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EAN : 9782021020946
140 pages
Éditeur : Seuil (05/01/2012)

Note moyenne : 3.43/5 (sur 59 notes)
Résumé :


L’Apocalypse n’est pas un événement visible, parce qu’elle frappe individuellement. Ainsi, la narratrice se plie à l’ordre de l’Ange annonciateur : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Elle s’attelle au récit d’une certaine Fin des Temps, celle des valeurs patriarcales et normées, incarnées par le couple hétérosexuel. Modifier le réel est l’unique solution, mais l’usage de la fiction se complique lorsqu’il engendre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
aranzueque-arrieta
  24 avril 2012
Une femme avec personne dedans
Chloé Delaume
Seuil

Isabelle Bordelin, dite Silence Majuscule, rêve de devenir Chloé Delaume. Celle-ci refuse de publier le texte qu'elle lui envoie, son style n'étant qu'une grossière caricature du sien ; en réaction elle se suicide.
Voilà comment débute le nouveau Chloé Delaume. C'est à la fois un roman et un essai. le texte nous propose une analyse de son Moi pluriel (+ Sur-moi + Ça...) et de ses variantes ainsi qu'une tentative de définition de l'autofiction - obsession delaumienne -.
Dès le début le livre joue cartes sur table : « Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Livre et vie s'entremêlent, mon Moi en trois parcelles, auteur, narratrice, héroïne. [...] J'écris et je m'écris. »
On suit le parcours déconstruit de Chloé Delaume au-delà de sa bipolarité clinique, à travers sa tripolarité fictionnelle.
Le récit interpelle par la difficulté de sa lecture. le texte est exigeant d'un point de vue littéraire, assez opaque au premier abord, le lecteur - tour à tour confident, témoin, ennemi - peut s'y perdre - ou s'ennuyer... -, mais les qualités stylistiques sont indéniables.
L'auteure joue sans cesse sur la construction et la déconstruction, tant du texte que de sa personne parfois avec humour ou dérision, parfois avec cynisme.
Rappelons que Chloé Delaume est un pseudonyme, ou plutôt une nouvelle personnalité/identité qu'elle s'est fabriquée pour réécrire sa vie ; ainsi, le travail d'autofiction, le désir de « s'écrire » prend un autre relief, tout comme la mise en scène/en écriture de sa vie, en représentation - littéraire - permanente.
Une femme avec personne dedans est aussi un pamphlet contre un certain type de féminisme, de conception de la femme, celui qui lutte contre la prostitution comme choix de vie, celui qui réserve aux femmes le devoir et non le droit de s'épanouir à travers la maternité. Chloé Delaume fait la nique à cette vision consensuelle, hypocrite et formatée de la femme. Elle est une militante farouche de l'anti-enfantement. Cette position explique en partie le titre du livre : être, devenir ou se penser « femme » ne consiste pas à avoir quelqu'un dedans, à enfanter, à donner la vie ; d'ailleurs l'auteure assume le droit de donner la mort dans ses livres - ce prolongement de la vie -, elle tue - parfois tente de se tuer sans succès -, elle assassine, revendiquant ce pouvoir suprême que confère l'écriture.
Une femme avec personne dedans demeure un livre dérangeant et inquiétant qui laisse toute sa place à l'écriture.
L'aspect obsessionnel de son auto-analyse à travers l'autofiction devient au bout d'un moment pesant. On sent un goût prononcé pour l'exhibitionnisme sans concession. On glisse un peu trop souvent dans la masturbation intellectuelle à sens unique.
L'écriture prend aussi une dimension chamanique, proche de la magie noire ; le discours narratif devient alors incantatoire, mais il s'agit d'une incantation de la destruction de la norme, du moule littéraire et humain.
La richesse philosophique, politique et sociologique du livre le dessert aussi, notamment lorsqu'il prend l'aspect d'un fourre-tout ; on assiste aux réflexions de Chloé Delaume sur l'amour, le sexe, la prostitution, le couple, la pensée straight, la maladie, le suicide, etc.
Le roman propose des envolées lyriques de haut-vol mais également des passages plus drôles et légers, néanmoins tout parait trop contrôlé, l'architecture narrative est trop voyante ; la trinité « auteur, narratrice et héroïne » perd de son humanité, s'enfermant dans une tour de lettres où elle pratique - avec ou sans plaisir ? - l'onanisme littéraire. L'obsession de maîtriser le récit pour contrôler sa vie a ses limites...
Une femme avec personne dedans demeure certes une curiosité littéraire, mais l'écriture de l'intime exhibée à outrance n'est pas toujours convaincante.

http://faranzuequearrieta.free.fr
Lien : http://faranzuequearrieta.sk..
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PeregrinateurLitteraireCompulsif
  22 mars 2019
« Ah ! On a le droit d'écrire comme ça » disait Nina Yargekov dans une interview, au sujet de ses coups de coeur littéraires, faisant référence à Chloé Delaume. Alors moi, comme j'apprécie beaucoup le travail de Nina Yargekov, j'ai voulu lire Chloé Delaume. Oui, je ne voulais pas passer à côté d'une lecture vitale, vous comprenez ? le premier Delaume qui me soit tombé sous la main est « Une femme avec personne dedans », publié en 2012.
Que dire ? le mot convenu, d'abord : OVNI. Ou plutôt OLNI, mais ça revient au même.
Chloé Delaume adopte une écriture résolument expérimentale en compressant la phrase, procédant par juxtaposition, accumulation, s'affranchissant des verbes et de la ponctuation interne, provoquant des chocs poétiques d'une incroyable fulgurance. Quant au sens du propos... il se révèle difficile à appréhender, à vrai dire. Hypersexualisé, le texte aborde, de façon tout à tour conceptuelle ou très crue, les thématiques de la violence, de la mort, de l'amour, de la liberté, de la construction de soi...
Mais au-delà, il faut dire que cette oeuvre est tout autant une autofiction savante et parabolique qu'une réflexion performative sur la création littéraire. Et là je me demande bien comment je peux vous donner envie de lire ce texte après avoir écrit ces mots passablement barbares. Alors peut-être, plus simplement (mais sans garantie) : éléments autobiographiques, fictifs, mythologiques, théoriques (et plus si affinités) se mêlent et forment un joyeux gloubi-boulga résolument expérimental, une quête du Je qui pousse le genre romanesque dans ses derniers retranchements.
C'est peut-être, paradoxalement, ce qu'on reprochera principalement à ce roman, alors que c'est l'essence même de l'écriture de Chloé Delaume : ce côté élitiste, fumeux, artificiellement complexifié, au point d'en délaisser l'avancée de l'intrigue, au point peut-être de perdre en cours de route un lecteur pourtant conquis par la voix originale et percutante de l'auteur.
(Par parenthèse, majorité de b, talonnée par les a , et très peu de c ; ceux qui liront jusqu'au bout comprendront...)
La lecture d'une autre oeuvre de Chloé Delaume, d'ici quelques semaines (le temps de me remettre de cette drôle d'aventure), me permettra de confirmer ou d'infirmer mes premières impressions.
Oui, je suis très consciencieux, je sais.
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Hebephrenie
  11 mars 2012
Une femme avec personne dedans. Une héroïne, une narratrice, un auteur. Un récit autofictif. Nul besoin de répéter encore la trame, ce qui sous-tend l'arrivée de l'écriture. Qu'importe le déclencheur. Chloé Delaume, son écriture intelligente, rebrousse-poil, ne cesse de scander la responsabilité de l'écrivain. Ne cesse de démontrer que de la souffrance ne nait pas forcément l'oeuvre. Elle chante par sa plaie, oui, mais ce n'est pas la plaie qui fait art. de lyrisme en quizz biba_jeune-fille_dégotter_couillidé. Se frotter au réel, se cogner au réel, pour que le personnage autofictif, la réinvention, fasse fi de la fiction.
Une question alors. Est-ce par ce qu'il y a plaie que l'on est lecteur ? Pourquoi ce récit nous touche-t-il ? Parce qu'il a émotion ? Parce qu'il y a écho, au-delà du tissu narratif et biographique ? Parce que l'on se prête à ce jeu littéraire, parce que l'on explore ainsi son propre je ? Et le moi dans tout ça ?
J'aime l'idée d'une écriture performative. Que les mots puissent faire advenir. Qu'ils soient faits acte. Mais la lecture est-elle performative ? Est-ce que parce que je m'identifie, je deviens lecteur ? Non, sinon l'autobiographie suffirait. Est-ce que moi aussi, parce que je suis une femme avec personne dedans, je parviendrais à me sentir seule et libre ? En allant plus loin, la lecture fait-elle de moi une femme avec personne dedans, où le révèle-t-elle seulement ?
Beaucoup de questions, qu'importent les réponses. L'oeuvre est là, hic et nunc.
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jolimoisdemai
  12 juin 2012
Impossible de classifier cette écriture déroutante, tellement déroutante qu'il m'a fallu 5 semaines pour lire les 40 premières pages et que finalement, par curiosité, j'ai visionné "La Grande Librairie" où elle était invitée et c'est cette anecdote sur les chaussures des putes qui m'a conquise ainsi que son courage à affirmer qu'elle se veut nullipare!
Une femme pareille ne peut écrire qu'un texte pareillement percutant!
Je viens tout juste de le terminer après l'avoir repris du début.
Je le conseille donc à tous les lecteurs qui ne craignent pas la langue abrupte, violent et pourtant riche d'un élan vital: l'amour!
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2605
  06 novembre 2015
C'est d'abord l'histoire d'un style, d'une empreinte propre, d'une langue dans la langue et sans doute faut-il avoir une accointance avec le jonglé de mots, l'écriture laboratoire, pour se lancer dans cette lecture. Des sensations, qui pour ma part, ont oscillé du tout au tout au fil du récit, à trouver l'écriture brillante quand elle n'assomme pas l'attention, pour se faire pesante, avec cette l'impression d'ingurgiter une logorrhée, un verbiage abscons.
C'est l'histoire d'une voix en quête d'identité, identité dans le couple, identité sexuelle, religieuse etc… Et un Je qui asphyxie au sein du couple , qui toujours semble se cogner aux autres et se distinguer, s'extraire de la masse, il y a JE et il y a les autres qui ne comprennent pas, qui l'essoufflent et pour ma part ce refrain cousu à chaque chapitre est redondant, parfois même juvénile et démesuré( voir très/trop auto-centré). Peu de lumière, d'espoir et de respiration pour le lecteur en dehors de quelques notes d'humour grinçant qui ne font pas toujours mouche. Également ce regard sur le positionnement de la femme vis-à-vis de l'homme, toujours très cloisonné, très absolu aussi.
Cela reste intéressant sur le plan de l'écriture expérimentale, du langage, vachement moins réjouissant au niveau de la lecture dans sa globalité, voir dans le fond sous les enjolivures du style.
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critiques presse (2)
Lexpress   27 janvier 2012
Autobiographique et fictionnelle, la dernière tentative de Chloé Delaume peine à convaincre malgré des idées originales.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lhumanite   23 janvier 2012
D’une formidable vivacité d’écriture. Et d’une impitoyable rigueur intellectuelle.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
BibaliceBibalice   11 janvier 2012
L’envoi de son texte, son histoire familiale déversée
brutalement dans la conversation, ce n’était pas vraiment un appel au secours. Elle voulait que je la reconnaisse, elle qui affirmait sa souffrance. Que je la reconnaisse comme écrivain, parce qu’elle ne pouvait être que cela, son statut de victime légitimait sa démarche autant que le résultat. Elle prenait le trauma comme une preuve implacable : puisque l’horreur est vraie, il y a littérature. Elle n’avait pas saisi qu’une plaie seule ne chante guère, mais je ne pouvais pas lui dire la vérité.
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chriskorchichriskorchi   26 juin 2013
Je ne gravis pas la pente de façon solennelle, je bousille mes escarpins, essouffle ma témoin, bras droit l'homme inconnu brûlure vive épiderme. Toute la cérémonie ne sera que dépossession. [...] Je marierai mon corps et son appellation registre de naissance, certainement pas moi. Née de deux décédés, l'employé le précise. Toute la cérémonie mes larmes coulent à foison. Mais juste à l'intérieur. Une grande poche d'eau salée qui se viderait ensuite, très discrètement, entre les quatre murs des toilettes du restaurant. A table, un des convives demandera lors d'un silence Chloé Au Fait Ils Sont Où Tes Parents Je Les Ai Toujours Pas Vus. Il existe des photos qui retracent l'après midi et des bribes de la fête donnée dans la soirée. Il existe des photos. Moi, je n'ai aucun souvenir. En 1998, la nuit, le tube de Lexomil. Pour oublier l'erreur et pour marquer le coup. Oui, c'était agressif. Qu'ils se rendent compte, les trente, l'époux, la belle-famille, du mal qu'ils avaient fait. A préserver leurs codes, leurs normes, leurs projections. Le mari ivre mort qui à six heure du mat' débarque dans la chambre Tu Vas Arrêter De Nous Faire Chier Avec Tes Problèmes De Petite Bourgeoise. Et qui ajoute, avant de s'écrouler Je Suis Le Seul Mec Ici A Jamais Avoir Levé La Main Sur Une Femme Ca Va Changer. Un tube de Lexomil c'est trois jours de coma et une semaine de vide. C'est le prix à payer. Le médecin n'a pas été appelé, puisqu'Un Tube Pour Elle C'est Rien. J'aimerai tant aujourd'hui m'épargner le ressenti de mes vingt-cinq ans et quart. Une solitude si dense que je m'étonne parfois qu'elle ne m'ait pas dévorée. Ses crocs encore s'enfoncent, mais ma chair s'est faite cuir, je ne la redoute plus ; j'ai su l'apprivoiser. Et puis surtout. Je sais fuir désormais les pervers narcissiques.»
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BibaliceBibalice   11 janvier 2012
Vous êtes Chloé Delaume ? Voix sans âge et femelle légèrement
anguleuse au creux du téléphone. Isabelle Bordelin,
ça vous dit quelque chose ? Un blanc, quelques secondes.
Ça vous dit quelque chose ? J’identifie enfin. Une lectrice,
des échanges le mois précédent. Une histoire déplaisante,
j’aimerais mieux oublier. Elle s’est suicidée avant-hier.
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BibaliceBibalice   11 janvier 2012
Parole d’ange, plein juillet. Elle ne dit pas oublie, encore moins oublie-moi. Je suis morte de n’avoir su m’inscrire dans la vie, pas plus que dans la fiction que j’avais convoitée : tout cela, elle le tait. Elle me montre du doigt, index gauche pointé sur le clavier de mon pc, l’écran change de couleur, une zébrure arc-en-ciel. La coupe s’emplit de fumée blanche, du nuageux au plafonnier. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Alors je m’exécute, et endosse aussitôt le rôle de l’héroïne.
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26052605   05 novembre 2015
Dans la tour, elle est seule, ainsi qu'elle l'a rêvé. L'épreuve consiste soudain à affronter le réel. Domicile conjugal, foi, vie chrétienne. Elle allait à la messe même quand elle se prostituait. Elle ne pratiquait plus depuis quelques années, mais ça la rassurait quand même de temps en temps, le pari pascalien. Elle jouait à Dieu y es-tu il n'y a pas si longtemps, à présent elle ne peut s'adresser à quiconque. Igor est tellement loin, il lui semble que l’alliance gît au fond du tiroir depuis non pas un mois mais des siècles d'érosion tant le lien distendu toujours plus s'effiloche.

A quoi ça sert, les maris, à part à aller chercher le Coca Light. Je l'ignore et j'en ai eu deux.
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Videos de Chloé Delaume (35) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Chloé Delaume
10 mars 2010 :
Mot de l'éditeur : Prix Décembre 2001 Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence. Il remonte le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d'un père " sédimentaire " et d'une " enfant du limon ".
Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de répondre au questionnement d'un enfant, tentative rendue possible par une certaine douceur de l'ironie.
Tout passe par le prisme d'une langue singulière, débordante d'inventions. le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal. Les mots se bousculent, deviennent envahissants, contractant la phrase jusqu'à donner une impression de fusion. Dans ce chaos où leur nature et leur fonction se mélangent, s'inversent, ils révèlent comme un miroir le morcellement de l'identité.
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