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ISBN : 2264057432
Éditeur : 10-18 (17/01/2013)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 183 notes)
Résumé :
Une épopée titubante : l’autobiographie (à peine fictive), d’un écrivain à la dérive qui mange trop, boit trop, multiplie les déboires socio-sexo professionnels, avant de glisser dans la routine des hôpitaux psychiatriques…
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  13 juillet 2013
Il est des époques comme la nôtre où être un écrivain raté peut devenir le plus grand atout pour accéder au succès. Pour un peu de reconnaissance littéraire tardive, il aura fallu que Frederick Exley mène une vie laborieuse, à la fois supporter des Giants, professeur clairvoyant de français, aliéné à Avalon Valley, époux décevant, père simulateur et alcoolique invétéré -comme si ces épreuves incessantes n'auraient pu avoir d'autre conclusion (sublimation ?) que cette épopée biographique qui n'est pas sans rappeler la Crucifixion en rose d'Henry Miller. Menteurs, volages, illuminés, Frederick Exley et son confrère auraient pu s'entendre à merveille… mais peut-être se seraient-ils entredévorés pour deviner qui, de l'un ou de l'autre, pouvait prétendre décrocher le plus légitimement la palme du perdant.

Dans la préface du Dernier Stade de la soif, Nick Hornby s'extasie devant Frederick Exley comme le seul auteur de sa génération capable d'avoir déversé sans pudeur et sans fierté le contenu putride de son existence au vu et au su de tous ses lecteurs potentiels. Ce serait là réduire un peu trop drastiquement le champ des auteurs de la seconde moitié du vingtième siècle, et faire confondre l'engouement à l'ignorance. Dans son principe, le Dernier Stade de la soif n'a rien de révolutionnaire : ce roman est un canal qui permet à Frederick Exley de déverser toute sa bile anti-américaine et de dégobiller toutes les valeurs moisies du rêve américain dans la tronche de ses compatriotes. En appui de ses convictions, il évoque les évènements marquants de son existence et ressasse ses déceptions, convaincu qu'en appuyant sur le caractère désespérant de son parcours, il fera ressortir de manière triomphante la crasse, l'hypocrisie et le malheur que dissimulent les sourires resplendissants des modèles publicitaires. Rien d'original, donc. Rien d'original, dans le principe. Sauf à considérer que se plonger dans la biographie d'un homme aussi sincère, aussi lucide et aussi clairvoyant que Frederick Exley constitue forcément une expérience originale en soi. C'est le cas.

Pendant tout le début de son existence, Frederick Exley, rivalisant avec son père décédé, aura tenté de devenir aussi glorieux que lui. Comprenant très vite qu'il s'agissait en fait, principalement, de faire preuve de prostitution intellectuelle pour correspondre aux modèles vantés par la société américaine, le jeune homme jette les armes, sans délaisser son rêve pour autant. La route vers la déchéance commence… comment rester fidèle à ses convictions et à ses valeurs tout en essayant d'atteindre un but qui leur est opposé ? Entre envie d'inclusion totale et rejet de la société, Frederick Exley virevolte d'une ambivalence à l'autre, se détruisant davantage qu'il ne parvient à faire changer le monde qui l'entoure. Et c'est lorsqu'il cesse enfin de vouloir paraître autre qu'il n'est –lorsqu'il écrit ses mémoires sans oublier aucun passage humiliant, grotesque ou rabaissant de son existence, volant allègrement à contre-courant des marqueurs de la réussite en vigueur dans le Nouveau Monde- que Frederick Exley parvient à nous convaincre de son prodigieux talent par l'usage de sa verve rancunière.

Mais… on sent toutefois que les procédés de séduction traditionnels ne sont pas loin. Même s'il a choisi d'orienter le Dernier stade de la soif sur l'affirmation de sa personnalité réelle au détriment des exigences revendiquées par la société, son livre n'est authentique que partiellement et s'il peut convaincre son lecteur, ce n'est qu'au prix d'une manipulation discrète –qui semble même faire un peu honte à Frederick Exley. Après avoir vivement insulté et moqué ses congénères, l'auteur semble obligé de se moquer de lui à son tour et sur le même ton, avec une tolérance un peu trop marquée pour qu'elle soit vraiment cohérente avec les valeurs et les images de vengeance persistantes qui martèlent d'autre part son esprit. Il est aussi question de femmes, d'enfants et de cunnilingus –prouvant que Frederick Exley, à la manière d'Henry Miller, n'était pas si rejeté du monde qu'il ne voulait bien l'écrire- mais ceci passe encore : chacun a bien le droit de se mettre en scène dans un film écrit à son honneur, afin de revendiquer ses propres gloires. le plus dérangeant survient dans les dernières pages du livre lorsqu'on se rend compte que progressivement, dans l'échec, Frederick Exley est parvenu à fusionner avec les images de son pire cauchemar : celui du rêve américain. Comme s'il ne pouvait pas se séparer de la conclusion hollywoodienne en « Happy End » des oeuvres les plus sirupeuses du septième art, Frederick Exley se croit obligé d'apporter une touche de semi-réconfort à l'écriture de sa biographie romancée. Oui, lecteur ! même dans l'échec, tu peux tirer parti de ta déveine pour pondre un livre… rester productif… te divertir… te rengorger socialement…

Malgré cette conclusion un peu contradictoire qui nous indique que Frederick Exley n'est pas totalement guéri de l'american dream, il serait dommage de cracher sur son plaisir… l'auteur a tout de même de quoi être fier de lui. Son talent pour rendre vivantes les scènes de son existence est immense et son humour parvient à transcender le désespoir pourtant bien tenace qui a dû le cheviller à de nombreuses reprises. Et puis, surtout, Frederick Exley parvient à nous séduire en nous montrant qu'il n'est pas mieux que nous, et que nous ne sommes pas meilleurs que lui… après tout, nous sommes tous aussi corrompus que lui, modulant nos humeurs en fonction de nos besoins entre reconnaissance et indépendance, et on comprend qu'à défaut d'avoir pu accomplir le rêve américain, Frederick Exley ait voulu tout du moins se façonner sa propre petite gloriole –attachante parce que personnelle, à défaut d'être rentable.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Bibliozonard
  22 juin 2013
10/18 (2013)
A fan's note (1968)
Mr Toussaint Louverture (2011)
Proposer un commentaire sur « le dernier stade de la soif » de F. EXLEY pourrait être un sujet imposé pour les candidats au Bac littéraire. Voilà un exercice qui va provoquer sur l'intégralité de ma modeste constitution, la température ambiante aidant ; et d'ailleurs, je me suis allégé pour la saison — je porte un marcel et un short d'un tissu léger — une abondance de sudation exceptionnelle pour les prochains jours à venir.
Un sacré personnage, ce monsieur Exley. Il a multiplié les séjours en hôpital psychiatrique pour de sérieuses dépressions en plus de son addiction à l'alcool. On peut dire que ce qui l'a, peut-être pas sauvé, mais, maintenu la tête hors de l'eau, c'est le besoin d'écrire, de retranscrire ses maux, sa culture, grâce à son esprit follement réfléchi malgré tout. Il a pris le temps d'émerger, de laisser penser l'essentiel dans sa vie accessoire. Il aura écrit deux bouquins dont « A l'épreuve de la faim » est le dernier. Une suite logique ? À découvrir.
Pour résumer et donner un genre à « le dernier stade de la soif ». Oui, c'est une autobiographie un peu fictive. Disons que c'est une réalité altérée pour ne pas essuyer un retour de manivelle indésirable d'un quelqu'un d'indésirable, quelque soit le lieu ou ce mauvais esprit se trouve. Ce livre c'est l'union entre « Travaux forcés » de M Safranko et « La conjuration des imbéciles » de J.K.Toole. Exley c'est Max Zajak possédé par Ignatus Oreilly, ou Ignatus imbibé de Max Zajak, constamment saoul… Cela fonctionne dans les deux sens.
Explication :
Il dégage de lui, l'intelligence d'un O'Reilly et l'alcoolisme prononcé d'un Zajak. le cocktail donne un homme marginal, un électron libre qui gravite autour du noyau sociétal qu'il rejette, qu'il hait, la conjuration des imbéciles est à décréter. Une silhouette blafarde, les yeux hagards, qui marche dans les rues de Chicago. Un regard vitreux qui ne voit que les plaines brûlantes du Colorado. Comme Ignatus et Max, Frederick est convaincu, c'est indubitable, qu'il doit écrire. Un besoin qui le ronge, qui l'anime constamment. Il passe d'un job à l'autre, un travail alimentaire, des travaux forcés, obligatoire et destructeur. Il erre. L'ambition d'être le romancier du siècle, atteindre une gloire qu'ils critiquent est un paradoxe qui touche les trois hommes. Exley a l'éloquence d'un Ignatus, pointilleux, le verbe convaincant, riche et parfois égocentrique, voir cynique. Il use aussi des mots percutants, instantanés, désespérés et fort arrosés d'un Max. Il est la combinaison des deux personnalités en même temps. Un mélange très intéressant. le canapé sur lequel le trio reste des jours entiers allongés est le symbole du mal du siècle qui les a nourris avant d'atteindre leur objectif. La dépression.
« J'avais tellement pris l'habitude de glandouiller que, me prenant pour Proust, j'exigeais les privilèges de l'éternel malade, au niveau mental, j'étais morose et, en peu de temps, cette morosité envahit l'atmosphère » (P430).
Passage obligatoire avant le déclic. Avant ce qu'Exley a désigné comme étant « l'élan du mécanisme créateur ». Ce fameux moment ou l'inspiration de l'écrivain explose « dans un tourbillon d'éloquence », lui faisant sauter les trois repas de la journée tellement il s'est oublié. C'est le mythe de la révélation créatrice soudaine.
L'impression de lecture de l'auteur lui-même est d'une grande lucidité, indirectement Exley défie tout chroniqueur, auteur ou qui que ce soit d'en faire autant. C'est osé, risqué, mais convaincant. Comme tentative d'auto critique, c'est une des plus sincères et brillantes que j'ai pu rencontrer :
« Certains passages semblaient fort à propos, d'autres très bon, d'autres encore relevaient peut-être – si je puis me le permettre — de l'art. Une certaine éloquence rhétorique torrentielle se dégageait de ces pages. Comme je l'avais écrit dans l'urgence, j'y décelai ce tourbillon d'éloquence qui réside selon *MANN, citant Cicéron, dans la MOTUS ANIMI CONTINUUS de la composition » (P401)
*Thomas Mann dans « La mort à Venise » (1912) évoque l'élan du mécanisme créateur, de ce motus animi continuus par lequel Cicéron définit l'éloquence. Traduction : Mouvement continu de l'esprit.
Ces passages merveilleux et le choix des personnages, en voici, en voilà : bien sûr, il y a une place sérieuse et même influente pour les femmes dans sa vie, conquête, amour et déception, parfois elles sont merveilleuses et d'autres fois désolantes. Impossible de passer à côté de la critique du beau-père George devant la télévision, la colère contre Monsieur Blue (p338), ce que l'Amérique attend d'eux (p109), l'étonnante extrapolation sur les séries télévisées américaines (p252-254). Que dire sur Bumpy son beau-frère (personnage exubérant et puissant, débraillé, provocateur et intelligent, représente le pavé dans la marre qu'Exley aurait voulu balancer lui-même, par la réussite et la provocation.) ... Citons aussi le rôle important de son père dans l'histoire : c'est un peu « La gloire de mon père » de Marcel Pagnol, mais mal vécu par F EXLEY. L'auteur recherche cette même reconnaissance qu'a connue son père, cette popularité qu'il ne peut atteindre à cause de ses déboires et sa peine. Il transfère son fantasme sur un autre joueur de Football Américain de la NFL au sommet de sa gloire : Franck Gifford.

Je m'éponge le front, le cou, la nuque. le temps passé ici m'a gratifié de quelques courbatures. Je m'offre une douceur dont le plaisir consiste en un mouvement simple et agréable de détente des bras le plus loin possible. Mmmmmpfffff !
Voilà, en fin de compte,
il n'y a que très peu d'arguments à ajouter qui n'ont pas déjà été évoqués par l'auteur lui-même dans son livre. le reproche principal qui pourrait être retenu à l'égard de l'oeuvre, c'est la structure qui comprend à peine 8 chapitres sur 450 pages. Ce n'est pas une difficulté en soi, c'est plus la chronologie des faits où Exley use de « Flashback » qui trouble le tempo de la lecture et la mise en situation dans le temps. le passage d'un souvenir à l'autre est la petite faille. Cela n'enlève rien à la qualité de l'écrit. Car c'est bien cela qui surpasse le choix du montage de cette autobiographie. À son corps défendant, ce brouillard dans le temps reflète complètement la personnalité de F Exley. Conscient de cette sensation de légère incohérence structurelle du récit, l'auteur s'en explique page 400 (même s'il parle d'un manuscrit jeté dans son histoire, on peut établir le lien facilement entre celui-là et « le dernier stade de la soif ») :
« Tant que le livre avançait, c'était magnifique. Mais lorsque cela commença à marcher moins facilement, et qu'il me fût bientôt impossible d'en éviter la réalité physique (combien de signes avais-je écrits ? Deux millions ?), je dus m'attaquer à cette montagne de papier pour en relier toute la “douleur”, la “joie” et l' “angoisse” que j'avais si facilement projetées hors de moi…, je découvris que je ne connaissais rien du fastidieux exercice consistant à créer une forme à partir de fragments. »
ET PUIS, vous savez quoi ! Pour conclure, retenez juste ceci. le reste n'est que chipotage. La puissance de ce livre est incontestable. Les avis contradictoires s'expliquent par eux-mêmes grâce à la lucidité foudroyante d'un écrivain combatif et très intelligent. Vous l'aurez compris, c'est encore un de ces romans d'une beauté rare qui révèle une importante connaissance littéraire, dont l'usage sauve, arrache le souffrant de sa tristesse profonde et offre un résultat qui me laisse éblouit. Rien à ajouter. J'ai pris le temps de le lire, avec un plaisir non dissimulé.
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blandine5674
  16 février 2019
Je suis étonnée, que Fanté et Exley ne se soient visiblement jamais rencontrés. Parce qu'ils ont en commun la Californie, la soif, avoir la conviction de devenir un écrivain de renom, squatter, être proche du cinéma, et bien sûr honnête avec eux-mêmes, ce que le lecteur ressent bien. Ici, s'ajoute le foot, la psychiatrie. Mon personnage préféré est Mister Blue, adepte des pompes au milieu de la rue et attiré par le cunnilingus qu'il n'arrive pas à pratiquer. Difficile de boire ce livre cul-sec de plus de 400 pages. Une belle immersion dans l'Amérique des années 50 pour un auteur amer ne pas être à la hauteur du rêve américain.
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Alcapone
  02 juin 2013
Le dernier stade de la soif est un "roman autobiographique fictif" où il est question de foot, d'alcool et de désillusions. Frederick Exley y raconte ses déboires qui rappellent sans doute l'oeuvre de Buckwoski. C'est lors de son premier internement en hôpital psychiatrique qu'Exley commence à rédiger ce livre (il parait en 1964). Dans ses rêves de gloire, Frederick Exley aspire à devenir un auteur célèbre mais il est malheureusement rattrapé par son alcoolisme et son état dépressif. Parfaitement conscient de son ivrogne poésie, il dit lui-même : "Je savais bien que mes prétentions intellectuelles et mes humeurs étaient irrémédiablement sombres, d'une noirceur teintée d'auto-apitoiement." (p.299). Avec lucidité, violence et cynisme, Exley confesse un "rêve américain" raté où non-dits, remords et regrets l'emportent finalement sur le combat de toute une vie : "Oui, c'était le dernier combat, et cela me rendait triste, mon dernier combat auprès de J. et également contre l'anonymat, cette lutte qui avait débuté voici tant de saisons et finissait ce jour-là ; et tandis que j'encaissais les coups du Noir, je pouvais apercevoir cette silhouette de pantin désarticulée gisant sur le brancard. Et je me battais pour une dernière raison, peut-être la plus importante entre toutes. Je me battais..." (p.425). Fervent supporter de Franck Gifford des Giants de New York, Exley vit par procuration à travers les exploits de "son équipe". Ses délires éthyliques et son anti-conformisme auront pourtant raison de lui et c'est avec une espèce de fausse humilité qu'il reconnait au bout du compte : "Que j'aie du talent ou non (...) importait peu. Malheureusement, j'avais tous les travers des gens talentueux : le besoin de m'opposer au monde matériel et incrédule, ce monde qui vous assaille de ses rires et de son scepticisme, ce monde toujours prêt à considérer comme fou celui qui ose rêver." (p.429).
Il est de ces gens pour qui la vie se résume à une lutte sans merci alors même qu'ils ont toutes les clés en main pour réussir. Il est de ce gens foncièrement pessimistes qui malgré eux, se mettent des bâtons dans les roues. C'est l'effet que m'a fait Frederick Exley dans le Dernier stade de la soif. Était-il fou ou était-il juste un alcoolique invétéré ? Je crois qu'il était les deux à la fois mais son extrême lucidité m'en a parfois fait douter... Si j'ai trouvé l'écriture d'Exley agréable, je n'ai pas vraiment compris l'émulation qu'a provoqué la sortie de la version française du Dernier stade de la soif (éditions Monsieur Toussaint Louverture) : les critiques dithyrambiques qui m'avaient persuadé de me pencher sur le texte n'ont malheureusement pas trouvé un écho aussi enthousiaste chez moi. le roman m'a fait l'effet de lire du Buckowski en moins trash, du S. Hunter Thompson en moins déjanté, du Tom Sharpe en moins drôle, du Henri Miller en moins excitant... Bref, il m'a manqué ce truc qui aurait pu me convaincre que ce livre est un chef d'oeuvre. de plus, le dernier stade de la soif est un pavé : il a bien failli me tomber des mains à plusieurs reprises et si ce n'était mon obstination à toujours terminer un livre commencé, probablement que je n'aurais pas été au bout. Pour autant, je comprends quelque part l'intérêt porté à ce roman et je dirais que le mieux est de se faire sa propre idée...
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Akeera
  30 septembre 2011
Grâce à Babelio et à son opération de Masse Critique, j'ai pu recevoir gratuitement le magnifique roman de Frederick Exley, le dernier stade de la soif (Editions Toussaint Louverture). J'avoue que j'ai été particulièrement contente de recevoir celui-ci parmi tous ceux que j'avais souhaités, parce qu'il était justement le seul que j'avais déjà tenu entre les mains et qu'il m'avait laissé un souvenir très profond sans même l'avoir lu!
Je m'explique: Monsieur Toussaint Louverture est l'un des rares éditeurs à proposer des livres extrêmement soignés à prix abordable (23,50€) , et celui-ci est un excellent exemple. La première fois qu'on voit le dernier stade de la soif, on n'a qu'une seule envie avant même de le lire: le toucher, passer ses doigts sur la couverture et sentir tout le soin qui a été mis dans sa conception. Quand nous l'avions reçu dans la librairie où j'ai fait mon apprentissage et que nous l'avions sur table, je ne pouvais pas m'empêcher d'effleurer l'illustration "gravée" dans la couverture et de passer mes doigts sur le résumé à l'arrière quand j'en rajoutais sur la pile.
Et oui, ça fait un peu psychopathe, mais certains livres sont vraiment de très beaux objets, et celui-ci fait partie des plus beaux que j'ai pu voir pendant ces 2 ans passés en librairie.
Et l'enchantement s'est poursuivi quand je l'ai reçu dans mon humble demeure...je l'ai ouvert et là j'ai de nouveau été frappée par la qualité du papier et de l'impression, un vrai plaisir!
J'étais donc déjà toute disposée à en apprécier le contenu...
Bon, je n'étais pas tout à fait objective au début puisque ma collègue J. m'en avait dit beaucoup de bien ainsi que certains de nos clients mais j'ai pu me faire mon propre avis en me plongeant dedans, et j'avoue ne pas être très originale malheureusement puisque je l'ai beaucoup aimé moi aussi!
Le style d'Exley est vraiment très agréable à lire, j'ai eu le même sentiment d'être face à un véritable auteur naturellement doué comme lorsque j'ai pu lire Requiem pour un paysan espagnol de Ramon Sender - (Editions Attila), dans un style pourtant très différent! Sûrement comme un numéro d'acrobates parfait, extrêmement difficile à réaliser et pourtant le travail apporté en amont donne l'impression au spectateur qu'il est accompli sans efforts.
On se laisse absorber par le quotidien torturé et désespéré sans impression de lourdeur malgré la noirceur de l'existence et la chute inéluctable de ce double imaginaire d'Exley. Personnellement j'ai beaucoup apprécié la galerie de personnages très variés qui croisent le chemin de notre anti-héros, et particulièrement les personnages féminins dont chaque description est un délice. Les femmes d'Exley sont charmantes, magnifiquement appétissantes et malheureusement pas toujours à la hauteur de ses espérances. Qu'importe! On se régale à chaque nouvelle apparition, entre caramel et poivre et sel.
Mais loin d'être un roman d'amour (en tout cas pas entre Exley et ses conquêtes féminines), ce roman parle de la difficulté d'exister aux yeux des autres en tant qu'individu digne d'intérêt, et surtout aux yeux de ceux qu'on aime. de la douleur de réaliser qu'on n'est peut être pas à la hauteur de ses rêves, de dévisager avec horreur son reflet peu flatteur dans le regard des autres et du long chemin du retour lorsqu'on est allé tout au fond du gouffre et de l'auto-destruction.
Le dernier stade de la soif baigne dans une douce lumière d'automne malgré la violence du combat que le personnage mène contre lui-même et qui rend ce spectacle supportable pour le lecteur grâce au lâcher prise dont Exley semble faire preuve la plupart du temps, tristement résigné devant ce sombre avenir qu'il connaît déjà dès les premières pages du roman.
En bref, j'ai beaucoup aimé ce livre, tant au niveau de la forme que du fond et j'en suis très reconnaissante envers son éditeur d'avoir eu l'idée lumineuse de le rendre accessible aux lecteurs francophones, qui plus est dans la plus belle édition qu'il soit!
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critiques presse (2)
Telerama   16 janvier 2013
Tragique et drôle, cette confession d'un enfant du xxe siècle se lit le coude sur le bar, [...] avide de mieux connaître cet écrivain qui se rêvait en champion et ne connut que les gradins.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   03 août 2011
Un classique de la littérature américaine publié outre Atlantique en 1968. Il aura donc attendu 43 ans avant de traverser l'Atlantique. [..] le livre de l'été. Il ne vous distraira pas de vous-même. A lire d'une traite. Cul sec.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   13 décembre 2013
Quelques années plus tard, en ouvrant le journal, j’appris que Robert R. Young, après avoir avalé œufs et jambon au petit-déjeuner, était remonté dans son bureau, avait calé le canon d’un fusil à pompe dans sa bouche et s’était fait exploser la cervelle. Cela me fit sourire. Il n’y avait rien de vindicatif dans ce sourire : je n’avais jamais considéré Young comme un homme de chair et de sang. Pour moi, ce n’était qu’un petit être guilleret que je voyais sautiller en haut de Grand Central, entouré d’une escouade d’encravatés. Je n’avais jamais cru en sa réalité. Je souris car tous ceux que je connaissais à New-York Central […] pensaient que Young était un homme décidé, un homme qui allait sauver l’industrie tout entière de quelques prises de décisions bien senties, de transport intermodal, de trains ultralégers et de prestations sur tout le territoire, oui monsieur ! Et mon sourire se fit triste, puis éploré : Young, avec ce seul beau geste, était devenu vivant pour moi, était devenu un homme. Car le suicide est le plus éloquent cri du cœur de ceux qui cherchent en vain leur chemin.
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colimassoncolimasson   27 décembre 2013
A la lecture de nombreux livres sur « l’art du roman », je m’étais persuadé que, telle Athéna, déesse de la sagesse qui avait surgi toute formée de la tête de Zeus, l’univers majestueux de mon roman déferlerait dès que j’aurais « vu » ma première phrase –telles les chutes du Niagara à travers une tête d’épingle. J’écrivis « Je vis à Scarsdale », ajoutait un point, et passai les semaines qui suivirent à fixer ces mots d’un regard morose. Ils me rendaient triste. Neuf mois plus tard, après de nombreuses réécritures et fioritures, je me retrouvai avec « Seul, je vis à Scarsdale, Westchester County, New York, à vingt, vingt-cinq minutes de la gare Grand Central, sur la ligne de chemin de fer de New-York. » Le livre était désormais prêt à jaillir de moi, mais comme je n’avais pas écrit un seul autre mot, j’étais toujours triste.
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colimassoncolimasson   31 juillet 2013
A ces remarques, mère, fille et fils s’exclamaient en chœur : « Vraiment ! » J’étais censé, comme je le découvris rapidement et à ma plus grande horreur, rendre également hommage à l’érudition paternelle, afin de les remercier de l’honneur qu’ils me faisaient de me laisser m’asseoir à leurs côtés. Chaque fois que j’entendais le « Vraiment ! », j’apercevais des mèches de cheveux auburn s’agiter derrière l’épaule du père, et levant le regard, je découvrais dans mon champ de vision une constellation étincelante de nez retroussés, de taches de rousseur et de dents éclatantes, formant une invitation, une supplication à me prosterner devant le Génie. Je repoussai ce moment le plus longtemps possible, mais lorsque les regards passèrent de la supplication au léger reproche, je rendis les armes et rejoignis le chœur des Vraiment ! Au début, j’étais soit en avance soit en retard, et nous semblions crier en écho : Vraiment ! Vraiment ! Même si cette ineptie rythmique m’irritait au plus haut point, la famille y répondit par des regards plein de sympathie et de compréhension. A la fin du premier quart temps, je réussis à m’accorder à leur tempo et fus prêt à passer l’après-midi le plus désagréable de ma vie.
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colimassoncolimasson   29 novembre 2013
J’ai également compris que la plupart des médecins –en tout cas, ceux avec qui j’étais en contact- n’étaient pas particulièrement compétents, et acceptaient en bloc les définitions de la normalité que la société leur avait imposées. Pour la plupart, ils ne considéraient pas de leur ressort de creuser les réalités étranges, angoissées et perverses que nous nous étions fabriquées. Surtout sans doute par manque de temps et dans l’ignorance de leurs propres faiblesses, ils trouvaient plus simple de rayer nos réalités pour les remplacer par celles de la société.
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colimassoncolimasson   12 janvier 2014
Au bout d'un moment, je trouvai un nouvel exutoire pour ma colère grandissante, et c'est grâce à lui que j'évitais de sombrer dans un état auquel on colle volontiers l'étiquette de psychotique. Tous les matins, je cherchais dans le Times l'offre d'emploi la plus absurde, et j'y répondais. Je répondais également à d'autres annonces, mais il fallait que je m'occupe de la première avant de pouvoir me consacrer à celles qui pouvaient raisonnablement constituer un réel espoir d'embauche. Ces offres, les plus idiotes, étaient généralement encadrées, et se trouvaient indifféremment dans la rubrique Emploi, Sports ou Economie :
"Officine cherche jeune homme intelligent et ambitieux voulant devenir rédacteur publicitaire - quelqu'un qui ne s'écroulera pas comme une fleur fanée à la moindre objection, ou à une attaque plus violente, quelqu'un qui ne craint pas les camouflets, bref, quelqu'un capable d'encaisser et de rendre les coups. Adressez votre candidature à ________."
Il m'arrivait parfois de consacrer une ou deux heures à la rédaction de mes réponses, afin qu'elles soient parfaites. Avant de pouvoir postuler aux annonces plus raisonnables, je devais apposer un point final à mon premier courrier, le mettre dans une enveloppe et le cacheter.
"Des coups ? J'ai eu un patron qui me tapait sur la tête par simple plaisir. Cela dit, c'était un sombre crétin. Il ne m'a rien appris, sinon que travailler pour un sombre crétin ne présente aucun avantage - c'est humiliant, détestable et profondément démoralisant. Mais avec vous - il est évident à la lecture de votre annonce que vous êtes un type d'une toute autre envergure -, ce sera différent. Lorsque vous m'enverrez dans les cordes assurez-vous juste que je sache pourquoi. D'accord ? Puis, le temps aidant, je serai aussi omniscient et cynique que vous, et il va sans dire que nous vivrons ensuite dans votre - officine, c'est ça ? - comme deux pauvres cons unis pour la vie
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