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ISBN : 2021047865
Éditeur : Seuil (12/01/2012)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 310 notes)
Résumé :
Août 1926.
Chatham, Nouvelle-Angleterre, à quelques encablures du cap Cod: son église, son port de pêche et son école de garçons, fondée par Arthur Griswald, qui la dirige avec droiture et vertu. L'arrivée de la belle Mlle Channing, venue d'Afrique pour enseigner les arts plastiques à Chatham School, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts.
Henry, le fils adolescent de M Griswald, est... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  15 décembre 2014
Chatham, petite ville côtière de Nouvelle-Angleterre balayée par le vent. Henry Griswald se souviendra à jamais du drame qui se joua en 1927...
A Chatham School, dirigée de main de maître par le père d'Henry, Arthur, la rentrée scolaire sera à jamais marquée par l'arrivée de Melle Channing, nouvelle et charmante professeur d'arts plastiques. Arrivée tout droit de l'Afrique, des souvenirs pleins la tête et des ouvrages de son papa défunt, grand écrivain et voyageur, dans ses bagages, elle fut très bien accueillie par les élèves, notamment Henry, adolescent solitaire qui rêve d'un ailleurs. La jeune femme l'impressionne et il voit en elle comme une bulle d'oxygène. le jeune homme se rend souvent chez Melle Channing, au Milford Cottage, au lieu-dit Noir-Etang où s'est installée la jeune femme. Pour se rendre à la Chatham School, Leland Reed, professeur également, rescapé de la guerre, se propose de l'emmener et de la raccompagner, Mr Reed et sa famille habitant de l'autre côté de l'étang. Très vite, une étrange relation s'établit entre les deux enseignants. Henry sera témoin de ce rapprochement...
Des décennies plus tard, Henry se livre, à coeur ouvert, et raconte comment et pourquoi un tel drame a pu se jouer au Noir-Etang. Car, l'on sait, dès les premières pages, qu'il y a eu une tragédie, des morts, que la ville entière méprise au plus haut point cette jeune professeur venue perturber, bien malgré elle, la vie paisible et tranquille de Chatham. Un procès a eu lieu, des témoins sont venus à la barre, dont Henry et son papa, une femme a été montrée du doigt. L'intérêt principal vient du fait que le lecteur se place du côté d'Henry, l'on suit les événements selon ses ressentis, sa volonté farouche de quitter Chatham et sa famille dans laquelle il se sent prisonnier, l'espoir qu'il a placé en la personne de Melle Channing. L'auteur délivre par bribes les informations, nous entrainant dans une atmosphère saisissante et nous laissant imaginer le contenu de ce drame. Thomas H. Cook reprend ici les thèmes qui lui sont chers, à savoir la famille, les relations père-fils, les non-dits ou bien encore l'adolescence, période au cours de laquelle tous les rêves semblent encore possibles. Ce roman d'ambiance, à la fois dramatique et passionnel, où les descriptions sont d'un charme désuet et où l'on se prend d'affection pour ces héros au destin tragique est passionnant de bout en bout, avec un final époustouflant. L'écriture est subtile et profonde. Un roman noir parfaitement maîtrisé, tant sur le fond que sur la forme...
Rendez-vous Au lieu-dit Noir-Etang...
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Antyryia
  21 octobre 2016

"Alice Craddock
En loques dans le paddock
Où il est parti ton papa ?"
La rédaction de cette critique est particulièrement difficile et douloureuse.
Le mien, de papa, est parti il y a un an aujourd'hui. Un anniversaire que je n'ai aucune envie de célébrer, mais une date où je voulais lui rendre hommage. D'autant plus que c'est à lui que je dois mon goût pour les livres et la lecture.
La veille des funestes et imprévisibles évènements, il lisait tranquillement ce roman, Au lieu-dit Noir-Etang, confortablement installé dans son fauteuil. Il avait découvert Thomas H. Cook ( avec lequel il partageait l'année de naissance, 1947 ) quelques semaines auparavant et appréciait beaucoup cet auteur.
Je n'ai pas touché à son marque-page, qui est resté depuis figé à la page 244 des 355 que compte cette édition seuil policiers. Mais j'ai pris le temps cette semaine de lire intégralement ce prix Edgar Allan Poe Award 1997, tant pour sa valeur symbolique que parce que mon père avait exprimé le souhait nous le faire lire à ma mère et moi une fois sa lecture achevée.
Pour ma part je ne connaissais pas du tout cet écrivain. Il m'aura donc fallu une cinquantaine de pages pour me familiariser avec son style et avec cette narration très lente à laquelle je n'étais plus habitué. Je trouve aussi que le qualificatif de "policier" est trompeur. Il n'est ici que peu question de trouver le coupable et le mobile parmi une galerie de personnages. Une enquête a bien lieu mais n'est pas au coeur de l'intrigue. Et sans juger du genre policier que j'affectionne particulièrement, il s'agit ici de Littérature américaine avec un l'majuscule, d'un livre magnifiquement écrit, à la fois noir, subtil, intelligent et dont on ne ressort pas indemne.
A défaut d'intrigue policière proprement dite, le lecteur a bien un mystère à résoudre. Que s'est-il passé au Noir Etang exactement ce fameux jour qui deviendra le point culminant du roman ?
Dès le début du livre, le lecteur fait la connaissance du principal personnage, Mlle Channing. En août 1927, cette femme terriblement belle paraît hors du temps, comme née à une mauvaise époque. Thomas H. Cook lui donne d'ailleurs à plusieurs reprises un aspect fantomatique :
"cheveux emmêlés retombant en masse sur ses épaules dénudées, regard intense et interrogateur, lèvres charnues légèrement entrouvertes, tête inclinée mais regard droit devant, figure à la fois réelle et irréelle, éthérée mais engageante, représentée dans une attitude indéniablement séductrice."
"Je distingue une silhouette qui venait lentement dans notre direction, déchirant la grisaille à mesure de son approche, de sorte qu'elle semblait se lever tout doucement vers nous, tel un cadavre remontant à la surface d'une eau trouble."
Grande voyageuse ( Espagne, France, Italie, Afrique ), élevée par un père souhaitant qu'elle soit libre de ses choix, elle nous est présentée comme une femme avant-gardiste, en avance sur son époque. Artiste elle-même ( dessin, peinture, sculpture )( "l"art c'est comme l'amour, c'est tout ou rien" ), cultivée ( particulièrement en mythologie - elle sera d'ailleurs comparée aux héroïnes de tragédies grecques ), elle a été embauchée par le directeur de Chatham school pour enseigner aux garçons de l'école les arts plastiques.
Elle logera sur la côte, dans un cottage au Noir-Etang, un lieu qui lui rappellera les îles Los Màrtires ( pas besoin de dictionnaire je pense ) d'autant plus sinistre qu'il a déjà fait l'objet d'une première tragédie et qu'une seconde va y avoir lieu, dans un décor lugubre où le vent et l'océan mettent au supplice la haute falaise.
"La haute falaise s'effritait lentement et insidieusement comme notre corps s'effrite face au temps, nos rêves face à la réalité ou à la vie à laquelle on aspire face à celle qu'on mène."
Dès les tous premiers chapitres on sait que l'issue de son année d'enseignement sera dramatique ( "plus tard elle comparaîtrait en justice aux cris de la foule au-dehors : meurtrière ! meurtrière !" ) et qu'elle se retrouvera au tribunal pour répondre à des accusations de meurtre et d'adultère. Mais quels meurtres ? Dans quelles circonstances ? C'est ce qui nous est raconté au fur et à mesure dans une ambiance de plus en plus oppressante.
Concernant l'adultère en revanche, sans savoir s'il est réél, on devine très vite qu'il concerne monsieur Leland Reed. Ancien soldat ayant combattu en France - dont il n'est pas revenu indemne - il est marié à Abigail et père d'une petite Mary. Il est également professeur de littérature et voisin de Mlle Channing, de l'autre côté du Noir-Etang, sur lequel il se promène parfois en barque, à la lumière du phare.
C'est Henry Griswald, fils du directeur de Chatham school, qui nous relate cette histoire bien des années après le drame. La chronologie du récit est donc destructurée. Si la trame temporelle suit la majeure partie du temps sa scolarité en 1927-1928 et l'année de ses quinze ans, certains évènements ayant lieu après le drame interfèrent avec le récit. En particulier le procès de Mlle Channing dans lequel Henry sera témoin à charge et également d'autres faits bien ultérieurs comme la vente du cottage. Episodes passés ou futurs, tout ce qu'Henry nous raconte converge vers le drame qui lui ne nous sera relaté que dans les derniers chapitres. Evoquer un faisceau d'indices serait une formulation erronée, mais le lecteur peut cependant progressivement deviner une partie de ce qui va se jouer et quels personnages vont disparaître.
Si l'histoire nous est contée au travers des yeux d'Henry, c'est parce qu'il est connecté à l'ensemble des autres protagonistes. Il voit ses deux professeurs en dehors de l'école. Il construit un bateau avec M Reed, quant à Mlle Channing elle l'encourage à dessiner et apprend à lire à la domestique de la famille Griswald, Sarah, qu'il accompagne tous les dimanches.
Henry sera donc le témoin privilégié de la passion qui semble se nouer entre la sublime et indépendante Mlle Channing et son voisin marié, M Reed. Il surprend des regards, des gestes, les voit très souvent ensemble. Il voit cet amour comme un symbole de la liberté à laquelle il aspire plus que tout lui aussi ("je voulais être libre, n'avoir de comptes à rendre à personne, tendre vers quelque chose."). Loin de les condamner, il en oublie presque les victimes collatérales. Il s'oppose à son père dont il a une image conformiste, guindée et étriquée, au mode de vie trop provincial.
Parce qu'à Chatham, à cette époque qui plus est, une telle passion est inacceptable, interdite et assimilée à un délit. Cet amour brûlant et dévorant est comparé à l'éruption d'un volcan, mais sans qu'aucune plante ne puisse plus fleurir sur ses cendres.
"Un amour ne peut naître que d'un amour qui meure."
Sans jugement, Thomas H. Cook pose la question des limites de la liberté, au travers de ses différents protagonistes aux portraits soignés, à la psychologie finement analysée, représentant chacun à leur façon leur époque. Tant avec des yeux d'adultes qui la condamnent qu'avec ceux d'un adolescent qui en est épris. Avec également quelques personnages plus mesurés qui cherchent quelle place ils sont en droit de lui accorder ("essayant, du mieux que nous le pouvons, de trouver notre place entre la passion et l'ennui, l'extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable.").
Et puis, comme pour remuer le couteau dans la plaie, il est également beaucoup question de la paternité dans le roman, en particulier avec la relation parfois tendue entre Henry et son père, aux idéaux qui semblent s'opposer.
"M Reed était un vrai père pour moi, racontais-je à Me Parsons, avant de jeter un coup d'oeil en direction de mon propre père qui me fixait avec une triste question dans le regard : Et moi, qu'étais-je donc pour toi, mon fils ?"
"Je perçus l'amour qu'elle avait éprouvé pour lui et m'interrogeai sur ce que c'était que d'admirer son père."
A l'inverse, les liens entre Mlle Channing et son père étaient forts, incluant ces idéaux de liberté préalablement évoquée, l'éducation et les livres.
"Mon école, c'était mon père, répondit Mlle Channing. Il m'a tout appris."
Mon école a aussi été mon père, en CE2 et CM1 du moins. Il a été mon instituteur ces deux années là. Et en toute impartialité, il était très bon enseignant. Je savais déjà lire et écrire mais il a permis de m'améliorer en orthographe et grammaire. Sans oublier tout le reste : Mes premiers rudiments d'histoire de France, mes premières multiplications et divisions, quelques valeurs inculquées au détour de petites histoires matinales ou de fables de Jean de la Fontaine.
"Mon père aimait beaucoup lire Byron. Et Shelley. Et Keats."
Le mien lisait énormément, aussi bien les auteurs romantiques français du XIXème ( Chateaubriand surtout ) que Pierre Benoît, Dino Buzzati, Alexandre Dumas. Il appréciait également beaucoup les romans policiers plus anciens, avec une prédilection pour des écrivains comme Agatha Christie ou Patrick Quentin.
Tout petit j'avais droit avant de me coucher à mes 365 histoires d'animaux qu'il me contait soir après soir, premier pas probable du goût de la lecture qu'il m'a transmis. Encore tout jeune il m'a fait découvrir la comtesse de Ségur en plus des classiques de la bande dessinée comme Mickey ou Tintin. Au collège il m'a prêté ou offert Les trois mousquetaires ( et ses suites ), mes premiers Bob Morane puis ses intégrales d'Agatha Christie, de Charles Exbrayat ou se Sir Arthur Conan Doyle. le virus de la lecture a donc été héréditaire et ne m'a plus jamais quitté, même si par la suite chacun avait ses propres goûts et affinités littéraires, se rejoignant parfois puisque nous avons continué régulièrement à nous faire découvrir de nouveaux auteurs réciproquement.
"Quelque chose finalement lui redonna de l'impulsion. Peut-être la nécessité, le fait que la mort récente de son père ne lui laissait pas le choix."
Thomas H. Cook ne sera pas le dernier auteur que je découvrirai grâce à mon père. Etant donné l'immensité de sa bibliothèque, un large éventail de découvertes m'est encore offert.
Il était très habile en général pour résoudre les énigmes policières. Quand mon marque-page a rejoint le sien au chapitre 22, je n'ai pu m'empêcher de marquer une pause. A la fois mal à l'aise et essayant de deviner ce qu'il avait pu anticiper. J'aurais tellement aimé pouvoir partager mes impressions avec lui.
J'ai conscience de la longueur de mon texte mais j'avais beaucoup à exprimer, tant sur la lecture elle-même que sur les circonstances particulières entourant celle-ci. J'espère simplement ne pas avoir été maladroit dans mon témoignage, important à mes yeux.
J'achèverai mon discours avec une dernière citation de circonstance, bel exemple de la magnifique plume de l'auteur américain :
"Ce n'était rien qu'un minuscule point lumineux, cette vie que nous abritions, tout juste un fin rai de conscience, d'une fragilité inouïe, fugace et hasardeuse, qu'il s'agisse des vies les plus grandes comme des plus humbles, délicatement retenue par le plus léger des souffles."
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Crossroads
  27 juillet 2014
Une couverture aux allures de conte de Noël.
Les apparences sont souvent trompeuses...
Sentiment prédominant au sortir d'un tel récit, la maîtrise d'un auteur au sommet de son art.
Cook ou l'éloge de la patience.
Non content de vous plaquer une atmosphère poisseuse, de celles qui vous collent aux semelles autant que le fameux sparadrap aux doigts du capitaine Haddock, Cook parvient à maintenir le suspense jusqu'au bout du bout pour se lâcher dans un final mémorable.
Le tout sans jamais faire retomber le soufflé. Talent de conteur indéniable.
Si le sujet abordé ne brille pas de par son originalité, son évolution parfaitement domestiquée mériterait, elle, de se voir décerner le prix Edgar Allan Poe 1997 ! L'on m'apprend à l'instant que c'est désormais chose faite et amplement méritée !
Hallucinant de maîtrise, Cook plonge son lecteur dans un épais brouillard et le perd avec délectation. A petites doses homéopathiques, l'écrivain lève le voile de ce roman noir de chez noir au romantisme doux-amer pour lâcher les chevaux dans un ultime baroud d'honneur particulièrement éprouvant.
Une intensité rarement atteinte qui place ce petit joyau de noirceur tout en haut de l'oeuvre du maître.
Je savais qu'il excellait dans le domaine, mais de là à tutoyer la perfection...
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nameless
  11 mars 2019
Que s'est-il passé le 29 mai 1927, au lieu-dit Noir Etang, à proximité du Milford Cottage, modeste habitation isolée au milieu d'une forêt, où vit Elizabeth Rockbridge Channing, professeur d'arts plastiques à la Chatham School ? Point culminant d'une tragédie qui a mûri lentement, cette mortelle journée a marqué pour toujours l'esprit de ceux qui ont été témoins ou acteurs du drame, et qui y ont survécu.

Parmi eux, Henry Griswald, 14 ans au moment des faits, qui depuis 40 ans, inlassablement, ressasse la genèse de l'histoire. En 1926 Henry est scolarisé à la Chatham School où son père, qui mène une vie marquée par des événements prévisibles et de faible portée, étriquée et sans inspiration, est le directeur. Ecole de garçons pour que la présence de filles n'incite pas les jeunes gens à crâner ou à agir inconsidérément, elle est destinée à former de bons citoyens honnêtes et droits, qui feront ce que l'on attend d'eux : se marier, gagner leur vie, avoir des enfants. Henry n'est pas comme ses pairs qu'il juge ennuyeux et sans imagination. Adolescent exalté, il sait qu'il veut être libre, n'avoir de comptes à rendre à personne, tendre vers un but, tout en ignorant encore comment conquérir cette liberté et comment il l'utilisera. Il rêve de s'échapper de Chatham, bourgade qui peut paraître idyllique à ceux qui sont sans ambition, mais qui est pour lui une prison. 40 ans plus tard, il y est toujours notaire.

Elizabeth Channing apporte avec elle un vent de liberté lorsqu'elle arrive tout droit d'Afrique pour enseigner à la Chatham School. Fille d'un écrivain-voyageur, elle a mené une vie errante, libérée de toutes contraintes. Jeune femme célibataire, ouverte à des méthodes éducatives novatrices, elle encourage Henry à dessiner, à vivre ses passions, apprend à Sarah, une jeune immigrée irlandaise employée chez les Griswald, à lire et à écrire. Mais elle n'aurait jamais dû nouer une tendre idylle avec Leland Reed, l'un de ses collègues professeurs, marié et père d'une petite fille. En Nouvelle-Angleterre l'adultère est encore un crime passible de la prison, et il ne fait pas bon s'éloigner du centre de gravité sacré du foyer conjugal.

Tous les éléments sont en place pour que survienne « l'Affaire de Chatham », décrite avec un certain sens de l'hyperbole comme « une effroyable débauche shakespearienne faite de violence et de mort ». Henry quant à lui voit en Elizabeth, l'incarnation d'Hypatie, une femme vouée à une destinée sacrificielle. Depuis, il n'a pas trop de sa vie entière pour mesurer combien est fine et oscillante la corde raide sur laquelle on avance, combien le moindre faux pas peut se transformer en plongée fatale et combien il est difficile de trouver une place entre la passion et l'ennui, l'extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable. Un roman d'une beauté et d'une grandeur fascinantes !
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caro64
  25 mars 2012
Couronné d'un Edgar Poe Award (équivalent américain de notre Grand prix de littérature policière) en 1996, le nouveau roman de Thomas H. Cook, Au lieu-dit Noir-Étang..., est une nouvelle preuve de son immense talent de conteur.

Cela ressemble à un tableau d'Edward Hopper : Nouvelle-Angleterre, août 1926, la petite ville de Chataham, son église, son petit port de pêche, son phare, son école de garçons qui comptera un nouveau professeur, la jeune et belle Elisabeth Channing, venue enseigner les arts plastiques. de nombreuses décennies plus tard, Henry Griswald, fils du fondateur et directeur de Chatham Scool, se souvient des événements qui ont transformé définitivement la quiétude et l'harmonie des lieux et des êtres
Comment la naissance d'un amour tragique entre la jeune femme et M. Reed, professeur de lettres et père de famille, va tout balayer, provoquant le doute, la suspicion et la mort. Car ce roman noir est une oeuvre romantique, au sens tragique du terme. Henry voit en ce couple maudit "des versions modernes de Catherine et Heathcliff " des Hauts de Hurlevent de Emily Brontë. Il a raison. Les passions sont multiples, contradictoires, elles se répondent, se télescopent. Henry égrène ses souvenirs, les tableaux défilent devant nos yeux. La couleur sépia d'une vieille carte postale s'assombrit peu à peu et se pare d'ombres, le noir commence à remplir les coeurs et les regards. L'étang n'a jamais aussi bien porté son nom. Noire est la couleur car tous seront victimes.
Thomas H. Cook sait comment nous accrocher, sa prose limpide nous entraîne à travers le temps ; les différentes pièces du puzzle se mettent en place, petit à petit. le dénouement semble sans cesse nous échapper, nous fuir... Tel le ressac sur les rives de l'étang. Un doute plane sur le lecteur, que s'est-il réellement passé au lieu-dit Noir-Étang ? Et une phrase vient sans cesse nous perturber "la vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie." Alfred Hitchcock déclarait : "les femmes sont comme le suspense. Plus elles éveillent l'imagination, plus elles suscitent d'émotions." Cook l'a bien compris, pour notre plus grand bonheur de lecteurs.
Un Thomas Cook dans la grande tradition serais-je tenté de dire. Ce qui est un gage de qualité. C'est que l'on retrouve ici toutes ses thématiques : une société très hiérarchisée et traditionaliste, les relations père / fils, la force du doute et du soupçon, et le poids du passé. Mais, c'est aussi un superbe portrait de l'époque, celle des années vingt. Mais surtout, un grand livre sur la culpabilité et une réflexion autour de l'interprétation du mal. Un livre très profond et très bien écrit. Ne passez pas à côté de cet auteur et plus particulièrement de ce titre. C'est un régal de lecture !
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critiques presse (4)
LaPresse   20 août 2012
Le narrateur maintient le suspense de cette histoire de passion, de meurtre et d'adultère jusqu'à la dernière page, où la révélation finale tombe comme un couperet.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   15 juin 2012
Plus qu'un grand polar, Au lieu-dit Noir-Etang... est un grand roman tout court. De ceux que l'on garde dans sa bibliothèque et que l'on recommande chaudement.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte   12 juin 2012
Ce roman étrange, à l'atmosphère noire et romantique, d'une composition plutôt classique, au ton légèrement suranné, élaboré à partir d'une intrigue banalement sentimentale et plutôt fade s'achève sur une touche à la fois inattendue et pourtant évidente […].
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeMonde   13 janvier 2012
Grand nom de la littérature noire outre-Atlantique, cet ancien professeur d'histoire s'impose par son talent à dépeindre par touches subtiles les destins simples et forcément tragiques, comme les paysages changeants et tourmentés. De ces paysages où le ciel trop bleu ne peut qu'annoncer l'orage.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
torpedotorpedo   10 octobre 2018
En pensant à tout cela, en regardant Myrtle Street couler indolemment devant moi, tel un ruisseau, dans toute sa platitude et toute sa suffisance, je pris conscience de n'avoir connu que le mode de vie défini par Chatham School, de n'avoir jamais envisagé qu'un autre pouvait m'être accessible. En tout cas, je n'avais jamais imaginé que mon destin pouvait ne pas être joué d'avance. Je sortirais de Chatham School, diplôme en poche, j'irais à l'université, je gagnerais ma vie, je fonderais une famille. Je ferais comme mon père et comme son père avant lui. Une autre date marquait ma naissance et une autre date marquerait ma mort. A part cela, je vivrais comme ils auraient vécu, mourrais comme ils seraient morts, trouverais les joies et les beautés que l'existence avait à offrir dans les mêmes sentiers battus qu'ils avaient eux-mêmes empruntés avant moi à l'âge tendre.
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claudine42claudine42   10 décembre 2014
Je ne revis Mlle Channing que plus tard dans l'après-midi dans la salle de classe.
- Aujourd'hui, nous allons commencer les paysages. Voici la forme grossière d'un volcan.
À ces mots, son visage s'empreignit de cette curieuse intimité à laquelle je m'étais accoutumé alors, faite de ces étranges recoupements entre l'enseignement qu'elle prodiguait et sa vie.
- Il n'y a rien sur terre, pas même la mer, devant quoi l'on se sente aussi petit que face à un volcan, dit-elle.
Puis elle nous raconta la fois où son père l'avait emmenée découvrir l'Etna. Son immensité ne pouvait se concevoir par ceux qui ne l'avaient pas vu de leurs propres yeux. Il jaillissait de sa base jusqu'à plus de trois mille mètres de hauteur, et la ligne de chemin de fer qui le contournait faisait près de cent cinquante kilomètres de long.
Mon père était effaré par la violence de l'Etna, relata-t-elle.
Elle paraissait se représenter cette coulée incandescente roulant sur les pentes, se déversant dans la vallée, détruisant tout par les flammes, consumant des villages entiers dans sa course effrénée vers la mer
- Mais ce qui m'a le plus marquée sur l'Etna, c'est qu'il y avait des fleurs partout. Sur la pente et dans la vallée. Il y en avait tant que même au bord du cratère où je voyais monter les fumerolles et les vapeurs, même là, où tout était désolé, je sentais le parfum des fleurs en contrebas.
- Des fleurs qui poussaient dans des cendres ...
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Corboland78Corboland78   07 décembre 2015
- C’est ici, annonça mon père. Milford Cottage. Il paraissait minuscule comparé à notre maison de Myrtle Street, si écrasé par la forêt alentour qu’il semblait se tapir, apeuré, dans un poing de verdure, juste devant une sombre étendue d’eau, plate, immobile, terne, aux profondeurs opaques, inexplorées, pareille à un grand trou dans le cœur des choses. – Voici le lieu-dit Noir-Etang, indiqua mon père. Mlle Channing se pencha légèrement en avant pour examiner le cottage à travers l’averse, à la manière d’un peintre qui réfléchit à la composition d’un tableau, évaluant la lumière, se demandant où placer le chevalet. Cette expression, je la lui reverrais souvent pendant l’année à venir, intense, curieuse, un visage qui semblait aspirer tout ce qui l’entourait par une étrange force d’attraction qui lui était propre.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   12 août 2012
Une phrase me frappa à jamais : « La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie ». Je me souviens qu’une exaltation farouche gonflait mon cœur à mesure que je lisais et relisais cette phrase dans ma chambre, et qu’il me semblait qu’elle illuminait tout ce que j’avais ressenti jusqu’alors. Aujourd’hui encore, je suis frappé de constater que nulles ténèbres n’avaient jamais surgi d’une flamme aussi vive.
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BazartBazart   05 août 2013

Quelques instants plus tard, nous étions remontés en voiture et reculions dans Plymouth Road. A travers les cordes de pluie qui cinglaient sur le pare-brise, je voyais Mlle Channing sur le seuil du cottage, son visage si paisible et si lumineux tandis qu’elle nous faisait au revoir de la main que je choisis souvent de me souvenir d’elle comme elle était ce premier soir et non telle que je la revis lors de notre dernière rencontre : les cheveux attachés en désordre, le teint brouillé, entourée de l’odeur puissante, humide et froide de la mort.
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Vidéo de Thomas H. Cook
Evidence Of Blood Trailer 1998
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