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EAN : 9782879295541
272 pages
Editions de l'Olivier (21/08/2008)
  Existe en édition audio
3.3/5   337 notes
Résumé :
Jean-Paul Dubois retrouve le souffle romanesque d’ Une Vie française dans ce livre qui devrait enthousiasmer ses fans. Aucun des « fondamentaux » ne manque à l’appel : Toulouse, un anti-héros (Paul Stern) et son épouse (Anna), un père encombrant, l’actuel président de la République, l’Amérique, les bateaux, les petits-enfants, etc. Cette fois, Jean-Paul Dubois nous conduit à Hollywood. Paul doit y réécrire le scénario d’un film dont il est l’auteur, pour le compte d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
3,3

sur 337 notes

cecilestmartin
  31 août 2015
Un roman dont on ne sort pas indemne, quand on a sensiblement l'âge du narrateur, Paul Stern. Son monde se défait : sa femme Anna est dans une dépression profonde, elle passe ses journées couchée, ailleurs, inaccessible, ne partageant plus rien, ni avec lui ni avec ses enfants. La maladie est ici décrite avec finesse et sensibilité et on perçoit bien qu'elle laisse les uns et les autres complètement démunis. le personnage du psychiatre est bien vu, en surplomb, pas vraiment aidant pour le reste de la famille. La dépression, dont personne n'est à l'abri, qui s'abat sur vous sans crier gare. Anna met d'ailleurs en garde son époux :" Ce n'est pas une maladie, c'est une modification des perspectives. Sache que tu n'es pas très loin de l'endroit où je me trouve, tu es vraiment à deux pas. Mais tu ne t'en rends pas compte". Son détachement est glaçant...
Il y aussi son père (personnage très drôle, ma foi, qui apporte un peu de légèreté à l'ensemble) qui, héritant de son frère haï, oublie tous les principes qu'il avait alors érigés (et imposés) en ligne de conduite et qui se comporte comme un "nouveau riche", dépensant avec jubilation et plus encore...
Paul est donc un peu déboussolé et accepte avec soulagement la proposition d'un producteur de travailler sur le remake d'un scénario à Hollywood. le travail en lui-même est peu attractif, il s'agit d'une commande prétexte, mais permet à Paul de prendre un peu de champ. Il va faire une rencontre - qui va beaucoup le troubler - avec Selma, jeune femme qui ressemble à s'y méprendre à Anna quand il l'a rencontrée.
L'histoire entre Selma et Paul ne constitue pas pour moi le coeur du livre. Elle est un prétexte à l'introspection, à la recherche d'une nouvelle direction à donner à sa vie. Elle est l'occasion pour Paul de réinterroger qui il est - entre un père qui dans les dernières années de sa vie donne un cap inédit à sa vie et une femme à qui plus rien ne l'attache. Reste ses enfants et surtout ses petits enfants, avec qui il partage une complicité vraiment touchante.
Ce n'est pas un livre très gai pour dire la vérité. Les accommodements raisonnables dont il est question ici, ce sont tous les petits compromis que nous faisons avec nous-mêmes et les autres et qui nous éloignent de nos désirs les plus profonds, de nos aspirations initiales. Ces accommodements qui nous coûtent mais sans qui il est impossible de vivre en société, qui constituent un peu le deuil de l'idéal de chacun. Heureusement, le propos est aussi plein d'humour et certaines scènes sont irrésistibles, notamment celle de l'enterrement de Charles, très réussie je trouve.
A lire quand on est en forme !
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sweetie
  12 septembre 2019
Jean-Paul Dubois est, pour mon mari et moi, une valeur refuge dans la littérature contemporaine. Jamais déçus par aucun de ses livres lus jusqu'à présent, ma tendre moitié est allé rafler tout ce qui restait à lire à la bibliothèque municipale. Maintenant, nous voilà embarqués pour une série Jean-Paul Dubois tous azimuts.
Les accommodements raisonnables, un terme qui est souvent associé au débat sur la laïcité de l'État, ici se transpose dans la vie conjugale et familiale de Paul Stern. Auteur réputé pour remettre sur les rails des scénarii en difficulté, Paul se définit lui-même ainsi : « J'étais un travailleur de l'ombre, un saboteur de propositions, corrigeant en douce des versions pour le compte d'un patron qui, par tactique, avait décidé de ne plus s'opposer frontalement à ses scénaristes. »
Son séjour d'un an à Los Angeles dans le milieu du cinéma hollywoodien lui offrira l'occasion de transformer le cours de son existence mais aussi de prendre conscience de ses manquements marital et parental.
Jean-Paul Dubois est un fameux conteur doublé d'un écrivain de haut vol; apparenté à Michel Houellebecq par les thèmes traités dans ses romans, il me semble néanmoins plus optimiste et plus débonnaire que ce dernier dans son analyse humaine.
Et un humour ironique toujours présent en filigrane ; j'ai beaucoup ri de sa description du Kombucha, « sorte de champignon plat évoquant un pancake, flottant dans une infusion brunâtre à base de thé », dont « le jus de ces entrailles, une sorte de mauvais cidre » « puait la vinaigrette avariée », un « jus tiédi, méduse théinée », « vieux viscère dans du formol frelaté ». Une pure délectation de lecture!
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Herve-Lionel
  20 juin 2022
N°1649– Juin 2022
Les accommodements raisonnablesJean-Paul Dubois - Éditions de l'Olivier.
Les deux frères Stern se haïssent cordialement et surtout ne se ressemblent pas. Charles, riche et flambeur doit son immense richesse à des manoeuvres inavouables menées dans une période troublée, tandis qu'Alexandre est plus besogneux, moins hâbleur, plus traditionnel et même bigot. Après le brusque décès de Charles, Alexandre, son seul héritier, se transforme complètement et choisit de profiter de la fortune de son frère et même de sa maîtresse, baptisée John-Johny, qu'il veut épouser puisque son veuvage le lui permet, l'exact contraire de sa vie d'avant. Une telle métamorphose étonne ses proches mais c'est sans compter, certes avec la génétique et ses mystères, mais surtout avec l'égoïsme, l'hypocrisie et le mensonge inhérents à l'espèce humaine surtout quand l'intérêt ou le plaisir personnels sont en jeu.
C'est le fils d'Alexandre, Paul, la cinquantaine, qui évoque cette histoire, mais aussi sa réaction personnelle. Il est, pour l'heure, employé aux studios de cinéma de Los Angeles pour remanier des scenarios foireux. Pour cela il a laissé à Toulouse sa femme Anna, dépressive, ses trois enfants et ses petits enfants ; c'est une sorte de fuite puisqu'il s'aperçoit que tous ces gens lui échappent et son père cherche à ne pas distendre les liens qui l'unissent à ce fils désormais lointain. A Hollywood, il rencontre un autre monde différent, l'alcool, le sexe, l'argent, la drogue et même un étonnant champignon, mais ses névroses à lui s'éclairent à la rencontre de Selma Chantz, une femme sensuelle, la copie exacte d'Anna mais avec trente ans de moins et son père épouse John-Johny.
Parmi ces accommodements qui émaillent sa vie, Paul admet le nouvelle vie de son père et son mariage, la maladie et l'isolement de sa femme, l'éloignement de ses enfants et petits-enfants. le mariage de son père le laisse quelque peu perplexe comme l'avait interloqué son changement d'attitude au décès de son frère. C'est sans doute étonnant de voir un homme âgé épouser une femme qui pourrait être sa fille, mais c'est relativement courant et Paul, toutes choses égales par ailleurs, tombe dans le même travers avec Selma, même s'il ne l'épouse pas. Je serai toujours étonné par cette réaction humaine de la part de gens, hommes et femmes, par ailleurs raisonnables, de tout abandonner ce qu'ils ont laborieusement construit pour un hypothétique bonheur dont nous savons qu'il n'est que temporaire, un coup de foudre comme une seconde naissance ou plus sûrement la volonté de rattraper le temps perdu, malgré la traditionnelle culpabilisation judéo-chrétienne. Vivre au quotidien, avec des sentiments, certes érodés par le temps, est peut-être raisonnable, ce qui l'est moins est de céder à une toquade, mais il est un fait que c'en est devenu banal. On dira ce qu'on voudra mais nous passons notre temps à nous adapter aux changements qui interviennent dans notre vie, que nous les ayons recherchés ou pas. Ils sont ces petits arrangements qui nous aident à en supporter les injustices, les maladies, les hasards, les choses que nous nous résignons à accepter ou les malheurs qu'elle nous impose, avec les regrets, les mensonges, les non-dits, les hypocrisies, et à faire prévaloir la vie sur la mort.
J'ai lu cela comme une histoire finalement bien ordinaire de la crise de la cinquantaine, une parenthèse américaine vite refermée qui veut faire échec au temps qui passe malgré nous, qui veut entretenir l'illusion qu'on peut sortir de la routine dans laquelle on s'est soi-même enfermé, que notre vie n'est que temporaire et qu'il faut laisser faire les choses et rentrer dans le rang.
J'ai retrouvé avec plaisir le style de Jean-Paul Dubois.
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kouette_kouette
  26 septembre 2017
Après avoir lu « La succession » de Jean-Paul Dubois j'ai voulu découvrir l'univers de cet auteur puisque je savais qu'il laissait une fenêtre grande ouverte sur ses obsessions via ses bouquins.
Aurais-je la chance de faire partie des nombreux adeptes sensibles à son univers ?
En refermant « Les accommodements raisonnables » je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre les deux livres.
Que de similitudes !
Personnage masculin originaire de Toulouse. Relation père-fils singulière. Fuite aux États-Unis. Grève générale de tout un métier. Retour en France au goût amer.
On retrouve également le thème de la dépression et des non-dits au sein d'une famille.
La plume est toujours aussi fine et mélancolique.
Mais !
Mais je ne suis pas du genre à m'accommoder d'un final qui tombe à plat. Avec le dénouement de « La succession » l'auteur m'avait prise aux tripes alors qu'ici, il me laisse dubitative. Voire indifférente. Oui, carrément.
Peut-être est-ce dû en partie au fait que le narrateur exerce le métier de scénariste, métier qui n'éveille rien en moi ?
Remarquez, j'ai peut-être tout simplement mal choisi le livre pour continuer à découvrir cet auteur. Ballot.
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Seraphita
  20 mai 2009
Paul Stern vit à Toulouse, entouré d'une famille en mutation : son père, Alexandre change de mode de vie du jour au lendemain, suite au décès de son frère, dont il hérite de sa fortune, de ses bateaux ainsi que de sa femme ; son épouse, Anna, s'enfonce dans une dépression qui l'amène à être internée. Face à ces destins qui lui échappent, Paul profite d'une occasion professionnelle – redonner vie au script d'un film – pour se rendre plusieurs mois à Hollywood. Il découvre une nouvelle vie, faite d'apparences, d'apparat et de faux-semblants. Jusqu'au jour où il croise subrepticement Selma, le sosie parfait d'Anna quelque trente années plus jeune…
Il s'agit du roman des accommodements raisonnables, c'est-à-dire de toutes les compromissions, conciliations, arrangements pour édulcorer le quotidien, le rendre plus acceptable, à l'image d'Alexandre qui adopte un nouveau mode de vie, après toute une existence passée à dénigrer ce style de vie qu'affectionnait son frère, à l'image de Paul qui préfère fuir sa femme malade pour mieux la retrouver aux Etats-Unis, sous forme d'un reflet rajeuni, mais qui s'avère écorché également. Nous retrouvons dans ce roman le style de Jean-Paul Dubois, avec son humour grinçant et ses obsessions : les tondeuses à gazon, les voitures de collection, la pêche, le vélo, l'avion... L'auteur nous présente une saga familiale désopilante, avec sa panoplie d'anti-héros, dont les situations adressent un clin d'oeil à l'histoire d'« Une vie française » (même prénom, Paul, pour le personnage principal, même prénom pour sa femme, Anna, pour sa fille, Marie, la thématique de la folie et de l'internement…).
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Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
urbanbikeurbanbike   04 janvier 2009
Selma se rua vers la poche où gisait le champignon, le saisit délicatement et le transporté jusqu'à l'évier, le nettoya, puis m'ordonna de prépare du thé sucré et de retrouver un autre bocal. Je m'exécutai comme l'eût fait un assassin d'enfant et rapportai un saladier en verre dont je me servais d'habitude pour préparer du guacamole et de la laitue. Elle prit le nouveau-né sauvé des détritus et le plongea dans son bains. puis, comme une infirmière consciencieuse et aimante, elle regarda s'opérer la lente résurrection.

Cette contemplation béate me rendit soudain Selma détestable. Elle incarnait toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de religiosité spongieuse, de verroterie spirituelle, de macédoine sociale — avec des pauvres pour ramasser les merdes des chiens, des vieux pour garer des voitures, Edwards pour livre des pizzas, une remède cheval pour calmer Efrain, et des champignons pour guérir les angoisses vertébrales, C4-C5 incluses. Ce pays était une secte, avec ses rites économiques et ses gourous fanatiques. Une colère informe m'envahissait.
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kathykathy   19 juillet 2010
Quand je passais au-dessus d'une ville en avion, j'imaginais en bas, s'agitant sous ces toits minuscules, des millions de nano-existences qui mangeaient, dormaient, se disputaient, se montaient dessus, s'accrochaient les unes aux autres pour ne pas rester seules, pour donner un sens à toute cette merde, pour oublier la place infinitésimale que nous occupions, chacun, en ce monde. Le vol de nuit était un salutaire exercice de modestie qui permettait à peu de frais, et beaucoup plus rapidement que ne l'autorisait une analyse, de soumettre les prétentions de nos ego à la simple échelle de grandeur qu'offraient nos vies lorsqu'on les regardait à 35 000 pieds au travers d'un hublot de cabine économique.
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cecilestmartincecilestmartin   31 août 2015
- Tu ne le croiras pas, mais je te jure que c'est vrai. Ce gars est élu avec 53% des voix et deux heures après il commence la tournée des bistrots. Le Fouquet's, un saut à la concorde où, avec sa ribambelle de zouaves, il entonne des chants d'ivrognes, et ensuite tout le monde en boîte de nuit. Je n'en reviens pas. Je t'assure que je n'en reviens pas. Souviens-toi de ce que je te dis ce soir : ce type-là va nous en faire voir. C'est un vrai baltringue. Il finira comme Deschanel. En pyjama sur une voie ferrée.
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valeriecarliervaleriecarlier   02 août 2016
"Quand je passais au dessus d'une ville en avion, j'imaginais en bas, s'agitant sous ces toits minuscules, des millions de nano-existences qui mangeaient, dormaient, se disputaient, se montaient dessus, s'accrochaient les unes aux autres pour ne pas rester seules, pour donner un sens à tout cette merde, pour oublier la place infinitésimale que nous occupions, chacun, en ce monde. Le vol de nuit était un salutaire exercice de modestie qui permettait à peu de frais, et beaucoup plus rapidement que ne l'autorisait une analyse, de soumettre les prétentions de nos ego à la simple échelle de grandeur qu'offraient nos vies lorsqu'on les regardaient de 35.000 pieds au travers d'un hublot d'une cabine économique."
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annieannie   05 novembre 2013
« – Le tapis roulant qui achemine le cercueil au cœur du four rencontre une anomalie. Le système d’allumage des rampes de gaz est également affecté par la panne. J’espère que nous allons solutionner ces problèmes très rapidement.
Sa voix flûtée, haut perchée, tranchait avec la gravité de son allure, comme s’il était doublé par un ridicule personnage de dessin animé.
Mon père hocha la tête avec un léger sourire qui pouvait laisser croire à une certaine bienveillance. En réalité, je savais qu’il pestait intérieurement contre cet accroc mécanique qui retardait le moment tant attendu où le sauteur partirait en fumée.
– Décidément, ton oncle nous aura fait chier jusqu’au bout. »
Entre son épouse en pleine dépression et un père qui lui a menti toute sa vie, Paul Stern a envie de tout laisser en plan. Pour sa part, il est aux prises avec le diable de la tentation.
Une singulière proposition de travail, à un bien curieux moment de sa vie : un producteur lui propose de s’atteler à une nouvelle histoire. Le seul problème éventuel est que le lieu de travail se situe à Hollywood, dans les studios de la Paramount. Il part.
Sa rencontre avec Selma Chantz fait alors basculer sa vie : Selma est le sosie de son épouse. La copie est aussi troublante, aussi parfaite et désirable que l’original avait pu l’être en son temps.
En d’autres termes, la jeune femme a l’âge de ses enfants et le visage de leur mère. Drôle, cinglant et désespéré, Les accommodements raisonnables est probablement le roman le plus incisif de Jean-Paul Dubois, qui conserve toute la fraîcheur de son écriture.
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