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EAN : 9782742753246
153 pages
Éditeur : Actes Sud (28/01/2005)
3.56/5   50 notes
Résumé :

Dans les corps qu'ils ouvrent, les patients qu'ils soignent, et jusque dans leur amitié, deux chirurgiens cherchent, comme à tâtons, une vérité qui justifierait leur propre existence.

Youri opère sous les yeux de Joana, la jeune infirmière qu'Ignacio convoite ; au cœur d'un été caniculaire et d'un hôpital en pleine déliquescence, l'un se perd dans la passion comme l'autre dans l'alcool et la folie. Ils pousseront Joana à les fuir, à entrepren... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Piatka
  04 mars 2017
Le deuxième roman de Mathias Énard, paru en 2005, propose une plongée en quasi apnée au coeur d'un trio amoureux. Mais attention, rien de banal ni de convenu ici. Il s'agit plutôt d'une fascinante immersion au coeur de l'intime, du désir, de la passion, de la douleur aussi, et de la perte, inévitable - le tout servi par l'écriture à la fois si précise et ensorcelante de l'auteur qui se déploiera pleinement dix ans plus tard dans son magnifique et foisonnant Boussole, prix Goncourt 2015.
Voguant entre un hôpital parisien assailli par la canicule de 2003 et un vieux cargo remontant l'Orénoque, le lecteur est entrainé dans une spirale de sentiments, de confessions intimes d'une rare intensité.
Imaginez : deux amis chirurgiens, Ignacio et Youri, amoureux d'une jeune infirmière Joana qui partage la vie de Youri, le brillant chirurgien. Ignacio, marié à la psy de l'hôpital, se consume secrètement pour Joana tout en se refusant à tromper sa femme. Joana ne voit que Youri et Youri noie son mal-être dans l'alcool.
Inévitablement, il arrive un moment où la tension flirte avec le drame. Alors Joana prend la tangente vers l'Ouest, s'embarque seule et entreprend de remonter aux sources de l'Orénoque, ou ne serait-ce pas plutôt finalement aux sources d'elle-même…
Puissant, troublant, Remonter l'Orénoque réserve un dénouement inattendu que je me garderai bien de révéler - évidemment. C'est très original, limite dérangeant et m'a poussée à reprendre illico le début du récit pour approfondir la compréhension de cette phrase de Joana qui revient tel un mantra :
« Voilà, je suis enfin moi-même, ce que j'ai toujours voulu être. »
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nadejda
  22 juillet 2011
Une «Remontée de l'orénoque» dérangeante et éprouvante qui baigne dans une atmosphère chaude, humide comme un corps de femme qui s'ouvre. 

«Quand tu aimes il faut partir» ce vers d'un poème de Cendrars revient à deux reprises au cours de ce récit et Blaise Cendrars est bien présent et accompagne cette remontée de l'orénoque qu'il a lui-même parcourue en compagnie de Moravagine : «Nous étions entourés de fougères arborescentes, de fleurs velues, de parfums charnus, d'humus glauque. Écoulement. Devenir. Compénétration. Tumescence. Boursouflure d'un bourgeon, éclosion d'une feuille, écorce poisseuse, fruit baveux, racine qui suce, graine qui distille. Germination. Champignonnage. Phosphorescence. Pourriture. Vie. Vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie.» 
Cet extrait de Moravagine est proche de l'atmosphère qui se dégage du livre de Mathias Enard livre violent de passion, de folie et de mort , empreint d'une grande poésie.
Youri et Ignacio sont chirurgiens et travaillent en équipe avec Joana, infirmière. Durant la canicule de 2003, la salle d'opération est le seul lieu respirable, frais et il y réside, en dépit de la proximité de la mort, une certaine pureté, la pureté, l'efficacité, la précision du geste qui incise les corps au scalpel à l'opposé du tumulte de la passion qui unit Joana à Youri ; passion mortifère, perverse car Youri, en dehors de la salle d'opération où il reprend son calme et sa maîtrise, vit sous l'emprise de l'alcool, en équilibre instable au bord du gouffre de la folie. 
«Il (Youri)croyait se guérir en fuyant, s'enfoncer dans les plaies, y disparaître, percer les mystères, toucher la vérité.»p 88
Ignacio marié à Aude est désespérément amoureux de Joana qui fait appel à lui quand elle se trouve en détresse face à Youri qu'elle pense sauver de la destruction alors qu'il s'y refuse. Et comme l'annonce Aude l'épouse d'Ignacio «... ce genre d'homme emmène toujours quelqu'un avec lui vers le fond, ne serait-ce que pour avoir un spectateur.» p59
Situer le déroulement de ce récit lors de la canicule de 2003 qui entraîna la mort de milliers de personnes, les hôpitaux et les morgues débordés, n'est pas un hasard. Ce roman est celui de l'exploration des corps et des âmes, de la décomposition, mort et vie entrelacées. Remonter l'Orénoque ouvre sur une même béance et la pénétration d'une chaleur étouffante et humide est aussi celle d'un retour à l'enfance et à la naissance.
La fin de ce roman est un coup de poing qui vous laisse groggy.
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Herve-Lionel
  09 novembre 2015
N°984– Novembre 2015
REMONTER L’ORÉNOQUE – Mathias Enard – ActesSud.
C'est encore une fois une histoire de triangle amoureux mais pas vraiment le classique vaudeville : mari, épouse, amant. Ici Johanna, jeune et belle infirmière, célibataire est amoureuse de Youri, un chirurgien d'origine russe, mal dans sa peau tandis que Ignacio, également chirurgien, collègue et ami de Youri convoite la jeune femme. Ils travaillent ensemble au bloc opératoire d'un hôpital parisien en pleine canicule de 2003. Johanna est au centre de cette relation amoureuse où Youri, en dehors de la salle d'opération, est au bord d'un gouffre où l’alcool lui tient lieu d'équilibre. Elle est pourtant ensorcelée par lui. De son coté Ignacio est marié à Aude et c'est grâce à Youri qu'il l'a rencontrée. Il est lui aussi désespérément amoureux de Joana qui a recours à lui quand Youri sort de ses gonds, devient belliqueux et même violent. Le jeune praticien est volontiers hautain, condescendant, imbu de lui-même à cause de sa jeunesse, de ses illusions, de sa richesse, de sa fonction de chirurgien et méprise les autres soignants qui lui sont inférieurs et dont Joana fait partie. Il est même pervers puisqu'il pousse la jeune femme dans les bras d'Ignacio qui pourtant, parce qu'il est réservé et trop timide, parce qu'il ne veut pas commettre l'adultère et sait qu'il ne vivra jamais avec la jeune femme un amour impossible, n'est pour elle qu'un confident. Elle pourrait être sa fille à cause de la différence d'âge et représente un risque pour sa vie familiale, pour sa carrière qu'il a si patiemment construites, pour son sens de la moralité peut-être qui s'oppose ainsi en lui à cet amour un peu fou. Son désir restera inassouvi. De son côté, Joana est fascinée par Youri au point de s'attacher désespérément à sa personne mais elle finit par fuir cette liaison délétère avec lui et cette promiscuité professionnelle malsaine. Pour cela elle choisit le Venezuela, son pays à elle mais aussi celui d'Ignacio. Elle remonte l'Orénoque, ce fleuve qui traverse le Venezuela d'Est en Ouest, sur un rafiot rouillé qui est à l'image de sa vie et de sa désespérance face à ces deux hommes. Remonter le cours du fleuve jusqu’à la source c'est un peu matérialiser l'impasse de sa vie. C'est comme si à la canicule française répondait la touffeur tropicale vénézuélienne, comme si la débâcle hospitalière due à l’afflux de patients répondait le désordre intime de sa vie, comme si la mort qui rodait dans les couloirs de ces hôpitaux français et de ces maisons de retraite non adaptés évoquait celle de cette femme dont la vie n'a plus de véritable sens hors de Youri. Ce voyage est plus qu'un retour aux sources, c'est une retrouvaille avec le père, mais une retrouvaille virtuelle parce qu'elle ne l'a que peu connu. Elle est pleine de fantasme, de souvenirs et d'espoirs. Il y a autre chose aussi, me semble-t-il : Malgré elle, Joana accomplit ainsi son destin de femme. Comme sa mère qui vécu seule à cause de la disparition de son mari, elle fuit Youri et ce faisant elle réincarne cette fatalité. Elle a été orpheline de père et l'enfant qu'elle porte, parce qu'il naîtra et vivra loin de son géniteur, sera lui aussi un enfant sans père. Suivant une règle non-écrite mais implacable, elle reproduira, malgré elle l'exemple que sa mère a vécu et ce même si elle veut l'éviter. C'est à la fois une fuite et une lâcheté pour Joana qui porte en elle la vie et qui fuit Youri et le désir qu'elle a de lui autant qu'elle a la volonté d'échapper à cet homme, à sa folie, « à sa chute loin de lui-même ». Tout cela n'est peut-être que fantasmes, volonté avortée, désir à jamais impossibles parce que nous en sommes que les usufruitiers de notre propre vie.
Je note encore une fois la dimension un peu longue des phrases qui peut parfois rebuter le lecteur mais qui n'affecte pas la qualité poétique du style.
Ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Marion Lainé sous le titre de « A cœur ouvert » en 2012.

Depuis qu'il a obtenu en 2010 le Prix Goncourt des Lycéens « Parle-leur de Batailles, de rois et d'éléphants » (La Feuille Volante n°477), cette chronique suit attentivement Mathias Enard. Il vient de recevoir le Prix Goncourt 2015 pour « Boussole » (La Feuille Volante n°969). J'ai assez dit que ce prix prestigieux avait parfois été attribué à des auteurs qui le ne méritaient pas, aussi ai-je plaisir à saluer cette distinction, accordée au premier tour de scrutin, par six voix sur dix à Mathias Enard dont le talent est ainsi consacré. Je le fais d’autant plus volontiers qu'en même temps son éditeur, Actes sud, qui s'est caractérisé par les choix de publication parfois audacieux et bien souvent judicieux, est aussi distingué. On sort petit à petit de la spirale infernale nommée il y a bien des années par le néologisme« Galligrasseuil » et je trouve cela plutôt bien.
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zabeth55
  13 janvier 2021
Ignacio et Youri sont chirurgiens.
Joana est infirmière .
Elle sort avec Youri mais Ignacio l'aime aussi.
Youri se détruit par l'alcool.
Sous un été caniculaire, ce triangle amoureux vit en eaux troubles.
C'est certes bien écrit, mais je n'ai pas réellement apprécié ce roman.
Je m'y suis un peu ennuyée.
Phrases très, trop, longues, impression d'angoisse, de noirceur, de noeud qui serre.
J'ai trouvé cet roman sombre, long à lire bien qu'il ne fasse que 134 pages.
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Charybde2
  17 mars 2013
La beauté tragique d'un roman dur, plus ramifié qu'il n'y paraît d'abord.
Dans son deuxième roman, publié en 2005, Mathias Énard nous conviait à une brutale immersion au coeur de la passion, celle qui dévore un être de l'intérieur et le fait devenir si radical et si destructeur qu'il ne reste à l'objet de cette passion que la fuite... ou la mort.
Deux chirurgiens, en pleine crise de la canicule de l'été 2003 en région parisienne, sont livrés à leurs démons intimes : Youri, force de la nature, sombre dans un complexe alcoolisme qui désespère, sans pourtant la faire fuir, l'infirmière Joana dont il partage largement la vie, tandis qu'Ignacio, meilleur ami, marié à Aude - la psychologue de l'hôpital dont les commentaires du drame qui se noue, rapportés, auront vite le rôle d'un véritable choeur antique -, convoite lui-même Joana, dont l'échappée, pour "remonter l'Orénoque" à bord d'un vieux cargo aux curieuses errances géographiques, semble pour elle la seule issue possible... jusqu'aux terribles révélations finales.
Un roman d'une force tragique hors du commun, servi par une langue ramifiée qui annonce déjà celle de "Zone".
À noter une superbe adaptation au cinéma, qui transfigure véritablement ce roman ardu et beau, sous la direction de Marion Laine : "À coeur ouvert", sorti en août 2012, avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez et Hippolyte Girardot.
"Assis sur ma chaise, je pensais il a raison, ce que l'on attend à présent des corps c'est la putréfaction en silence, l'oubli, et de l'âme la survie sur les rôles et les registres, les certificats et les papiers, les marbres, les images. L'embaumement n'est plus de mise, les cadavres doivent disparaître, ils sont confiés à des professionnels chargés de les dissimuler, responsables de leur entrepôt, de leur manutention, de leur stockage, de leur destruction dans la terre ou les flammes - entiers et morcelés, jeunes accidentés ou vieux rongés de maladies, il convient de les cacher ; plus de dépouilles charriées par le vent, les yeux cavés, la barbe pelée ; de cercueils ouverts, de morts à ciel ouvert, le regard fermé dans leur plus beau veston, leur robe noire, il n'y en a plus ; à présent enveloppés de chêne ou de sapin, éloignés sitôt l'agonie du regard des vivants, ils sont portés, poussés en hâte vers les coulisses, vers le sous-sol où l'on ne les croisera pas, vidés et lavés, évacués du monde qui n'aime plus les voir, ennuyé de ne savoir qu'en penser, se rassurant de photographies, de témoignages digitaux ou celluloïd, autant de défunts immatériels que l'heure éloigne de la chair et pousse vers l'armée de spectres dont nous emplissons nos armoires."
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   01 mars 2017
Un port est un bien bel endroit pour attendre, pour laisser son corps glisser petit à petit dans le voyage, un lieu à la fois terrien, maritime et fluvial, un rocher, une forteresse d'Amérique fondée par Colomb lui-même, un lieu de l'existence duquel on pourrait presque douter s'il n'y avait les mouvements des cargos, des barges, des porte-conteneurs et des grues qui les chargent, de l'aube au couchant dans un ballet besogneux.
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PiatkaPiatka   02 mars 2017
Joana se régalait de ma bibliothèque. Au cours des mois qui suivirent notre rencontre, elle lut presque tous les livres que je possédais. [..]
Le dialogue qui s'instaura ainsi était truqué dès le départ ; je choisissais les livres pour leur possible double sens, dans l'espoir qu'elle les lise en pensant à moi, et j'essayais de guider vers moi sa lecture. Vers moi, c'est-à-dire vers le désir que je voulais qu'elle ait pour moi.
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PiatkaPiatka   04 mars 2017
Le corps est la chose la plus infidèle qui soit, il essaye de combler, de remplir ses vides - défaut d'origine, de matrice - par d'autres liens, d'autres plénitudes dans une volonté aveugle, toujours, d'infini recommencement, de retrouvailles pour retenir, un temps, l'anéantissement et la décadence dans le don de soi et l'oubli.
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PiatkaPiatka   03 mars 2017
Pourquoi mon père ne m’a-t-il jamais parlé dans sa langue, pourquoi a-t-il cherché à s’effacer, à se fondre dans l’étranger où il vivait, pourquoi ne donnait-il rien de lui-même, rien de son histoire, de ses territoires d’origine, me laissant claudiquer dans le monde sur une seule jambe, jusqu’à remonter en boitant la pente douce de l’Orénoque, sans pouvoir me rattraper à rien…
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nadejdanadejda   23 juillet 2011
... ce sont nos blessures qui nous font, nos douleurs qui nous fabriquent, nos manques qui nous construisent, en creux, nous sommes coulés dans le moule du désir, il nous modèle en nous torturant, nous donne la forme de ce que nous n'avons pas, c'est le vide entre deux mondes, l'énergie entre deux corps qui se repoussent en se touchant, qui s'annulent dans l'étreinte si jamais ils s'atteignent, c'était prévu depuis le départ, il n'y avait rien à faire, donc rien à regretter.... p 138
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Videos de Mathias Enard (90) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mathias Enard
Extrait du livre audio "Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs" de Mathias Enard lu par Vincent Schmitt.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/le-banquet-annuel-de-la-confrerie-des-fossoyeurs-9791035404673
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