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ISBN : 1092605053
Éditeur : Le Pas de Côté (05/06/2014)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Omnipotente, éternelle, bénie soit la Machine Ne pouvez-vous voir que c'est nous qui sommes en train de mourir, et qu’ici-bas la seule chose qui vive vraiment, c’est la Machine ? Nous avons créé la Machine, pour qu’elle accomplisse notre volonté, mais nous ne pouvons plus la plier à notre volonté. Elle nous a volé le sens de l'espace et le sens du toucher, elle a brouillé toute relation humaine et réduit l’amour à un acte charnel, elle a paralysé nos corps et nos dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Erik35
  12 avril 2017
AVANT DE NE PLUS TROUVER LE BOUTON : OFF...
Nous sommes quelque part dans un futur imprécis, plus ou moins proche de notre maintenant, bien qu'il semble que notre civilisation issue des développement technologiques inaugurés à l'aube du XXème siècle ait pourtant lamentablement échoué, s'étant parfaitement fourvoyée dans un machinisme idiot, proposant à l'homme d''aller de plus en plus vite, d'un lieu à un autre, tandis qu'il était pourtant tellement plus simple d'imaginer que ce serait désormais les choses - matérielles ou dématérialisées - qui se déplaceraient dorénavant à notre place. La terre ayant été partiellement ou totalement détruite, l'humanité s'est rapidement repliée sous terre. Malgré un réseau dense et efficace de lignes intercontinentales de dirigeables très rapides - l'aviation n'est encore qu'à ses balbutiements et semble encore incapable de pouvoir servir de moyen de transport de masse -, les voyages sont devenus de plus en plus rares - pourquoi rallier un point B en partant d'un point A lorsque tous les points se ressemblent invariablement ? - et la plupart des besoins physiques, intellectuels et spirituels sont pris en charge par la "machine omnipotente", chacun participant ainsi de cette sorte de doux enfer climatisé acceptable et accepté.
E.M. Forster, pour illustrer son propos, nous fait suivre la destinée d'une mère et son fils. La première, Vashti, est une femme que l'on pourrait qualifier de "bien dans son époque", conférencière - sans jamais avoir nécessité de sortir de son antre/bureau/salle à manger/chambre - par le biais de son "cinématophe", un genre de "skype" bien avant l'heure, ne remettant en rien, bien au contraire, les avancées réformistes qu'elle vit, ou plutôt subit, au sein de cette pseudo-démocratie des idées - les êtres humains ne sont plus que des producteurs "d'idées" dont on ne voit jamais, comment ni à quel moment elles sont opérantes -. le second, son fils Kuno, semble vouloir se rebeller contre cet état de fait. Se rendant compte du caractère blasphématoire de ses pensées à l'encontre de cette divinité qu'est sur le point de devenir La Machine - un Dieu parfaitement vide et mécanisé, sans âme, sans contenu, sans désir -, il insiste à plusieurs reprise pour que sa génitrice vienne physiquement le voir. Au passage, nous apprenons que les liens de parentalité sont réduits à leur seule fonction biologique, l'éducation étant confiée à des tiers : un monde décidément de rêve, n'est-ce pas ? Malgré ses réticences au déplacement, cette dernière se résout à entendre cet enfant pour lequel elle ressent malgré tout une certaine empathie, mais c'est pour mieux écouter le récit sacrilège d'un jeune homme rebelle à cette nouvelle forme d'autorité, qui est parvenu à rejoindre la surface, sans la moindre autorisation, a découvert que des humains y vivaient encore mais s'est fait ramener illico presto dans son sous-sol ennuyeux par des espèces de vers blancs qui sont autant d'avatars de "l'appareil réparateur". Offusquée, Vashti prévient son enfant qu'il risque d'être condamné au "sans-abrisme", lequel est censé aboutir, peu ou prou, à une condamnation à mort.
Mère et fils se quittent sans plus jamais devoir se revoir - mais Kuno, comprenant sans doute l'aberration itérative de la Machine en prophétise la mort prochaine. Celle-ci se fait d'abord attendre mais son emprise totale se double d'une fragilité de plus en plus vive, et d'autant plus que l'humanité qu'elle est supposée servir, quand bien même nous comprenons tout l'inverse, est une humanité de moins en moins "Faber" et de plus en plus vainement "Sapiens", laquelle n'est donc plus d'aucune utilité pour prendre techniquement soin du monstre qu'elle a créé. Ainsi la fin prévue par le jeune homme devient-elle inexorable et, après une série de pannes plus ou moins graves, c'est toute la machine-Léviathan qui cesse brutalement de fonctionner, entraînant avec elle toute cette humanité totalement inféodée à ce confort facile et ennuyeux dans un épouvantable cataclysme définitif.
S'il est difficile de dire aujourd'hui encore à quel point cette dystopie froide, effrayante, déshumanisée s'avérera prophétique, il n'en demeure pas moins que cette longue nouvelle d'un auteur esqsqentielqlqemeqnt connu pour sa description minutieuse, forte, attentive de ses contemporains britanniques, de leurs petits et grands travers - que l'on songe, en particulier, au célèbre Howard End -, E.M.Forster fit montre, en rédigeant ce texte en 1909, d'une singulière sensibilité et d'un don tout aussi étonnant de prévision. Jugez-en plutôt : en des temps où le seul moyen de communication immédiat et international était encore le télégraphe et son langage Morse, où l'automobile ainsi que l'avion n'en sont qu'à leurs premiers balbutiements, que le téléphone ne semble avoir d'avenir qu'au sein d'une classe sociale particulièrement aisée, que le premier essai officiel de Télédiffusion Sans Fil n'aura lieu que 6 années plus tard, notre jeune romancier préfigure l'informatique et les écran portables, conçoit les réseaux sociaux - plus particulièrement ceux de type "Skype" -, prévoit ce mode d'enseignement à distance de plus en plus en vogue que sont les "Mooc", imagine des lignes aériennes internationales, assure les réseaux souterrain d'immenses lignes de métro, etc, etc, etc.
Mais plus encore, il prédit l'apparition de la "Mégamachine", conceptualisée par des philosophes comme Jacques Ellul ou Günther Sanders, comprends que toutes les petites machineries - électriques, téléphoniques, etc- sont de plus en plus interconnectées, reliées irréversiblement les unes aux autres, créant ainsi un genre de Léviathan mécanique où, si un morceau se met à flancher, tout le reste peut déraper et cesser de fonctionner. Il a aussi déduit que de cette hyper-connexion entre les êtres surgissait un phénomène aussi imprévu que néfaste, c'est à dire une uniformisation irréversible des modes de vie, des habitudes, des envies, des rêves... Et, conclusion des conclusions, E.M. Forster a fort bien pressenti que de maître-créateur, l'être humain pouvait finir par devenir l'esclave de sa création, tandis que le machinisme tendait peu à peu à une machinisation stupéfiante de l'individu, devenu en même temps le disciple fidèle et révérencieux de la chose qu'il a tout d'abord su créer.
Un petit texte intelligent, vif, d'une grande facilité de lecture, qui souffre un peu de n'avoir été développé plus longuement par son auteur, car, avec un tel foisonnement de thèmes, une telle sensibilité, nul doute que l'auteur avait-là matière à rédiger l'une des grandes dystopie du siècle passé. Mais on ne refait pas l'histoire et demeure, pour notre plus grand plaisir, ce "La Machine s'arrête" republié fort plaisamment par une petite maison d'édition décalée et passionnante nommée le pas de côté. Une excellente initiative de leur part !
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VIRGINIE34
  29 août 2016
Étonnante nouvelle d'E.M.Forster, publiée pour la première fois en 1909. "La machine s'arrête" propose de découvrir une société dominée par la technologie, où les rapports humains n'ont lieu qu'à travers des écrans, où l'idée même de sortir de son habitation devient une source d'angoisse intense... Une mère et son fils se confrontent: la première est totalement dépendante de ce mode de vie, le second lui assure que la machine n'est pas une divinité, qu'il faut s'en débarrasser. Et quand la machine s'arrête, tout le monde est démuni... Chaque invention de l'auteur trouve écho dans nos interrogations actuelles face à l'invasion de la technologie dans notre quotidien. Une nouvelle datée de plus d'un siècle qui parle de notre époque avec une force incroyable.
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Bob-Morane-Contre-Tout-Chacal
  22 juillet 2014
Kuno téléphone à sa mère avec un visiophone et demande à la voir "en vrai", ce qui scandalise sa mère. Finalement, elle viendra, "parce que quelque chose d'énorme pourrait se produire", lui dit-il. Elle effectuera un voyage en dirigeable au-dessus d'une terre sans vie...
Critique de notre dépendance aux machines, critique des relations humaines dégradées que l'on peut avoir par Internet et le portable, critique des médias (tout le monde cherche à avoir des "idées" originales) , critique de la connaissance abstraite des Universitaires, critique écologique avant l'heure.... car ce texte a été publié en 1909, à une époque où les Anglais débattaient des bienfaits de la société industrielle. E. M. Forster n'était pas un écrivain de science-fiction, mais il a eu des intuitions géniales concernant l'évolution de notre société.
Tout cela tient dans 94 pages, c'est très bien écrit et toujours très lisible pour les lecteurs d'aujourd'hui. La postface est également très intéressante, car elle éclaire le contexte dans lequel cette novella a été écrite.
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LSH
  04 décembre 2014
Étonnante nouvelle qui lue de nos jours semble prémonitoire en décrivant une humanité où chaque individu se trouve cloîtré dans une cellule souterraine, vouant son existence à manger, dormir... et générer des "Idées".
Tout le reste étant géré par "la Machine".
Chaque individu est relié au reste de ses semblables par un super réseau et des instruments de communication faisant penser à nos tablettes et autres smartphones. Ils ont ainsi des milliers d'"amis" qu'ils ne rencontrent jamais.
De quoi réfléchir à une époque où certaines personnes très influentes (tels les fondateurs de Google) rêvent de voir fusionner l'Homme avec la Machine.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Bob-Morane-Contre-Tout-ChacalBob-Morane-Contre-Tout-Chacal   09 octobre 2014
Méfiez-vous des idées de première main ! s'écria l'un des intellectuels les plus évolués d'entre eux.
Les idées de première main n'existent pas vraiment. Elles ne sont rien de plus que des impressions physiques produites par l'amour et la peur, et qui pourrait ériger une philosophie sur cette base grossière ? Faites en sorte que vos idées soient de deuxième main, et si possible de dixième main, car elles seront alors très éloignées de l'élément perturbateur : l'observation directe.
N'apprenez rien de ce sujet qui est le mien : la Révolution française. Retenez plutôt ce que je pense de ce qu'Enicharmon pensait de ce qu'Urizen pensait de ce que Gutch pensait de ce que Ho-Yung pensait de ce que Chi-Bo-Sing pensait de ce que Lafcadio Hearn pensait de ce que Carlyle pensait de ce que Mirabeau disait à propos de la Révolution française.
Par l'intermédiaire de ces dix grands esprits, le sang qui a été versé à Paris et les fenêtres qui ont été brisées à Versailles seront clarifiés en une idée que vous pourrez employer de la manière la plus utile dans la vie quotidienne (...).
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Erik35Erik35   12 avril 2017
Ne pouvez-vous voir que c'est nous qui sommes en train de mourir, et qu'ici-bas la seule chose qui vive vraiment, c'est la Machine ? Nous avons créé la Machine, pour qu'elle accomplisse notre volonté, mais nous ne pouvons plus la faire plier à notre volonté. Elle nous a volé le sens de l'espace et le sens du toucher, elle a brouillé toute relation humaine et réduit l'amour à un acte charnel, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant, elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe — mais pas selon nos plans. La Machine agit — mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères.
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Erik35Erik35   13 avril 2017
Ne pouvez-vous voir, ne pouvez-vous tous voir, vous les conférenciers, que c'est nous qui sommes tous en train de mourir, et qu'ici-bas la seule chose qui vive vraiment, c'est la Machine ? Nous avons créé la machine, pour qu'elle accomplisse notre volonté. Elle nous a volé le sens de l'espace et le sens du toucher, elle a brouillé toute relation humaine et réduit l'amour à un acte charnel, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant, elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe - mais pas selon nos plans. La Machine agit - mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères, et si elle pouvait fonctionner sans nous, elle nous laisserait mourir.
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LSHLSH   04 décembre 2014
Partout dans le monde, les gens étaient presque exactement les mêmes, mais l’hôtesse du dirigeable, sans doute en raison de ses responsabilités exceptionnelles, s'était un peu singularisée de la masse. Elle devait souvent s'adresser aux passagers par une parole directe, ce qui lui avait conféré une certaine brusquerie et des manières originales. Lorsque Vashti s'écarta des rayons du soleil dans un cri d'effroi, l'hôtesse se comporta de façon barbare : elle tendit la main pour la soutenir.
"Comme osez-vous! s'exclama la passagère. En voilà des manières !"
Embarrassée, la femme s'excusa de ne pas l'avoir laissée tomber. Les gens ne se touchaient jamais l'un l'autre. La Machine avait rendu la coutume obsolète.
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Erik35Erik35   12 avril 2017
L'homme doit être adapté à son environnement, n'est-ce pas ? A l'aube du monde, les faibles doivent être exposés sur le mont Taygète, à son crépuscule les forts subiront l'euthanasie, afin que la Machine puisse progresser, afin que la Machine puisse progresser, afin que la Machine puisse progresser éternellement.
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Vidéo de E. M. Forster
Bande annonce de la série Howards End (BBC, 2017), adaptation du roman d'E.M. Foster
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