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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Les Troyennes qui sont-elles ? La mère, Hécube, femme de Priam, reine déchue par la défaite de Troie face aux Grecs. La fille, Cassandre, considérée comme folle, enlevée contre son gré pour servir à la fois d'esclave et d'épouse à Agamemnon, roi d'Argos (donc un Grec). Enfin la belle fille, Andromaque, épouse du glorieux Hector, tué au combat lors de la prise de la ville, elle aussi réattribuée comme esclave-épouse à un autre notable grec, en l'occurrence Néoptolème, le propre fils d'Achille.
Euripide dresse un tableau sombre du sort réservé aux vaincus et cette pièce sonne comme une franche et vibrante dénonciation de la cruauté des vainqueurs. Une tragédie très engagée, bien loin du canon habituel qui d'ordinaire caresse le pouvoir et les dieux dans le sens du poil.
Ici, le message semble clair et prend l'allure d'une récrimination à l'adresse des Athéniens contemporains d'Euripide qui viennent de faire un coup pas très joli-joli à Milo. Peut-être est-ce la raison secrète pour laquelle la pièce reçut un accueil frisquet lors de sa première représentation ?
Une nouvelle fois, il est un peu compliqué d'entrer facilement dans cette pièce si l'on n'a pas au moins quelques connaissances sur la Guerre de Troie, et c'est mieux encore si l'on a lu l'Iliade d'Homère, car tout ici y fait référence : les personnages, les événements, le style (épopée, récit mythique).
Je serais tentée de dire que les tragédies grecques font sens les unes par rapport aux autres mais qu'il est difficile d'en choisir une et de la comparer sans préalable au restant du patrimoine littéraire mondial. Quand on est bien plongé dedans et dans l'esprit de l'époque, cela passe tout seul. Quand on sort d'une lecture plus contemporaine où les codes ne sont guère différents des nôtres, là, l'exercice est un peu plus périlleux.
En tout cas, quand on la compare à des pièces antiques, elle apparaît comme très savoureuse, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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" Je crois qu'il importe peu aux morts d'obtenir les faveurs de riches offrandes. Il n'y a là qu'un vain sujet d'orgueil, pour les vivants." Euripide.
Le poète nous conte le destin des Troyennes, et surtout de la reine Hécube et de ses filles...


Les dieux sont parmi les hommes et contemplent Troie, en flammes, après 10 ans de siège. Le rusé Ulysse a trompé ses ennemis, avec son "Cheval de Troie". Après la chute de l'orgueilleuse cité, les Grecs se partagent les captives, parquées dans la grande tente.


Hécube, la reine de Troie, pleure son mari, son fils, ses amis et son peuple massacrés. Son crâne rasé, en signe de deuil, garde des traces sanglantes de la lame. Ses yeux versent des larmes, car Cassandre...


Cassandre, la vestale du temple de Pallas Athéna, est traînée par les bras hors du sanctuaire, par les Grecs. Elle est vierge, mais va devoir subir le désir du roi Agammenon, qui la veut comme tribut..


Hécube se lamente et implore la pitié des Dieux, quand elle apprend le sort de son autre fille, Polyxène...


Polyxène a été empoignée, tirée par les cheveux, et menée devant la tombe d'Achille. Là, devant tous les Grecs assemblés, on l'a égorgée comme un agneau...


Hécube se frappe la tête, de ses mains. De ses ongles, elle se griffe le visage et en extirpe des larmes de sang...
Cassandre vient enlacer sa mère et lui parler. La vestale lui conte sa vision et prédit la ruine sur les vainqueurs. La mort pour le Roi Agammenon. L'errance pour Ulysse, sur les mers, à la recherche d'Ithaque, son foyer. Et la vestale murmure que "Cassandre reviendra victorieuse des morts, après avoir détruit la maison des Atrides."...


Entendez ces cris, et ces lamentations des femmes Troyennes qui pleurent un mari, un frère, un fils.
Entendez les suppliques d' Hécube, reine, mère et épouse, prosternée dans la poussière et le sang...


La nuit tombe, alors que les vaisseaux des Grecs appareillent, pour le départ.
Le Temps se fige...
Entendez le choeur des femmes..


Les Dieux contemplent Troie, en flammes, après 10 ans de siège. Poséidon est là, c'est lui qui a bâti la puissante cité. Pallas Athéna est furieuse que les Grecs aient pu souiller son temple, en arrachant Cassandre à son service. Ensemble réconciliés, ils vont se venger des Grecs, des vainqueurs de Troie.
C'est une autre tragédie...


" Je t'invite, je suis Grecque
Dans ta vie, je vois des voyages
Des nuages, des orages avec moi
Prends tes armes, tout ton charme
Mets des larmes, à tes yeux secs
Prends le risque, viens vite
Je t'invite, je suis Grecque " Mélina Mercouri.
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Troie est tombée, il n'en reste que des ruines. Les femmes ne sont plus qu'un butin à se partager, et nombre d'entre elles attendent, prisonnières des Achéens (les Grecs) de connaître le sort qui leur est réservé. Ainsi Hécube, qui fut reine et l'épouse de Priam. Ses enfants sont morts - Hector et Pâris, ainsi que la jeune Polyxène sacrifiée au tombeau d'Achille ; entre autres, car la famille est assez nombreuse. Lui restent sa fille Cassandre, déjà destinée au lit d'Agamemnon et qui perd la raison, sa belle-fille Andromaque et son petit-fils Astyanax. La roue a indubitablement tourné et Hécube n'est plus qu'une pauvre vieille se lamentant sur son sort et sur celui de Troie, se traînant dans la poussière, vêtue de loques (Aristophane s'est d'ailleurs assez moqué d'Euripide, qui n'hésitait pas à régulièrement mettre en scène des personnages loqueteux).

On sait dans quel contexte difficile, la guerre du Péloponnèse, a été écrite cette pièce, et je ne reviendrai pas dessus pour en avoir déjà parlé à propos d'autres tragédies grecques. Ici, nous noterons juste que la funeste prise de Mélos en -416 a probablement inspiré Euripide. Il faut en tout cas reconnaître à Eschyle (oui, même lui, même si ce ne fut pas toujours le cas), Sophocle et Euripide d'avoir fait rupture, chacun à leur manière, avec l'épopée homérienne qui glorifiait les hauts faits des Grecs lors de la guerre de Troie. Et on doit particulièrement à Euripide, notamment avec Les Troyennes, d'avoir pris pour sujet les conséquences désastreuses de la guerre de Troie sur les vaincus.

Avec Les Troyennes, c'est le triomphe du pathétique. Les femmes de Troie, après avoir vu leurs époux et leurs fils mourir au combat, vont devenir esclaves, vont être violées (quand elles ne l'ont pas déjà été). On pourrait penser que, après tout, vu le statut des femmes de l'époque, le viol n'est pas plus pris en compte que ça. Or ce n'est - étonnamment ? - pas le cas, cette forme d'humiliation est dénoncée régulièrement. C'est, tout de même, qu'il s'agit de princesses, de prêtresses, et que les Grecs sont allés un peu loin, même pour Athéna désormais en colère. Hécube occuppe le devant de la scène, mais la réussite de la pièce vient certainement aussi du fait que Cassandre, Andromaque, le chœur des Troyennes, le choryphée, lui font écho constamment et renouvellent constamment le pathétique incarné par la reine déchue, en scandant leurs malheurs actuels et les malheurs à venir. Hécube est cependant la représentante à la fois pitoyable et digne de ces victimes, subissant les coups du sort les uns après les autres, dont le dernier n'est pas le moindre, se relevant une dernière fois pour accuser Hélène de tous les maux subis par Troie (Hélène étant, avec Ulysse, le personnage qui en prend régulièrement plein la tronche dans les tragédies grecques), pour finalement se laisser porter, sans forces, vers les nefs achéeennes.

J'imagine sans mal que le contexte du théâtre grec antique, et notamment le jeu du chœur, magnifiait ce terrible concert de lamentations.



Challenge Théâtre 2018-2019
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Tragédie grecque rédigée par Euripide, les Troyennes est un récit n'apparaissant pas dans l'Iliade d''Homère mais laissant la place à des personnages très mal exploités - selon moi- comme Cassandre, Andromaque, la reine Hécube ou même Ménélas. Je ne parlerai pas vraiment de Hélène car elle n'apporte pas grand chose au récit, hormis le fait qu'elle et son prince poule mouillée sont les "responsables" de tout ce carnage humain. On ressent juste une aura de méprise à son égard.
Le récit commence peu après la mise à sac de Troie par les Achéens avec le départ pour le retour en Grèce. Chacune des Troyennes doit échoir à l'un des souverains Grecs comme prise de guerre et esclave. Malgré la situation, Cassandre et sa mère Hécube sont émouvantes et tentent une ultime fois de tenir tête et de s'affirmer face à une situation qu'elles n'ont jamais souhaité. Andromaque est elle aussi poignante et elle restera à tout jamais l'emblème de l'épouse fidèle et dévouée, refusant de se soustraire à l'ennemi, en la personne de Néoptolème, un des fils d'Achille.
Cette pièce, courte à lire, reste un classique de la tragédie et j'en conseille bien-sûr la lecture!
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Ca doit bien faire 25 ans que je dois lire les Troyennes, mais sans le savoir. La faute à Berlioz et à Jessye Norman. La Cassandre d'Euripide connaît un sort très différent de celle du grand Hector romantique, mais aucune déception. Quel caractère ! Que d'émotions violentes !

Le lendemain de la prise de Troie. Les Troyennes forment le choeur et se lamentent sur leur sort. Leurs époux morts, leurs enfants captifs, sur le point d'être emmenées en exil comme épouses ou esclaves. Hécube la reine déchue occupe la scène. Le sort de chacune de ses filles, et de sa "bru" Hélèné, vont être présentés successivement, en un crescendo d'horreur poignante, qui s'achève avec l'incendie de la ville.

(tous ces rôles qui étaient joués par des hommes)

Les Grecs sont coupables, ont déjà les dieux sur le dos, et ils n'apparaissent même pas, sauf par le truchement d'un de leurs messagers (qui a honte pour eux), et sauf Ménélas, présenté comme un faible velléitaire. Pièce politique, me dit André Degaine. Dénonciation de la déportation des habitants de Milo l'année précédente.

Par rapport aux tontons Eschyle et Sophocle (et "pacifiste" comme eux), Euripide met dans cette pièce une vraie mise en scène, avec un choeur qui ne commente plus mais pleure, fait partie de l'action, entre et sort

Il y a également des répliques comme simultanées. Jugez-en.

HECUBE
Pauvre patrie !

ANDROMAQUE
Je te quite en pleurant !

HECUBE
Tu vois ici la fin de ton bonheur.

ANDROMAQUE
La maison où naquit mon fils !

Et je l'ai vu au théâtre bernachien, représentation du 28 juin 2016. Rien de tel qu'une déclamation à voix haute pour se dégourdir un texte.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
CASSANDRE. [...] Pour une seule femme et pour un seul lit, pour reprendre Hélène, ils ont détruit des milliers d'hommes. Voici qu'un chef plein de sagesse a sacrifié, pour un objet digne de haine, son plus cher bien, la joie de son foyer : il a livré son enfant à son frère, à cause d'une femme qui n'a point été enlevée de force, mais qui s'est enfuie volontairement. Ils sont venus au bord du Scamandre, ils sont morts, et ce n'était pas pour reconquérir leur terre ni les hautes tours de leurs cités ; et ceux qu'a égorgés Arès n'ont point revu leurs enfants, ils ne seront pas enveloppés de voiles funèbres par leurs femmes, car ils gisent sur une terre étrangère ! Même malheur dans leurs foyers aussi : les veuves mouraient, les pères restaient privés de leurs enfants vainement élevés, et nul ne fait ruisseler le sang des victimes sur leur tombeau. Certes, cette expédition est bien digne d'être louée !

Premier épisode
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" CASSANDRE
Couvre, ma mère, ma tête de couronnes, en signe de victoire ;
Et réjouis-toi de me voir unie à un roi :
Précède-moi, même si je te semble manquer d'enthousiasme,
Force-moi à avancer. Si Loxias existe,
Il épousera une épouse qui lui fera plus de mal qu'Hélène,
Le fameux roi des Achéens, Agamemnon.
Je vais le faire périr et détruire, comme il me l'a fait, sa maison,
Venger mes frères et mon père.
Je ne parlerai pas d'infamies ; je ne vais pas chanter la hache
Qui s'avance vers mon cou et celui d'un autre,
Les luttes menant au meurtre d'une mère, que provoqueront
Mes noces, et le bouleversement de la maison d'Atrée.
Je vais montrer que ma ville est plus heureuse
Que les Achéens, je suis en transe, mais je vais
Sortir de mon délire pour le démontrer ;
Pour une seule femme, et pour un seul amour,
Sur les traces d'Hélène, ils ont perdu des milliers d'hommes."
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Tels sont nos regrets, telles sont les douleurs que nous éprouvons dans la ruine de notre patrie. La douleur s'ajoute à la douleur, par l'effet du courroux des dieux, depuis que la mort a épargné ton fils Pâris, qui pour un odieux hymen, a renversé l'empire des Troyens. Pour satisfaire la haine de Pallas, les corps sanglants de nos guerriers sont devenus la pâture des vautours et Troie a subi le joug de l'esclavage.
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Aux morts importe peu, je pense, la richesse des dons qui les suivent sous terre. Il n'y a là rien qu'une vaine gloire pour l'orgueil des vivants.
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HÉCUBE. De tous mes enfants, autant qu'ils étaient, il ne me reste ni fils ni fille qui vienne en aide à ma misère ! Pourquoi me relevez-vous ? Conduisez mes pieds, si délicats naguère dans Troie et maintenant esclaves, conduisez-les vers la terre, ma couche, et sur le lit d'un roc afin que, noyée de larmes, je m'y laisse tomber et mourir ! Et, désormais, ne dites d'aucun qu'il est heureux avant qu'il soit mort !
(Elle se laisse retomber.)
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Videos de Euripide (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Euripide
Par Chloé Delaume accompagnée de Benoist Esté Bouvot
Chloé Delaume poursuit son exploration des grandes figures mythologiques féminines en se penchant cette fois sur celle de Médée. Elle revisite ce personnage de la mythologie afin d'en convoquer toute la puissance pour faire écho aux problématiques féministes contemporaines. Médée, magicienne, amoureuse, dont le nom semble depuis toujours synonyme d'infanticide. Pourtant, celle, sans qui Jason ne serait rien, n'a pas toujours été la meurtrière de ses enfants : avant Euripide, Médée commet bien des crimes, mais pas celui-là. Ce soir elle raconte son histoire et interroge la véritable nature de sa culpabilité, elle qui durant tant de siècles ne fut écrite que par des hommes.
Dans le cadre du colloque international « Chloé Delaume : une oeuvre intermédiale » et de la résidence Lilith & Cie.
« le souci quand on est personnage de fiction, c'est qu'un tas de gens, sans cesse, vient vous écrire dessus. On se voit transformé sans le moindre recours. Quelqu'un m'a noirci l'âme, depuis je fais avec. » Chloé Delaume, « Médée avant Médée »
À lire – Chloé Delaume, Pauvre folle, Seuil, 2023.
Son : François Turpin Lumière : Iris Feix Direction technique : Guillaume Parra Captation : Claire Jarlan
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