrait presque à les regretter…
Style superbe, humour acide, critique lucide et acérée du monde de l'armée… La seule chose que l'on pourrait reprocher à ce brillant petit roman est sa trop grande brièveté. Les frustrés pourront se rabattre sans hésitation sur l'excellente adaptation en bande dessinée « Duel » de Renaud Farace, sortie en avril 2017. L'auteur y brode avec talent sur le récit de Conrad, apportant entre autres une épaisseur bienvenue au personnage de Feraud et un approfondissement intéressant du contexte historique. Sur ce, je m'en vais de ce pas approfondir ma connaissance de l'oeuvre de Conrad !
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Christian_Attard
  19 mai 2017
Loin des aventures maritimes (Typhon, le nègre du Narcisse) qui rendirent célèbre l'écrivain d'origine polonaise Joseph Conrad, ce court roman est un chef d'oeuvre.
Alliant une remarquable connaissance de l'épopée napoléonienne à une maîtrise avérée du suspens, Joseph Conrad nous tient en haleine sur la seule trame d'une opposition aussi tenace que stupide entre deux soldats de l'Empire.
Sous la légèreté de ce thème principal se révèle toute la bêtise agressive des hommes voués à s'entre-tuer que ce soit à l'échelle des nations ou à celle plus intime d'une querelle de hussards.
La raison n'a pas plus de prise sur Feraud, le gascon borné que sur D Hubert, l'aristocrate. L'honneur sert de code et de justificatif à leurs assauts de testostérone.
Ignoré, oublié des critiques qui ont pensé ce roman comme mineur dans l'oeuvre géniale de Conrad, il faut lui rendre sa juste place.
L'immense talent de l'écrivain ne le fait pas tomber dans le piège commun de faire vivre des hommes du XIXe siècle avec nos sentiments et réactions du XXe. La reconstitution de l'époque est parfaite, le récit fluide et intelligent fait songer aux meilleurs contes De Maupassant ou de Daudet.
Enfin, je ne peux que recommander la vision du film de Ridley Scott : « Duelliste » tiré de l'ouvrage qui l'illustre et le magnifie à merveille. Harvey Keitel et Keith Carradine incarnant idéalement les personnages forts de Conrad.
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CeCedille
  18 novembre 2017
Le thème du duel inspire une des meilleures nouvelles du Joseph Conrad. Le cinéaste Ridley Scott en a tiré son excellent film « Les duellistes ». Mais l'original vaut encore mieux que le produit dérivé. Conrad raconte, à propos de sa nouvelle, qu'il en a trouvé l'idée dans un fait divers, lu dans un journal du Midi de la France. Le motif de la série de duels entre ces deux officiers de la grande armée n'avait jamais été éclairci. « Il me restait donc à l'imaginer, » écrit Conrad, « et je crois qu'étant donné les caractères respectifs des deux officiers, qu'il me fallait également inventer, je l'ai rendu suffisamment plausible par son absurdité même ». Il veut saisir « l'esprit d'une génération que le grand fracas des armes ne fit jamais purement militariste, et qui resta juvénile, presque enfantine dans l'exaltation des ses sentiments, naïvement héroïque dans sa foi. ». Il en tire un récit très dense qui permet de comprendre, au delà de l'absurdité de la querelle, son ressort intime : l'opposition entre l'officier de troupe (Féraud) et l'officier d'ordonnance (d'Hubert). Une sorte de jalousie de classe, que l'on retrouve à l'origine du duel entre Monsieur Georges et le Major Blunt dans "La Flèche d'or ", autre roman de Conrad : « La supériorité, l'inexprimable supériorité, la supériorité inconsciente, indescriptible, infaillible d'un homme du monde, né et absolument accompli, sur un simple jeune homme. Il souriait, plein d'aisance, correct, parfaitement délicieux, à tuer. » (p.212) «Il me vint à l'esprit que jamais je ne pourrai me trouver avec J.-K. Blunt sur un pied d'égalité, si ce n'est peut-être les armes à la main, un pistolet de préférence, qui, agissant à distance, a quelque chose de moins intime, en tout cas une arme quelconque. Car son existence physique celle qu'on pouvait lui enlever, était exactement pareille à la mienne et de la même sorte éphémère » (p. 204).
Dans « Le duel », comme dans toute l’œuvre de Conrad, et comme dans les albums de Tintin, par Hergé , il y a de savoureux personnages secondaires. Ainsi ce colonel qui voudrait mettre fin à ces duels incessants entre ses officiers : sa pensée comme son expression se réduisent rapidement à un chapelet de gros mots - à la manière du capitaine Haddock : « ...le colonel avança la lèvre inférieure, fixant au loin un regard immobile. C'était là chez lui marque de perplexité, expression pratiquement inconnue à son régiment, car la perplexité est un sentiment incompatible avec le grade de colonel de cavalerie. lLe colonel quant à lui était accablé par la nouveauté déplaisante d'une telle sensation. Comme il n'était pas habitué à réfléchir, en dehors de questions professionnelles, ayant trait au bien-être des hommes et des chevaux et de leur bonne utilisation sur le champ de gloire, ses efforts intellectuels dégénéraient en une simple répétition d'expressions impies: "Mille tonnerres !... pensait-il. Sacré nom de nom...". »
Mais Conrad sait aussi prendre de la hauteur pour inscrire son récit dans l'Histoire. Par l'incipit : « Napoléon Ier dont la carrière eut la caractère d'un combat singulier contre l'Europe entière... », et aussi par l'entrelacement alterné de la querelle des nations avec la querelle des deux officiers : « Quand pour un moment cessait le duel entre nations, le duel entre eux prenait aussitôt le relais. » note J.-B. Pontalis (Pile et face de X. L'objet de la jalousie , Cahiers pour la psychanalyse).
Comme l'a justement noté Pierre Assouline, dans une chronique de sa "République des livres", il faut lire et relire "Le duel", l'un des meilleurs textes de Conrad.
Un texte où il n'est pas un seul instant question de marine, de navire ou de mer ...

Lien : https://diacritiques.blogspo..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
pdemweb1pdemweb1   02 novembre 2014
Mais si le véritable courage consiste à aller confronter un odieux danger devant lequel reculent et notre corps, et notre âme et notre coeur, le général d'Hubert avait pour la première fois de sa vie l'occasion de l'expérimenter. Il avait chargé avec ivresse des batteries ou des carrés d'infanterie, et avait porté des messages sous des pluies de balles sans même y penser. Il lui fallait à présent se glisser furtivement dehors , à l'aube , pour aller vers une mort obscure et révoltante. ( page 101)
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ArakasiArakasi   25 janvier 2018
Nul homme ne réussit dans tout ce qu'il entreprend. En ce sens, nous sommes tous des ratés. L'essentiel est de ne pas échouer à rendre cohérent et à soutenir jusqu'au bout les efforts de notre vie.
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LaurenebLaureneb   10 juin 2018
Cela se passait à Strasbourg, et ils savouraient pleinement une brève période de paix dans cette importante et agréable garnison. Ils la goûtaient d'autant plus, en dépit de leur nature profondément belliqueuse, qu'il s'agissait d'une paix où l'on aiguise les sabres et astique les fusils, d'une paix chère au cœur du militaire, dont elle ne ternit pas le prestige, vu que personne ne la croit sincère et durable.
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CornelioCornelio   23 avril 2019
Pour régler ce différend qui ne souffrait pas d'attendre, ces deux jeunes gens avaient pris le risque d'être brisés et déshonorés au tout début, pour ainsi dire, de leur carrière. Et il craignait que l'enquête à venir ne réussisse pas à satisfaire la curiosité publique. Ils ne révéleraient jamais au public ce quelque chose qui s'était passé entre eux et qui constituait un tel outrage qu'ils avaient pris le risque d'être accusés de meurtre — ni plus ni moins. Mais que cela pouvait-il être ?
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afriqueahafriqueah   19 mai 2019
l'inexpérience d'un homme de quarante ans est bien plus grave que celle d'un garçon de vingt, car elle n'est pas secourue par l'ardeur d'un sang chaud.

Degout écoeurant face à l'absurdité de la situation, doute de sa propre capacité à diriger son existence et défiance vis à vis de ses meilleurs sentiments - il connut tour à tour tous ces sentiments.
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De Buenos Aires à Madrid, en passant par Paris et le Kent, ce roman nous entraîne au coeur des questionnements sur l'identité, la transmission, l'exil et l'écriture. Fils d'un immigré roumain installé à Buenos Aires, le narrateur, écrivain, décide de partir vivre à Paris. Dans un café, il prend l'habitude de lire les lettres que son père lui envoie et se remémore alors l'histoire de sa famille. Quand il apprend que son père est lui aussi en train d'écrire un livre, il se sent dérouté. Et voilà que vient s'intercaler une autre histoire, celle de Józef et de son épouse, Jessie, tous deux installés en Angleterre. Józef est écrivain lui aussi, d'origine polonaise, exilé en Angleterre : l'immense écrivain Joseph Conrad pourrait bien devenir le personnage du prochain roman de notre narrateur argentin.
À lire – Eduardo Berti, Un père étranger, trad. de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, éd. La Contre Allée, 2021.
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